‹ Peut-on refaire l'unité morale de la France?Chapitre 5 sur 7 · PEUT-ON REPAIRE · texte numérisé non relu

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taines données de conscience et d'expérience. On fera remarquer, par exemple, que la sensibilité, dans l'être vivant et pensant, — qui est un fait, — est quelque chose de très extraordinaire ; que sentir, c'est à la fois être soi et être autre; qu'une sensibilité diffuse dans le Tout — si l'on tient compte, en outre, des notions actuelles sur la forme en biologie et le mouvement en physique — aide, jusqu'à un certain point, à comprendre la division dans l'indivis, à concevoir comment le Tout se discrimine en unités unifiantes par lesquelles il s'unifie. Au sein de l'Être, on entrevoit une sorte de dessin intérieur et changeant.

Mais il ne faut plus se payer de mots, exprimer l'Être en définitions verbales. Si nous savions, si nous comprenions tout, il n'y aurait pas de science, c'est-à-dire de recherche. C'est pour avoir voulu trouver sans chercher qu'on a improvisé les religions et les métaphysiques. Or connaître les moyens

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d'obtenir, ce n'est pas encore tenir. La conception de la synthèse rend Feffort plus méthodique, plus efficace. Mais un problème bien posé n'est pas, pour cela, résolu. La science ne serait plus la science si elle ne consentait à rien ignorer provisoirement.

Elle se fonde sur de fermes principes, sur une hypothèse inébranlable : mais il ne faut pas trop vite insérer des intermédiaires entre les principes et les faits. Et parce que les théories sont souvent précaires, les construc* tions caduques, il ne faut pas mettre en doute la solidité des principes. Il convient de ne pas trop affirmer, mais de croire.

Que l'on comprenne donc bien et la portée illimitée et les limites actuelles de la science. Ce que la science veut connaître, c'est l'Être, c'est le Tout. Pour cela, elle a un point d'appui sûr, c'est le Moi, c'est l'être du Moi. La philosophie vient tout entière s'absorber dans la science : elle n'est plus que la ré-

flexion qui pose et précise le problème essentiel, les problèmes secondaires que la science doit résoudre. En tant que métaphysique, elle s'évanouit. Comment concevoir une connaissance distincte et de celle des phénomènes et de celle du moi? Les problèmes métaphysiques, ou bien tombent d'eux-mêmes, ou se résolvent en problèmes scientifiques.

Les idées de substance, d'infini, de liberté sont nées de confusions grossières : elles introduisent des notions tirées du phénomène, du relatif, dans la réalité. De là les difficultés auxquelles elles ont donné lieu.

L'Etre s'exprime dans le phénomène et l'explique : il ne saurait être expliqué par lui. Il s'y exprime comme une unité qui est et qui se fait. Ce qui reste de la Substance, de l'Infini, de ce qu'on appelle le Divin, — de ce qu'on a conçu, de mille façons, comme un préêtre, un hyperêtre, — c'est, au fond, la réalité une et qui s'unifie. Ainsi les mots.

de théisme et d'athéisme n'ont plus de sens.

— Ce qui répond à la liberté, c'est, au fond, le travail de l'unité qui se fait. La raison, c'est la réalité s'apparaissant dans la conscience.

Si la science ne donne pas le dernier mot des choses, elle le promet du moins. C'est un dogmatisme à rebours que celui des agnostiques. Ils concluent de l'ignorance actuelle à la nécessité d'ignorer : il faut conclure du savoir actuel à la possibilité de savoir. Il y a un inconnu immense, il n'y a pas d'inconnaissable.

C'est tien mal apprécier la valeur de l'esprit que de réduire la science à la satisfaction de curiosités partielles et à la recherche des applications matérielles, à l'analyse et à la pratique. La science, par ses principes et dans ses résultats, tend à la synthèse. Et il faut la concevoir de plus en plus, l'organiser de mieux en mieux comme synthèse.

Mais ici, après que la portée spéculative de la science nous est apparue, faisons apparaître son rôle moral. Voyons comment se rejoignent connaissance et action, vie et science.

