M. d'Escayrac
2. De tout cela, on peut conclure que nous sommes à la veille du moment où les nationalités relevant enfin la tète, les Turcs seront repoussés en Asie, d'où ils n'auraient jamais dû sortir.
quée ; — les khatibs, chargés de lire, au nom du Sultan, la prière officielle du vendredi, c'est-à-dire le khoutbé ; — les imams, auxquels est dévolu le service ordinaire de la mosquée, ainsi que l'accomplissement des cérémonies relatives aux mariages et aux funérailles; — les muezzins, qui, du haut des minarets, annoncent les heures de la prière ; — les kaïms, chargés du soin de l'intérieur de la mosquée.
Des maîtres passons aux sujets. Examinons de près cette foule de raïas qui, ravalés par les Osmanlis et traités en vil troupeau, n'en possèdent pas moins la suprématie intellectuelle.
Au premier rang se trouvent les Grecs, au nombre de 2,000,000, suivant M. Viquesnel; ils partagent avec les musulmans la môme atmosphère, le môme sol, la même demeure, sans se fusionner, du moins moralement, car les enfants d'une Grecque et d'un Turc sont toujours de petits Turcs.
La carte ethnographique de notre compatriote G. Lejean montre, mieux que ne pourrait le faire la description la plus détaillée, ce singulier amalgame de population. On y voit les Grecs occuper tout le littoral de l'Archipel, de la mer de Marmara et de la mer Noire, depuis le golfe Lamiaque jusqu'aux portes de Varna. La Khalcidique est leur centre principal : ils
rhabitent presque sans mélange. A quelques lieues^ dans rintérieur du continent, les Turcs forment, au milieu des Grecs, des espèces d'îlots. Pas de point de contact entre eux. Ils n'apparaissent nulle part agrèges les uns aux autres. C'est un archipel perdu au m'iieu d'un océan de peuples ; ou bien encore en dirait les épaves d'une grande nation, compacte en Asie, mais qui s'est brisée lorsqu'elle a voulu mettre le pied en Europe.
Les Grecs de la Turquie, d'après M. d'Escayrac de Lauture, sont intelligents, actifs, audacieux, sobres et économes. On leur reproche trop d'astuce, on leur reprocherait peut-être trop de crédulité et d'exaltation religieuse, si leur culte n'était pas un instrument de leur salut. C'est grâce à lui qu'ils ont su demeurer une nation et survivre aux ruines de leur empire.
Les musulmans les ont un moment entourés, opprimés, jamais écrasés. Les Grecs ont en eux cette sève du grand peuple qui ne s'éteint pas. De tout temps, on leur a accordé un esprit délicat, une intelligence raffinée, mais subtilement habile :
Timeo Danaos et dona ferentes.
Ces dispositions n'ont pas diminué au contact des Osmanlis. Forcés de vivre avec eux et ne pouvant être les maîtres par la force, ils ont voulu le devenir par la ruse.
Ces taches n'excluent cependant pas toutes nobles qualités. Ainsi, tandis que la plupart des Orientaux font de la femme tantôt une courtisane, tantôt une esclave, les Grecs lui ont accordé une place d'estime et d'honneur.
LES POPULATIONS « 1a T13-l'':t 9t
Si Ton demandait à la ^ciMrt i« Iiatutanu Ik ;* Turquie guel esi, soira^i eva, I^ 5lie le ja Un Turc répoodrail : îise <a^lv«>; Un Albanais : nn^ eseia:^* :
Un Serbe ou un Xcctézii^Tîa : ^oe Sfur'Ute-.
