‹ Peut-on diagnostiquer la mort par submersion?Chapitre 5 sur 26 · IG · texte numérisé non relu

IG

mentaires sur les ouvrages d'anatomie d'Hippocrate et de Galien , exprima également son opinion relative aux causes de la mort des noyés, en disant que l'entrce de l’eau dans l’appareil respiratoire et dans l'estomac est la principale cause de la mort par submersion.

En 1704, Becker , médecin allemand, publia un petit ouvrage, dans lequel il combattait cette opinion en affirmant que la constriction de la gorge chez les noyés était si grande, même quelque temps après la submersion, qu’il était impossible que l’eau put pénétrer dans les poumons ou les intestins, qu’en conséquence on ne devait attribuer leur mort qu’au défaut de respiration.

Litlre , Senac et Petit se rangèrent du parti de Becker , Littré entre autres ajoutait que l’eau entrait en trop petite quantité pour causer la mort, et il disait que les hydropiques, les asthmatiques et les épileptiques avaient le poumon autrement embarrassé, et qu’ils ne laissaient pas de vivre.

Vers 1752, des physiologistes très recommandables, tels que Champeaux , Courcelles, Fais sole, Louis, Haller, Haen, Luwig, Ræclerer , Pouteau et autres revinrent à la première opinion et prouvèrent par des expériences l’entrée de l’eau dans les bronches.

Portai écrivait en 1776 que, d’après l’ouverture de quelques individus' noyés, et un grand nombre d’expériences faites sur divers animaux submergés dans l’eau colorée, l’on trouve dans les voies aériennes une quantité plus ou moins grande de sérosité écumeuse de même couleur que celle du liquide dans lequel les animaux ont péri.

Un peu plus tard, Walte*, qui avait eu l’occasion d’examiner quantité de noyés, dit positivement n’avoir jamais trouvé d’eau dans leur estomac, ni d écume dans leurs poumons extraordinairement gonflés d’air. Quant à l’écume rougeâtre qui existe dans les poumons des noyés et qu’on prend si mal à propos, pour l’eau qu’ils ont avalée, ce n’est qu’une suite toute naturelle de la circulation extrêmement rapide du sang dans les poumons, par laquelle de petites artères déchirées, laissent quelques gouttes de sang, qui se mêlent avec la matière glutineuse des rameaux de la trachée, et se changent en écume par l’action de l’air fort dilaté. Walter regarde d’après cela, non seulement comme très inutile, mais même comme fort dangereux et nuisible de souffler de l’air, et surtout de l’air chaud dans les poumons, puisque suivant lui, un homme qui est tombé dans l’eau meurt parce que ses poumons sont trop remplis d’air, de manière que les cellules en sont déchirées. Hanter paraît attribuer la cause de la mort des noyés, à la suspension de la respiration qu’entraîne nécessairement celle de la circulation ; aussi rien n’est-il plus nécessaire suivant lui pour rappeler les mouvements du cœur que de chercher à rétablir la repiration.

En 1788, le docteur Edmond Goodveyn , de Londres, admet que chez les noyés les cavités gauches du cœur, ainsi que les vaisseaux qui y aboutissent et qui en portent sont à moitié remplies de sang, tandis que les cavités droites et les veines en sont extrêmement surchargées. Il détermine aussi par des expériences qu’en noyant des animaux dans des liquides colorés il entre de l’eau

dans leurs poumons pendant la submersion, mais en si petite quantité qu’il ne présume pas que cela puisse contribuer à leur mort.

En 1790, le docteur Desgranges, de Lyon, admet deux espèces de mort par submersion, l’une avec admission d'eau dans les poumons, qu'il nomme « asphyxie de submersion » avec matière, par suffocation ou par engouement; la seconde, sans introduction d’eau dans les poumons, à laquelle il donne le nom « d’asphyxie de submersion sans matière ou par défaillance ». Nous arrivons enfin en 1800 et nousfrouvons d’abord un traité de submersion de M. Fine, chirurgien à Genève. « Quelles que soient les différentes opinions des auteurs sur la cause de la mort des noyés, rien n’est plus certain que c’est la privation d’air, la cessation de la respiration qui les fait périr en faisant cesser la circulation du sang.

Ce qu’il y a de bien certain, c’est que la respiration est une condition essentielle pour que la circulation ait lieu, que pour respirer, il faut de l’air, que lui seul est respirable, que le plus pur est celui qui convient le mieux. »

Fichât , nous a fait connaître son opinion dans son ouvrage intitulé : Recherches physiologique sur la vie et sur la mort. Il est utile de le citer,

« Lorsque les fonctions chimiques du poumon s’interrompent, tous les organes cessent simultanément leurs fonctions, par effet du contact du sang noir; quelle que soit la manière d’agir de ce sang, la mort de ces fonctions du poumon, coincide avec celle du cerveau et du cœur, mais elle n’en dérive pas immédiatement. S’il était possible à ces deux organes de recevoir du sang rouge pendant que le noir pénétrerait les autres, ceux-ci fi-

niriiienl leurs fonctions tandis que ceux-là continuel aient les leurs. »

En un mot l’asphysie est un phénomène général, qui se développe en même temps dans tous les organes et qui n’est prononcée dans aucun. Bichat, pense que le sangreste noir par l’interruptiojL des phénomènes chimiques, ce sang pénètre tous les organes et y circule quelque temps dans le système vasculaire à sang rouge, L’asphvxie, d’après ce grand physiologiste, serait donc produite pareeque le sang noir donne la mort en vertu d’une action sédative qu’il exerce sur les nerfs, tandis que le sang rouge, au contraire excite et entretient par sa nature 1a. vie de toutes les parties,

Nous arrivons en 1805, et nous trouvons la première et unique thèse d’inauguration qui ait été soutenue à Paris, sur la submersion, elle est du docteur Berger de Genève et est intitulée :

Essai physiologique sur la cause de V asphyxie par submersion .

Après avoir fait un grand nombre d’expériences sur les chiens et surtout sur les chats, le docteur Berger écrit « qu’on peut regarder comme un fait certain et constant qu’il entre plus ou moins d’eau dans les poumons des noyés ; je ne crois cependant pas, ajoute-t-il qu’elle s’y trouve en grande quantité ; mais elle y est toujours combinée avec l’air, dans l’état d’une matière écumeuse qu’on diagnostique quelquefois à l’œil nu sous la plèvre, et qu’on peut faire sortir par les bronches et par le canal delà trachée-artère, en pressant un peu les poumons lorsquelle ne sort pas spontanément.

11 termine en disant que l'eau introduite dans les poumons achèvera de porter le trouble dans l’économie animale et deviendra une cause de l’asphyxie par submersion qui compliquera le mal et pourra s’opposer à l’efficacité des moyens de secours.

