LE MONT SAINT-MICHBL
Au fond du golfe de Saint-Malo^ s'élève le célèbre mont Saint-Michel. Depuis longtemps sa singulière position lui a valu une grande réputation. A la marée haute, la mer l'entoure, c'est alors une lie escarpée et scms bords; à la marée basse, il fait partie du continent. — Les voyageurs de Bretagne y arrivent par Dol et Pontorson, et les touristes de Normandie passent par Avranches, où l'on trouve un grand nombre ai} voituriers^ qui n'oublient jamais de vous faire les plue gracieuses offres de service.
On part donc dans un véhicule particulier, et, apr^s
voir traversé plusieurs villages frais et agréables, on entre dans la grùve, c'est-à-dire au milieu des sables qui précèflent de fort loin le mont Saint-Michel. La marche devient ' )rs pénible et lente, les chevaux se refusent à galoj^ o, et les cochers commencent à s'apitoyer sur 1% fatigue de leurs pauvres animaux, espérant ainsi se faire accorder une rémunération plus généreuse.
La route est presque entièrement dépoumie d'agréments ; la végétation est à peu près nulle : néanmoins le chemin est bordé de belles rangées de tamaris, que les poètes élégiaques ont souvent chantés. Leur feuillage léger et gracieux se balance mollement au gré du vent et invite à la mélancolie par son aspect sombre. De tous côtés, des ouvriers sont occupés à remplir leurs chariots du sable de la grève, sable fin et fécondant, qui se vend ensuite comme engrais dans les pays voisins. On aperçoit à l'horizon l'imposante silhouette du mont Saint-Michel, qui se dessine trop souvent sur un ciel brumeux; mais le voyage ne touche pas encore à sa fin : il faut franchir les sables mouvants, c'est-àdire la plage que baignent chaque jour les flots de la çier; alors commence véritablement l'excursion : les épisodes peuvent naître. Que de voyageurs ambitionnent quelques petits incidents, sans gravité, mais suffisants pour être racontés avec addition à table d'hôte ou dans les salons ! Du reste, ce trajet n'est pas toujours sans danger réel ; les exemples de catastrophes sont assez nombreux : la Sélune, petite rivière d'un cours capricieux, qui coule au pied du mont, entraîne les sables, les amasse, les refoule, les étend à son gré et rend parfois le passage périlleux. Lorsque je vis le
mont Saint-Michel, on me raconta que^ quelques mois auparavant, un jeune imprudent s'était engagé dans une mauvaise voie et qu'il avait c 'ï aru dans le? sables mouvants. Le lendemain, on ret ' ivaun chapeau qui flottait à la surface de l'eau. Ce at le seul indice de l'épouvantable mort du malheureux totfriste.
On ne doit donc pas traiter de pussillanimes les voyageurs qui se font accompagner d'un homme expérimenté ou d'un vieux routier du pays. Un bon conducteur a, pour ainsi dire, l'instinct de la terre ferme, il connaît surtout l'heure des marées, et a bien soin de vous faire passer au mont Saint-Michel lorsque la mer est basse. Je n'ai malheureusement pas joui de tous ces privilèges, et mon voiturier, peu familiarisé avec les heures du flux et du reflux, me fit justement entrer dans les sables à la marée montante ; sur cette plage uniforme et plate, la mer fait des progrès rapides ; dans l'espace de cinq à six minutes, elle s'avance presque d'un kilomètre; aussi fûmes-nous obligés de reculer devant l'inondation. Cependant l'œil scrutateur des guides nous avait aperçus des rochers du mont Saint- Michel; une barque fut immédiatement déléguée de notre côté, et, après une navigation rendue d'abord difficile par les bancs de sable et les courants de la Sélune, nous la vîmes approcher promptement de nous.
Un des guides, trouvant néanmoins la marche de l'embarcation trop peu rapide pour son zèle, se précipita résolument dans l'eau à notre rencontre et nous offrit gracieusement de nous transporter dans le bateau. Dames et messieurs, nous fûmes donc obligés de profiter du dos hospitalier du vigoureux indigène
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du mont Saint-Mîch'.l : cet homme est un des plos beaux types que j'aie .^ s; sa figure est mule, son œil fier et noir comm- -\ li de l'Arabe, son teint hâlé et basané comme celui ùu Maure. Ses muscles, endurcis par une vie laborieuse, se dessinent sur ses membres maigres et robustes. Il est inébranlable comme un roc; c'est la personnification du mont Saint-Michel, comme le Quasimodo de Victor Hugo était celle de Notre-Dame de Paris. Je ne doute pas que ceux qui ont visité, dans ces dernières années, le mont Saint- Michel n'aient remarqué cette curieuse et belle physionomie.