Un Bulgare : une euoyâ^ne; Un Juif : mie ocnnèse; Et un Grec : va. «cfiULrfs»
Kl
Aniroiis matafétunt ans Xlbanata ^a ^*r^fsin. celle race «kt mtr^ et i» î«>ir ii <»»'^ iiu * in^'ie dans les nioQ£a<r3és (te 1 vnwt *»! r iî*»nrf l^^nn»» .a Serbie jusqu'à la Gsi»». § à •«t iiu» >vini;*t*.ivi 'rv^jocrsTmie^ l6c;i:^cc» rieîr5r>^înîi». mai jr^ v n truviv ncté, c'est t;«ea ceCensL — ^lasii^nné yvir .'',t\fi^jyix\^ CaLDce, adfiiraat la rii^rr^ inr>ina >4ff ^mrni? i«* .4 gkâre qce par oa j«îii!iâat -une vm>? > >u a i,»> .-n^î^ prisaot les doccecars <i-:t âi^«p. frinnan? «uia .<cri>'v.«^ ta famne et ses enf^ta, '^irairr*. *, juouv^vV.it -Un* laTeogWDce,€rt;--iliacsîe34'?'>ir, a 17 ir»: t* ^^ y^^'»^ dlMXiDeor, crij.i 'îé l' air^aa^ aan^ir.. %iinr. .^i*/.»»«*.ir*t la carabine et léçé/t^ lA.bgu;a;.a, 'l.irr^ w»:v> 'iti Kli^hle^ semblera^ iaist^ U^j^ a^ ai... ,<^i i^ ^ <i >^Jr satîoOy â l'oo oe p*yrJilt jr»t-î>ir ^'^ r>«: liiî M«a réservé dans les gracuies q^ii^stkAft k^>r>ir:;^ ^"^ ^ résoudront un jixir en OâtaL
ha pajs de roontagneg col un fvmléfe ; ils con-
servent les mœurs. Comme les fleuves qui fécondent ce monde, la liberté descend des régions élevées : les Albanais, malgré leurs défauts, serviront d'instrument
la Providence.
Jusqu'à présent, à l'indépendance ils préfèrent le brigandage et la vendetta. Sans calomnier les Albanais, nous disait dernièrement M. Lejean, il faut avouer qu'il est imprudent d'exposer leur vertu à la tentation d'un coup de main trop facile. Leurs balles frappent trop souvent indistinctement l'ennemi ou l'allié, lorsque ses vêtements ou ses bagages paraissent neufs et de bon aloi. Quant à la vendetta, elle passe, acharnée, sanglante, de génération en génération.
Les femmes concourent, par leurs exhortations, à exciter la haine, à souffler la discorde. Elles n'en sont, du reste, pas plus honorablement traitées; les plus pénibles travaux leur sont réservés, et les cérémonies du mariage semblent consacrer les labeurs qui les attendent. Elles se mettent à genoux devant leurs maris, et, après avoir baisé leurs mains, elles déposent à leurs pieds un sac et une corde, emblème des soins qu'elles doivent prendre et des fardeaux qu'elles doivent porter.
Les Albanais sont organisés en tribus (phis ou phares). Les Tosques sont soumis à la Porte, de mûme que les Guègues du sud. Quant aux montagnards catholiques du nord, ils ne reconnaissent d'autre gouvernement que le leur ; ils ont un vèhil (représentant) auprès du pacha de Scutari.
On évalue à 1,500,000 le nombre des habitants de l'Albanie.
Étudions maintenant le Monténégro et la Serbie^
même pour le brigandage, afin de ne voir en c les représentants d'une grande idée rénovatri
A toute heure, les pères rappellent à leurs f toire des temps passés et la gloire des combal le toit le plus humble^ comme au foyer des cl vieillards racontent à leurs enfants les événen la fatale journée de Rossovo (15 juillet 1389), du détastre des Serbes et de la \ictoire des Tut après ce grand engagement, firent tomber so joug plus de dix millions de chrétiens. On c alors les bardes de la montagne chanter de h^ en hameaux ces paroles : « Les Monténégrins i donneront pas aux Osmanlis, non jamais I — 1 ne leur pardonneront pas^ eux qui tant de f craché à la barbe du Prophète I » Depuis, ce vengeance est devenu un chant national!