En 1808 le docteur Marc , dans une étude très-complète de la submersion, à la suite du manuel d’autopsie cadavérique du docteur ttose, donne comme un des signes les plus certains de la submersion, l’eau, l’écume et les matières étrangères qui se trouvent dans la trachée.

Il attache aussi une grande importance, malgré quelques restrictions, au contenu de l’estomac, à l’état du diaphragme et à la liquéfaction du sang.

Il termine son étude, en énumèrent les signes qui dénoteront la mort avant la submersion.

Voici quels sont cos signes d’après lnî :

« 1° La présence d’une ou plusieurs lésions mortelles, et qu’on « ne peut supposer avoir été infligées sous l’eau ; telles sont « l’empreinte ecchymosée d’un lien qui aurait été appliqué autour « du cou, des blessures par des armes à feu, des traces d’empoi- « sonne ment.

« 2° L’absence des caractères externes indiqués ci-dessus.

« 3” L’absence d’eau et de corps étrangers dans la trachée-artère et dans l’estomac.

« 4° L’état de colapsus des poumons, et l’absence d’une stase « sanguine dans cet organe ; le colapsus du bas ventre et une ten- « sion du diaphragme, qui ne dépasse pas celle naturelle.

5° La coagulation de la masse de sang. »

En 1811, Mahon dit que les signes extérieurs, entre autres les écorchures des doigts, ne sont pas une preuve décisive de la mort par submersion. Il dit aussi que l’eau et l’écume, trouvées dans

les bronches et dans l’estomac ne sont pas un signe de submersion.

Il ajoute : « il est essentiel de savoir que la suppression de la respiration n’est pas la cause immédiate de la mort des noyés ; on vit quelque temps sous l’eau sans respiration, et l’expérience journalière atteste qu’on a rappelé à la vie plusieurs hommes qui ont cessé de respirer.

Si le défaut de respiration n’est pas la cause immédiate de la mort des noyés, il est naturel de diriger les recherches sur les organes dont le dérangement était le plus souvent mortel. Tels sont le cœur, les oreillettes et les principaux vaisseaux sanguins. . .

Il résulte de ce que j’ai dit que les signes par lesquels on peut juger si un homme a été précipité mort ou vivant dans l’eau, ne doivent être évalués qu’avec une certaine prudence. On sent d’ailleurs l’impossibilité de déterminer, par l’inspection du cadavre, si un homme s’est noyé volontairement, s’il l’a été par d’autres où s’il s’est noyé par accident. »

Fodéré, en 1813, dans son traité de médecine légale, dit que, dans le diagnostic de la mort par submersion, pour fonder une décision sur des bases très solides, il faut s’appuyer sur la collection de tous les signes.

Pour lui ces signes sont :

1° La preuve tirée de l’eau dans la poitrine.

2° Celle de l’écorchure des doigts.

3° Celle de l’état du visage du noyé.

4° La nature des violences qui peuvent s’observer sur le corps.

1° A propos de l’eau trouvée dans la poitrine, il dit ; il est positif pour tout ce que l’on a observé, tant sur les hommes que sur les animnux morts submergés, qu’ils ont les bronches et les poumons remplis d’écume, et que cette écume sort très souvent par la bouche et par les narines ; et il ne l’est pas moins qu’on ne l’observe pas dans ceux qui ont été jetés dans l’eau après la mort. Si, comme nous n’avons pas lieu d’en douter cette écume est due h l’eau inspirée, il est certain qu’elle peut nous servir de règle pour juger si le sujet respirait encore quand il a été submergé.

Nous croyons que ce n’est que dans les sujets frais que cette expérience peut être d’une utilité non équivoque, et qu’au contraire dans ceux qui ont flotté pendant longtemps, elle pourrait induire en erreur en faisant prendre pour de l’eau inspirée celle qui ne serait entrée que par son poids.

2° L’écorchure des doigts, et le sable ou le gravier nichés dans l’interstice des ongles, ne sont pas un indice à mépriser. Il est certain que celui qui se noie, quand même il l’aurait fait volontairement, emploie aussitôt les mains pour les opposer au danger, comme pour chercher un appui. Celui qui était fou quand il s’est lancé, est égal au sage quand il est dans l’eau, la nature répugnant à la destruction et reprenant alors ses droits. Cet indice n’est donc pas à mépriser, mais il ne peut avoir une juste application que dans les eaux d’une profondeur médiocre.

3° Le visage des noyés est ordinairement livide, enflé et quelquefois violet, la langue est épaissie, et sort fort souvent de la bouche comme il arrive aux pendus. Cet état est la conséquence de l’embarras des poumons, et de l’obstacle que le sang de la tête, trouve dans le ventricule droit du cœur. »

4° A propos de la nature des violences » Focloré dit : On peut observer trois sortes d’impressions sur le corps des noyés, qui diffèrent essentiellement les unes des autres, et qui produisent des présomptions très opposées; savoir : les impressions qui sont absolument indépendantes de toutes les circonstances de la submersion; celles qui peuvent appartenir aussi bien aux accidents de la submersion, qu’à toute autre cause qui l’aura précédée; enfin les impressions que les corps des noyés -peuvent recevoir après leur mort, en flottant sur les eaux. »

Telle est la collection de signes que Focloré exige, pour diagnostiquer la mort par submersion.

Dans son traité de médecine légale, Orfila à propos du diagnostic de la mort par submersion donne les conclusions suivantes :

\° Parmi les signes indiqués par les auteurs pour résoudre la question, les seuls qui permettent d’affirmer que la submersion a eu lieu pendant la vie se tirent de la présence dans l’estomac et dans les vésicules pulmonaires, d’un liquide semblable à celui dans lequel le corps a été submergé, pourvu toutefois, en ce qui concerne l’estomac, qu’il soit avéré que ce liquide n’a pas été avalé avant la submersion, ni injecté après la mort, et pour ce qui se rapporte aux vésicules pulmonaires, pourvu que le liquide dont il s’agit ait pénétré jusqu’aux dernières ramifications bronchiques. qu’il n’ait pas été injecté après la mort et que le cadavre ne soit pas resté pendant un certain temps sous l’eau dans une position verticale, la tête en haut.

2° La valeur de ces signes, déjà diminuée par les restrictions dont nous venons de parler, l’est encore d’avantage par la cliffi cullé que l’on éprouve dans beaucoup de cas (surtout lorsque les cadavres n’ont pas été promptement retirés de l’eau), à reconnaître une suffisante quantité de liquide, particulièrement dans le tissu des poumons, à moins qu’il ne soit coloré ou sali par de la vase, de la boue, etc., ce qui arrive fort rarement ;

3° La présence de l’écume dans la trachée-artère et dans les bronches est loin de suffi r pour déterminer que la mort a eu lieu par submersion, et qu’elles ne peut servir qu’à établir des présomptions, même lorsqu’on trouve dans les poumons un liquide, ayant toutes les apparences de celui dans lequel le corps a été plongé.

