‹ Peuples et voyageurs contemporainsChapitre 7 sur 39 · LES DEUX EMPEREURS DU J\PON · texte numérisé non relu

LES DEUX EMPEREURS DU J\PON

et l'autre, celle du mikado, purement nominale ou honorifique.

Les taïcouns régirent donc l'État, décidèrent de la paix et de la guerre et demeurèrent seuls maîtres du Japon; mais on a cru dans ces derniers temps qu'ils allaient eux-mêmes trouver un maître dans un de leurs subordonnés : pendant quelques années, il s'est passé un fait extrêmement remarquable : ces taïcouns, jadis toujours prêts à agir, à marcher à la tête des troupes et à s'inquiéter des moindres affaires de l'Etat, étaient tellement embarrassés par les entraves d'une étiquette de jour en jour plus méticuleuse, qu'ils se considérèrent eux-mêmes comme incapables de diriger le gouvernement, et s'en déchargèrent sur leur principal minisire, le gotaïro. Ainsi, le véritable chef du Japon devenait insensiblement le gotaïro, qui, à l'imitation des anciens taïcouns, comblait d'honneurs l'empereur, le transformait en demi-dieu et paralysait ainsi toute son autorité temporelle.

Voici donc quelle fut un moment la situation singulière des empereurs au Japon : à Myako, un souverain spiriluel regardé par tous comme une divinité incarnée, et qui était, à peu de chose près, prisonnier sur son trône; à Yédo, un empereur temporel annihilé par son premier ministre, et qui n'en était pas moins vénéré par le peuple. Aujourd'hui l'influence du gotaïro paraît éteinte.

Le souverain qui, dans l'esprit de tous les Japonais, occupe encore la première place, le mikado, vit dans un somptueux palais, où tout ce qui peut énerver l'intelligence d'un homme semble avoir été réuni à son intention. On brille des parfums à ses côtés, on l'adore

jour et nuit, on se prosterne à ses pieds comme devant une divinité incarnée; mais là se borne tout son pouvoir.

Il n'existe peut-être pas au monde de souverain plus honoré et plus esclave : qu'on se figure un malheureux prince qui n'a pas le droit de faire usage de ses pieds, parce que toucher le sol serait souiller sa sainte personne, et qui ne s'expose pas aux rayons du soleil, parce qu'un empereur tel que lui pourrait éblouir l'astre du jour lui-même; les mikados peuvent même à peine faire des mouvements sans effrayer leurs sujets, et cependant, depuis quelques centaines d'années, les Japonais se montrent moins scrupuleux que leurs devanciers sur ce point important; autrefois, les empereurs devaient demeurer immobiles pendant quelques heures de la journée devant une foule attentive à suivre l'impression de leur visage, les mouvements involontaires de leurs yeux, etc., ce qui était pour la foule autant d'augures. Remarquait-on que la tête sacrée du mikado s'inclinait du côté du nord, l'on s'atlendait à apprendre d'un moment à l'autre les nouvelles les plus désastreuses des provinces septentrionales; le contraire avait-il lieu, Ton déplorait les malheurs qui devaient.infailliblcment frapper les provinces du sud.

Un jeune mikado plein d'impatience jeta l'effroi dans l'empire en ne demeurant pas une minute en place. On crut que des tremblements de terre, des calamités inouïes allaient renverser de fond en comble le bel empire du Soleil Levant; à partir de cette époque, les prêtres jugèrent convenable d'abolir cet usage, qui pouvait altérer la foi des Japonais; les mikados

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