L'histoire proprement dite, l'histoire humaine, forme le nœud de la science et de la vie. Elle est quelque chose d'accompli, que la science enregistre, rattache à ses principes, intègre dans la synthèse, et rend par là intelligible. Mais, d'autre part, elle est quelque chose d'inachevé, qui se continue dans la vie, et qui a du mouvement, en quelque sorte, pour aller plus loin. Or la science, par cette double face de l'histoire, est à la vie ce qu'est la conscience réfléchie à la conscience spontanée. La vie s'épanouit dans la science. L'activité humaine, qui s'apparaît à elle-même, et qui s'apparaît dans ses rapports avec la nature, dans l'espace et

dans le temps, peut désormais se diriger plus sûrement vers les fins où spontanément elle tendait.

Et d'abord, la science affermit l'activité morale. — II serait aisé de montrer que la réflexion, quand elle s'est appliquée à la loi morale, lui a toujours reconnu — aussi bien dans les théories des philosophes que dans les études inductives des sociologues — ce caractère, d'exprimer et de chercher à accroître l'unité humaine. Or la loi morale, ainsi définie, s'accorde avec les hypothèses, avec les principes de la science, et elle est éclairée par eux. L'unification qui s'accomplit dans l'être, qui aboutit au règne humain, se poursuit dans les sociétés humaines, s'y manifeste par l'instinct sociable, par les liens sociaux, par la loi morale. Dans le progrès des sociétés, l'individu devient conscient et des liens et de la loi. Il en découvre l'origine. Et, en comprenant ce qui était la loi de sa volonté inconsciente, l'homme ne

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peut que vouloir davantage cette volonté, que la réaliser plus efficacement. L^illusion d'un devoir extérieur et imposé s'évanouit pour faire place au consentement de Thomme à lui-même. La loi morale ne peut pas être prouvée : elle ne peut être que formulée et approfondie. La science, qui la formule et l'approfondit, la fortifie ainsi et la précise. L'action se parfait dans la connaissance.

Mais si dans l'humanité, dans les sociétés humaines, l'unification se poursuit par l'union toujours plus étroite des hommes, cette union n'est cependant pas la fin dernière del'hunlanité. La synthèse, en ratifiant la loi morale, la suspend à une loi plus haute d'unité, à la loi de l'Être. Elle montre la société des hommes faite pour se dépasser elle-même, pour réaliser — et par la science précisément — une unité plus complète.. La science n'éclaire pas seulement la vie, elle est vie. La science faite est lumière; mais la science qui se fait, activité. Cette activité tend à

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resserrer nos liens avec l'univers; et dans la synthèse, prenant conscience d'elle-même, elle devient plus efficace, elle aussi. A mesure que la science prouvera l'unité qu'elle affirme, l'unité s'accroîtra dans l'Être un. L'unité qui est ne serait prouvée définitivement qu'une fois l'unification accomplie. La connaissance se parfait dans l'action.

£t maintenant, nous pouvons conclure : la science, comme synthèse, a tous les caractères de la Foi religieuse.

Nous avons bien ici l'explication de la destinée réglant la vie; nous avons bien l'unité vivante d'une doctrine, d'une morale et d'un culte *. Nos rapports avec les hommes, nos rapports avec l'univers, tout est ici régi par des principes, — par des principes révélés : . mais cette révélation, d'abord, s'impose à nous du dedans. L'action spon-

1. Le culte, c'est Tensemble des pratiques établissant des rapports avec la nature.

tanée était connaissance implicite : la révélation, c'est la traduction explicite de notre activité spontanée, c'est l'apparition de nous à nous, et par nous de l'Être à lui. Et cette révélation se confirme par des miracles, par des miracles quotidiens et de jour en jour plus merveilleux : chaque jour, en effet, s'accroissent, avec la connaissance, la divination et la puissance humaines.

La science ne fait pas évanouir la foi, puisqu'elle l'implique et la justifie. La vérité est distincte de la croyance; mais elle est fondée sur la croyance. Il y a bien dans la science ce pari^ qui est essentiel à toute foi ; mais ici le pari n'a rien d'arbitraire, ne repose pas sur l'autorité extérieure ou sur le calcul des probabilités : il nait, dans l'action, d'un savoir obscur, et il aboutit, par l'action, à la vérité éclatante. L'établissement de la vérité, ou la révélation, et l'aperception du vrai, ou la foi, sont indissolublement liés dans la science.