4° Ces présomptions seraient encore plus fondées, si, outre l’existence de l’écume dans les parties que nous venons d’indiquer il y avait une grande quantité de liquide aqueux dans les poumons, l’expérience prouvant que celui-ci ne pénètre jamais jusqu’aux dernières ramifications bronchiques, aussi abondamment après la mort que pendant la vie.

5° L’absence d’écume dans la trachée et dans les bronches, n’établit point que l’individu n’a pas été submergé vivant, puisque dans les nombreuses ouvertures de cadavres que nous avons faites, nous n’en avons jamais rencontré lorsque le corps était

resté plusieurs jours dans l’eau et qu’il n’y en avait pas non plus dans quelques-uns des cas ou l’on avait procédé à l’autopsie peu de temps après la submersion.

6° Enfin les autres signes indiqués par les auteurs sont insuffisants s’ils sont pris isolément et il est tout au plus permis d’établir quelques probabilités d’après leur ensemble. »

Or fila termine ses conclusions en disant que le médecin ne doit pas borner là ses recherches, il doit examiner avec le plus grand soin, si l’individu n’aurait pas été assassiné avant de tomber dans l’eau et si les meurtriers n’auraient pas eu recours à la submersion pour mieux faire prendre le change.

A propos de la production écumeusc, dans les bronches,

Or fila dit autre part.

« Il n’est pas absolument indispensable qu’il y ait introduction d’eau dans les voies aériennes ; on voit en effet dans plusieurs genres de mort l’écume se former aux dépens de mucosités de la membrane laryngo-trachéale, et sans le secours d’aucune autre addition de liquide, ainsi la fraebée artère des pendus en contient presque toujours, on en retrouve aussi après les violents accès d’épilepsie qui se sont terminés par la mort. »

Il y aurait de la prétention de notre part à vouloir réfuter un si grand maître alors même qu’il se trompe, laissons donc ce soin à Devergie , qui est certes de tous les médecins légistes, celui qui s’est le plus occupé de submersion, et qui a obtenu les résultats les plus concluants.

Devergie dit très poliment que c’est a peu près son opinion, mais il ajoute :

« Seulement je suis porté à penser que l’écume n’offre pas dans ce cas le même caractère. Quant a l’assertion émise par ce sa-

vant professeur ( Orfila ) que l’on trouve presque toujours de l’écume dans la trachée artère des pendus, je suis loin de vouloir la mettre en doute; mais par un hasard que je ne puis m’expliquer, j’ai ouvert treize pendus depuis quelques mois et je n’ai jamais rencontré d’écume dans la trachée d’aucun d’eux. Ce conduit m’a toujours paru très net, un peu injecté. Dans un cas seulement j’ai trouvé un peu de sangéeumeux existant dans quelques unes des dernières ramifications bronchiques.

« Cet état n’avait aucune analogie avec ce que l’on observe chez les noyés. »

Nous allons maintenant passer rapidement en revue, l’opinion de Devergie, sur les questions que nous avons résumées dans notre plan.

1° La description de l’état de la face comprend presque tous les phénomènes cadavériques elle est donc de nulle valeur.

Il faut cependant excepter la situation de la langue entre les dents, qui se retrouve du reste chez presque tous les pendus.

2“ On peut dire la même chose à l’égard de la peau et des membranes muqueuses.

3° Les écorchures des doigts peuvent se rencontrer dans d’autres morts.

4° Il n’en est pas de même de l’état des voies aériennes, et surtout de l’écume qui s’y trouve.

Cette écume affirme catégoriquement Devergie entraîne nécessairement avec elle l’idée de vie.

« Elle se forme plus difficilement dans la trachée artère que dans les dernières ramifications bronchiques, et par conséquent son existence dans la partie supérieure de la trachée est un caractère plus certain de la vie de l’individu, au moment de l’immersion que dans les cas ou elle se rencontre dans les dernières ramifications bronchiques.

Henri Bougier 3

J’ajouterai que la putréfaction peut la développer dans ce point et presque jamais dans la trachée.

Ce phénomène, de l’eau écumeuse ne laisse pas de traces très durables de son existence, car il est sensiblement diminué, et disparaît même souvent sous l’influence de la putréfaction.

Le point des voies aériennes oü il se conserve plus longtemps est celui de la division de la trachée. En hiver on peut encore le constater dans plusieurs cas, après huit ou dix jours ; mais plus tard il a presque complètement disparu. Il est vrai de dire que si l’on excepte l’eau contenue dans l’estomac, les autres signes de la submersion n’ont pas une durée beaucoup plus étendue.

5° J’ai rarement vu les cavités droites du cœur distendues, ainsi que les gros vaisseaux par une grande quantité de sang, le plus souvent il y en a un peu plus dans ces cavités que dans celles du cœur gauche.

La fluidité extrême du sang est un phénomène très commun et presque constant. Dans un cas seulement j’ai rencontré un coagulum très petit dans le ventricule droit du cœur, mais cette fluidité est commune à bien des genres de mort. Je suis porté à penser, qu’elle accompagne en général toutes les morts promptes, mais peut-être n’est-elle pas aussi prononcée que chez les noyés.

6° L’estomac contient presque toujours une plus ou moins grande quantité d’eau, il en renferme quelquefois un littre à un litre J/2 ce phénomène indique avec lui l’idée de vie, car il ne se rencontre jamais dans les cadavres que l’on plonge dans l’eau, il devient donc un signe certain de submersion. î

7° Enfin Devergie constate qu’il a observé plusieurs fois que la vessie contenait huit ou dix cuillerées d’eau rouge et presque sanguinolente.

En 1856 Xaurc après avoir fait des expérences remarquables avec des chiens qu'il a submergés dit :

« Quand l’autopsie a lieu immédiatement après la mort, les

bronches contiennent toujours de l’écume, quand l’animal a été submergé vivant, même lorsqu'il n'a pas respiré hors de l'eau.

« Les poumons sont volumineux, ils crépitent sous le doigt, la moindre pression fait sortir par la trachée une mousse écumeuse très fine et très blanche, ou a peine mélée de quelques stries de sang.

« Le cœur est distendu, tantôt il contient beaucoup de sang liquide, mêlé à quelques caillots solides, tantôt on ne trouve que des caillots très durs et très consistants. Dans les oreillettes, les ventriculos, les gros vaisseaux, le sang est constamment d’un noir très foncé.

« En hiver la mort est remarquablement plus rapide qu’en été.

