‹ Peuples et voyageurs contemporains (volume 2)Chapitre 9 sur 45 · LES JAPONAIS · texte numérisé non relu

LES JAPONAIS

Ce fut pour la première fois qu'au mois d'av des ambassadeurs japonais touchèrent le se France ; ce fait était d'autant plus remarqua Jusqu'alors, les Japonais s'étaient tenus compl à l'écart et avaient constamment refusé de ne relations diplomatiques et commerciales avec très nations. L'isolement était une des bases politique.

Ils entrent donc dans une voie nouvelle ; doit s'en réjouir, car il n'est pas en Asie de pe mérite plus d'être étudié. Les Japonais fora nation progressive, et c'est peut-être la seule a qui se civilise sans se corrompre.

Les voyageurs ont toujours admiré la reci leur Jugement, l'élévation de leurs seatimeni prodigieuse facilité.

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St PEUPLES BT VOYAGEURS.

sous les jeux des fac-smile exacts et fimctkHmml i merreille.

Un Chinois aurait-il jamais inrenté un pireil stntkgème artistique?

Les Japonais ont one dngulière aptitude pour U& langues et pour les sciences mathématiques. Plusieuis d'entre eux parlent bien le français ; il n'est même pis rare de voir des jeunes filles connaître passablemeat plusieurs dialectes d*Enropc et lire le hollandais à livre ouTcrt Les sciences ont aussi panni eux d'ardents disciples qui s'efforcent de se tenir au courant des découvertes de notre monde. Ainsi, il y a quelques années, le taîcoun (vice-roi) envoya au capitaine du na^ vire hollandais en station à Nagasaki une liste détaillée d'ouvrages et d'instruments de précision qu'il lui recommandait de lui rapporter d'Europe à son prochain voyage. Cette nomenclature était fort explicite : le taîcoun désirait, entre autres, un sextant de fabrique anglaise, et le fameux ouvrage de la Méc<miqu£ célcsi\ de Laplace.

Au Japon, dit malignement H. Léon de Rosny, 1< personnages des closes les plus élevées ne dédaignei pas de passer pour savants. Quelques-uns d'eatre ei méritent ce titre dans toute Tacception du mol. prince de Satsouma, l'un des plus puissants vasss de l'empire, raconte M. le marquis de Moges, est 11 versé dans la connaissance de nos sciences exac Se trouvant un jour avec des officiers de la xaai hollandaise, il leur demanda ce qu'ils pourraient apprendre de l'application de la photograpliie aii:^ servations barométriques. Cette question décom: singulièrement les marins, car ils ignoraient qu'à

LES JAPONAIS. Si

servatoire de Greenwich on faisait usage d'appareils photographiques pour constater d'une maniiNre plus rigoureuse les yariations du baromètre, du thermomètre et de l'hygromètre.

Pendant que le reste de TOricnt demeure presque enseveli dans la léthargie, le Japon marche; — il étudie, il écoute, il comprend, il imite. Notre guerre d'Orient vient de trouver des historiens dans Tempire du Soleil Levant. Il a été publié tout récemment à Yédo un bel ouvrage sur nos victoires en Grimée.

Notre histoire n'est donc pas lettre morte pour les Japonais ; ils en savent non-seulement les principaux traits, mais en apprécient également les détails. Ce savoir n'est pas, comme en Chine, l'unique partage d'une classe lettrée. Le premier homme que virent l'amiral Cécille et ses marins fut un pilote, simple homme du peuple, qui leur demanda si le grand empereur Napoléon était mort, oui ou non, à Sainte-Hélène, et qui parla sans prétention des plus célèbres campagnes du héros. Du reste, l'empereur Napoléon I*' a plus d'un admirateur dans l'extrême Orient, et son buste se trouve dans toutes les galeries des riches amateurs.

Le degré de supériorité d'un peuple se reconnaît à l'estime qu'il fait de la femme et au rôle qu'il lui accorde. Seul de tous les pays de l'Asie, le Japon considère la monogamie comme une des conditions essentielles au progrès de la société. On a dit avec raison que, dans l'Asie musulmane, des légions de jeunes filles perdent dans l'enivrement des harems toute la poésie et les saintes aspirations de leur cœur, tandis que la femme, au Japon, forte par renseignement

éleré qu'elle reçoit dès la première jeunes80| i s'associer anx traraux intellectuels de rhoo elle est la noble et digne compagne.