Il ne faut donc pas dire que la foi se meurt, mais qu'elle s'épure. A la base de la religion, il y avait l'affirmation de l'unité de l'Être : mais celte affirmation, gauche, se traduisait en conceptions grossières et en pratiques plus ou moins vaines. La religion est allée se corrigeant par l'action de la réflexion philosophique. La philosophie, qui cherchait à nettement concevoir l'unité, est allée se précisant par le progrès de la science : elle a atteint, dans sa recherche, une conception de l'unité qui est inhérente à la science et que la science vérifie. L'humanité vit d'une hypothèse — qui par la science se dégage et se prouve. A la science, dans la Synthèse, viennent aboutir philosophie et religion.

Si j'avais établi — comme c'était mon dessein — qu'une foi peut unir à nouveau les hommes, j'aurais donc fait entrevoir aux Français la guérison des maux dont ils souffrent. Or, j'ai la conviction que cette foi est destinée à régner un jour, parce que l'humanité la porte en elle implicitement, la balbutie déjà avant de se l'être formulée. Et j'ai la conviction que la France, non seulement par le privilège de son ardente inquiétude, mais grâce à certains traits de son génie, est destinée précisément à la formuler et à la répandre. Nous ne sommes pas assez fiers de nos penseurs. Nous avons poussé très avant, dans ce siècle, les études histotoriques; mais nous avons trop négligé et l'histoire de la Pensée, en général, et This^

toire même de notre pensée. Nous avons conscience jusqu'à un certain point de notre rôle politique et social dans le monde; mais fort peu de notre part dans ce travail profond des idées qui prépare les transformations ultimes.

Notre Descartes est un héros : l'Allemagne elle-même l'a proclamé avec Hegel.

Son mérite incomparable, c'est, ayant pris le moi pensant pour centre, d'avoir reconnu dans le moi la base solide de tout savoir; c'est de s'être élancé, de ce point ferme, à la conquête des choses, d'avoir conçu un espoir immense, — jusqu'à se flatter de vaincre la mort, — et, pour mieux régler la vie, d'avoir remis l'établissement de la morale définitive à l'avènement de la science.

Mais comme le génie de la France est à la fois très hardi et très prudent, au xvii° siècle, ce qui se mêlait de métaphysique, de théologie, aux vérités, aux intuitions cartésiennes, fut combattu par le doute et par

rempirisme, par les sceptiques et par les Gassendistes. Puis, tandis que la science, en dehors des théories, poursuivait son œuvre précise et efficace, le génie de la France, avec les encyclopédistes, avec les idéologues, avec les positivistes, avec les Saint- Simoniens, aspirait à en embrasser les résultats, à en approfondir les principes, à les appliquer à la vie — sans, d'ailleurs, négliger la psychologie, en plongeant, au contraire, avec cet admirable Maine de Biran, au trésor intime du moi. Dans rhistoire de la Pensée, entre l'Allemagne

— que son génie métaphysique a souvent entraînée aux grandes et fragiles constructions, aux châteaux de rêve où se mêlent la vérité et l'erreur, où la vérité même, dans l'a priori^ ne porte pas les marques du vrai

— et l'Angleterre, — qui, avec son génie induclif et pratique, satisfait ses curiosités immédiates et ses besoins matériels par la science positive, et, pour le reste, s'en remet

à la religion, — la France veut la vérité à la fois solide et complète. Elle a confiance dans la raison; mais, en même temps que sur les principes de la raison elle fonde l'étude de la nature, elle sonde le moi pour déterminer la valeur de ces principes et pour en régler l'usage. Parfois dogmatique et parfois sceptique, mais alors moins foncièrement dogmatique que l'Allemagne et moins intégralement sceptique que l'Angleterre, parfois aussi éclectique de parti pris, elle est toujours conciliante par la vertu propre de son génie. Et c'est ainsi qu'elle doit entrer la première en possession des résultats que les trois grands peuples pensants ont, depuis trois siècles, élaborés en commun, qu'elle doit faire sien le triomphe de la Pensée collective.

