‹ Peuples et voyageurs contemporains (volume 2)Chapitre 4 sur 45 · LES SALUTATIONS · texte numérisé non relu

LES SALUTATIONS

La yie^ ce duel que nous soutenons contre le destin jusqu'à la mort, comme Ta dit Méry, n'est qu'une longue suite de témoignages de respect, de bienséance et de soumission 1

L'auteur salue ses lecteurs d'une préface; l'orateur, ses auditeurs d'un exorde; les pauvres se découvrent devant les passants, les rois mômes devant leurs sujets; les militaires portent la main sur le front et présentent les armes en signe de salut; les navires se pavoisent et font retentir l'espace du bruit de leurs batteries ; les moines accueillent le jour en faisant monter au ciel leurs hymnes pieux; les chrétiens se prosternent devant l'autel, les païens devant leurs idoles, tous les hommes s'inclinent devant la mort.

Autant de nations, autant de variétés de salutations; le coup de chapeau et la révérence des Européens ont leur pendant chez tous les peuples; les uns se pen*

chent jusqu'à terre, les autres s'abordent avec une pantomine toujours d'autant plus grotesque à nos yeux qu'elle est plus nationale chez eux.

Les salutations ont des nuances souvent indéfinissables ; la distinction s'y révèle sous tous les habits, le caractère s'y reflète et s'y peint; l'homme impérieux et hautain conserve dans son attitude toute la roideur de son esprit, et le courtisan mesure la courbure de son échine à l'importance de la personne qu'il salue.

Le gentleman à la mode, le corps droit, le front négligemment penché ou légèrement ramené de côté, le pied en dehors, la jambe flexible, les coudes en arrière, la taille fortement cambrée, s'avance avec plus d'aisance que de grâce, e1, se plaçant avec son chapeau dans la position du solddt qui présente les armes, incline tout à coup la tête et croit passer pour un cavalier accompli.

Le sot vaniteux, d'après la judicieuse remarque de Petit-Senn, salue plus volontiers une connaissance en voiture qu'un ami à pied ; le parvenu ne salue personne; l'homme à parvenir salue tout le monde : les petits, afin qu'ils l'exhaussent; les grands, pour qu'ils puissent l'entraîner à leur suite dans les hautes sphères de la fortune.

La poignée de main britannique a fait le tour du monde; aujourd'hui, la révérence tend môme à battre en retraite devant sa victorieuse rivale ; on ne baise plus courtoisement les doigts délicats des dames, on les secoue familièrement, comme ceux du sportman ou du soldat.

Du temps de Molière, l'étiquette du salut était plus

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