‹ Peuples et voyageurs contemporains (volume 2)Chapitre 35 sur 45 · LÀ RÉGENCE DE TUNIS · texte numérisé non relu

LÀ RÉGENCE DE TUNIS

Esquisse historique. — Sîdi-Sadok.

La constitution nouvelle. — Le canal de la Goulette.

Le lac d'El Bahirah. — Tunis.

La régence de Tunis est une des contrées africaines que visitent avec le plus dlntérêt les historiens et les archéologues. On y rencontre à chaque pas les traces d'un passé qui captive d'autant plus l'attention chercheuse des savants que les annales historiques demeurent à peu près muettes sur son compte.

On n'a, en effet, que des données très-vagues, trèsincertaines sur ce qu'était ce territoire avant l'arrivée des Phéniciens qui fondèrent Garthage. Les Numides, qui, suivant Salluste, descendaient des anciens Perses et des Mèdes, l'habitaient très-probablement; mais quelles lignes de démarcation peut-on établir entre les Numides et le reste des Libyens ? n'y avait-il pas, sur le sol qu'occupe aujourd'hui la régence, un mélange d'éléments divers? Les Gétules, les Berbères et plusieurs autres peuples n'étaient-ils pas confondus, fusionnés sur bien des points?

Voici, depuis l'époque romaine, l'historique de ce pays, qui correspond à la Zeugitane et à la ByzacènCy et qui fui appelé pendant longtemps Afrique propre par

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les Latins. Après la destruction de Garthage, les Romains en demeurèrent maîtres jusqu'au milieu du y* siècle. Ce fut à cette époque que les Vandales s'y établirent. Bélisaire les en chassa. Les Avares arrivèrent ensuite et fondèrent le royaume de Kaïroan, qui appartint successivement aux Aglabites^ aux Fatimites^ aux Zeïrites et aux Almohades. Vient alors une époque fort agitée où se pressent les événements les plus dramatiques. En 1534^ Barberousse entre en vainqueur dans la capitale. Muley-Hassan, dépossédé de son trône, implore le secours de Charles-Quint, qui équipe une immense flotte et débarque, en 1537, à Porto-Farina; il assiège presque immédiatement le château de la Goulette, où Barberousse s'était réfugié; il s'en empare^ rétablit dans ses États Muley-Hassan, qui est bientôt renversé par yp propre fils, Hamida. Quelque années après^ les Turcs deviennent maîtres de la ville de Tunis^ et joignent la régence à leurs vastes possessions.

Grâce à deux souverains, Ackmed-bey etSidi Mohammed-bey, la Tunisie s'est beaucoup civilisée. Ackmedbey, qui mourut en 1855^ après un règne do dix-huit ans, a laissé de précieux souvenirs à la fois en Europe et eii Afrique. On cite de ce prince do nombreux exemples de rare perspicacité et des actes de justice qui font grand honneur à son caractère. Nous en choisissons un entre mille : une pauvre femme, qui vendait des fruits^ vint un jour se plaindre à lui de ce qu'on lui volait toutes ses figues sur l'arbre^ sans qu'elle eût aucun moyen d'empêcher ce larcin. Le bey lui ordonna d'introduire un grain de blé dans chacune des figues qui lui restaient à cueillir, et de de*

meurer en repos. La bonne femme exécuta Tordre de son souverain, quî^ peu de jours après^ faisait acbeter^ pour son compte personnel, toutes les figues qui se trouvaient sur le marché de Tunis. On trouva chez l'un des marchands les figues qui renfermaient les grains de blé; et le voleur fut pris et condamné à une forte amende en faveur de la plaignante, qui bénit longtemps la justice éclairée de son seigneur. — Le bey actuel, Sidi-Sadok, n'est pas moins célèbre par sa sagesse et sa haute intelligence. Il s'applique à corriger les abus et à faire entrer son peuple dans le courant du progrès.