Qu'on le comprenne donc : le moment est venu où peuvent se dénouer tout ensemble la crise des consciences et celle de la vie publique. Il suffit que cette foi se

répande, où la raison n'est plus opprimée, mais s'exprime en son essence. Les adversaires de la religion ne la combattent que pour la méconnaître en son fond; les contempteurs de la science ne la rabaissent que pour ignorer la synthèse. La conciliation est possible, là où règne la contradiction. Mais comment doit s'accomplir la transformation de la société et si elle peut s'accomplir insensiblement, sans heurt et sans violence, — c'est ce que je voudrais tout au moins indiquer maintenant.

Nous voyons, en général, les promoteurs de l'avenir — sans toujours concevoir nettement où ils tendent — engager, et réclamer de l'État, une lutte acharnée contre tout ce qui retarde la rénovation qu'ils souhaitent.

Nous voyons les représentants du passé, inquiets et irrités, lutter, en retour, de toutes leurs forces pour maintenir ou pour restaurer ce qu'il y a de caduc dans leur foi.

Nous voyons des esprits sages et prudents se résigner au manque de croyances communes, et, sous le prétexte du respect de la liberté, proclamer le devoir de non-intervention. Il semblerait qu'on n'eût le choix qu'entre la persécution, avec les réactions qu'elle en-

traîne, ou l'anarchie morale. — Il n'en est rien : je vais essayer de le montrer.

Cherchons ici à préciser le rôle de l'État, tel qu'il ressort de la conception de la synthèse.

Dans cette évolution de l'humanité où se poursuit l'unification de l'Être, les sociétés se sont créé un organe, un instrument, pour défendre à chaque moment ce qu'elles ont acquis d'unité et pour assurer leur développement ultérieur. Autre chose est la société, et autre chose l'État. Plus l'une est parfaite, moindre y est le rôle de l'autre : mais c'est, en grande partie, à l'aide de celui-ci que celle-là peut se parfaire. Or, si tel est l'office

de l'Etat, de se rendre le plus vite possible inutile, il ne doit pas se réduire, en attendant, à un minimum d'intervention, au maintien de l'ordre ou au progrès matériel :

il doit favoriser le progrès moral, accroître et resserrer l'union entre les membres de la société.

Mais cette unipn, qui est quelque chose d'intime, ne s'obtient point par des moyens mécaniques, pour ainsi dire, par des arrangements extérieurs. On confond trop souvent l'union réelle, vivante, et l'unité factice, tyranniquement créée : en général, la première est en raison inverse de la seconde. Il faut donc que l'intervention brutale, que la contrainte, soit le plus possible évitée. Il s'agit moins de transformer que de convertir. L'État ne doit pas rester neutre, il doit agir : mais il doit agir plus encore en faveur de ce qui tend à l'union que contre ce qui l'entrave. L'Etat peut être actif sans être persécuteur.

Dans l'organisation de la science et do l'éducation consiste le devoir suprême de l'État.

Et d'abord, il doit donner tous ses soins à ce que la science gagne sans cesse en diversité et en unité, en précision et en étendue, en puissance et en éclat. Il n'a rien à exiger

d'elle : il n'a qu'à lui fournir les moyens d'être pleinement elle-même. Il n'y a pas de science officielle, de science d'Etat : il n'y a que la Science, dont les révélations s'imposent. L'État, en favorisant la science, ne crée pas une orthodoxie nouvelle : il active la manifestation de la vérité. Quand on mesure l'importance de l'œuvre, on ne peut s'empêcher de trouver bien insuffisant encore son concours. Au surplus, il est bien humble, dans la hiérarchie de l'Etat, ce ministère de l'instruction publique, cet Office de la synthèse, qui détient, en réalité, les destinées humaines : et, d'une façon générale, — mais nous ne saurions ici insister sur ce point, — la constitution de l'État n'est pas assez conforme à ses fins véritables, à son rôle actuel. Il faut souhaiter que l'État fasse aujourd'hui pour les sanctuaires de la science ce que faisaient jadis les rois et les princes pour les cathédrales et les couvents : qu'il dépense l'argent sans compter, sinon pour

la splendeur des pierres, du moins pour la commodité et pour raclivité des études. Au lieu des inspirations vagues qui pénètrent les âmes dans le trouble des sens et l'extase, parmi les chants et les parfums, sous le mystère des nefs et la sombre lueur des vitraux, c'est, dans l'exercice de la pensée réfléchie, dans le miracle de la nature comprise et soumise, dans la clarté du jour et de l'esprit, la foi pure qui éclatera. Credent quia lucidum. Et qu'elle rayonne de ses foyers actifs, quelle se répande et se communique, cette foi, à tous les degrés d'instruction, partout où quelque chose est enseigné. Que chaque parcelle de la science garde un peu de lumière et un peu de chaleur vivifiante*.

