‹ Peut-on diagnostiquer la mort par submersion?Chapitre 7 sur 26 · OPINION DES PROFESSEURS FRANÇAIS · texte numérisé non relu

OPINION DES PROFESSEURS FRANÇAIS

Le 12 octobre, le doyen et professeur de médecine légale, de de Nancy. M. Tourdes l’auteur du travail remarquable sur la submersion, paru dans le dictionnaire encyclopédique de Decliambre nous envoyait une lettre trop flatteuse, dont nous détachons les passages ayant trait à notre étude.

« 1° La durée de la submersion a une grande influence sur la pénétration Post-Mortem de l’eau et des matières qu’elle charrie.

Si le corps n’est resté dans l’eau que peu de temps, le liquide ne s introduit guère que dans les parties largement ouvertes.

Il faut du temps pour que l’eau aille remplacer l’air dans les petites bronches et dans la cavité du tympan, et pour qu’elle s insinue dans l’œsophage. Mécaniquement ce phénomène se produit avec lenteur, tandis que dans l’asphyxie l’eau inspirée et déglutie envahit rapidement les organes. J’ai vu cet envahissement subit chez une femme noyée dans une solution de sulfate de fer. (L’observation est à la fin de l’article. Rapport du dictionnaire encyclopédique) Faites l’essai de cette pénétration mécanique chez quelques lapins étranglés, puis plongés bien morts dans une solution de cyannure jaune. Par une réaction bien sensible, vous apprécierez, en variant les époques, le temps nécessaire à la pénétration du liquide dans l’extrémité du poumon et dans les autres organes.

Je ne crois point qu’il puisse se produire après la mort une écume analogue à celle des noyés. La putréfaction qui détruit rapidement cette écume ne développe dans l’eau que des bulles plus ou moins larges, provenant de l’emphysème, très-différentes de l’éGume caractéristique, et dont l’analyse chimique démentirait facilement la nature.

En pratique lorsque la mort est récente, le diagnostic n’offre en général ancune difficulté, ils sont bien rares les cas dans lesquels l’écume manque d’une manière complète, ou est seulement douteuse. La putréfaction rend le diagnostic plus difficile, en faisant disparaître l’écume, mais d’autres signes persistent, fortifiés par l’absence d’une autre cause de mort.

Réponse du docteur Moraches de Bordeaux, le 7 octobre

1° L’eau et les matières, liquides dans lesquelles un cadavre a été immergé peuvent pénétrer dans les voies digestives (estomac, même intestin) elles peuvent également pénétrer dans les voies

aériennes au moins dans les grosses bronches, même peut être dans les petites. Il suffit que le cadavre soit placé dans une situation telle que l’équilibre du liquide le porte à y pénétrer. Il n’v a pas de cause matérielle qui théoriquement puisse empêcher cette pénétration, les sphincters, les valvules comme tous les plans musculaires étant dans le relâchement.

D’une façon générale je crois que cette pénétration se fait toujours chez le cadavre, mais d’une façon moins intense que chez le noyé qui a inspiré de l’eau et l'a déglutie dans les mouvements convulsifs de la 2e période de la submersion.

Il y aurait donc moins de liquide chez le cadavre immergé, que chez le noyé, mais il n’y a pas là un signe de certitude.

Il y a quelques mois j’ai eu la preuve nouvelle de cette pénétration sur un cadavre jeté à l’eau après étranglement. L’estomac contenait une certaine proportion, 125 grammes environ d’une eau croupie dans laquelle le cadavre avait été jeté, et d’après les circonstances du crime, évidemment il était déjà mort. Il n’y avait aucune trace de respiration sous l’eau.

Pour l’oreille moyenne, théoriquement la pénétration du liquide peut se faire également, mais je crois qu’elle est assez difficile en raison du faible calibre de la trompe. Cependant vous savez que l’on a trouvé de la matière fécale dans l’oreille moyenne de nouveaux-nés immergés vivants. Après la mort cela serait plus douteux, cependant je le crois possible.

2° L’écume bronchique étant produite par le mélange d’air inspiré ou expiré et d’eau est un phénomène qui dénote absolument la respiration, c’est-à-dire la vie. Dans les cadavres putréfiés on peut bien rencontrer quelques gaz dans les bronches, mais pas en quantité suffisante pour former cette mousse sanglante si remarquable que vous connaissez. Des bulles de gaz de putréfaction viendront crever à la surface du liquide, il n’y aura pas le brassage et par conséquent a proprement parler, l’écume.