« Au mois de juillet elle survient deux minutes et demie après la submersion, jamais en janvier après une minute et demie.

« En réalité la mort dans la submersion, est due à l’asphyxie, et la privation d’air en est la cause première.

« Mais en outre, il est un certain nombre de circonstances, qui ne peuvent que la rendre plus inévitable, telles sontl0 l'influence de l’abaissement de la température, 2° les lésions des poumons et enfin 3° la coagulation du sang.

1° Abaissement de la température. — Quand un être vivant a respiration aérienne, tombe au fond de l’eau, non seulement, il est enveloppé d’eau froide, de toutes parts extérieurement, et il en a pénétré dans l’intérieur du corps par la trachée et par l’œsophage une certaine quantité, mais encore l’acte essentiel qui détermine l’entretien de la chaleur naturelle, la respiration est supprimée.

La rapidité du froid est en raison de cette double influence.

A supposer, d’ailleur$, que la respiration put continuer dans l’eau elle serait insuffisante pour combattre l’effet de l’eau froide. »

Pour prouver cette dernière assertion, Faure, a pratiqué la trachéotomie à un chien, et il a fait communiquer

l’air extérteur avec le poumon, à l’aide d’un tube en caoutchouc.

2° Altérations du ; poumon . — « Elles doivent être prises en sérieuse considération. Quand on regarde attentivement ces organes avec le secours de la loupe, on reconnaît que des vésicules pleines d’air et d’un diamètre considérable, sont mêlées à d’autres vésicules excessivement fines ; quand on les incise, il s’en écoule un liquide écumeux plein de sang.

Cet état se rattache évidemment a ce que l’air emprisonné dans les vésicules en détermine la rupture. Aussi les épanchements d’eau dans le poumon sont-ils mélangés constamment d’une certaine quantité de sang. La présence d’une aussi grande quantité de liquide dans le tissu même du poumon, constitue un obstacle invincible à l’exercice de ses fonctions. »

3° Coagulation du sang. — « Le plus souvent quelque courte qu’ait été la submesion, le cœur contient des caillots, quelquefois même le sang est pris en une seule masse dans les ventricules, dans les veines caves et dans les vaisseaux coronaires de l’estomac.

J’ai souvent retiré des ventricules, des masses ovoïdes parfaitement moulées sur la surface externe des cavités; et des veines caves ou jugulaires, des cylindres de 5 à 6 centimètres de longueur, qui de loin, ressembleraient à des grosses sangsues. Ces caillots placés sous une fontaine ne se divisent que difficilement. »

Cet état du sang, décrit par Faure , est d’autant plus remarquable qu’il est tout à fait en contradiction avec ce qui est décrit dans les auteurs, qui disent qu’il est d'une fluidité extraordinaire. « Ceci tient sans doute, dit Faure, a ce que les autopsies que j’ai faites, avaient lieu immédiatementaprès la mort. »

En 1863, Tardieu , fit paraître dans les annales de

médecine légale, une nouvelle étude sur la submersion, à l’occasion des expériences au nombre de 78 et des cent observations de la société méclico chirurgicale de Londres.

Il résulte de ces expériences, que lorsqu’un chien est tout simplement privé d’air il peut revenir à la vie, après quatre minutes de suffocation, tandis qu’une submersion de une minute et demie, suffit pour amener la mort. Donc si l’animal ne peut se ranimer après une si courte période d’immersion, cela tient surtout à l’action de l’eau dans les poumons.

Pour bien établir ce fait significatif, les savants anglais, ont bouché la trachée d’un vigoureux chien, et on le submergea dans l’eau pendant quatre minutes ; trois quarts de minutes après qu’on l’eût retiré, il respira et au bout de quatre minutes fut parfaitement remis.

L’examen post mortem des chiens submergés a révélé l’état des poumons. Chez les animaux qu’on a privés d’air en bouchant la trachée, on a trouvé une simple congestion. Chez ceux, au contraire qui sont mort par submersion , indépendamment d’une congestion bien intense accompagnée d’extravasion sanguine, à la surface et à l’intérieur des poumons, les tuyaux bronchiqués étaient complètement remplis d’une écume sanguinolente, formée d’eau, de sang et de mucus que les efforts respiratoires de l’animal avaient mélangés d’air. Le tissu pulmonaire lui-même était saturé d’eau, qui, mélangée d’un peu de sang suintait par tous les points quand on pratiquait une coupe. Cette écume qui suintait ainsi des surfaces de section, venait-elle seulement des petites bronches ou des cellules pulmonaires elles mêmes? C’est là un point qu’on n’a pu bien déterminer.

Certainement il en sortait d’endroits où il n’y avait pas de bronches apparentes. Le poumon ainsi gorgé d’eau était lourd (il flottait cependant), molasse, gardait l’empreinte du doigt, ne s’affaissait pas. Il est facile de comprendre comment une telle obstruction des conduits bronchiques peut s’opposer à la sortie de l’air, des cellules pulmonaires.

La non rétraction des poumons, à l’ouverture du thorax, est assurément la preuve de l’obstacle que, dans les tuyaux bronchiques, l’eau oppose au passage de l’air. »

A propos des expériences de Fauve sur les effets du refroidissement du corps plongé dans beau, les savants de la société de Londres ont à leur tour repris cette question, et l’ont résolue d’une manière différente.

Il ont fait périr des animaux, en ne plongeant dans l’eau que la tète, et en ne l’enfonçant juste que ce qu’il fallait pour empêcher l’entrée de l’air dans les voies respiratoires. La mort ne s’est pas fait attendre plus longtemps que dans les cas d’immersion du corps tout entier.

La preuve a été complétée dans des expériences ou deux chiens ont été simultanément submergés, l’un ayant la trachée obturée, l’autre libre, et ou le premier survivait tandis que le second succombait, après deux minutes de séjour sous l’eau.

Outre les points que nous venons de citer, le comité de Londres a fait des expériences très-remarquables sur la thérapeutique de la submersion, c’est-à-dire sur la respiration artificielle, la cautérisation par le fer rouge, la saignée, les affusions froides, les douches alternativement froides et chaudes, le galvanisme, et l’acupuncture du diaphragme.

Mais, ainsi que le dit Tardieu , ce qui l'emporte surtout dans cette étude, ce sont les essais de respiration artificielle d’après la méthode de Marshall-Hall qui commence par des mouvements d’expiration et de Secestre qui, lui, débute par des mouvements d’expiration. Nous engageons, vivement ceux de nos lecteurs, qui s'intéressent à l’étude

de la submersion, à se reporter à ces brillantes expériences.