Après une traversée de courte durée, nous touchâmes au pied du mont, dont nous pûmes envisager la formidable position : de tous côtés se trouvent d'immenses rochers qui soutiennent les fondements de ce vieux monastère, converti depuis si longtemps en prison. L'antique monument repose sur un bloc granitique et s'élève avec majesté, en jetant à ses côtés des arceaux joints à des tours d'une architecture gracieuse; l'édifice est couronné par une chapelle surmontée d'une haute tour carrée, où s'agitaient autrefois les bras d'un télégraphe aérien. Il y a dans tout cet ensemble un aspect imposant et triste que ne dément pas l'intérieur.
Une unique rue, étroite, escarpée, conduit à un escalier rapide et tortueui, qui se termine à la grande porte de la prison. L'ascension n'est pas la course la plus agréable de l'excursion : v Cette grimpade est la chose du monde la plus fatigante qu'on puisse imaginer, » disait madame de Genlis.
Après les formalités d'usage, qui consistent à mon-
EXCURSIONS EN FRANCE. 33i
trer un passeport ou une perniission, le portier vous remet aux bons soins d'un gardien, homme aux moustaches épaisses^ à la voix forte, m la laillo. trapue et vigoureuse, qui s'empare d'un trousseau de clefs et vous fait passer dans un dédale de couloirs dont les portes s'ouvrent et se referment invariablement à double tour.
On a souvent parlé de l'horreur de la captivité au mont Saint-Michel. L'aspect de cette prison est-il yéritablement affreux? Est-on saisi d'une terreur instincrtive en se promenant sous ces longues voûtes? Une maison de détention n'inspire jamais la gaieté, mais le mont Saint-Michel n'est pas plus triste que les autres prisons de France. Que fait à un prisonnier d'être au milieu des mers, sur un îlot presque isolé, ou dans une terre magnifique où tous les biens sont en abondance? La liberté ne lui est-elle pas ravie dans tous les cas?
Les cellules sont boisées^ éclairées, et surtout solidement fermées. Le mont Saint-Michel avait autrefois un cloître, et il est très-présumable que les cachots d'aujourd'hui étaient les cellules d'autrefois.
a Le cloître, dit M. Le Hérichet, est l'originalité et l'essence de ce monastère ; il en est le résumé et en développe le caractère ; il en est l'âme et la plus haute expression. Si la zone inférieure représente le sein de la terre, la partie moyenne, la surface, la partie supérieure représente pour ainsi dire le ciel. » C'est, en effet, le joyau du monument; rien de plus imposant et de plus délicat que ces colonnades légères, que ces voûtes fouillées du ciseau le plus fin, que ces arabesques gracieuses, que ces corniches élégantes
et d'un goût exquis. Le cloître n'a pas encore abdiqué son air mystique : au con raire, l'imagination est tellement tran^rtée à d'autres temps, que l'on croit apercevoir de vénérables moines passant silen- ^, cieusement de Talitre côté ; le temps présent s'évanouit, on recule involontairement en arrière de plusieurs siècles.
Après avoir traversé pl'jsieurs couloirs j'entrai dans une vaste église dont le chœur est séparé de la nef par une grille ; l'architecture en est belle, mais il faut sans doute attribuer aux dévastations des années, et à certaines nécessités administratives, les irrégularités qu'on y remai*que.
Parmi les curiosités de Tantique édifice, il faut placer au premier rang cette salle obscure et froide qui a assisté à tant de drames, qui a entendu tant de cris de désespoir; nous voulons parler du cachot de la faim, où l'on faisait descendre, dit-on, les malheureux condamnés, par un trou que l'on voit encore aujourd'hui à la partie supérieure de la voûte. Aujourd'hui cette salle est convertie en bûcher; c'est aussi dans le même endroit que l'on hisse, du bas de la montagne, les provisions nécessaires, au moyen d'une roue que font mouvoir les prisonniers.
