Nicaragua, its people, scenery t monuments
vie), et, leurs désirs satisfaits, ils se raidissent devant tout travail : — c'est alors qu'on voit M. Squier les animer, les stimuler comme une troupe de chevaux vicieux, et souvent môme finir par les intéresser au succès de ses découvertes. Mais aussi que de trouvailles, que d'idoles curieuses ! Plusieurs de ces idoles écarquillent les yeux, les autres semblent porter d'énormes besicles ; — plusieurs ouvrent des bouches gigantesques; celles-ci, comme les sphinx, semblent un composé d'homme et d'animal ; celles-là ont des barbes à rendre jaloux des sapeurs. « Après nous être donné beaucoup de mal, dit-il dans une relation d'une de ses fouilles, nous élevâmes le bloc cylindrique à un angle de 45 degrés; mais, arrivé là, il s'entûtait à y rester. Des cordes furent passées autour des arbres voisins, des palans mis autour de l'idole obstinée, et, quand tout fut prêt, chaque homme à son poste, je donnai le signal du coup d'épaule. Les cordes grincèrent et se raidirent, tous les muscles se tendirent et se gonflèrent : — l'effort général atteignait à son paroxysme, et la statue ne bougeait pas. Le moment était critique; les hommes chancelaient. Je me jetai sur les cordes, et d'une formidable voix de fausset, je m'écriai : Airiba ! arriba II Viva Ccntro America!!! A ce cri, une nouvelle énergie semble s'emparer de nos travailleurs ; un second effort d'ensemble a lieu : le colosse cède : — Poco mais, muchackos! « Encore un peu, mes enfants l» et il monte doucement, peu à peu, mais régulièrement; puis enfin, après un effrayant vacillement, il s'établit, et se pose solidement sur sa base. Pendant un moment, nos hommes gardèrent le silence, comme si leur succès les avai:
stupéfiés; mais un autre délire à'ardiente vint bientôt les agiter... »
M. Squier n'eût pas été désavoué par l'élite de nos littérateurs; de môme, notre compatriote, M. Charnay, qui vient d'explorer le Yucatan, pourrait, dès aujourd'hui, occuper une place parmi nos bons artistes et nos spirituels écrivains.
C'est avec une véritable jouissance que je parle des belles découvertes archéologiques de M. Charnay, nonseulement parce qu'elles font honneur à la science en général, mais surtout parce qu'elles sont dues à l'un de nos concitoyens.
J'ignore si l'on partage mes sentiments patriotiques de géographe français, et si, plus dégagé que moi des intérêts qui sont chers à notre nation, on peut voir, avec les mêmes yeux, les explorations scientifiques entreprises par des Français ou des étrangers; mais, toutes les fois qu'un de nos compatriotes attache son nom à une idée généreuse, à une grande œuvre, une satisfaction profonde me pénètre, et il me semble qu'en portant haut le nom delà France, on nous élève pour ainsi dire individuellement dans l'opinion générale. Je sais que, suivant certaines personnes, le patriotisme doit fléchir devant une nationalité universelle, celle de la science, et que l'esprit philosophique aplanit les barrières conventionnelles établies entre
les États; néanmoins, le cœur ne sait pas raisonner, et tout acte accompli par un Français éveille en nous une sympathie infiniment plus puissante que si un étranger en avait été l'auteur.
Qu'on nous pardonne cette courte digression morale, qui nous sert, du reste, de transition naturelle pour revenir aux travaux de M. Charnay. Après avoir visité une partie de l'Amérique et séjourné quelque temps aux Étals-Unis, notre voyageur voulut connaître les édifices antiques du Yucatan, qui avaient déjà si vivement intéressé les archéologues. Il se rend à La Vera-Cruz, parcourt le Mexique, et surtout le Yucatan : reconnaît les principaux monuments, en découvre plusieurs enfouis au milieu des lianes et des herbes, et, sans s'arrêter à des études uniquement descriptives, qui auraient eu forcément une analogie très-grande avec celles de Waldeck, de Stephens et de Catherwood, il revient en France, apprend la photographie, traverse do nouveau l'Océan avec tout un arsenal d'objectifs et tout un laboratoire de produits chimiques. A peine débarqué à La Vera-Cruz, il recrute des hommes et s'engage avec eux dans les forêts vierges; le machète au poing, des guides lui frayent un chemin vers les superbes ruines d'Uxmal, de Mitla et d'Izamal. Il ne recule devant aucune difficulté; il s'avance en tous sens, en dépit des balles des Indiens et aussi des serpents, qui s'abritent aujourd'hui dans les couloirs des immenses édifices toltèques.