Peu importe aux Tsernagortses de triompt bravoure ou par ruse; la gloire est, suivant eu jours aux vainqueurs. Ils combattent de préféi la manière des guérillas espagnols ou des Kcb;] I]!jerdjera, c'est-à-dire à l'affût derrière les rocl doigt sur la détente des armes à feu ou le han( poings attendant le passage de quelque trou nemie.
Que de fois d'innocentes caravanes sont-ellc bées sous les balles infaillibles des défenseurs montagne I En temps de guerre, par conséquent p en tout temps, les Monténégrins transforment Ici trée en forteresse et ne permettent pas aux éti d'en franchir les limites.
Malheur donc aux voyageurs qui s'aventureij les défilés du Tsernagora I Néanmoins, il peut le
moins sauvage ni moins âpre que les habitants, il n'est pas un seul défilé^ un seul passage^ qui n*ait été témoin de quelque drame. On pourrait faire, en s'aidant des souvenirs des habitants de la montagne, la topographie sanglante du Monténégro.
Au milieu de tous ces événements tragiques^ en voici encore un. Il montre que, s'il est encore de par le monde des femmes Spartiates^ on les trouve au Monténégro.
Au lendemain de la bataille de Grahovo (1858), un honmie revint dans la montagne et annonça à une femme tsemagortse que ses deux fils avaient été tués. La malheureuse mère, sans perdre de temps, se rend dans la sanglante plaine, ensevelit elle-même les deux cadavres^ emporte leurs armes, et^ de retour chez elle, les jette aux pieds de son mari en disant : a Tes deux fils sont morts, et voilà leurs fusils : maudite soit ton âme si tu ne les venges pas ! » L'homme, sans répliquer, saisit son fusil, passe la frontière et arrive sur le terrain au moment où les Turcs, écrasés partout^ cherchaient à honorer leur défaite par quelques essais de résistance individuelle. Un groupe de Bosniaques tenait encore sous les ordres de Disdarévitch. Le Monténégrin percé droit à ce dernier, le combat, le tue, lui tranche la tète et la jette sanglante aux pieds de sa femme. « Eh bien ! mes fils sont-ils vengés? s'écrie-t-il. — Oui, répondit-elle, mon cœur est plein de joie ! »
Harceler les Turcs a toujours été un des plus chers passe-temps des Monténégrins. Celait, il faut bien en convenir, une des grandes ressources du budget de certains guerriers. Pendant longtemps, pour chaque
tête de musulman on recevait à Cettigne une prime^ comme nos paysans pour une tête de loup. Puis, un -vêtement venait-il à manquer, une carabine paraissaitelle vieillir, on descendait dans la plaine et l'on en rapportait des costumes neufs et des armes de rechange achetés à la pointe du yatagan ou avec quelque balle bien dirigée. L'espoir des razzias n'a pas peu contribué à entretenir la haine contre les Turcs.
L'histoire du Monténégro n'est, du commencement à la fin, qu'une longue énumération de combats et de vendetta. Un Code tout militaire régit les habitants ; tout y est établi en vue de la guerre. Depuis le règne d'Ivan (xv« siècle), il a été décidé que l'homme qui parlerait de traités de paix avec les infidèles serait puni du dernier supplice, et que le guerrier assez misérable pour manquer à la consigne, serait revêtu d'habits de femme et promené une quenouille à la main, pour être livré à la risée générale.
