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ARMÉE

L'armée chinoise compte environ un million d'hommes; on s'est plu à exagérer le nombre des troupes du Céleste-Empire, et des chiffres prodigieux ont été jetés comme épouvantail; des documents officiels ont fait monter l'armée chinoise à 1,263,000 hommes, et les marins à 31,000. Il y a, dans cette multitude de combattants, des Chinois, des Tatars, des Mandchoux, des Mongols; les Mandchoux sont les meilleurs soldats.

Les canons sont très-lourds, mais portent très-loin. « Les Chinois ont, dit M. de Moges, une singulière manière de combattre : ils agitent des drapeaux rouges

ou jaunes, pour défier les ennemis, les provoquer au combat et se donner à eux-mêmes du courage. Ils ont des fusils à mèche et d'énormes carabines ou gin ghah, de sept pieds et demi de long, qu'ils mettent en batterie ou qu'ils manœuvrent à deux : l'un soutient le canon sur son épaule, l'autre vise et met le feu. Ils lancent en outre des flèches et des flèchesfusées.

« Les soldats tatars, considérés comme les plus redoutables, ont des armes antiques et un costume qui, au dire d'un voyageur, rappelle celui des soldats de Timour et de Djenghiz-khan ; ils portent un chapeau rond, un écusson sur la poitrine; une cartouchière à la ceinture; un long fusil et des flèches. Comparés aux Chinois, ils sont des héros; ils inspireraient la crainte, si on ne les avait jamais vus à l'œuvre sur le champ de bataille; ils sont pour la plupart grands et robustes. »

Les troupes, dit un missionnaire, marchent dans le plus grand désordre, comme une bande de vrais brigands; elles sont toutes armées de lances et de fusils à mèche. Chaque soldat porte en outre son parapluie et sa lanterne. Un Européen peut brûler au moins vingt cartouches avant que le Chinois ait tiré un seul coup... Pour expédier quelques soldats, il est incroyable combien l'on vexe de familles; car il ne faut pas croire que le fantassin chinois marche à pied : non, il lui faut un char. Le cavalier, à son tour, serait trop fatigué s'il allait toujours à cheval : il lui faut aussi un char. Enfin, le coursier belliqueux lui-même ne sait pas porter sa selle : pour traîner ses harnais, il lui faut encore des chars; si bien que, pour le départ de

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trois cents militaires, il y a souvent mille hommes de corvée.

Ce n'est pas tout, les prétendus défenseurs de la patrie sont presque autant de brigands qui pillent l'honnête citoyen jusque dans sa maison.

Les soldats d'élite de l'armée impériale sont les tigres, dont le costume zébré rappelle en effet celui des animaux dont ils portent le nom; ce sont les clowns de l'armée chinoise, et non les guerriers les plus intrépides ; ils sautent, ils bondissent avec une agilité, une souplesse surprenantes. Les mandarins prennent plaisir à leurs singulières évolutions, et il n'y a pas de fête sans manœuvres de tigres.

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