Tout dernièrement, le courageux voyageur revenait en France avec une cinquantaine de magnifiques vues^ dont quelques-unes ont plus d'un mètre de longueur; sa collection peut servir de base à toute une série d'é-
tudes, et nous ne doutons pas qu'elle n'occupe trèssérieusement les américanistes. Les dessins avaient bien su nous donner une idée de l'ensemble des édifices, mais la photographie, avec sa netteté, sa précision habituelle, nous transporte à leur pied même. Il appartient maintenant aux archéologues et aux architectes d'établir des points de comparaison entre ces monuments et ceux des autres parties du monde. Quant à, nous, nous leur avons cherché vainement une analogie réelle. Ces monuments ne rappellent en rien les ruines de l'Hindoustan, et n'ont aucune ressemblance avec les édifices de la Chine et du Japon. C'est, suivant M. Viollet-Le-Duc, un art étrange qui indique une civilisation très-avancée, des connaissances industrielles étendues, une puissance colossale, un état social qui n'a que des rapports très-éloignés avec ceux des Indes orientales, de l'Asie et de la vieille Europe. Ce ne sont pas de ces ruines informes qui arrêtent seulement l'archéologue et l'artiste curieux des
choses du passé, ce sont des édifices gigantesques &
peu près intacts.
Ainsi marche la science : l'Amérique vieillit, et ses
premiers Colomb remontent peut-être au temps des
Ninus et des Sésostris.
LA VILLE DE PÉ-KING
Pé-king, qu'on écrit à tort Pékin, compte environ deux millions d'habitants; du côté de l'ouest, la grande cité ressemble plus à une forêt qu'à une ville, tant il y a de jardins et de cours ombragées. Personne n'ignore que les Chinois sont les premiers jardiniers du monde et s'entourent de feuillage, en dépit même du peu d'espace qu'ils possèdent. Du côté du nord, les murs sont fort élevés; de ce côté, en effet, les Chinois ont eu longtemps à redouter les Mandchoux, qui ont fini par s'emparer de l'empire tout entier; car l'empereur qui a battu en retraite devant nos troupes victorieuses, appartient à une dynastie mandchoue.
De loin, Pé-king se présente, sur plus d'un point, comme une cité agréable; mais dès que l'on pénètre dans l'intérieur de la ville, le prestige tombe : — les
monuments sont entourés de cours et masqués par une épaisse enceinte d'arbres; — les rues des quartiers commerçants sont bordées de maisons laides, délabrées et remplies de marchandises; cependant, toutes ces habitations n'en ont pas moins un cachet particulier qui attache l'œil ; la diversité de leur' aspect, et surtout la multiplicité de leurs couleurs, surprennent les étrangers; les unes sont passées au cinabre, les autres apparaissent sous une teinte bleu céleste, celles-ci sont revôtues d'une couche de vernis, celles-là sont toutes dorées.
Pé-king (ou cour du Nord) porte un grand nombre de noms : les Chinois l'appellent généralement King-sse (la capitale ou la cour), — souvent Chun-thien-fou (c'est-à-dire la préfecture). Jadis elle s'appela Tatou (grande capitale) , et King-tchhing (résidence du prince). Les Mongols la nomment Khan-balgade (ville du souverain).
Cette capitale forme un quadrilatère de 45 kilomètres de circuit, et se divise en deux villes : 1° la ville Intérieure ou Neî-tchhing, c'est-à-dire la ville proprement dite, King-sse, plus connue des Européens sous le nom de ville tatare (comprenant elle-même la ville impériale ou Hoangichhing y qui, à son tour, renferme la ville rouge interdite ou Tseu-kin-tchhing) ; 2° la ville extérieure ou Wai-tchhing , que nous appelons ordinairement la ville chinoise.
Voici une figure qui peut donner une assez juste idée de Pé-king :
LÀ VILLE DE PÉ-KING
NEl-TCHMNG
Hoang-tchhing
Tseu-kin-lchhinpr
ville roufe
interdite
Ville impériale