Un médecin anglais, Taylor, attache une grande importance, à l’état de la peau. « La chair de poule, dit-il, qui s’observe fréquemment chez les noyés, montre que la peau possédait, la faculté vitale de la contractilité au moment de l'immersion. »

Les substance étreintes dans les mains ont également pour lui, une grande valeur.

Si la substance serrée clans les doigts ou dans les ongles, écrit-il, est du sable de même caractère que celui qui existe au fond de la rivière, il est difficile de concevoir, un fait plus décisif pour établir la mort par submersion.

Les écorchures des doigts sont un fait de moindre importance, on sait bien que lorsque deux personnos ont été noyées par le même accident, il n’est pas rare de les trouver enlacées dans les bras les uns des autres, fait qui prouve immédiatement qu’elles ont du être vivantes au moment de la submersion; de même si on découvre un cadavre, se retenant à une corde, à un câble, à un aviron. »

Taylor accorde une grande importance à l’eau trouvée dans l’estomac. « Cependant ajoute-t-il. l’absence d’eau dans l'estomac ne peut pas conduire à la conclusion que la personne n’est pas morte de submersion, parce que dans quelques cas, le liquide n’est pas avalé et dans d’autres, il peut être entrainé et disparaître après la mort, avant que l’autopsie ne soit faite. »

Nous ne suivrons pas Taylor , dans ses descriptions, sur le liquide et l’écume trouvés dans les bronches, tout ce qu'il a écrit en effet à ce sujet est contenu, dans les ouvrages, déjà cités, ou dans les livres des auteurs qu’il nous reste à mentionner.

C 'asp er et Liman dans leur description, sur le contenu des voies aériennes, disent:

« Lorsque les noyés sont encore à l’état frais, on trouve dans la trachée et dans le larynx, une hypérémie, de la muqueuse sur laquelle sont disséminées de petites vésicules blanches quelquefois on y trouve beaucoup d’écume blanche, rarement mêlée de sang. Dans certains cas lout le canal est complètement rempli, etcomme bourré de cette écume blanche vésiculeuse.

Cette écume descend jusques dans les bronches et leurs ramifications. Ce qu’on reconnaît facilement en exerçant une pression sur les poumons.

Dans tous les cas, l’écume apparaît dans la trachée alors qu’il y en a très peu.

Les poumons remplissent complètement, la cavitéde la poitrine, ils sont renflés, et ils débordent lorsqu’on soulève le thorax.

Au toucher, les poumons donnent la sensation d’une éponge.

Tous ces signes paraissent moins saillants, quand il existe des adhérences entre les poumons et les parois de l’hypocondre.

Lorsqu’on pratique des coupes, il sort des poumons une écume aqueuse colorée de sang.

« Cette écume est certainement le produit du mélange du liquide, des mucosités, de l’air contenu dans la trachée et dans les poumons, mélange provoqué par les derniers mouvements respiratoires.

Il faut donc considérer cette écume, comme un signe indubitable de la réaction vitale. »

Le docteur Lesser de Berlin qui a fait paraître, un travail très-important, sur la mort par submersion, dont nous parlerons un peu plus loin, ne craint pas de dire, que l'affirmation de ses compatriotes se réduit à zéro, parce fait seul, que Casper et Liman disent un peu plus loin.

que l’écume et l'hypéremie du larynx et de la trachée, se trouvent aussi dans d’autres cas [que dans la mort par submersion.

« L’augmentation de volume des poumons, disent encore les célèbres médecins allemands, peut être aussi regardée comme un signe infaillible ; ce signe de la mort en effet ne se rencontre, aussi constamment, dans aucun autre cas de mort, excepté dans les plus hauts degrés d’œdème pulmonaire, lequel n’a jamais lieu, pendant la mort par submersion. En outre nous l’avons trouvée quelquefois dans les cas de mort par intoxication par l’oxyde de carbone, ou le gaz d’éclairage, et précédés de longs efforts respiratoires.

Ce gonflement des poumons tient en partie à ce qu’ils contiennent une quantité anormale d’air. C’est le résultat des inspirations forcées, qui ont eu lieu lorsque la tête du submergé se trouve encore à la surface de l’eau. D’autre part ce gonflement est dû à la pénétration dans les poumons, du liquide dans lequel la submersion a eu lieu. »

Belo/iradshy dit à propos du contenu des poumons :

Ou trouve parfois dans la trachée, un liquide formé par de petites vésicules, qui ne sont autre chose, qu’unu écume très line quelquefois colorée de sang. Dans d’autres cas, on trouve un liquide formé par de grosses vésicules, et sortant des poumons quand on les presse.

« On a discuté longtemps sur b contenu des bronches. 11 peut être admis en se fondant sur l’expérience, et sur l’observation que l’eau pendant la submersion pénètre dans l’appareil respiratoire, et par conséquent dans les poumons. — Les poumons remplissent complètement la cavité thoracique ; le thorax se trouve dans son maximum de dilatation. Les poumons crépitent quand il y a beaucoup d’eau dans les bronches, ou donnent la

sensation d’une éponge. Les vésicules pulmonaires sont dilatées quelquefois déchirées. Ce qui explique facilement le peu de sang que l’on trouve dans les poumons. En effet l’air contenu dans les vésicules exerce une pression sur leurs petits vaisseaux et l’hypérémie ne peut avoir lieu dans ce cas. Au contraire, le tissu pulmonaire à la coupe, a une couleur de brique rouge pâle, ce qui prouve qu’il contient peu de sang, il s’en suit que le cœur droit est régulièrement rempli de sang. L’hypérémie toutefois peut avoir lieu dans le cas, ou les adhérences empêchent la dilatation des poumons, ou quand on trouve dans le tissu pulmonaire, des espaces oblitérés qui ne contiennent que peu ou pas d’air. Dans ce cas il peut même se développer de l’œdème des poumons surtout quand l’agonie a dmé longtemps.

Le contenu de la trachée, ajouté aux autres symptômes et aux diverses circonstances, est en tous cas très important pour le diagnostic de la mort par submersion, et ce contenu doit être pris en considération, dans les conclusions du rapport. Très importante aussi est la pénétration des liquides dans les poumons et dans les bronches. »

Hoffman de Vienne clans la prenrère édition de sa médecine légale dit :

Dans la plupart des cas, nous trouvons une quaniité plus ou moins grande de liquide submergeant dans les voies respiratoires tantôt en nature, tantôt sous la forme d’écume, qui se montre immédiatement à l’ouverture du larnyx et de la tracheé, ou s’échappe de ceux-ci en grande quantité quand on presse sur le thorax ou sur les poumons. Par suite de l’eau qui y a pénétré, les poumons se présentent comme des poumons atteints d’œdème aigu. Ils sont plus ou moins boursouflés, ne s’affaissent qu’incomplètement à l’ouverture du thorax, ont une consistance pour ainsi-dire pâteuse, surtout dans les parties déclives et laissent

échapper à la coupe un sérum spumeux en quantité souvent considérable.

