‹ Peuples et voyageurs contemporainsChapitre 8 sur 39 · LES DEUX EMPEREURS DU JAPON · texte numérisé non relu

LES DEUX EMPEREURS DU JAPON

cessèrent donc de prendre la physionomie d'une idole et de se faire adorer par le peuple.

Pendant le sommeil du mikado, on a le soin de lui couper les cheveux, la barbe et les ongles, qui sont conservés religieusement comme de précieuses reliques.

Les plats dans lesquels les mets lui ont été servis sont immédiatement brisés ; les maux les plus terribles accableraient l'audacieux qui oserait toucher à cette vaisselle sacrée. Le thé qui est destiné à l'empereur ne subit pas le moindre contact de l'homme : l'individu chargé de le récolter s'entoure le visage d'un voile et ne cueille les feuilles qu'avec des gants. Le mikado a douze femmes, dont une seule jouit des prérogatives d'épouse.

Le taïcoun, empereur séculier, appelé quelquefois syogoun, est à la tête de l'armée, et passe en revue des troupes que l'on dit invincibles, quoiqu'elles n'aient jamais vu le feu de l'ennemi. Tous les cinq ou six ans, il se rend à Myako, auprès de l'empereur spirituel. L'entrevue des deux souverains est l'objet de préparatifs qui durent une année entière. Le mikado apparaît dans un palanquin éblouissant, porté par les seigneurs du plus haut rang. Les deux empereurs se font mutuellement des cadeaux, et doivent se quitter fort satisfaits l'un de l'autre *.

1. Depuis nos relations plus intimes avec les Japonais, il nous est permis de mieux apprécier leurs mœurs et leur régime gouvernemental. On prétend que le mikado recouvre peu à peu son autorité.

Plusieurs Touaregs vinrent en France pendant l'année 1862; ils vulaient voir de plus près cette civilisation européenne qui a pendant si longtemps frappé l'imagination de leurs voisins, les Arabes, et qui, depuis quelques années, commence, grâce à nos possessions algériennes, à s'introduire dans l'intérieur de l'Afrique.

Les Touaregs, une des grandes branches de la famille berbère, sont les véritables enfants du désert. Leur taille est assez élevée, leur tournure ne manque pas d'une certaine majesté. Ils ont le front haut, mais étroit, les yeux expressifs, le nez presque aquilin, les lèvres peu épaisses; ils appartiennent à la race caucasique, et sont, en général, presque aussi blancs que les habitants du midi de l'Europe. Ils portent de grandes moustaches, qu'ils dérobent sous un voile épais. Lors-

qu'on leur demande le motif qui les engage à se couvrir le visage, ils répondent « que des hommes de leur dignité ne doivent pas se laisser voir. »

Quand ils prennent leurs repas, ils se cachent derrière leurs boucliers. Cet usage n'est qu'une précaution hygiénique contre la poussière soulevée continuellement par le vent du désert.

Vêtus d'un burnous et d'un voile bleu qui s'enroule autour de leur visage; armés de longs fusils à silex, d'un sabre recourbé, d'un poignard et d'une lance, tenant à la main un bouclier de peau d'hippopotame, tour à tour guerriers et pasteurs, les Touaregs sont les rois absolus du Sahara, qu'ils parcourent sans cesse, conduisant, rançonnant ou pillant les caravanes.

Leurs espions, répandus en tous sens, les tiennent en éveil sur les moindres incidens des plaines sans fin du Sahara. Une télégraphie mystérieuse les prévient immédiatement du passage d'un convoi de marchandises ou des préparatifs de guerre d'une tribu ennemie. Ils sont toujours prûts au départ : ils plient leurs tentes, s'élancent sur leurs légers mdhara, et ont bientôt atteint le but vers lequel ils tendent. On prétend que leurs dromadaires parcourent en un seul jour la distance de quatre-vingts lieues; aussi un proverbe arabe dit-il avec raison que la « vraie richesse des Touaregs, ce sont les mahara. »

Que de sollicitude, que d'attention pour ces montures dociles et rapides I Le Targui 1 répète chaque jour avec Abd-el-Kader 2 :

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