‹ Peuples et voyageurs contemporainsChapitre 11 sur 39 · LES NET.' F RANGS DE MANDARINS · texte numérisé non relu

LES NET.' F RANGS DE MANDARINS

En Chine, il est établi que l'instruction doit ouvrir toutes les portes et faire arriver aux plus hautes fonctions. On ne naît pas mandarin, comme chez nous prince ou marquis, on le devient en subissant des examens souvent très-sévères. «Les candidats, dit M. Callery, qui font preuve de plus de connaissances sont promus à des fonctions plus ou moins élevées, suivant le degré qu'ils ont déjà dans la hiérarchie littéraire, laquelle compte, comme en Europe, des bacheliers, des licenciés, des docteurs et des académiciens »

Seulement, il y *a des passe-droits : l'argent et les protections permettent souvent d'acquérir le titre de mandarin. Les riches illettrés parviennent ainsi a gouverner et a porter à leur chapeau l'insigne tant envié, le globule de corail.

Les neuf rangs de mandarins se commandent tyranniqucment entre eux : un mandarin de neuvième rang est à peu de chose près l'esclave d'un mandarin d'un rang supérieur, tandis que le mandarin de première classe, toujours homme d'une capacité reconnue et d'un savoir fort grand, est souvent impitoyablement traité par l'empereur, qui peut lui faire donner la bastonnade d'un instant à l'autre; — les mandarins, comme leur nom l'indique (mandar, en portugais ordonner), commandent et font l'office de grands justiciers, de préfets et de généraux. Leur titre en chinois est kouàn.

Deux mots résument toutes leurs préoccupations : commander tyranniquement les faibles et plier devant les supérieurs.

Lorsqu'un mandarin se promène, il se fait accompagner de plusieurs bourreaux, et livre aux derniers supplices qui bon lui semble. Il faut qu'on se range à son approche, et si, par malheur, on n'a pas obéi à toutes les formalités qu'exige l'étiquette, on est immédiatement assommé. Deux mandarins qui se rencontrent, se saluent en trois poses et se courbent presque jusqu'à terre. Depuis le premier échelon jusqu'au dernier, la vie des citoyens n'est qu'une existence de génuflexions et de bassesses continuelles.

« Les mandarins, a dit avec raison Malte- Brun, sont loin d'être ce que Voltaire a prétendu en faire : ce ne sont pas des philosophes occupés à contempler les beautés de la religion naturelle, qui, après s'être élevés au-dessus des passions humaines, veillent paternellement sur la vertu plus fragile de leurs frères ; ce ne sont pas non plus des patriotes qui gardent avec intégrité et défendent avec énergie le dépôt sacré de la liberté et de la justice publique ; ce sont tout simplement les satellites d'un despote absolu. Mal salariés, ils vivent du produit de leurs vexations. »

Un mandarin ne peut résider que trois années dans la place que lui accorde le gouvernement ; ce système est d'une adroite politique ; un homme qui réside si peu de temps dans le mémo endroit peut difficilement se faire un parti assez puissant pour inquiéter sérieusement le pouvoir impérial. Au point de vue de la tranquillité gouvernementale, cette institution est un acte de haute prudence ; mais, au point de vue du bonheur du peuple, cette organisation est déplorable.

« La qualité que les mandarins apprécient le plus dans leur carrière, dit à son tour M. Callery, c'est la

ruse ; le vice qu'on est le plus en droit de leur reprocher, c'est la cupidité. Peu soucieux du bonheur de la population qu'ils ne doivent administrer que pendant trois ans, leur unique pensée est d'extorquer de l'argent, et, dans cet exercice abusif de leur pouvoir, ils sont énergiquement secondés par des valets du tribunal et par les agents de police, véritable fléau, non pas pour les malfaiteurs, mais pour les gens paisibles, qu'on peut impunément voler. »

La plupart des nations ont des marques de distinction qui signalent au respect général les principaux citoyens : en Polynésie, un sauvage tatoué sur la face et sur le corps est un homme éminemment courageux, ou, ce qui est équivalent, féroce dans le combat et implacable envers ses ennemis. En Europe et dans les contrées appelées civilisées, un ruban ou quelques brillants en forme de croix vous désignent comme preux ou homme de mérite; la Chine n'a pas admis les tatouages et les croix comme emblèmes d'honneur, parce qu'à ses yeux les sauvages et les Européens sont des barbares également méprisables : elle a pris les boutons comme signes honorifiques, et décore le chapeau de ses mandarins de globules de toutes les couleurs.

Les mandarins de tout l'empire se divisent en neuf rangs, dont chacun comprend deux classes généralement gratifiées des mômes insignes.

Des mandarins de premier rang, les uns portent au sommet de leur bonnet officiel une pierre précieuse rouge et les autres un globule de corail ; les premiers sont les grands gouverneurs, les plus hauts dignitaires, les membres du conseil privé ; les seconds sont les

vice-précepteurs et les grands informateurs de la droite et de la gauche, ne relevant que de l'empereur.

Les mandarins de deuxième rang ont pour insignes une pierre précieuse inférieure rouge ou un globule de corail ciselé en forme de fleur; leur charge est principalement la direction des provinces.

Les mandarins de troisième rang ont une pierre précieuse sphérique bleue. En font partie : les censeurs ou informateurs impériaux, les grands intendants, les grands référendaires près du conseil privé, etc.

Les mandarins de quatrième rang portent une petite pierre précieuse bleue ou un globule en verre de même couleur; ils ont des fonctions analogues à celles des mandarins de troisième rang, mais ne viennent qu'en second.

Les mandarins de cinquième rang ont pour marque honorifique un globule de cristal blanc ou de verre; parmi eux, on trouve les messagers de l'empereur, les huissiers introducteurs, les archivistes, des sous-préfets d'arrondissement, etc.

Les mandarins de sixième rang ont un globule en pierre précieuse blanche; on remarque dans cette classe les principaux membres de l'Académie de musique, des lecteurs impériaux, des prêtres, des compilateurs, des secrétaires, des sous-préfets adjoints, etc.

Les mandarins de septième rang ont un globule d*or ou doré. A cette classe appartiennent la plupart des greffiers, les récitateurs de prières dans les sacrifices, les chefs de canton, les secrétaires de la carrosserie impériale, etc.

Les mandarins de huitième et ■ neuvième rang ont les mômes insignes que ceux du septième. Au premier

de ces deux rangs se rattachent les médecins impériaux, les historiographes, les chefs des institutions littéraires, certains membres de l'observatoire impérial, les prêtres bouddhiques nommés kio (d'une vertu manifeste); — au second, les traducteurs, les assistants officiels des sacrifices, les geôliers du tribunal des peines, des inspecteurs, quelques astronomes môme.

Cette hiérarchie de mandarins a pour base la justice ; elle repose véritablement sur le mérite individuel : « Userait, a dit M. Pauthier, difficile de trouver dans le monde un État où la capacité et le travail aient autant d'accès à tous les emplois publics, môme aux plus élevés. »

Toutes les charges appartiennent de droit aux mandarins : ils ont la direction des provinces et celle des armées ; ce sont les mômes examens qui conduisent à ces deux emplois. On pense en Chine qu'un habile administrateur et un savant profond peuvent être également d'excellents hommes d'épée.

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