Du reste, ce châtiment, inscrit dans le Code, ne devait jamais être exécuté : il n'est pas un seul citoyen de la Montagne Noire qui ait failli à son devoir. — Ce fut Ivan le Noir qui fonda le monastère de Cettigne et qui éleva le Monténégro au rang qu'il occupe aujourd'hui ; ce prince entreprenant et 'courageux voulut marier son fils Maxime à la fille du doge de Venise : cette union projetée et qui échoua dans des circonstances très-singulières, a donné lieu à un pesma des plus curieux et très-populaire encore aujourd'hui; en voici le début dans toute sa gracieuse naïveté :
« Ivan le Noir écrit au doge de la grande Venise : « Apprends, ô doge ! que près de moi a fleuri le plus « brillant œillet, comme près de toi la plus belle rose ;
a veux-tu que nous unissions Foeillet à la rose? » Le doge vénitien répond favorablement, et Ivan se rend à Venise emportant trois charges d'or pour demander solennellement, au nom de son fils, la main de la belle latine. A la cour du doge, il prodigue son or en distribuant de riches présents, et les Latins conviennent avec lui que le mariage se fera aux vendanges suivantes. « Cher doge, dit en partant Ivan (qui cepen- « dant était un sage), cher doge, tu me verras bientôt « revenir avec une escorte de six cents garçons d'hon- « neur (svati) choisis parmi les plus beaux de mon « pays ; s'il y en a parmi eux un seul qui soit plus « beau que mon fils Maxime, ne me donne ni dot ni « fiancée. » Le doge enchanté lui serre la main et lui présente la pomme d'or, symbole d'hyménée. Ivan retourne dans ses États.
« Tout se présentait donc sous d'heureux auspices ; mais l'orgueilleux Ivan comptait sans la petite vérole, qui défigura bientôt après son superbe Maxime; le brillant jeune hcmme de la veille, qui devait éclipser tous ses compagnons, risquait donc, au contraire, d'être éclipsé par les Monténégrins les moins heureusement doués. Déiespéré de ne pouvoir répondre à son engagement, Ivan se renferme dans ses montagnes et ne veut plus entendre parler de fiançailles ; — cependant, le doge de Venise, étonné du silence du chef montagnard, lui envoie ce message significatif, quoique en langage figuré : « Lorsque tu enclos de haies une prairie, il « faut que tu fauches ou que tu l'abandonnes à un « autre, afin que son herbe fleurie ne périsse pas « sous la neige. Lorsqu'on a obtenu la main d'une «jeune fille, il faut la venir chercher,.. » Jaloux de
« visage, et avec le sang qui coulera de mes joues, « j'écrirai à mon père une lettre que mon faucon por- « tera rapidement à la grande Venise, et mes fidèles « Latins accourront pour me venger. »
« Le bouillant Maxime n'écoute que sa fureur, s'élance à la poursuite du beau voïvode Diouro, et le tue. — De là, grande rumeur dans la montagne. — Deux camps se forment; un combat terrible s'engage et les rares guerriers qui survivent, rapporte le pesma, marchent jusqu'aux genoux dans le sang des morts. Maxime, après avoir vu mourir la plupart des siens, s'enfuit vers Zabliak, répudie sa femme, gagne ensuite Constantinople, renonce à la religion chrétienne et se fait mahométan. Le Sultan l'élève aux dignités les plus élevées, le nomme gouverneur de Scutari et en fait un mortel ennemi du Monténégro. »
Depuis ces mémorables événements, les épées sont rarement demeurées in actives ; vainqueurs ou vaincus, les montagnards recommencent les hostilités. — De 1410 jusqu'à notre époque, ils furent plus de cinquante fois en guerre avec les armées turques. L'habitude des combats est tellement enracinée dans tous les esprits, que je ne doute pas qu'ils ne soient ainsi arrivés, à l'exemple des Albanais, à être cruels et farouches sans le savoir.
Ainsi, lorsque Daniélo se maria, on voulut fôter dignement le joyeux avènement de la princesse. Les sénateurs du pays et les autres dignitaires se réunirent et furent unanimes sur le choix du présent qui serait fait à la belle mariée. A cet effet, on envoya une troupe d'intrépides guerriers dans les territoires turcs. Le lendemain, lorsque la princesse se mit à sa fenêtre,
elle poosa un cri d'horreur et failli! s évanouir. La gracieuseté qu'on lui avait préparée n était autre qu'un chapelet de têtes turques fraich émeut coupéeû, et qui, pour récréer sa rue, a\aieut été placées sur la grande tour nationale de Cetlijrne.