C'est une erreur de croire que l'éducation

1. On pourrait dire que TÉlal, par le plein développement, par l'union libre et intime des individus, tend à réaliser de plus en plus l'Église vraie; que cette Église a déjà ses prophètes, ses ministres, ses apôtres. Mais il ne faut pas multiplier les emprunts au vieux langage : cela aurait quelque chose de puéril et — en prêtant à l'équivoque — quelque chose aussi de dangereux.

de rÉtat doive nécessairement rester neutre.

Une éducation sans foi est une éducation ou contre toute foi* ou pour la foi aveugle.

Si ceux qui forment la jeunesse se contentent de lui donner des notions, des connaissances, du savoir abstrait, c'est qu'ils n'ont pas la pleine intelligence de leur rôle et de leurs responsabilités. Et s'ils pensent lui devoir l'éducation morale, mais qu'ils la lui donnent en dehors de toutes croyances, c'est qu'ils n'ont pas eux-mêmes de croyances; ou encore, c'est que la foi étant pour eux extérieure au savoir, ils admettent de la maintenir étrangère à l'enseignement — même moral : autrement, ils ne font qu'obéir à regret à une consigne imposée. — Quoi qu'il en soit, chez les disciples, la pratique, dans

4. Il y a eu un temps où la neutralilé avait cet heureux elTet d'émanciper plus ou moins les esprits, de les arracher aux dogmatismes anciens et contradictoires. Ne se prononcer pour aucun, c'était les rendre également suspects et développer le sens critique. Mais beaucoup d'esprits, aujourd'hui, ne sont que trop émancipés. Chez d'autres, il se produit un retour de Tanatisme. Les circonstances sont changées.

ces conditions, ou manque de principes pour s'appuyer, ou trouve par ailleurs un soutien. La neutralité de TEtat donne donc une force singulière à toute éducation différemment comprise — fondée sur des principes agissants. Sans doute, TÉtat a le devoir de proclamer, de maintenir la liberté, la liberté pour tous de croire ce qu'ils veulent et d'enseigner ce qu'ils croient; mais c'est une duperie d'accorder la liberté à autrui et de se la refuser à soi-même. 11 se fait une confusion constante, dans cette période de transition où nous sommes, entre la tolérance et la neutralité. Comme l'État, bien des individus, bien des associations tournent, à l'occasion, le libéralisme en inertie. Telle association d'enseignement populaire et d'éducation sociale se vante de ne propager aucune doctrine politique, religieuse ou philosophique, « s'interdit tout prosélytisme et n'exclut que l'exclusion; ne veut pas, en divisant et aigrissant les esprits, former des par-

tisans ». On se fait un mérite d'un éclectisme ou d'une neutralité qui ne sont souvent qu'impuissance. On prétend être animé d'un « espritHibre », parce qu'on n'a qu'une bonne volonté vague. Une foi sincère et précise agit.

Mais la foi agissante est tout autre chose que l'esprit d'autorité. Si, d'autorité, l'État voulait supprimer, paralyser les enseignements rivaux, s'il dispensait à la jeunesse entière son enseignement, mais un enseignement sans foi, il n'opposerait rien, qu'une apparence de persécution, à ces influences du passé qu'il s'agit d'émousser à la longue.

Il vaut mieux donner à quelques-uns une foi vivante qu'à tous des leçons mortes.

Fût-il possible, d'ailleurs, d'éliminer rapidement les reliques du passé, on aurait tort de le vouloir. Il y a une sorte de crime moral dans la lutte directe et violente contre les vieilles religions. La foi est liée à toute la vie intime, aux fibres mêmes de l'être, et il faut éviter la soufl^rance aux hommes. Mais,

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