Madame de Genlis insiste surtout, dans sa description du mont Saint-Michel, sur la fameuse cage de fer : a II y avait environ quinze ans qu'on n'y avait mis de prisonniers à demeure, dit-elle, car on les mettait assez souvent '(quand ils étaient méchants, selon Texprèssion du gardien) pour vingt-quatre heures ou pour deux jours, quoique ce lieu fût horriblement humide et malsain. » Elle raconte ensuite la description de
EXCURSIONS EN f R* v- . 3?*^
cette cage, qui était formée avv •> v u>nni's biulu's, laissant entre elles r'esintervaL.'s .i jour de 'alargv'ir de trois à quatre doigts.
11 est une voûte à demi-obscure, terminée par un escalier qui a servi de modèle à un tableau de l'un de nos grand peintres : ce long corridor a été représenté dans un des actes de l'Opéra de Robert-le Diable, avec une vérité saisissante par l'habile pinceau de l'artiste.
Après une visite attentive de ce vieux monastère, le gardien nous fit monter, par un escalier en spirale, dans la grande tour carrée ; on nous montra ce qu'on appelle le tour des fous, c'est-à-dire une étroite terrasse sans parapet, qui ceint le monument ; les imprudents qui désirent jouer avec leur existence, ont le droit de tenter cette formidable excursion, en grand danger toutefois de trouver sur leur passage un Anglais flegmatique et enthousiaste, comme Jadis Œdipd et Laïus se rencontrèrent dans le défilé du mont Cithéron.
On arrive enfin dans un petit cabinet où les employés du télégraphe se livraient autrefois à l'exercice de leurs fonctions; en e£fet, nous touchons presque au faîte de l'édifice; on n'a plus qu'à gravir les marches d'une échelle, et Ton débouche sur une plate-forme d'où l'on jouit d'une vue admirable; un paratonnerre s'élance du monument pour le protéger contre la foudre.
Je revins nécessairement au village par le mâma es» calier, et je rencontrai un grand nombre d'Anglais oc* cupés à étudier les merveilles ou plutôt les curiusitâs du mont Saint-Michel : on dirait que les fils d'Albion
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ont conquis qu tiquer points de notre France; il est corlaiiis ^jîla.^•^^ qui ont toutes leur^ prédilections; plusieurs par ;es du département de la Manche sont recherchés p' de riches Anglais, qui s'y livrent à des excursions et â des études photographiques. Nos voisins savent beaucoup mieux voyager que nous; ils choisissent un endroit, qu'ils explorent et qu'ils connaissent complètement à la lin de la saison^ tandis que, emportés par une ardeur fébrile, nous. Français, nous voulons, en quelques mois, connaître les villes et les campagnes, apprécier les mœurs et les beaux sites d'une vaste contrée, faire de l'archéologie et de la peinture, de la géologie et de la botanique. Où aboutit-on? A ce célèbre proverbe :
Qui trop embrasse^ mal étreint.
Le village du mont Saint-Michel, sans avoir pris ses droits de cilé, est fier de posséder une mairie, une école primaire, et de jouir des autres privilèges accordés en France aux trente-sept mille communes. Deux hôtels, assez bien tenus, se disputent les voyageurs, et particulièrement les Anglais, dont on exploite partout la généreuse opulence. Quant aux autres maisons, elles sont, en général, plus que simples, et leurs habL tants sont de pauvres pêcheurs, qui se vêtent le moins possible; les bas semblent entièrement inconnus dans ces parages, et les sabots, qui remplacent les souliers dans certains pays, sont môme ici réservés aux grandes occasions : les pieds nus des naturels de l'endroit se familiarisent de bonne heure avec les rochers et les sables de la plage.
L'intérieur des habitations est^ il faut l'avouer^ d*une
complète malpropreté : les poissons destinés à la nourriture, les enfants en haillons, les chiens et les animaux parasites forment un mélange peu attrayant.
L'on peut connaître les mœurs des Esquimaux en étudiant celles des naturels du mont Saint-MicheU
LÀ GRÂNDE-CHARTREDSE.
Le Dauphiné et la Grande-Chartrèuse sont deux mots devenus inséparables; on ne peut visiter le département de l'Isère sans saluer le célèbre monastère de saint Bruno. — De Grenoble , deux routes conduisent au couvent : la plus courte/ la plus pittoresque, est celle du Sappay ; l'autre, assez longue, mais beaucoup plus accessible, est celle de Voreppe et de Saint- Laurent du Pont; l'on suit alors le Guiers-Mort, qui, malgré son épithète, ne s'en dirige pas moins avec la rapidité d'un torrent vers le Guiers-Vif, qui forme la frontière entre les départements de l'Isère et de la Savoie. Les paysages qui se déploient sous les yeux des voyageurs qui vont à la Grande-Chartreuse sont d'une imposante majesté.
