MÉTHODE ET PLAN
Dans son discours sur la méthode Descartes oublie, pour un instant, tout ce qu’il sait, et fonde sa philosophie sur cet axiome irréfutable : Je pense , donc je suis.
Nous avons voulu nous conformer à cette sage méthode.
Nous avons fait abstraction de tout ce que nous avions lu dans les livres de médecine légale ; nous nous sommes efforcé d’oublier pendant quelques jours, les excellentes leçons de nos maîtres, et nous avons commencé nos autopsies et nos expériences, à la Morgue et à Clamart, bien décidé, à écarter de prime abord, toute idée préconçue, et à nous prémunir d’avance contre toute opinion systématique. Trop souvent en effet, on est tenté de voir par les yeux de professeurs dont l’éloquence, l’expérience et la science évitent aux élèves, la peine d'observer et d’expérimenter par eux-mèmes.
Bien nous a pris de suivre cette méthode, car lorsqu’après avoir terminé nos observations, nous nous sommes décidé, à ouvrir les livres et à faire l’historique de la question, nous nous sommes trouvé en présence d'une di-
versité d’opinions tellement grande, entre les auteurs les plus graves et les plus recommandables, que notre embarras aurait été extrême, si nous avions eu à découvrir la vérité, au milieu d’un tel chaos.
Quant à notre plan, après avoir fait table rase, nous nous sommes appuyé sur un proverbe, qui par extraordinaire est juste à tous les points de vue et n’a pas de contre partie. — Une question lien posée est à moitié résolue.
La question était toute posée, peut- on diagnostiquer la
C’est-à-dire, peut-on exactement affirmer qu’un individu a été jeté mort ou vivant dans l’eau ?
Pour arriver à la solution do ce problème la raison seule indiquait les moyens Remployer. Faire le parallèle entre des noyés et des cadavres submergés post-mortem , et voir ensuite, s’il n’y a pas certaines morts par asphyxie, qui présentent de l’analogie avec la mort par submersion.
Or, sur quoi pouvait porter la méthode comparative, entre les noyés et les cadavres immergés post-mortem ?
L’aspect extérieur, si caractéristique chez les noyés, devait d’abord nous occuper. Puis les cavités naturelles de l’homme, devaient assurément attirer notre attention. Or, en faisant l’autopsie de noyés, nous avons trouvé dans le larynx, la trachée, les bronches dans l’estomac et dans l’oreille moyenne, du liquide, de la mousse et quelquefois des corps étrangers. Notre devoir était tout tracé, nous devions porter nos investigations dans les mêmes cavités des sujets immergés post-mortem , et examiner si nous y trouvions du liquide, de la mousse et des corps étrangers
au chapitre spécial qui traitera cotte question, nous indiquerons en détail les moyens employés et les résultats obtenus.
Après avoir fait des expériences sur des cadavres frais, nous avons autopsié des sujets putréfiés, et nous avons noté la différence qui pouvait exister, entre les noyés putréfiés, et les cadavres putréfiés dans l’eau, après la mort.
Pour nous résumer, les questions suivantes indiqueront, quel est le plan que nous avons suivi dans cette étude.
\° L’aspect extérieur est-il le même, chez les noyés, et chez les cadavres immergés post-mortem ?
2° L'eau et les matières étrangères pénètrent-elles, chez les noyés et chez les immergés ; post-mortem , dans le larynx, le trachée, les bronches, même les bronches les plus reculées, dans l’esccmac, et dans l’oreille moyenne ?
3° Trouve-t-on constamment de l’écume chez les noyés, et trouve - 1 - on cette écume chez les submergés postmortem ?
4° Le sang est-il plus fluide chez les noyés, que chez les cadavres immergés après la mort ?
5° Enfin y a-t-il des signes certains qui puissent faire sûrement diagnostiquer, la mort par submersion, chez les cadavres à l’état frais, et chez les cadavres putréfiés ?