Les Monténégrine sont peu nombreux: leur Lhiffre total ne dépasse jjas i 40,0i>0 îiommes : mair leur année n'en est pas moins, relati\ement. considérable; car, aux premiers cris de guerre, vi^jillards, enfants, femmes, tous prennent 1 épée et le mousquet pour défendre la montagne : cependant on peut é> aluer à 20,000 les Tsernagortses loujoui-s pr*'tt à combattre: le prince Daniéîo a beaucoup concouru à en autonenter le nombre ; avant lui, la force armée ne s élevait guère qu'à 12,000 honmies.
n y avait, dans ce céb'^bre vladika. Thomme daclion donblé du souverain s^mjjalliique: il savait à la fois inspirer de la confiance et rele^ er le nom monténégrin auxyeaï de l'Europe. Il était aimé de toutes les pojmlations serbes, qui le regarduieu! comme un futur libérateur. Le fait suivant, que nous extrayons de l'ouvrage de M. Delarue, montre à la foib le pieslLue qu'il exerçait et Tespèce de fanatisme de ceriLins moutagnards-
Vers le milieu de l^^JT. lev Turc- s étaient emparés de plusieurs villages de TH^rz'^^o^irje et en avaient chassé les habitants cbréliens. Le soir même de TeipéditioD, plu=ieuî^ soldais é' aient entrés dans une maison et s'y étaient fait apporter ô*^ vibres et de Teau-de-vie. A la lueur du foyer, 1er Turos aperçurent dans un coin un homme bîesré et comme endormi. — « Qui es-(D, lui criêrent-i^s? D'où viens-tu? ■ Le blessé se relève d*an bond et répond fièrement : • Je suis
LuUa VoukaloYitch de Rrouchevuza. • Puis^ s'empa* pant de la bouteille d'eau-de-\ie, il s'écria : « Je bois au glorieux Daniélo^ prince du Monténégro, Totre ennemi et notre sauveur! » Ayant que les Turcs, stupéfaits de tant d'audace et d'un tel sang-froid, eussent pu se servir de leurs armes, LuUa avait francbi la porte et disparaissait dans l'obscurité de la nuit
Le neveu de Daniélo^ le prince Nicolas, qui n'a pas encore assez régné pour pouvoir être jugé, a su, dès son avènement, se concilier l'affection de ses sujets en suivant la môme voie que son prédécesseur. Au moment d'être proclamé, il exposa nettement son plan de conduite, et il ne s'en est pas départi un seul jour. Ceux qui attendent beaucoup de lui n'oublient pas ses premières paroles : « Là où notre prince bien-aimé a marché, a-t-il dit, je marcherai. Ce qu'il a voulu, je le veux ; ce qu'il aime, je l'aime. Je réaliserai le glorieux avenir qu'il a préparé ! »
Que de faits on pourrait ajouter sur ces Monténégrins, qui, depuis quatre siècles, continuent presque sans relâche une croisade au sein de l'Europe ! Leur histoire, sombre et héroïque poème, n'est qu'une longue suite de luttes entre le despotisme ottoman et la liberté serbe; c'est le soulèvement incessant d'un peuple fier en dépit de l'oppression et qui se rajeunit par la douleur. Le feu qui les anime a passé dans l'âme de ceux qui les approchent. Aussi peut-on joindre aux Tsernagortses la tribu des Triepchi et quelques villages albanais, tels que Fundîne et Kotse, entièrement dévoués à leur politique. De môme les Uskoks, chrétiens d'Herzégovine, réfugiés au pied de la montagne, sont bien leurs frères par le cœur.
famille est uniquement fondée sur les liens chez eux, la parenté peul avoir pour base Ta Un homme se choisit un frère d'adoption (poô môme une sœur {posestrima). Cette amitié pr engagements solennels devant le prêtre (pope^, ce moment^ il n'est aucun péril -que le frère n*a pour son frère, il devient le défenseur naturel i sœur d'adoption. Quels que soient les événement serments ne peuvent être brisés. « On a vu, dit M. Thiers, des passions violentes, écloses après la nité jurée auprès de l'autel, rester muettes, < dans le cœur des jeunes gens.» C'est grâce à cette 1 stitution, organisée, au fond, en vue de la politiq que s'est conservé, chez les Serbes, l'amour de' liberté.
