‹ Pétrone; l'envers de la société romaine et études diversesChapitre 93 sur 128 · Voir, pour quelques exemples, la note de la p. 1-1, n · texte numérisé non relu

Voir, pour quelques exemples, la note de la p. 1-1, n

dantesque, il devait prendre plaisir à suivre l'auteur dans ces digressions en dehors des frontières de l'art classique. Avec lui, grâce à cette occasion, il revoyait toute une série de ces mots, de ces tours pittoresques qui, dans la ville par excellence (urbs), autant et plus que chez aucun autre peuple, formaient à Rome la trame do la langue populaire : riche fonds de terroir que tout pays possède, que les lettrés connaissent, qu'ils explorent souvent sans oser Texploiter, et qui forme comme un très beau revers, comme la double face, nette et non moins bien frappée, de ce qu'on nomme l'urbanité.

Pour nous, modernes, le plaisir n'est pas et ne pouvait être le même; non seulement parce que nous ne sentons plus le goût de terroir que dans le langage, on ne déguste pas moins qu'ailleurs ; notre misère est surtout de rencontrer dès l'abord, dans ces parties du roman, des difficultés dont bien souvent nous ne triomphons pas. D'épaisses ténèbres ont recouvert pour nous toutes ces racines de l'idiome romain. A la succession rapide et en apparence désordonnée des images et des sentiments, nous reconnaissons bien les habitudes do la langue du peuple. Mais, dès qu'il s'agit d'analyser ces phrases ou même, en tels passages, de comprendro ce langage, pour une bonne partie, il nous échappe. C'est ici la forme, là c'est le sens du mot qu'on

Ignore. Par les gloses, par quelques passages des comédies, surtout par les inscriptions, nous avions quelque connaissance de ce qu'était la langue populaire à Rome. Les discours des affranchis de Pétrone y ont ajouté une ample collection de proverbes, de mots et de tournures dont on n'a pas d'autre exemple. Mais c'était un texte nouveau, sans commentaires. D'où il suit que, dès que le sens général ou que les termes voisins n'éclairent pas suffisamment un mot jusque-là inconnu, depuis deux siècles les plus habiles restent à court.

Faute d'une clé, nous ignorons, il faut l'avouer et nous y résigner, une bonne partie de ce langage que tout esclave ^gouailleur, que tout cerna de Rome ou de la banlieue de Rome entendait et parlait à merveille. Des gloses publiées maintenant complètement et correctement en un Corpus suivi d'un index, on a déjà tiré de très précieuses indications '. Mais longtemps notre principale ressource sera de recourir à l'aide des langues romanes. C'est en elles que s'est transformée, mais aussi que s'est conservée, au moins pour le fond, la langue populaire de l'ancienne capitale du monde. M. Cesareo -, qui avait eu l'idée de faire celte comparaison, a pu jeter par là quelques lumières sur plus

Page 1