On lui doit une constitution qui fait grand honneur à l'esprit libéral et élevé qui l'a dictée. En signaler les bases, c'est en faire l'éloge. Il est établi, par exemple, dans la constitution nouvelle, promulguée en 1860, que la plus complète sécurité est garantie à tous les sujets^ à tous les habitants de la Tunisie, quelles que soient leur religion, leur nationalité et leur race. Cette sécurité s'étend à leur personne, à leurs biens, à leur réputation... — Les musulmans et les autres habitants du pays seront égaux devant la loi, « la justice sur la terre étant une balance qui sert à garantir le bon droit contre l'injustice, le faible contre le fort. » — Les sujets Israélites ne subiront aucune contrainte pour changer de religion...; leurs synagogues seront respectées et à l'abri de toute insulte, « attendu que l'état de protection dans lequel ils se trouvent doit leur assurer nos avantages comme il doit nous imposer leur charge. » Les soldats seront enrôlés d'après le mode de conscription. — Un tribunal de commerce sera établi. — Liberté de commerce pour tous. «— Les

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étrangers qui vondront s'établir en Tunisie pourront exercer toutes les industries et tous les métiers... Ils pourront acheter toutes sortes de propriétés^ à Tégal des habitants du pays, etc. Eh bien I c'est cette charte sage et éclairée qu'une bizarre révolution vient de briser!

La régence de Tunis s'avance en face de la Sicile, entre le golfe de Gabès et nos possessions algériennes. Les caps Bon et Blanc en sont les points les plus septentrionaux. Entre ces deux promontoires s'ouvre le golfe de Tunis^ qui forme, dans sa partie méridionale, une admirable demi-circonférence. L'étroit canal de la Goulette le met en communication avec le lac d'El Bahirah,* au fond duquel s'élève la ville de Tunis. Ce vaste bassin, d'après l'évaluation de M. Guérin, peut avoir 18 kilomètres de circuit. « Quoiqu'il ait jadis servi d'abri aux escadres romaines lors de la troisième guerre punique, et, par conséquent, à plus forte raison aux flottes phéniciennes en temps de paix, îl n'a Jamais été très-profond; car des sondages ont prouvé que cette profondeur n'avait jamais dépassé .1 mètre 70 centimètres, et M. Beulé en induit judicieusement que les bâtiments n'avaient pas dû, pour y naviguer^ exiger plus de 1 mètre 30 centimètres de tirant d'eau^ partant que les proportions des navires de guerre dans l'antiquité étaient beaucoup plus réduites qu'on ne l'a cru quelquefois. »

Le sol de la régence se compose principalement de calcaire, de marne et de sables marneux. Le littoral est fort riche; l'intérieur est un contraste d'oasis fer* tHes et de territoires arides. Il y a, sur plusieurs points, des collines escarpées^ rocailleuses^ qui renferment

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à*énormes couches de Bel gemme; sur d'autres, et particulièrement dans les montagnes de THamman^Lif el du DJebel-ReçaS) on rencontre d'importantes mines de piombj de fer, de cuivre et de soufre.

La faune et la flore comptent un grand nombre d'eipèces remarquables; les botes féroces^ telles que le tigré, la panthère^ Thyène, le chacal^ le lynx^ etc.^ s'y présentent; mais on y voit aussi le chameau^ le cerO l'autruche, le flammant, la grue, ainsi que tous les animaux domestiques d'Europe.

Les Orientaux^ si facilement prodigues d'expressions imagées^ appellent tour à tour la irille de Tunis El Kahira (la Glorieuse)^ El Zahéra (la Verdoyante}> Tonnés-el-Chattrah (Tunis la Bien gardée)^ ITndustrieuse^ le Séjour dé félicité, la Florissante^ la Blanche. Bien qu'au-dessous de tous ces surnoms, la capitale de la régence n'en est pas moins une des plus belles cités mauresques et l'une de celles qui se présentent le plus gracieusement aux yeux des voyageurs. Les souvenirs antiques qui se rattachent à tout ce qui l'entoure cod« tribuent évidemment à captiver l'imagination. En entrant dans le golfe, à quelques kilomètres de laville^ rEuropéen promène d'abord avidement sd vue sur remplacement de Carthage, il regarde ensuite^ avec une pieuse curiosité^ la chapelle de saint Louis, con* temple le magnifique aqueduc dont les arceaux voot se perdre au loin, et^ lorsque tous ces débris d'un au* tre âge l'otlt profondément saisie le panorama de la ville tunisienne et de ses environs vient lui révéler l'Orient sous un de ses plus séduisants aspects.

