LE JOUR DE L'AN EN CHINE
Chez les Chinois, le Soon-nin, c'est-à-dire la féte du retour de l'année, est célébré le 12 février de notre calendrier. Pendant les dix derniers jours qui la précèdent, les Chinois abandonnent leurs affaires, les mandarins leurs charges, les ouvriers leur travail; les tribunaux sont fermés, le service des postes est interrompu. Les créanciers cherchent à recouvrer les sommes qu'ils ont prêtées : ils poursuivent les débiteurs dans leurs derniers retranchements, car tous les comptes doivent être réglés avant la fin de Tannée. Mais, la justice ayant perdu tout son pouvoir, toute son autorité pendant les jours qui précédent le Soon-nin, les débiteurs combattent à armes égales leurs créanciers, et parviennent souvent à éviter leurs poursuites. La plupart du temps on termine les contestations à l'amiable.
N'obtenant aucun résultat par de doux procédés, quelques créanciers finissent par employer un moyen sévère, mais presque toujours efficace; ils font stationner à la porte de leurs débiteurs des troupes de mendiants (on sait qu'en Chine tout homme qui mendie a des droits au respect). Le voisinage de misérables couverts de plaies et de haillons devient insupportable aux débiteurs, qui, de guerre lasse, soldent définitivement leurs créanciers.
A minuit, heure où l'on entre dans la nouvelle année, on fait partir des feux d'artifice de tous les points de la Chine : chaque individu devient artificier et brûle de la poudre autant que ses moyens le lui permettent. Les maisons des mandarins sont illuminées : des pièces d'artifice, attachées devant leurs portes à de longues perches, parlent pendant un quart d'heure avec de fortes détonations. — Les Chinois pensent qu'il ne peut pas y avoir de véritable fête sans bruit.
L'année sera malheureuse, dit un proverbe chinois, pour celui qui ne portera pas de vêtements neufs le jour du Soon-nin. — Les Chinois se croiraient donc au dernier échelon de l'infortune s'ils ne pouvaient se parer de nouveaux habillements pour le jour de l'an; ils vont môme, lorsque l'argent leur manque, jusqu'à devenir criminels pour ne pas faillir à l'usage; on a vu d'honnôtes gens pousser les scrupules et l'obéissance passive aux règles de la coutume jusqu'à dérober les habillements d'autrui.
Pendant les deux ou trois jours qui suivent le Soonnin, les Chinois se livrent aux jeux, aux divertissements de toutes sortes, aux feslins et aux spectacles. Tous les habitants se rendent des visites : on adresse