Si l’écume bronchique prouve la vie , son absence ne démontre pas la mort, l’individu a pu êlre jeté à l’eau en état de syncope, d’anesthesie, de Coma, etc...

Henri Bougicr &

Rappelez-vous que l’écume ne peut se produire que quand le noyé vient respirer à fleur d’eau, respirant un mélange de liquide et d’air, ou bien quand ayant déjà de l’air dans les bronches il a spasmodiquement respiré de l’eau.

3° A mon avis, 1° il y a des signes manifestes, qui permettent d’établir qu’un individu a été jeté vivant à l’eau et y a respiré.

2° Il n’y a pas de signe s absolus qui permettent d’affirmer que le cadavre a été jeté à l’eau après la mort. Sauf les cas de traumatismes spéciaux incompatibles avec la vie même pendant quelques instants et produits certainemant avant l’immersion.

Le 12 octobre 1884 le docteur Jaumes de Montpellier nous donnait son avis sur la mort par submersion.

a La presque unanimité des observations, vous le savez, admet la pénétration de l’eau dans le larynx, la trachée et peut être les grosses bronches. L’eau et les matières qu’elle tient en suspension penvent-elles pénétrer (toujours post mortem) dans les fines ramifications bronchiques ?

Si l’on admet la pénétration dans la trachée et les grosses bronches. il est bien difficile, à priori, de se refuser à croire qu’une certaine quantité progresse jusque dans les petits rameaux et peut-être même jusques dans les vésicules. Mais jusqu’à plus ample informé, je ne pense pas que le tissu pulmonaire, puisse recevoir dans ces conditions, une quantité de liquide, comparable à celle qni y pénètre dans certaines formes de submersion, et dès lors, l’imbibition, l’œdeme aqueux du poumon, me parait constituer, un des meilleurs signes de la submersion pendant la vie. C’est affaire de degrés.

Dans l’estomac, j’incline à répondre par la négative avec la maorité ; mais sans me dissimuler la gravité des affirmations contraires .

Je ne connais pas d’observation démontrant la réalité de cette pénétration et j’ai renoncé au projet, que j’avais formé d’instituer

des expériences dans ce sens, par suite de cette pensée que des expériences négatives, pour si nombreuses qu’elles soient, n’autoriseraient pas une conclusion formelle, celle-ci pouvant toujours être renversée par un fait positif.

Le jour où il sera prouvé qu’un cadavre ayant été plongé dans l’eau, l’estomac vide l’eau s’est introduite dans cet organe, il faudra renoncer à invoquer ce signe de la submersion pendant la vie en attendant et en l’état de la science, il représente tout au moins une présomption très-sérieuse.

Dans l’oreille moyenne ; cette partie du problème offrant d’étroites analogies avec la précédente, prête aux mêmes considérations, tout en soulevant des difficultés encore plus grandes.

2° Si un sujet était plongé dans l’eau immédiatement après une mort violente, je n’oserais affirmer, qu’on ne put trouver aucune Vace d’écume, mais dans tous les cas en bien moins grande quantité qu’après la submersion pendant la vie.

Si un cadavre est plongé dans l’eau quelque temps après la mort et si l’autopsie est faite avant la putréfaction on ne trouve pas d’écume.

3° Si dans l’estomac d’un cadavre de mort manifestement récente on trouve une quantité* un peu considérable d’eau, avec du gravier, des herbes, etc., persisteriez-vous malgré les réserves de tout à l’heure à conclure à la submersion pendant la vie? — Donc il se peut qu’un seul signe justifie une conclusion affirmative.

Mais le plus souvent, celle-ci repose sur un ensemble désignés (écume etc.) et si quelques-uns de ces signes, font défaut, à la certitude se substitueraient proportionnellement, les présomptions, les probabilités, l’incertitude. Et il n’arrive que trop souvent, quand il s’agit de mort par submersion que l’expert est condamné h une grande réserve.

Dans nos régions, un obstacle très grand réside, dans les lenteurs de l’autopsie ; durant une grande partie de l’année, la putréfaction survient et marche vile, soit dans l’eau, soit surtout le cadavre une fois retiré de l’eau ; au bout de qnelques heures, la décomposition est telle que l’expert est mis en présence du cada-

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