 presque tous les points de vue^ Tunis estheureu" Sèment située. Les collines qui s'élèvent daAft.le voi-

sinage la fortifient aussi bien que ses murailles crénelées, dont les portes ne manquent pourtant jamais de se fermer tous les Boirs comme dans une première ville de guerre. Du reste, sa position au cœur de la Méditerranée, à l'extrémité nord de l'Afrique, en fait une place de très-grande importance et de beaucoup d'avenir. — De près, Tunis perd un peu de son prestige; ses trois quartiers, le quartier maure, le quartier franc ou européen, et surtout le quartier juif, sont d'une propreté fort équivoque. Les rues, sur plusieurs points, sont étroites, tortueuses et malsaines; mais qui examine de loin la cité ignore ces légères imperfections inhérentes à toutes les villes africaines, et voit se dessiner en lignes élégantes, sur les collines, au-dessus de toutes les maisons, une foule de minarets et de coupoles qui produisent le plus bel effet. — La Kasha, qui domine à peu près toute la ville, est un monument remarquable; Tune de ses tours est couverte de sculptures et d'arabesques fort curieuses. — La Marse, résidence délicieuse que s'est choisie le souverain actuel, et le palais de ville du bey {Ùar-el-hey), ne le cèdent pas en luxe et en magnificence aux palais de nos plus puissants souverains d'Europe ; le Bardo^ qui s'élève à peu de distance de Tunis, est à la fois une demeure princière, une forteresse et une petite ville à part, destinée spécialement à l'armée ; d'autres tnonuments, disséminés dans les environs, sont aussi dignes d'une mention particulière : citons la Manouha et la Mohamédié, palais du feu bey, maintenant abandonné ; sur son emplacement l'on a trouvé des antiquités d'un très-haut intérêt et plusieurs tombeaux d'anciens évéques de Garthagc.

La chapelle de saint Louis. — Carthage. — Byrsa. Bizerte. — Les anciennes cités.

Une des premières excursions que ne noianquent jamais de faire les Français nouvellement débarqués à Tunis^ c'est une visite à la chapelle de saint Louis, construite, dit-on, à l'endroit même où mourut l'illustre souverain qui se flattait de voir : « le roy de Thunes se chrestienniser lui et son peuple ^ » Cette chapelle n'a de grand que son souvenir. Elle est assez médiocrement entretenue. L'on peut s'étonner, à juste titre, de l'abandon relatif dans lequel se trouve aujourd'hui ce monument. Les ruines de Carthage, disséminées dans le voisinage, sont toujours le point de mire des touristes et des archéologues; les investigations n'y sont pas aussi faciles qu'on serait, au premier abord, tenté de le supposer. Carthage, détruite par Scipion, fut remplacée par une ville qui se superposa à la première cité. De là, d'incroyables difficultés. Falbe, Reid et plusieurs autres savants distingués ont commencé à porter la lumière dans ce domaine si cher à l'archéologie. Vinrent ensuite des épigraphistes de grande valeur qui s'appliquèrent à relever la topographie de la capitale punique; parmi eux figure Dureau de la Malle. Tout dernièrement enfin, M. Beulé pratiquait des fouilles dans la ville de Didon et revenait avec des renseignements précieux sur l'antique Byrsa.

Voici donc ce qu'il résulte de toutes ces recherches r •^ Les murailles de Carthage longeaient la Médite^ ranée sur une vaste étendue. La partie nord-est se

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