Comme jadis sur le mont Lycée, on chante encore dans les montagnes de la Serbie. La poésie et la musique y ont là pour interprèles des chantres qui ne connaissent ni la prosodie ni le solfège, mais dont les accents et la voix sont inspirés par un cœur qui palpite et par une imagination fougueuse. La plupart du temps, ce sont des hymnes guerriers que composent ces hommes, dont les moindres accidents de la vie sont étroitement liés à la politique; pourtant, à côté de la poésie héroïque, viennent se placer ces chants domestiques où l'esprit et l'âme parlent ensemble, et qui peignent mieux les Serbes que tous les livres d'histoire composés sur leur compte.
« Il règne dans cette poésie, dit M. Dozon, un sentiment de fraîcheur et de jeunesse, une naïveté sédolr santé de pensée et d'exécution. La nation s'y reûMlk bien telle qu'elle est. » "
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te PEUPLES ET VOYAGEURS.
Et un poisson, du milieu de Teau^ lui dit :
Fille simple et sotte, Le ciel est plus -vaste que la mer^ La mer est plus large que la plaine; Les yeux sont plus rapides que le cheyal; Le sucre est plus doux que le miel^ Et plus cher que le frère est Tamaot.
Les chants dialogues sont très-fréquents. Pi toiq'ours une passion ardente y circule. Le coi s'y produit aisément. Tantôt c'est un amant he tantôt une femme délaissée, tantôt deux Jeune qui s'aiment et qui roucoulent délicieusement c deux oiseaux sous la charmille; tantôt c'est une qui résiste aux sollicitations d'un pacha turc enlace de ses bras le cou de quelque montagn sa tribu.
En Serbie, les mœurs patriarcales sont encor vivantes que par le passé. Le pâtre, comme di temps antiques, conduit au son de la flûte chai les grands troupeaux de bœufs dans les plaine Bosnie. Il gravit lentement les montagnes à i qu'arrivent les chaleurs, et^ lorsque le soleil a d< la verdure, il s'élève d'étapes en étapes jus mousses alpestres. M. Henri Thiers, dans son ouvrage sur la Serbie, dépeint bien ces migrati riodiques des bergers-poètes; il dit avec rais< ces pauvres pasteurs sont les défenseurs des fai que leur cabane est ouverte à tous ceux qui soi
L'hospitalité est, en effets exercée par tous 1 bes. On assure même que les Jeunes filles son gées de veiller sur le sommeil des étrangers. H peuple qui croit en l'honnêteté des étrangers!
Quant à la population de la Bosnie, elle est à la fois chrétienne et musulmane. Les chrétiens, quoique belliqueux, se livrent à l'agriculture et au soin des troupeaux, tandis que les Bosniaques mahométans ont toujours les armes à la main et ne songent qu'à humilier les raîas. Les Juifs, assez nombreux^ s'occupent principalement du commerce. Les Tsiganes, id comme partout ailleurs, passionnés pour la vie errante, portent leurs tentes de bourgades en bourgades, de villes en yilles, prédisant l'avenir au peuple et ne prévoyant pas pour eux-mêmes les calamités qui les frapperont le lendemain. Mais ces misérables Bohémiens ne peuvent guère être rangés parmi les habitants, leurs coutumes nomades ne leur permettant pas de se dire les citoyens de tel ou tel pays.
Revenons aux Bosniaques chrétiens. Gomme les Herzégoviniens et la plupart des Serbes, ils allient une bravoure extrême à un culte obstiné pour les usages antiques.