On a trop souvent parlé de l'aspect grandiose des montagnes du Dauphiné, pour que nous cherchions à les dépeindre; de grands écrivains^ des poètes illustres ont trouvé dans le spectacle de ces profonds ra-
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\ins, de ces étroites vallées arrosées par des torrents écumants, dans ces panoramas si divers et si magnifiques, des phrases trop inspirées, des accents trop harmonieux, poiir que nous nous permettions d'entreprendre une description qui nécessairement rendrait faiblement toute la sublime majesté des Alpes Dauphinoises.
Aprôs avoir traversé de vastes forêts dont le faîte, balancé par le vent, produit un bruit assez semblable à celui du mugissement de la mer sur les galets, l'on découvre enfin, au pied du Granson (grand sommet), le n:onastère de la Grande-Chartreuse, dont le nom fut tiré de celui d'un petit village bâti sur le flanc de la montagne; le jeune conducteur de mulets qui vous a servi de guide dans les défilés de la montagne vous laisse à la porte du couvent, auquel on ne demande jamais en vain l'hospitalité. Un moine, à la robe blanche et à la barbe longue, vous reçoit avec affabilité, et vous prie, si vous êtes Parisien, de passer dans une salle spécialement réservée aux voyageurs de Vile de France; d'autres salles étant particulièrement destinées aux Provençaux, aux Languedociens, aux Bourguignons, etc.
L'entrée du couvent est expressément interdite auï dames, qui ont souvent, en dépit des prescriptions formelles, tenté de forcer la consigne, et y sont quelquefois parvenues; les Chartreux, dans ce dernier cas, en ont été quittes pour purifier leur demeure.
Les moines appartiennent à deux classes : les pères et les frères. Les premiers sont généralement instruits et doivent savoir au moins le latin; ils se livrent quelquefois à des recherches scientifiques, quoique bien
peu d'entre eux r ^'"-^ * i'o-id îea^l/l^^«r'thèque. Les frères s'occupent. des s lâ retraite et maison, — Les touristes, sous «fi < >iiduite d'un boa relîgieux peuvent faire M vis»/ o complète du monastère ; iis parcourent de longs couloirs, où ils entrevoient de temps à autre quelques Chartreux sortant silencieusement de leur cellule; au-dessus de chaque porte est écrite une pensée tirée de l'Écriture sainte. Après leur mort, les religieux ne laissent rien de leur passage sur la terre : seule, une croix sans inscription s'élève pendant quelques années au-dessus de leur tombeau.
Les cellules sont à peu près toutes pareilles : celles des pères se composent, en général, d'un petit couloir et d'une chambre à laquelle est attenant un cabinet de travail ou de méditation; d'une cave étroite, à demi-éclairée , où sont placés quelques instruments de menuiserie; enfin, d'un jardin de quelques pas de longueur, ayant pour tout horizon des murs d'une grande hauteur.
Les moines se réunissent aux heures des prières et des offices : leur voix, qui retentit alors en chœur dans le couvent, forme une de ces sévères et imposantes symphonies qui impressionnent profondément l'âme.
La Grande -Chartreuse actuelle est située à 1000 mètres au-dessus de la mer; l'ancien monastère était à 450 mètres plus haut. Le monastère fut fondé par saint Bruno en 1084. Six religieux s'associèrent d'abord à son œuvre et bâtirent à grand'peine, sur le peuchant escarpé de la montagne, une petite chapelle qu'ils entourèrent de misérables cellules; ils portaient jour et nuit un cilice, s'abstenaient, malgré
leurs raSes travaux, de toute ^ ture animale, cl vivaient oins matériels ^la mortification.
Kn 1296, le nombre des Chartreux étant assez con- ^ y rable^ on dut chercher un emplacement plus favo- : •i\À(i que celui qu'avait choisi saint Bruno ; le monas- [•■.0 fut donc transporté un peu plus bas. Depuis sa e.'t.vnde fondation, la Grande-Chartreuse a été huit fuis la proie des flammes; le dernier incendie eut lieu en 1676. A la révolution, le couvent fut saccagé; ses richesses, dispersées par les sicaires de Tanarchie, tombèrent pour la plupart entre des mains étrangères, et ne lui revinrent qu'en très-petit nombre lors de sa reconstitution en 1816. La bibliothèque de Grenoble possède encore aujourd'hui de précieux manuscrits, qu'elle ne parait pas disposée à rendre aux Chartreux, malgré leurs pressantes réclamations.
