COMMERCE
Les Chinois forment un peuple essentiellement mercantile; ils ont une entente merveilleuse du commerce, et surtout du trafic; ils y apportent, avec leur subtilité naturelle, un esprit d'ordre, un jugement sûr, une grande aptitude pour tout ce qui est chiffres; il est rare qu'un Chinois s'appauvrisse en commerçant, car son économie, sa prudence, le mettent à l'abri des grands revers de fortune.
A Singapour, cette île anglaise d'une si grande im-
portance où se coudoient les cinq parties du monde, les Chinois se donnent rendez-vous comme les enfants de l'Auvergne, dans nos grandes villes; comme eux, ils vont chercher fortune, aussi peu chargés que Bias, et, suivant une expression célèbre :
Logeant le diable en leur bourse.
Ils vendent des pastèques et des cannes à sucre, vi' vent avec une sobriété de cénobites, et entassent peu à peu de petits sacs de monnaie. « C'est une maxime économique, a dit La Mothe Le Vayer, que le vrai moyen de s'enrichir ne dépend pas tant de s'enrichir beaucoup, que de ne point faire de fortes dépenses. » Les Chinois le savent d'instinct. Plusieurs Cantonnais, arrivés à Singapour dans la plus complète indigence, sont aujourd'hui à la téte des grandes entreprises commerciales de la place ; ils ont sous leur direction des commis anglais, et, malgré leur haute position, leur costume ne ferait en rien supposer leur brillante fortune. La véritable force des Chinois, c'est la persévérance. Ce mot est un de ceux qui soulèvent tous les obstacles et expliquent des succès qui semblent au premier abord tenir du prodige.
Le commerce de l'intérieur de la Chine est immense. Les cours d'eau navigables, les canaux qui serpentent dans un grand nombre de territoires du Céleste-Empire, favorisent puissamment les relations commerciales. Les bateaux chinois semblent avoir plus en vue la sécurité que la rapidité. Quant aux vaisseaux, ce sont des machines énormes, sans proportion, mais portant des charges prodigieuses. Les deux gaillards sont fort élevés, les mouvements du
navire sont pénibles et lents; il est bien rare qu'une jonque chinoise résiste à un violent typhon.
Les provinces échangent entre elles des grains, des métaux, des sels, et beaucoup d'autres produits artificiels et naturels. Le gouvernement fait lui-même le commerce, en conservant, dans les greniers affectés aux divers chefs-lieux, l'excédant des grains qu'il reçoit en impôt, et en les vendant à ses sujets dans les temps de disette. Il existe aussi en Chine une foule de maisens de prêts sur gage, dont une partie appartient au gouvernement. Suivant Timkovski, le prêt ne dépasse pas ordinairement trois dixièmes du gage déposé ; le taux d'intérêt est, par mois, 2 pour 100 pour les dépôts d'habillement, et 3 pour 100 pour les dépôts de bijoux. Dans le code mandchou, le taux légal de l'argent, en Chine, ne peut dépasser 3G pour 100 par an. A Canton, il varie ordinairement de 22à 18 pour 100*.
Le commerce extérieur sera sans doute un jour beaucoup plus considérable qu'il n'est aujourd'hui. Cependant les affaires commerciales de la Chine avec les nations étrangères ont pris beaucoup d'accroissement depuis le traité de 1842, qui a ouvert aux navires européens, outre le port de Canton, ceux de Hia-men, de Fou-tcheou, de Ning-po et de Chang-haï, et qui a fait céder à l'Angleterre l'île de Hong-kong. Depuis longtemps déjà, les Portugais y avaient Macao.
Par une situation singulière, nous continuions à commercer avec les Chinois alors même que nous avions commencé à les combattre; momentanément, cependant, la gnerre a été la cause d'un grand ralen*