« Cet entêtement, dît M. Gyprien Robert, les porte quelquefois à des actes de dissimulation et de cruauté qui ne sont nullement dans leur nature. Nés pour la poésie et la guerre, ils dédaignent la mollesse et le luxe; briller sur la terre par l'épée et par le chant, voilà leur ambition; la vie sans héroïsme, ils ne peuvent la comprendre. Toutefois, malgré ces grandes qualités, le Bosniaque est inférieur en intelligence aux Slaves du Danube et de l'Adriatique; il est moins éclairé, plus crédule, et souvent il discerne mal ses propres intérêts.
Vï
A Test de la Serbie et surtout au nord du I s'étendent les Roumains ou Moldo-Valaques, d rigine a été pendant longtemps l'objet de vives sions entre les ethnographes. Aujourd'hui la 1 s'est faite. Il paraît définitivement acquis que a tion descend des Daces soumis par Trajan et ro; par de nombreuses colonies.
Cette origine n'aurait jamais dû être contesté se révèle non-seulement dans la physionomie J l'organisation robuste, dans les traits mâles de pulation, qui offre une véritable analogie a^J Transtévérins, mais elle se montre également trd rente dans le langage^ dans les habitudes, dai institutions. Néanmoins, on ne peut mettre en i que les 'Slaves, les Kumans et les Patzinakite aient laissé aussi des traces de leur passage.
Un écrivain célèbre, M. Démidoff, prétend fl que, dans la Moldo-Valachie, le peuple est cou presque entièrement des arrière-neveux des Dac des Romains, tandis que les Slaves, venus en con rants dans le pays, forment la noblesse. Peut-être t-il un peu de partialité russe dans cette appréci ethnographique. Quoi qu'il en soit, quand bien m les Slaves seraient parvenus à se maintenUf'ian hautes sphères de la société, ils n'en aunlBKit moins subi l'influence du langage des Ri
40 PEUPLES ET VOl
l'ouest Les préjugêE^ de ea&te i classes se montrent hatiiames i pie, qui lui-même eat vusé, dépit de tout cela^ Us nous soi nous, enfants de rOccidenl.
rieuse du sang nous ks Taît-eU lasl quelques défïiut^ qu5 noii sont-ils un lien déplus qui les i
Si, au morale leur parenté au physique, la relation est au En Roumanie^ les hommes blon " que les bruns. Comme en Tran gaulois, barbare et lutin, a cm :
Une certaine poésie germe esi tu/ est vrai, par des chants infiniratvt que les pesmas, mais souvent empr^ n et enivranje volupté.
La ballade intitulée le Coucou et k fournira un exemple :
« Chère tourterelle, charmant pelîl i maîtresse jusqu'à dimanche.
— Pour vous, je ne dirais pas non ; miîi^ pour votre mère, qui est méchante cl me reprocherait sans cesse de vous aîmigr] trop vous caresser,
— Chère tourterelle, ne sois pas laisse-toi aimer par moi jusqu'à û\mm
— Non pas, coucou chéri; ir coûter; laisse-moi \ivre en p«*i formerai en un petit hpîn h et me cacherai dans la eendîo
— Quoi que tu fasses, quoi j
si dévot, que je me rendrai tous les jours à Vé*^ puis lundi jusqu'à dimanche, pourm'inclinoi les images saintes et pour te couvrir d'embrap? en sorte que tu ne pourras plus te défendre d • maîtresse, tourterelle chérie ! »
Somme toute, il y a dans cette ballade beaui mauvais goût et de mièvrerie ; c'est loin d'être dèle de littérature. M. Ubicini, si bienveillant ; Roumains et leur poésie, voudra bien me pai ce jugement. Malheureusement, dans ces chai fois langoureux, passionnés, sensuels, précieune voyons que trop percer le caractère national
