‹ Peut-on diagnostiquer la mort par submersion?Chapitre 21 sur 26 · III. — l’eau pénktre-t-elle dans l’estomac des noyés · texte numérisé non relu

III. — l’eau pénktre-t-elle dans l’estomac des noyés

et des immergés post-mortem?

Dans le premier cas, poser la question c’est la résoudre ; . il est certain, d’après tous les auteurs et d’après nos expériences personnelles, qu’il entre une certaine quantité d’eau dans l’estomac des noyés, depuis quelques grammes jusqu’à un ou deux litres ; -la déglutition en effet s'effectue, nous l’avons vu, au moment de l’inspiration, lorsqu’un être vivant est plongé au milieu d’un liquide.

Dans le second cas, la question est plus controversée : des auteurs dignes de créance, tels que Liman et Lesser, de Berlin, Hoffman, de Vienne, affirment que l'eau pénètre dans l'estomac des immergés post mortem. Il est vrai c \\L Hoffman s’appuie sur les expériences de Liman , et ne dit pas s’il a porté ses investigations de ce côté.

Bien qu’il nous coûte dtêtre en contradiction flagrante avec de telles autorités, dût-on nous accuser de prétention, nous affirmons que l’eau ne pénètre pas post mortem dans l’estomac, et nous le prouverons en nous appuyant sur nos expériences, sur l’anatomie et la physiologie.

Sur les 23 sujets et les 17 chiens que nous avons immergés post mortem dans des bains de fuschine, d’iodure de potassium, de ferrocyanure et de violet de Paris, pas un seul , malgré les lavages répétés de l’estomac, malgré des analyses scrupuleuses, ne nous à révélé l’entrée d’une

seule goutte d’eau colorée dans l’estomac. Nous avons ménagé cependant les circonstances les plu s favorables, nous avons écarté les maxillaires, nous avons mis nos sujets et nos chiens dans toutes les positions, verticales et horizontales, et sur les côtés gauche et droit, la tête en haut puis en bas. Rien n’a pu faire pénétrer l’eau dans l’estomac. Gela n’a rien d’extraordinaire, du reste, et les physiologistes sans exception affirment qu’il doit en être ainsi.

Que faut-il en effet pour que les liquides et les matières solides pénètrent dans l’estomac? La déglutition. Or, il faut trois temps pour que celle-ci s’opère : dans le premier, les aliments ou les liquides arrivent jusqu’à l’isthme du gosier ; dans le second, ils franchissent l’isthme, le pharynx et pénètrent jusqu’à l’extrémité supérieure de l’œsophage; dans le troisième, ils pénètrent dans l’estomac après avoir parcouru le conduit. Nous laisserons de côté le premier temps pour nous occuper du second qui nous intéresse énormément, en ce qu’il démontre que la vie est une condition nécessaire pour que le bol alimentaire ou les liquides pénètrent dans Fœsophage. Le deuxième temps comprend quatre principaux actes, trèscompliqués quoique simultanées; nous négligerons les deux actes qui consistent à fermer les voies aériennes et l’arrière cavité des fosses nasales. Les deux autres ont pour but le raccourcissement du pharynx et le passage instantané des liquides de l’isthme du gosier dans la partie inférieure du pharynx, et par conséquent dans l’œsophage.

Par quel mécanisme se raccourcit le pharynx ?

Deux ordres de muscles, d’après Sappey, concourent à

ce raccourcissement des muscles extrinsèques et des muscles intrinsèques ; les premiers, très-nombreux, ont pour destination, d’une part, d elever la mâchoire inférieure, de l’autre, d’élever l’os hyoïde et le larynx en les portant tous les deux en avant.

Il y a 17 muscles extrinsèques situés au devant du pharynx et indépendants de cet organe, qui entrent en action pour élever sa moitié inférieure et pour participer à son raccourcissement,. Les six muscles élévatoires delà mâchoire fixent cet os, sur lequel les muscles de la région sus-hyoïdienne viennent prendre leur point d’appui. Ceux-ci, en élevant l’os hyoïde, le fixent également et permettent à la langue qu'ils élèvent de s’appliquer contre la paroi supérieure de la bouche pour faire pénétrer le liquide dans l’isthme du gosier. Les muscles thyro-hyoïdiens trouvant un point fixe sur l’hyoïde, élèvent à leur tour le larynx qui entraîne le pharynx, lequel par conséquent se raccourcit de toute la hauteur à laquelle il veut s’élever.

