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Al^TIQUITÉS AMÉRICAINES. 140
vie)^ et, leurs désirs satisfaits, ils se raidissent devant tout travail : — c'est alors qu'on voit M. Squier les animer^ les stimuler comme une troupe de chevaux vicieux, et souvent môme finir parles intéresser au succès de ses découvertes. Mais aussi que de trouvailles^ que d'idoles curieuses I Plusieurs de ces idoles écar* quillent les yeux, les autres semblent porter d'énormes besicles ; — plusieurs ouvrent des bouches gigantesques; celle8*ci, comme les sphinx^ semblent un composé d'homme et d'animal ; celles-là ont des barbes à rendre Jaloux des sapeurs. « Après nous être donné beaucoup de mal^ dit-il dans une relation d'une de ses fouilles, nous élevâmes le bloc cylindrique à un angle de 43 degrés; mais, arrivé là, il s'entêtait à y rester. Des cordes furent passées autour des arbres voi* sins, des palans mis autour de l'idole obstinée, et, quand tout fut prêt, chaque homme à son poste^ Je donnai le signal du coup d'épaule. Les cordes grincèrent et se raidirent, tous les muscles se tendirent et se gonflèrent : — l'effort général atteignait à son pa« roxysme, et la statue ne bougeait pas. Le moment était critique; les hommes chancelaient. Je me Jetai sur les cordes, et d'une formidable voix de fausset^ Je m'écriai : Arriba! arribaH Viva Centro America!!! A ce cri, une nouvelle énergie semble s'emparer de nos travailleurs ; un second effort d'ensemble a lieu : le colosse cède : — Poco mais, muehachos! « Encore un l^eu^ mes enfants Iji et il monte doucement, peu à peu, mais régulièrement; puis enfin ^ après un effrayant vacillement, il s'établit, et se pose solidement sûr sa base. Pendant un moment, nos hommes gardèrent le silence, comme si leur succès lesavai:
IftO PEUPLES ET VOYAGBUiE^.
stupéfiés; mais un autre délire i*ardimte vint bientôt les agiter... n
H. Squier n*eût pas été désavoué par Télite de nos littérateurs; de môme, notre compatriote, M. Gharnay, qui vieut d'explorer le Yucatan^ pourrait, dès aujourd'hui^ occuper une place parmi nos bons artistes et nos spirituels écrivains.
C'est avec une véritable jouissance que Je parle des belles découvertes arcbéologiques de M. Ghamay, nonneulement parce qu'elles font honneur à la. science en général, mais surtout parce qu'elles sont dues à l'an de nos concitoyens.
J'ignore si l'on partage mes sentiments patriotiques de géographe français, et si, plus dégagé que moi des intérêts qui sont chers à notre nation, on peut voir, avec les mêmes yeux, les explorations scientifiques en* treprises par des Français ou des étrangers; mais, toutes les fois qu'un de nos compatriotes attache son nom à une idée généreuse, à une grande œuvre, une satisfaction profonde me pénètre, et il me semble qu'en portant haut le nom de la France, on nous élève pour ainsi dire individuellement dans l'opinion gêné* raie. Je sais que, suivant certaines personnes, le patriotisme doit fléchir devant une nationalité uniyerselle, celle de la science, et que l'esprit philosophique aplanit les barrières conventionnelles établies entre