Nous aurions aimé à faire l'éloge de ce peuple, avant tout, nous voulons être impartial. Le corn raczay nous semble également l'avoir été, t< i portant cette appréciation sur les Moldaves : « Cta-t-il dit, des hommes robustes et bien faits^ i d'intelligence, aptes à tous les métiers, suppléan leur adresse à Tabsence de manufactures, mai trop grand nombre, abrutis par l'ivrognerie et p penchant tout à fait déréglé pour l'autre sexe ; dessus tous ces vices, une paresse, une insoucii un esprit de routine incroyables ; des femmes bel fortes, très-gaies et très-aimables dans l'adolesci portent dans l'état du mariage les marques prén rées d'une vie laborieuse, sans joie et sans espoir
Ce tableau n'est pas flatteur ; mais, si nous en geons les choses de plus haut, nous voyons se disi ces taches, s'amoindrir ces défauts. La nation maine nous apparaît alors sous un jour plus favori nous n'apercevons plus en elle que le peuple dei à prendre une place importante dans les événem
fioa économe rappelle nos paysans du Limousi la Haute-Auvergne. Le Bulgare se contente d'u ceau de pain et d'une bouteille de raki. Son as va rarement plus haut. Il a les goûts modestes souhaite ni la splendeur, ni la gloire. Sa situd l'accepte sans se plaindre. Il n'a pas au-dessus; de noblesse qui le tourmente, sa terre lui appa son travail n'est pas obligatoire.
Tout en se trouvant heureux, il se permet po de former un souhait. Il aspire à payer aux i mans une somme moins forte pour le rachat tête et de celle de ses enfans, car chaque tête de est imposée de quinze à vingt piastres par an. Qi pauvre, il est très-hospitalier. Dans l'accueil qu aux étrangers, on voit môme percer un raffin poétique très-remarquable. Lorsque les voyageu sent^ on jette sous leurs pieds des poignées de frc comme pour leur dire : « Venez à nous, le paii est offert! » — S'arréte-t-on à c6té d'une fontaii Jeunes filles vous entourent et dansent en ch quelque improvisation rustique.
Des Bulgares passons aux nations secondaires, tête figurent les Zinzares, curieuse population c sée sur toute la surface de l'Albanie inférieure, Thessalie, de la Macédoine et de la Grèce con taie. Ce sont des hommes trapus et vigoureu
jniifu
fanf s, qui, loin de se fusionner, se sont isolés^ : les montagnes, soit dans les steppes. On les i encore aujourd'hui avec leur caractère distinc leurs mœurs, leur langage particuliers. Tels Turcomans, répandus au nord de la Khalcidiq Arabes, que l'on rencontre à peu de distanc mer, au sud de l'emboucliure du Danube, et les Magyars, en assez grand nombre en Rouma
Au milieu de toutes ces nationalités, la plus lière et la moins considérée de toutes est bic des Tsiganes ou Bohémiens, qui, se trouvât doute plus à l'aise en Turquie que partout aill atteignent le chiffre relativement considéra] 200,000. Les Tsiganes, composés probablemen rière-neveux de parias de l'Inde, excitent une sion trop justifiée par leurs instincts pervers et tés. Doués d'une intelligence assez développée, truisant au grand livre de la nature, jamais de écoles ; vivant au jour le jour, s'inquiétant p présent et de l'avenir, méprisant la mort, s'ex| volontiers au péril, dansant, chantant, exploit merveille la crédulité publique, passionnés pour pine, ils forment dans les principautés et en Bosni bourgades, des villages entiers. On les méprise, on les utilise. Ce sont souvent des forgerons ha! bien qu'en général des voleurs plus adroits enco
Le tableau ethnographique de la Turquie est un perpétuel contraste d'hommes et d'idées ; les pies chrétiens y coudoient les nations musulm^ les races asiatiques s'y choquent contre les races ropéennes, la liberté lutte contre le despotisme, l sommes là sur la terre des oppositions violentes.
Avant peu, Tavenir nous dira quel rôle chacun de ces peuples est destiné à jouer dans le grand drame qui constitue la marche de Thumanité et le progrès de la civilisation.