‹ Peuples et voyageurs contemporains (volume 2)Chapitre 7 sur 45 · LES TSIGANES, ETC · texte numérisé non relu

LES TSIGANES, ETC

De toutes les grandes nationalités que Ton rencontre dans la Turquie d'Europe, la moins nombreuse est celle des Turcs. Le fond de la population se compose de Grecs, d'Albanais, de Roumains, de Serbes et de Bulgares. Les uns appartiennent à la famille grécolatine, les autres à la famille slave. Ce qui frappe surtout, en étudiant l'ethnographie de la Turquie, c'est donc de voir des peuples fiers, bien doués, être soumis directement ou indirectement à l'autorité d'une poignée d'étrangers, qui ne sont guère puissants aujour-

d'hni que parce qu'ils oui été jadis redoutables, • qui, suivant Texpressioa de Chateaubriand^ semble: uniquement campés sur le sol européen.

Les Turcs, d'après l'opinion la plus communémer adoptée, ne se rattachent à la race blanche que ples femmes; c'est en entassant dans leurs harems Ii belles Circassiennes et les admirables filles de la Géo* gie qu'ils ont transformé leur type primitif, évideir ment mongolique plutôt que caucasique.

Groupés surtout au sud des bouches du Danub.

répandus sur quelques points de la Roumélie, disse minés dans plusieurs villes du littoral, les Turcs, de puis des siècles^ demeurent stationnaires. Leur nombre suit la loi fatale d'immobilité qui semble le^ avoir frappés. On peut à peine dire s'il diminue, mai^ on peut assurer qu'il n'augmente pas. Somme toute, les Turcs, en Turquie, ne s'élèvent pas à plus àc 2 millions, et les populations qui subissent leur régime gouvernemental comptent au moins 43 millions d'hommes ! Il est facile, en comparant ces chiffres, de lire dans l'avenir.

On a trop souvent énuméré les causes de la faiblesse de l'empire Turc pour qu'il soit utile d'y revenir. Ce qui manque aux Ottomans, c'est moins l'intelligeace individuelle que l'esprit administratif, que Taptitode pour la civilisation. Tout s'oppose chez eux aux pe^ grès des connaissances : leurs préjugés, leur relî| leur fatalisme. Ils ont de tout temps négligé ce | art, que les Romains possédaient à un si haut d'emprunter aux nations vaincues et d'adapter h \ propre usage ce qu'ils trouvaient chez elles d'ai? geux. Une fois maîtres du pays, ils ont sommeil

eux, tout s'y trouye : religion^ histoire, sdencesi lit rature.

Que d'exemples viendraient à l'appui, si l'on osr les citer I

Deux musulmans dissertent gravement dans un eu sur les grandes inventions de rOcddent^ dont un faib écho est parvenu jusqu'à eux :

— Sais-tu, dit l'un^ que les giaours savent allumt l'air (le gaz) et correspondre avec l'étincelle?

— Par Mahomet! répond l'autre. Je n'en crois rien mais il est facile de s'en assurer.

— Gomment cela?

— Consultons le Coran.

Et le grand livre est immédiatement interrogé.

n 7 a une dizaine d'années^ lorsque la photographia fit le voyage de la Turquie, les bons musulmans voulurent se mettre au fait de la nouvelle découverte et feuilletèrent en toute hâte le Coran. Ne trouvant rien qui répondit à leurs recherches, beaucoup refusèrent de se placer devant cette terrible lunette qui, en reproduisant leurs traits, leur paraissait «- peut-être à juste titre — prendre la meUleure partie d'euxmêmes. D'autres entraient résolument chez nos photographes, décrochaient le premier portrait venu appendu à la muraille et l'emportaient, persuadés qu'ils avaient leur propre image.

Si l'on veut être plus complètement édifié sur le degré de savoir des populations musulmanes, que l'on ait recours au magnifique ouvrage de M. Viquesnel, qui a vu les Turcs avec la bienveillance d'un écrivain de 4855, et qui avoue, néanmoins, qu'en 1851 il ne se trouvait pas 900 élèves dans les six écoler ie la Turquie !

Ahmed ou Mohammed-Balfadji; tantôt un rameur du sérail^ comme Khodj a-Ibrahim; très-souvent, comme Daltaban, le premier ministre ne sait ni lire ni écrire K

L'éducation populaire est à peu près nulle. Quant à l'instruction supérieure, elle existe en principe, mais en réalité, non. Cependant, quelques écoles spéciales fondées sur les méthodes françaises comptent quelques élèves : les Turcs y forment, à leur, façon, des médecins et des officiers.

La religion est-elle bien vivante chez les Ottomans ? — Non; elle n'est que superficielle. Les Turcs ont-ils un grand respect pour le clergé? — Non; nulle part, peut-être, il ne jouit de moins d'influence. — Que vénèrent donc les Osmanlis ? — Les hommes de lois, les gens de police et de justice, qui leur rappellent la bastonnade ^.

Honneur aux cadis, administrateurs de la police 1 honneur aux muftis, docteurs ou interprètes de la loil honneur également au cheihh-ul-islam et aux mollahs!

Quant aux imams (prêtres), ils n'ont qu'une trèsfaible autorité. A peine rétribués par les dotations des mosquées, pauvres, ignorants, confondus dans la masse du peuple, obligés souvent de recourir à des professions manuelles pour suppléer à l'insuffisance de leur revenu, ils sont relégués dans les derniers rangs du corps des ulémas. Ils se partagent en cinq classes : les cheiks, professeurs qui ont leur chaire dans une mos-

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