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LA COCHINCHINE

être la source d'immenses richesses. — Des hommes dont les jugements font autorité, M. de Montigny, M. de Grammont, M. E. Cortambert, M. H. Bineteau, et beaucoup d autres écrivains qui ont donné des descriptions de ce pays, assurent qu'il réunit des conditions très-favorables pour un établissement.

Ces conditions sont faciles à apprécier : — les produetions végétales y sont très-multipliées ; — les animaux malfaisants n'y paraissent pas aussi nombreux" qu'on l'a généralement prétendu, et, d'ailleurs, les colons n'ont jamais trouvé, dans la présence des espèces les plus farouches, un obstacle véritablement sérieux; — les habitants du voisinage sont infiniment moins hostiles que ceux du nord, et ils ont accepté presque toujours les missionnaires; — quant au climat, qui a été souvent la cause d'une grave objection, il n'est pas aussi insalubre qu'on l'a dit.

Mais, s'il est un côté qui doit surtout attirer les colonisateurs, c'est la variété infinie des plantes alimentaires ou utiles à l'industrie humaine qui s'y pressent :

— la végétation tropicale étale toutes ses merveilles dans ce petit coin du monde. Nous n'entreprendrons pas la tâche trop longue d'énumérer la flore de cette riche contrée : c'est le maïs, le riz, l'igname patate, la pomme de terre, le concombre, la citrouille, etc. ;

— la plupart des hespéridées y sont représentées par d'admirables espèces : on compte jusqu'à vingt variétés d'orangers ; — les indigènes font un usage journalier de plantes peu connues en Europe, telles que de singulières asperges qu'ils nomment hou lorsqu'elles viennent dans des terres sèches, et khoai lorsqu'elles croissent dans des terres limoneuses. — 11 y aurait

aussi tout un avenir pour une très-importante branche de l'industrie française dans cette région, nous voulons parler de la culture du cotonnier, que Ton pourrait faire avec assurance de succès.

Les animaux nuisibles ont élu domicile dans le fond des forêts, et ne sont en général dangereux que pour ceux qui se hasardent à les attaquer ; — on trouve des éléphants, des rhinocéros, des buffles, des tigres, des sangliers, des pélicans, des serpents, des crocodiles, • des poissons en très-grand nombre, des sangsues de terre d'une longueur extraordinaire, et malheureusement des moustiques et une foule d'insectes plus à redouter sans contredit que les espèces félines ou les reptiles les plus gros ou les plus venimeux.

Nous avons dit un mot des indigènes du Camboge, et de l'accueil presque toujours favorable qu'ils avaient fait aux étrangers; nous en avons une preuve évidente dans le jugement porté sur eux par les autres Cochinchinois. Il y a quelques années, un gouverneur de province adressait au roi de Cochinchine une missive d'où nous extrayons ce passage significatif :

« Les Barbares (on comprend que par celte épithète le fonctionnaire désignait naturellement l'es Européens) se sont dernièrement tournés du côté des Cambogiens, chez lesquels ils ont appris qu'ils pourront plus facilement faire des dupes que dans le nord; ils y enseignent l'art des armes et font des largesses au . peuple pour se l'attacher ; ils y bâtissent des maisons où ils enseignent leur religion, que les ignorants embrassent à l'envi... Les Barbares d'Europe, disait aussi le gouverneur, sont d'un caractère très-ferme et trèspatient; les œuvres qu'ils n'ont pas achevées, ils les

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lèguent à leurs descendants pour les conduire à la dernière perfection ; les projets qu'ils n'ont pas eu le temps de réaliser, ils les laissent aux âges suivants, qui les mènent à bonne fin ; ils n'abandonnent aucune entreprise et ne se découragent par aucune difficulté, etc. »

Les Cambogiens, jadis puissants, sont aujourd'hui fort affaiblis, et leur gouvernement est incapable de soutenir une lutte sérieuse ; le Camboge, si déplorablement administré, est à la fois tributaire de la Cochinchine et du royaume de Siam, et il vient, en outre, de reconnaître la suzeraineté de la France. Les fils du roi sont retenus prisonniers à Bangkok et considérés comme otages. Toutefois, lorsque l'un d'eux est appelé au trône comme successeur légitime de son père, le roi de Siam lui rend la liberté.

Jusqu'à présent, les villes du delta du Mè-kong sont en très-petit nombre ; mais il est certains endroits destinés à prendre un rapide accroissement : parmi les points les plus importants, on peut signaler le port de Cancao, situé sur le rivage occidental du delta, et communiquant avec le bras principal du fleuve par un canal naturel. Des plantations réussiraient à merveille dans la belle île de Kohdud, placée vis-à-vis de ce port, et que nous croyons appelée à être le Macao de la Cochinchine.

La plupart du temps, on ne voit, dans la guerre intentée aux Annamites, qu'une trop juste représaille des lâches assassinats commis sur nos missionnaires, mais il est un autre motif moins connu, et pourtant d'une très-grande valeur, que nous nous proposons de rappeler à nos lecteurs.

A la fin du xvm e siècle, après des événements presque romanesques, le souverain de Cochinchine, Ghialoung, dépossédé de son trône et naturellement désireux de le reconquérir, demanda des secours à la France par l'entremise d'un missionnaire chrétien qui lui avair ouvert généreusement sa maison, alors que la population en insurrection le poursuivait pour le faire périr.

Ce missionnaire, le P. Pigneau, se rend à la cour de Louis XVI, accompagné du jeune fils de Ghialoung, et bientôt, grâce à lui, un traité d'alliance offensive et défensive est conclu à Versailles (1787), mais il est stipulé que le roi de Cochinchine et son conseil d'État céderont, à perpétuité, à Sa Majesté très-chrétienne, ses héritiers et ses successeurs, le port et le territoire de Had-san(baie de Tourane), avec la péninsule voisine et les îles adjacentes de Taï-fou, au midi, et de Haï-wan, au nord. Le souverain de la Cochin-

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