Les cas avec des caractères aussi tranchés, sont assez rares.

11 arrive souvent que les poumons ont leur aspect normal et qu’on ne trouve qu’une petite quantité de liquide sous forme de mousse. Il y en a encore moins dans les poumons même. Nous avoçs encore remarqué que cette petite quantité de liquide submergeant et surtout si celui-ci a été été de l’eau, ne peut être distingué du sérum ordinaire. »

« L’autopsie acquiert une grande importance, seulement la valeur en est diminuée par ce lait que l’écume et le liquide aqueux peuvent se trouver aussi dans d’autres cas: non-seulement dans la mort naturelle accompagné d’œdème pulmonaire, mais encore dans les cas de mort violente par asphyxie surtout quand l’agonie a duré longtemps. Au contraire dans le cas de mort violente par asphyxie, la formation de la mousse et du sérum dans les poumons n’arrive jamais à un aussi haut degré, que celui qu’on a . l’occasion d’observer chez les noyés. »

« A ce sujet, je dois faire remarquer que chez les pendus, l’œdème pulmonaire est quelquefois très prononcé, et par conséquent il est difficile d’affirmer a quel cas on peut attribuer une mort violente subite par asphyxie. Il parait donc que tout ce que l’on trouve dans les poumons et dans les voies respiratoires en général, même dans les cas très prononcés n’a aucune valeur. »

Les changements provoqués par la putréfaction dans les poumons des noyés consistent d'après Casper et Liwan dans les phénomènes suivants.

« Lorsque la décomposition est un peu avancée la trachée et les bronches, sont tout-à-fait vides, quant la putréfaction du cadavre entier et de tous ces organes est très avancée on ne peut plus constater la dilatation caractéristiques des poumons, mais

on peut encore constater ce gonflement quand l’écume a complètement disparu de la tachée. »

Btlohradshy est d'accord sur ces points avec Casper etLiwan de plus il attribue l'affaissement des poumons uniquement à la pression exercée par des gaz dégagés dans la cavité pleurale.

h offtnan dit:

« La putréfaction a-t-elle commencé? une grande quantité d’écume « est d’abord chassée des poumons, dans les voies respiratoires, « comme cela a lieu chez les autres cadavres en voie de putré- « faction, plus tard la mousse se perd et on ne trouve plus « qu’un sérum teinté de sang, qui disparait également avec « les progrès de la putréfaction par imbibition et transudation. >>

Casper et Liman, Hoffman et Belohradshy , admettent la pénétration do l’eau dans les voies respiratoires postmorteni.

D’après Jasper et IÀman, les substances ayant pénétré dansles voies respiratoires après la mort, sont très faciles à distinguer, des substances ayant pénétré pendant la vie.

« L’écume qui se trouve mélangée au liquide qu’on découvre « dans les voies respiratoires et dans les poumons, ne peut « prendre naissance dans le cadavre, parce que sa formation est « due aux derniers efforts respiratoires du mourant. De plus les « liquides qui pénètrent dans les voies respiratoire post-mortem « ne peuvent plus gonfler les poumons, d

Il y a entre les trois auteurs, un accord beaucoup plus

grand en ce qui touche le contenu de l’estomac chez les noyés.

L'estomac peut contenir plusieurs centaines de centimètres cubes du liquide submergeant, il peut aussi être tout-à-fait vide. Liman s'est assuré, par ses propres expériences que posl mortem , une certaine quantité de liquide snbmergeant peut pénétrer dans l’estomac, comme nous l’avons vu pour les voies respiratoires.

Hoffman est arrivé au même résultat :

Un des premiers Limon parle du liquide trouvé dans l’oreille moyenne, comme signe important de la mort par submersion.

« Plus importante et plus décisive est la présence de certaines « substances spécifiques dans la caisse du tympan des nouveaux a nés, pour savoir si le liquide a pénétré avant ou après la « mort, ainsi que me l’ont démontré mes expériences person- « nelles. »

« lloffman a ce sujet dit :

« Une trouvaille pareille, a uue grande importance en « supposant que la membrane du tympan ne soit pas « déchirée, parce que étant donnée l’étroitesse de la « trompe d’Eustache, les substances suspendues, peuvent « y pénétrer, post mortem, encore moins facilement que « dans l’estomac ou dans les poumons. »

Un auteur Shrzeczka, qui dans huit cas de submersion, a toujours trouvé le ballonnement des poumons, explique ce ballonnement par la pression du liquide contenu dans les voies respiratoires. Dans les conduits bronchiques et dans la trachée il a toujours constaté la présence de l’écume ».

A la suite d’un travail très complet sur la mort par submersion, après avoir fait un grand nombre d’expériences et d’autopsies MM. Montano et Bergeron, ont terminé leur étude, parles conclusions suivantes :

1° « L’existence d’une écume mousseuse, non seulement dans l’arrière bouche et le larynx, mais dans les bronches, est le signe constant de la mort par submersion, qu’il y ait syncope prédominante ou asphyxie, que l’individu ait été libre de ses mouvements, ou qu’il ait été jeté ii l’eau après avoir été endormi par le chloroforme ou par l’opium, a moitié suffoqué, entravé dans ses mouvements, etc.

Cette constance absolue de l’écume, quelles que soient les conditions particulières dans lesquelles la submersion a eu lieu, est, pour nous, le seul signe constant, certain, prouvant que la mort est le signe de la submersion.

2° II g a toujours un certain degré de congestion et quelquefois des ecchymoses sous pleurales , mais ces ecchymoses qui donnent aux poumons un aspect tigré n’ont jamais l’apparence des ecchymoses ponctuées de la suffocation.

3° L’intensité de la congestion, l’étendue des ecchymoses, sont toujours en rapport avec les efforts que fait l’animal pour lutter contre la submersion. Il en est de même chez l’homme, et nous l’avons vérifié dans toutes les autopsies que nous avons faites à la morgue depuis près de dix ans.

Ce fait au point de vue médico-légal, nous paraît avoir une grande importance. Il permet, par l’autopsie de pouvoir se rendre compte de ce qui s’est passé pendant les derniers moments de la vie, de savoir si l’individu noyé a ou non lutté longuement et énergiquement contre la submersion ».

Donc, les deux faits qui priment tous, d’après M. Berge ron dans le diagnostic de la mort par submersion, sont

l’écume existant constamment dans tout l’arbre aérien. l'intensité île la congestion et V étendue des ecchymoses des poumons. MM. Bcnjeron et Montano admettent l’entrée de l'eau dans l'estomac, comme une preuve de la mort par submersion.

