Cet usage, cependant, commence à tomber en désuétude
mes, ils fatiguent à chaque instant leur coiffure en rencontrant leurs semblables.
a Certains Européens s'informent des nouvelles de leurs frères en leur demandant s'ils sont en vérité bien debout (allusion au Comment vous portez-vous? des Français, au Corne sta ? des Italiens, au Como estad? des Espagnols). D'autres, tels que ces Hollandais qui ont un entrepôt à Désima, s'interrogent plus sagement sur la nourriture qu'ils ont prise et se disent: Smakelyk eten? (Avez-vous bien dîné?) Certain peuple qui ressemble beaucoup aux Français par la tournure et l'esprit, et que la puissante Russie a rangé sous son joug, compte dans l'extrême Occident un trèsgrand nombre de représentants qui semblent prendre fort gaiement leur parti de ne plus avoir de patrie ; ils abordent les étrangers avec une grande courtoisie; un d'eux me dit un jour : Padam do nog, ce qui me fut expliqué par ces mots : Je tombe à vos pieds. Je m'attendais à le voir se courber devant moi, mais il n'en fut rien; le barbare s'approcha d'une autre personne en lui lançant les mêmes paroles et sans plus obéir à ce qu'il avançait.
« Du reste, en celle matière comme en bien d'autres, il leur arrive rarement de faire ce qu'ils disent : ainsi, les Espagnols, qui, suivant un de leurs grands hommes, ont l'apparence de la sagesse, tandis que les Français, qui n'en ont pas l'apparence, en ont la réalité, les Espagnols se présentent devant les dames en disant : Beso a ustcd los pies (je vous baise les pieds), ce qui me paraît d'une politesse sotte, exagérée, basse, vile et malsaine. Encore si les pieds des dames européennes ressemblaient à ceux des femmes de nos
mandarins; s'ils étaient petits, potelés, faits à l'image des pieds des jeunes chats; mais ils sont larges, longs, maigres, plats et endurcis à toutes les fatigues I
« Je n'épuiserai pas la série des usages insensés des Européens : lorsqu'ils écrivent à un pauvre diable qu'ils maltraitent d'ordinaire et gourmandent d'importance, ils n'oublient jamais de se déclarer ses trèshumbles serviteurs; ils s'intitulent journellement les très-humbles valets d'une foule de gens qu'ils n'ont jamais connus, et ne pensent pas un mot de ce qu'ils disent. Avec les Européens, je le répète bien franchement, il vaut mieux se cautériser la langue et se brûler les lèvres que de chercher à expliquer leur façon d'agir. »
Les attaques de Kouen-fou ne sont que le pendant de celles que nous adressons aux peuples dont la civilisation diffère de la nôtre. Dans le chapitre des coutumes, il faut étudier, mais non juger.
En Océanie, quelques insulaires se saluent en se cognant le nez ; d'autres prennent la main ou le pied de celui qu'ils veulent honorer et s'en frottent le visage.
Dans les contrées australes de l'Afrique, les naturels, en voyant leurs amis, se roulent à terre et se frappent violemment l'épigastre. Au nord de l'équateur, dans les plaines brûlantes du Soudan, M. Petherick fut reçu avec empressement par les Djours, qui se hâtèrent de le conduire à. leur chef; celui-ci complimenta le nouveau venu, le compara à un second soleil, l'appela grand lion, et termina une brillante allocution en lui crachant à la face et dans la paume de la main droite : c'était le baptême de l'amitié.
Il est un usage qui semblerait, au premier abord, tout chrétien et que l'on retrouve dans les parages les plus lointains de l'Afrique, chez les nations idolâtres, c'est celui d'adresser des souhails après l'éternument. A Sennaar, lorsque le roi éternue, les courtisans lui font un compliment, puis tournent le dos et se donnent un coup sur la cuisse. Au Monomotapa, une cérémonie non moins particulière avait lieu lorsque le môme accident venait à se produire chez le souverain : les assistants poussaient une exclamation gutturale que répétaient de chambre en chambre tous
les habitants du palais.
Aristote a dit : « Quand vous éternuez, on vous salue pour marquer que l'on considère votre cerveau comme le siège de l'esprit et de l'intelligence. »
Il est plus d'un commentaire à ce singulier usage : les uns prétendent que, sous le pontificat de saint Grégoire le Grand, une épidémie meurtrière sévissait en Italie, où la religion était alors maîtresse de toutes les âmes; le prélude de la maladie était l'éternument : « Que Dieu vous bénisse ! » s'écriait-on, car il fallait penser à rendre à Dieu un compte exact de sa vie; d'autres, et nous les supposons mieux informés, prétendent que l'éternument était de bon augure chez les anciens, comme le chant du coq et le vol des corbeaux à droite... Pourquoi? C'est peut-être parce que l'on éternue plus volontiers sous les rayons du soleil que dans l'obscurité, et que la lumière est la dispensatrice de tous les biens et l'emblème de l'éternité!
Il entrerait dans une monographie complète des salutations (Dieu nous garde de cette prétention'.) une curieuse analyse des formules d'adieu adoptées dans
les messages et les lettres des gouvernements et des souverains, sortes d'accolades politiques destinées à plusieurs millions d'individus,* on y verrait que les princes qui se traitent de cousins, tout en étant prêts à se déchirer par l'entremise de leurs armées, se souhaitent invariablement les destinées les plus prospères, et que plus d'un pontife a béni celui qu'il maudissait au fond de l'âme...; on y verrait... mais chut! car Fontenelle, dont on ne saurait trop suivre les préceptes, a dit : « Si j'avais la main pleine de vérités, je me garderais bien de l'ouvrir. »
Un livre sans préface, prétend un écrivain d'esprit, ressemble à un homme sans chapeau : nous le voulons bien, mais nous pensons aussi qu'un ouvrage sans adieu manque aux règles de la plus simple convenance; lorsqu'on a conversé pendant quinze ou seize cents pages avec le lecteur, c'est bien le moins qu'un salut termine cette longue conférence ; nous faisons le vœu qu'une formule courte, précise, soit stéréotypée dans toutes les imprimeries et mise à la fin de bien des livres; en conséquence, nous proposons celleci pour bien des auteurs : Pardonnez-leur, mon Dieu, ils ne savent ce qu'ils disent !