2° Par quel mécanisme le bol alimentaire ou le liquide passent-ils instantanément de l’isthme du gosier dans la partie inférieure du pharynx ? Cette partie inférieure ou laryngienne du pharynx s’étant élevée, et se présentant au liquide, deux forces simultanées, l’une impulsive, l’autre atti active, précipitent celui-ci dans sa cavité. La force impulsive est représentée par le mylo-hyoïdien, véritable sangle musculaire dont les contractions soulèvent brusquement la base de la langue; ainsi soulevée, celle ci s’applique à la face inférieure du palais, ce qu’elle ne peut faire qu’en poussant le liquide vers l’isthme du gosier et

presque dans la cavité du pharynx. La force attractive réside dans la partie la plus élevée de cette cavité, alors hermétiquement close, qui se dilate par suite de la projection en avant de l’hyoïde et du pharynx, et qui devient le siège d’un phénomène de raréfaction, d’une sorte de tendance au vide en vertu de laquelle le liquide est attiré en bas.

Sous l’influence combinée de ces deux forces attractive et impulsive, celui-ci se précipite dans la cavité béante qu’il rencontre, c’est-à-dire dans la cavité inférieure du pharynx. A peine s’y est-il engagé, que tous les muscles mis en jeu pour élever cette cavité se relâchent. Alors retombent simultanément l’os hyoïde, le larynx et le pharynx, et le liquide est poussé dans l’œsophage, ce qui constitue le troisième temps.

La déglutition, constitue par conséquent un acte vital par excellence et nos expériences sont en parfait accord, avec les théories physiologiques et anatomiques.

L’eau trouvée dans l’estomac d’un noyé est donc un très bon signe pour le diagnostic.

On nous objectera que cette eau a pu être ingérée, avant la submersion, ou qu’elle peut être mélangée avec des aliments et qu’il est par conséquent impossible, de savoir si elle provient de la rivière, où a été trouvé le noyé présumé.

D’abord à l’autopsie des submergés, nous n’avons jamais vu l’eau mélangée a des aliments. En procédant avec beaucoup de soin, on voit les débris alimentaires les plus lourds massés au fond de l’estomac; l’eau les recouvre. On n’a donc plus qu’à recueillir ce liquide, et à le soumettre

à l’analyse chimique et à l’examen microscopique ; on examine également le liquide trouvé dans les voies respiratoires ; si ces deux liquides sont identiques on peut conclure à la mort par submersion. En effet si un individu avale un verre d’eau et qu'ensuite, après avoir été assassiné, il soit jeté à la Seine, il est certain que l’eau filtrée qu’il avait hue, n’aura pas du tout la même composition, que beau du fleuve, c’est-à-dire l’eau trouvée dans les voies respiratoires. Si au contraire il se suicide, les deux liquides auront à peu près 1a. même composition.

On nous dira sans doute que ce procédé est difficile, long et peu pratique ; nous répondrons que c’est faire peu d’honneur à la science et à l’activité des toxicologistes qui trouventun dixième de milligrames d’alcaloïde, un microbe en virgule ou un bacile en bâtonnet, dans tout un corps humain, et qui, à plus forte raison, n’auraient pas beaucoup de peine à examiner deux liquides, contenant une infinité d’animalicules et de matières organiques; les analyses à Paris n’offriraient pas de grandes difficultés, étant données les impuretés de la Seine. En province, lorsqu’il s’agirait de submersion dans un marais, un étang ou une mare, l’analyse serait au moins aussi aisée. Le médecin expert devrait alors recueillir de l’eau provenant du milieu liquide ambiant, des voies respiratoires, et de l’estomac et les faire analyser très soigneusement.

L’observation du liquide trouvé dans l’estomac d'un noyé a donc une très grande valeur et ce signe ne doit pas être négligé, surtout s’il s’agit d’une expertise douteuse.

l’eau pénètre-t-elle dans l’oreille moyenne des

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