« On 11e comprend pas bien, disent-ils, comment l’oesophage, dont le calibre est entièrement efface, par l’accolement de ses parois, pourrait donner passage au liquide; dans nos expériences nous avons toujours trouvé des bulles d’air dans l’œsophoge, quand l’estomac contenait de l’eau déglutie pendant la submersion ».

MM. Brouardel et Vibert ont fait des expériences remarquables, sur la fluidité du sang, chez les noyés.

Dans neuf expériences pratiquées sur des chiens et des rats, ils ont prouvé que les globules de sang diminuaient environ d’un tiers.

Nous ne pouvons mieux faire du reste, que de résumer la partie expérimentale de ce travail, en citant les conclusions aussi claires qu’explicites, de nos deux maîtres.

1° « Dans la mort par submersion prolongée, il entre dans l’appareil ciiculatoire une quantité d’eau qui peut égaler le tiers du volume total du sang.

2" Quand la submersion est très rapide il n’y a pas ou il y a peu d’absorption d’eau.

3" L’absorption d’eau chez les animaux qui se noient se fait surtout par la muqueuse pulmonaire.

4° Les animaux tués par injection d’eau dans la trachée ont moins d’hydrémie que ceux morts par submersion.

5° Les globules du sang des animaux noyés ne présentent que de très légères altérations.

G0 II se fait souvent chez les animaux noyés des petites hémorrhagies capillaires dans le parenchyme pulmonaire et dans les alvéoles, c’est ce sang épanché qui donne une coloration rose à la mousse qui sort quelquefois des orifices respiratoires.

7° Un certain nombre des cellules de l'épithélium pulmonaire subissent, après avoir été traversées par l’eau absorbée, une dégénérescence, granulo graisseuse, très prononcée ».

Comme l’indiquent ensuite, ces deux auteurs :

« Le premier point le plus important est celui-ci : lorsque l’homme qui se noie peut venir plusieurs fois respirer à la surface de l’eau, lorsqu’il se noie lentement, il absorbe par les poumons une quantité d’eau considérable; il pénètre dans son sang un tiers ou un quart du volume total du sang. Il en résulte une fluidité particulière de ce liquide ; il ne se forme pas de caillots dans le cœur, ni dans les gros vaisseaux. De plus le sang ainsi transformé transsude à travers les vaisseaux avec une entière facilité, et lorsque la putréfaction gazeuze des intestins survient, elle chasse le sang des parties profondes vers les membres, ce sang colore rapidement les gaines vasculaires, le tissu cellulaire qu’entoure les vaisseaux et rend difficile ou impossible la détermination de contusions, de suffusions sanguines ayant accompagné la mort.

Si le cadavre porte une ou plusieurs plaies, le sang fluide coule avec une grande facilité et peut faire croire que le noyé vient d’être jeté à l’eau et qu’il porte des plaies récentes encore sanglantes, alors que le séjour a été de plusieurs heures.

Exemple l’erreur du médecin de Lourdes.

Lorsqu’au contraire la mort a été rapide (Ivresse, commotion cérébrale, etc.i, la quantité d’eau absorbée par la surface pulmonaire est nulle ou insignifiante. Le cœur peut alors contenir des caillots » .

Résumé. — « L’ensemble de ces signes permettra enfin dans des cas jusqu’à présent insolubles, de déterminer quelles sont

les conditions dans lesquelles un noyé à péri. Si le sang n’est pas lluide s’il y a des caillots cordiaques, des ecchymoses ponctuées sous les plèvres, si les poumons ne présentent pas cette apparence spéciale d’emphysème aqueux, on pourra dire que la submersion a eu lieu dans des conditions telles que le noyé n’a pu faire aucun effort pour lutter contre l’asphyxie. La cause de cette absence de lutte sera à déterminer (ivresse, commotion cérébrale, etc.) Mais on ne sera pas en droit, pas cela même d’exclure l’hypothèse de la mort par submersion.

a Si au contraire les poumons sont gorgés d’eau, si le sang est fluide, si les ecchymoses sous pleurales sont larges, peu apparentes. si le cœur ne contient pas de caillots, on pourra conclure que la submersion a été lente et que la mort n’est survenue qu’après une lutte plus ou moins instinctive qui a permis à des gorgées d’eau successives de se renouveler dans la trachée et d’être absorbées par la muqueuse pulmonaire » .

Briand et Chaud è disent que les symptômes généraux de la submersion, sont : la pâleur de tout le corps, quelquefois des plaques rosées aux oreilles, aux cuisses et sur quelques autres parties ; des excoriations à la face dorsale et au bout des doigts, de la vase ou du sable sous l’extrémité libre des ongles : la bouche est à demi ouverte ; la langue placée entre les dents ou appliquée contre les arcades dentaires serrées, est souvent rouge à la base.

L’estomac contient une certaine quantité d’eau. A moins que la syncope n’ait été instantanée, il y a dans les voies respiratoires, une écume blanche mousseuse dont les bulles très fines, s’affaissent quelquefois comme des bulles de savon, à l’ouverture du larynx et de la trachée. Ces organes contiennent aussi un peu d’eau, jusque dans les ramifications bronchiques, mais la quantité totale de ce liquide n’est guère que d’une cuillerée au plus.

Les poumons très développés, souvent d’une couleur d’un gris sale, ou violocée comme s’ils avaient macéré, sont durs, présentent un engouement œdémateux et crépitent sous le doigt » .

Henri Bougier

Nous terminons cet historique, par l’analyse d’un travail très complet, dû au docteur Lesser , de Berlin , qui a eu le mérite très grand de faire pendant deux années de nombreuses expériences. Il a divisé ces expériences en 3 catégories. Dans la première il range l’autopsie des cadavres noyés et qui étaient encore frais. Ces autopsies ont été au nombre de 30.

Dans la seconde le DT Lesser a rangé les autopsies au nombre de 30, de cadavres putréfiés.

Enfin dans la troisième et dernière catégorie, il a décrit l’état des corps humains qui ont séjourné dans l’eau après la mort. Nous ne suivrons pas le D* Lesser dans le détail des expériences qu'il a faites, nous nous contenterons seulement, de donner ses conclusions.

1° Catégorie. — Cadavres frais, retirés de Veau.

1° Le liquide provenant de l’asphyxie par submersion pénètre toujours chez l’homme jusque dans les plus petites bronches.

2° Il se produit une abondante secrétion de mucosités.

3° Les diverses productions présentent à l’intérieur des petites bronches les éléments aqueux de la sérosité propre à l’asphyxie par submersion ; elles donnent au contenu une si grande viscosité qu’il est capable de conserver aux poumons leur élasticité. Le volume anormal des poumons ne provient pas d’une dilatation des alvéoles, il est dû simplement à ce fait que la déchirure des plèvres empêche toujours l’affaissement des poumons.