Des hommes, sinon illustres, du moins assez célèbres dans l'histoire ecclésiastique^ sont sortis de l'Ordre des Chartreux; six cardinaux, deux patriarches^ quinze archevêques et cinquante évéques portèrent le froc du moine chartreux avant d'arriver aux dignités de l'Église.
Chorier rapporte que Tancelîn, un des généraux de l'Ordre, qui vivait au xiii« siècle, se faisait obéir de ses religieux môme après leur mort. « Informé , dit l'auteur, que beaucoup de miracles s'opéraient sur le tombeau de l'un d'eux, et croyant qu'ils servaient plus à la vanité qu'aux bonnes mœurs, Tancelin commanda ' au défunt de n'en plus faire : les miracles cessèrent i l'instant. »
La Grande-Chartreuse est la maison-mère de toutes les Chartreuses.
Gervaft«>iL -gru T.airrr ' z::^=, lanm et hbês. U2> -rrr^»- - # chant ies iiûîiiîsr:^^ - gnr^es. 1 >«s 3c ^ - ^ —
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plcuw d'un tabl<»aL- h * 'tes .hniuo?, leurs flancs dtM Inîn»''6, leurs :. bres pî-'antt^sques, hideux qu.iid on ks contemple de trop piès^ sont admirables lorsque, îiu fond d un horizon \ap( leux, ils s'arrondissent et bc colorent dans une lumière fluide et dorée. »
: -^s AljHs de la Savoie présentent d^ sites en tous points comparables à ceux des Alpes de la Suisse ; sur leurs penchants se groupent de distance en distance quelques pauvres hameaux de bergers, et sur leurs rampes abruptes paissent des vaches et des chèvres qui font résonner au loin le son métallique de leurs clochettes. De temps à autre, Ton voit sortir, de quelque maison délabrée, des vieillards, des enfants qui tendent une main suppliante à l'étranger, et de malheureux êtres idiots qui font parade de leurs goitres hideux et s'efforcent d'exciter la oempassion.
Lorsque l'on tend ses pas duifûté de Chamonix, on manque rarement de s'arrêter au petit village de Se^ voz; ensuite commence le trajet le plus pénible : les chevaux ont beaucoup à souffrir de l'inégalité du chemin^ qui est taillé dans le roc. La nature prend un caractère éminemment sauvage : l'Ârve bouillonne au fond de la vallée, et les sapins qui s'étâgent sur le flanc de la montagne la dérobent sous leur épais feuillage. A l'opposé de la route, d'immenses rochers aux teintes verdâtres et violacées se dressent à une grande hauteur et semblent avoir été déchirés par les eaux. — A ce grandiose spectacle vient s'ajouter ce murmure que les poêtee ont souvent dépeint et que le vent produit en faisant onduler la tête des sapins avec la mcgestueuse régularité des vagues. Au milieu de
EXCvRSÏON" BN iHAw'.E.
ce demi-silence, la voie discordante Me la trompette du pâtre se fait souvent entendre et vient doucer^ent émouvoir l'imagination.
La vallée de Chamon x, resseirée entre le massif du mont Blano et la chaîne du Brévent^ s'étend sur une longueur d'environ vingt-quatre kilomètres. Si le voyageur a la bonne fortune d'arriver par un temps découvert, le spectacle auquel il assistera demeurera à Jamais gravé dans sa mémoire.
Sous les rayons du soleil^ le dôme du mont Blanc prend les nuances les plus diverses^ les plus éclatantes : il passe du rose pâle au rouge doré ou ponceau, et ses glaciers renvoient même au ciel mille feux éblouissants ; les quelques voiles légers qui s'attachent aux flancs de la montagne laissent filtrer les rayons lumineux qui s'éparpillent sur la masse argentée et y impriment des tons azurés de l'effet le plus admirable.
Le glacier des Bossons^ à une heure de Ghamonix^ s'avance jusqu'au fond de la vallée; a ses pyramides se montrent à travers les branches des sapins et des mélèzes. M. Bourrit a comparé ce glacier, pour sa blancheur et la coupe allongée de ses cristaux, à une flotte à la voile; j'ajouterai, au milieu d'un golfe bordé de vertes forêts *. »
Le village de Chamonix {Campus munitus) compte presque autant d'hôtels que de maisons; les étrangers^ principalement les Anglais, y abondent et s'y préparent à des excursions. La physionomie de ce petit endroit n'a pas de caractère positivement natio-