Au lien de compter, comme dans l'Inde et la < au nombre des objets mobiliers du maître, ellÉ iT^ considérée par l'honmie conmie son égale et son Wlt - Bien plus, la loi^ comptant sur l'influence qa9 I femme doit aToir sur son époui^ la rend soliddR ment responsable de ses actions. S'agirait-il xoèXB* de la peine de mort, la législation ne lui ferait poio' grâce.

Les Japonais sont fiers de leur race et de leur patrie. Voici comment s'exprime, à cet égard, un de leur^ écrivains :

« Dans notre pays, dit-il, les cinq grains abondent : les habits, les richesses de toutes sortes en font un royaume beaucoup plus riche que les autres. Le yenl et l'air y sont très-purs; les usages, l'esprit de concorde et la bonté du cœur y sont remarquables : les hommes y remplissent leurs devoirs. C'est pourquoi notre empire est appelé^ dans les livres de la Chine, le royaume des sages, et c'est très-juste. »

Malgré leur caractère pacifique, les Japonais sont fort sensibles^ fort chatouilleux sur le point d'honneur. L'individu blessé par quelque parole ne cherche pas à se venger sur celui qui l'a offensé, mais se hâte de se suicider pour ne pas survivre à l'affront.

L'idée du hara-kiri ou suicide est si profondément ancrée dans la nation^ que les Japonais se font un jea de la mort. A la première occasion, ils tirent leur épM • et s'ouvrent le ventre. Deux soldats se rencontrent nÊ un chemin^ leurs sabres se touchent; ce serait unft^

LES DEUX EMPEREURS DU 3i

Le Japon possède deux empereurs. Ces deux I rains sont le mikado ou empereur spirituel, qui Mi à Myako, et le taîcouriy qui siège à Yédo.

Dans l'origine, le Japon avait pour unique chefl mikado ; mais d'adroits lieutenants généraux, les futurs taïcouns (dont la politique fut à peu près comparable à celle de Pépin d'Hérislal et de Charles Martel), parvinrent à le dépouiller de toute son autorité, eii suivant une tactique à peu près infaillible. Ils témoignèrent à leur souverain le plus grand respect, le comparèrent à une divinité, lui firent comprendre qu'un dieu ne peut pas s'abaisser jusqu'aux préoccupations vulgaires de la direction des affaires^ et le transforma rent peu à peu en ridicule idole.

A partir de celte époque, il y eut, au Japon, deux puissances, dont Tune^ celle du taïcoun^ fut absolaei

jour et nuit^ on se prosterne à ses pieds comme de- Tant une divinité incamée ; mais là se borne tout son pouToir.

n n'existe peut-être pas au monde de souTerain plus honoré et plus esclave : qu'on se figure un malheureux prince qui n'a pas le droit de faire usage de ses pieds, parce que toucher le sol serait souiUer sa sainte personne, et qui ne s'expose pas aux rayons du soleil^ parce qu'un empereur tel que lui pourrait éblouir l'astre du jour lui-même; les mikados peuvent même à peine faire des mouvements sans effrayer leurs sujets^ et cependant^ depuis quelques centaines d'années^ les Japonais se montrent moins scrupuleux que leurs devanciers sur ce point important; autrefois, les empereurs devaient demeurer immobiles pendant quelques heures de la journée devant une foule attentive à suivre l'impression de leur visage, les mouvements involontaires de leurs yeux^ etc.^ ce qui était pour la foule autant d'augures. Remarquait-on que la tête sacrée du mikado s'inclinait du c6té du nord, l'on s'attendait à apprendre d'un moment à l'autre les nouvelles les plus désastreuses des provinces septentrionales ; le contraire avait-il lieu^ l'on déplorait les malheurs qui devaient^infailliblement frapper les provinces du sud.

Un jeune mikado plein d'impatience jeta l'effroi dans l'empire en ne demeurant pas une minute en place. On crut que des tremblements de terre, des calamités inouïes allaient renverser de fond en comble le bel empire du Soleil Levant; A partir de cette époque^ les prêtres jugèrent convenable d'abolir cet usage, qui pouvait altérer la foi des Japonais; les mikados

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