Il est donc indifférent à ce point de vue que le noyé soit revenu ou non à la surface de l’eau. Une forte pression sur les poumons peut naturellement renverser les obstacles formés dans les bron-

ches par leur contenu ; alors l’air s’échappe (les poumons quis’affaisent.

4° Les matières qui oblitérant les plus petites bronches empêchent les poumons de revenir sur eux-mêmes, sont, dans la plupart des cas, (et cela sans doute à cause de leur grande fluidité) dépourvues de bulles d’air.

5° Dans les grosses bronches, dans la trachée et le larynx la quantité des produits aqueux est proportionnelle h celle du mucus; ces productions intérieures sont donc, en somme, liquides.

6° Si après la sécrétion du mucus, se font d’énergiques mouvements respiratoires, il peut s’opérer dans les grosses voies aériennes un mélange intime d’air, de la sécrétion pathologique et des mucosités, et il peut se produire un spuma fin homogène. L’intimité et l’homogénéité du mélange décroissent en même temps que la force des mouvements respiratoires exécutés pendant l’asphyxie.

7° Plus les productions intérieures des grosses voies aériennes sont liquides, plus les éléments aqueux l’emportent sur les éléments muqueux, et à mesure que le temps écoulé depuis la mort augmentera, cet état spumeux de l’intérieur du larynx etc., disparaîtra d’autant plus que les mouvements respiratoires auront été plus faibles au moment de l’agonie.

8° Pendant le séjour dans le milieu qui aura causé l’asphyxie, une partie plus ou moins considérable des produits intérieurs primitifs, pourra être remplacée par de l’eau pure privée de bulles d’air. Lorsque l’on sort le cadavre de l’eau, pendant son transport à l’amphithéâtre des quantités plus ou moins considérables de ces sécrétions du larynx, de la trachée et des grosses bronches peuvent se perdre au dehors. Après cela on constate la vacuité des conduits aériens ou, s’il n’y a pas eu mélange intime d’eau et de mucus on remarque sur des points plus ou moins étendus une masse, composée presque en totalité ou entièrement de mucosités visqueuses et hyalines. On n’observe pas dans les petites bronches ces changements, post mortem.

0° Après la mort chez le noyé aussi bien que chez les autres cadavres, le contenu de l’estomac peut passer du pharynx aux grosses voies aériennes. Et si la quantité du contenu est considérable relativement à celle des matières qui se trouvent dans les conduits aériens il peut recouvrir plus ou moins complètement l’endroit primitif aquo-muqueux. Lorsque lecadavre s’est refroidi, le contenu de l’estomac ne parvient pas jusqu’aux petites bronches que remplissent complètement des mucosités, lesquelles sont un obstacle pour les matières venant de l’estomac.

10° On ne constate pas dans le parenchyme pulmonaire la présence des éléments microscopiques des produits sécrétés dans l’asphyxie par submersion. Il est sec, à moins qu’il n’y ait une exsudation des vaisseaux, ou un développement de l’œdème pulmonaire.

41° L’écume qui s’est peut être formée pendant la submersion dans la cavité buccale et dans le pharynx ou qui est arrivée du larynx peut parfois avoir plus ou moins disparu lors de l’autopsie. On ne constate pas toujours de l’eau dans l’estomac du noyé. La quantité du liquide dans lequel a eu lieu la submersion et qui est arrivée dans l’estomac varie suivant les cas.

42° Dans les oreilles moyennes la sécrétion pathologique est encore plus sûre que dans l’estomac toutes deux ne présentent pas toujours le même contenu.

2e Catégorie. — Cadavres putréfiés.

1° La putréfaction du contenu des bronches a pour résultat de diminuer sa consistance; si celle-ci est arrivée à un point déterminé, elle ne pourra plus être un obstacle à l’élasticité des poumons. Les poumons s’affaisant sur eux-mêmes, après l’ouverture des plèvres. La putréfaction des plèvres ou du péricarde peut diminuer le volume des poumons.

2° La quantité des matières bronchiales dans les grandes voies aériennes, le pharynx la bouche est d’autant plus faible que ces matières sont plus liquides. La matière colorante du sang leur donne une teinte rougeâtre, souvent elles ne diflèrent pas d’un simple exsudât.

3° La décomposition du contenu de l’estomac ne peut faire admettre que des changements dans sa consistance arrivent pendant la putréfaction du cadavre.

4° Les oreilles moyennes dans les cadavres putréfiés contiennent presque toujours du liquide. Il est rare de pouvoir prouver que ce produit fasse partie du liquide propre à l’asphyxie par submersion, le contenu rentre dans la plupart des cas dans la catégorie des exsudats propres à la putréfaction.

3° Catégorie. — Cadavres submergés, post mortem.

1 Après la mort, l’eau et les matières aqueuses pénètrent avec facilité et en quantité considérable jusque dans le parenchyme pulmonaire pourvu que ces bronches soient libres, et que par la pression on amène à la surface des coupes une écume fine.

2° Aprèsla mort l’autopsie ne révèle pas toujours dans les bronches la présence d’un liquide non spumeux.

3° En général une grande quantité de liquide pénètre dans l’estomac (jusqu’à plusieurs centaines de centimètres cubes).

4° L’invasion du liquide dans les oreilles moyennes est très possible.

En terminant son travail le Dr Lesser fait en quelque sorte, les conclusions cle ses conclusions, en écrivant :

« Nous sommes obligés de nous ranger du côté des auteurs qui n’attachent qu’une faible importance aux découvertes de l’au-

topsie. Comme nous l’avons vu plus haut, le contenu de l’estomac et des oreilles moyennes ne signifie rien. La flatuosité des poumons ne prouve rien en général, au point de vue de la cause de la mort. Nous la trouvons (sans parler des anomalies du parenchyme pulmonaire) lorsque les voies aériennes sont obstruées, que l’obstacle se trouve dans les poumons ou dans les grosses bronches, dans la trachée ou dans le pharynx, que l’obstruction ait eu lieu pendant la vie ou après la mort. L’état des petites voies aériennes et du tissu pulmonaire est à peu près le même dans la bronchite capillaire, que dans l’asphyxie par submersion. S’il y a une grande quantité de liquide spumeux dans le larynx et dans la trachée, si la présence des mucosités dans les petites bronches empêche l’affaissement des poumons, il y a lieu de porter le diagnostic de la mort par submersion.

Si chez les individus morts récemment et dans des organes respiratoires sains, nous ne trouvons pas de flatuosité des poumons, et du produit muqueux des petites bronches on peut conclure à la mort par submersion, pourvu que l’autopsie ait été faite avec soin.

Page 1