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CHAPITRE II

Les rapports des globules blancs et du bacille tuberculeux, d’après nos expériences.

Le bacille tuberculeux humain, chez le pigeon, chez la poule, est-il dirégé par les leucocytes mononucléaires ?

Pour répondre à cette question, répétons en les complètant les deux types d'expériences de Dem-

binski,

A cet effet, injectons dans les deux caroncules d’une poule du bacille tuberculeux humain [r centimètre cube d’une émulsion homogène opalescente dans l’eau physiologique d’une culture sur pomme de terre glycérinée âgée de huit semaines ; la même quantité de cette émulsion inoculée sous la peau d’un cobaye de 400 grammes, le tue en cinquante jours avec des lésions typiques de tuberculose].

Trois jours après l’inoculation, chaque caroncule présente une petite nodosité, peu dure, du volume d’une lentille. Enlevons la réaction locale d'un côté

pour en faire l’étude histologique et laissons l’autre en place.

Les coupes histologiques nous montrent dans la lésion locale : deux zones, une centrale constituée par quelques rares leucocytes polynucléaires disséminés au milieu d’un grand nombre de leucocytes mononucléaires, une zone périphérique, formée de mononucléaires et de cellules géantes. Pas d’infiltralion de polynucléaires dans les tissus environnants. Les bacilles sont entourés par les mononucléaires, ou se trouvent au centre des cellules géantes.

La lésion locale restée en place dans la caroncule de la poule évolue. Grosse comme un haricot au bout de quinze jours, elle devient ensuite de plus en plus dure. Au bout d’un an, alors que la poule est en parfaite état de santé, cette lésion locale est dure, calcifiée. Broyée, émulsionnée dans l’eau. physiologique, elle tueun cobaye de 450 grammes en soixante jours. <

Recommençons la même expérience en prenant du bacille tuberculeux aviaire à la place du bacille humain |1 centimètre cube d’une émulsion homogène opalescente dans l’eau physiologique d’une culture sur pomme de terre glycérinée âgée de huit semaines, la même quantité de cette émulsion inoculée sous la peau d’un lapin de 2.500 grammes le tue en trente jours avec des lésions de tuberculose généralisée].

La réaction locale d’une caroncu!e enlevée le troisième jour, soumise à l’examen histologique, décèle le présence d’un grand nombre de polynucléaires infiltrant les tissus. Les bacilles, avec leur disposition caractéristique en rayons de roues, remplissent

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les éléments blancs. On re trouve pas trace de mononucléaires.

L'animal ayant conservé la seconde caroncule pré sentant également une réaction locale, meurt quarante jours après l’inoculation présentant des lésions tuberculeuses siégeant principalement sur l'appareil digestif el ses annexes. ae

De ces expériences, nous pouvons soutiiile qu’en présence d’un bacille tuberculeux, soit aviaire, soit humain, les leucocytes polynucléaires et mononucléaires ne peuvent être qualifiés de phagocytes, c’est-à-dire de « cellules amiboïdes capables de saisir et de digérer les microbes et autres éléments figurés ». :

En présence du bacille tuberculeux aviaire, polynucléaires et mononucléaires sont tués et le bacille se multiplie, se généralise dans le corps de la poule.

Avec le bacille tuberculeux humain, les polynucléaires n’interviennent pas, les mononucléaires seuls emprisonnent le bacille, empêchent sa dissémination, mais ne le digèrent pas. Leur rôle se borne à permettre à l'organisme de tolérer la présence du bacille dans ses tissus. | |

La destinée du bacille tuberculeux chez la poule nous paraît mettre en relief les faits suivants :

Lorsque le bacille tuberculeux se trouve d'abord en présence des polynucléaires de l'organisme qu'il envahit, les mononucléaires n’interviennent que tardivement et l’animal meurt. |

Lorsque le bacille entre d’abord en contact avec

les mononucléaires, les polynucléaires restent inacüfs, l'animal tolère la présence du bacille.

Ceci posé, on peut se demander quel sera le résullat de la suppression de l’afflux initial des polynucléaires chez un animal sensible et quels seront dans ce cas les éléments cellulaires qui prendront contact avec le bacille tuberculeux.

Comment peut-on, chez un animal sensible, supprimer en un point touché par le bacille l'arrivée normale et constante des polynucléaires ?

Quelles sont les notions qui nous ont permis d'établir un protocole d'expériences nous donnant un tel

résultat.

1° Méthode générale permettant d'empêcher l'arrivée de leucocytes en un point d'appel extravasculaire.

* Spillman (L.) et Bfuntz (L.), 1911, au cours de recherches sur l'élimination de substances colorées injectées dans la cavité générale des Invertébrés et dans l'appareil circulatoire des Vertébrés, eurent leur attention attirée sur le rôle joué par les globules blancs comme agents de fixation et de trans- port des substances étrangères à l'organisme. Dès que certains corps (microbes, encre de Chine, carmin) sont introduits dans l'organisme, l'individu sain s’en débarrasse très rapidement.

« L'élimination de ces substances comprend plusieurs temps qui sont :

1° Leur fixation par certaines formes de leucocytes (Phase de fixation) ;

» Leur transport par ces éléments figurés (Phase de transport) ;

3° Leur décharge dans les organes d’excrétion, rein clos ou ouverts (Phase d’excrétion). »

La numération des globules blancs, leur coloration permettent de suivre leur destinée et de les retrouver dans les divers endroits du corps où ils se rendent. É

C’est ainsi qu’une injection intraveineuse de collargol, chez un lapin, abaisse le chiffre des leucocytes dans la circulation périphérique de près de 2.000 en seize minutes, stade d’hypoleucocytose durant quelques minutes, suivi d'un stade d’hyperleucocytose. Une injection de 2 centimètres qubes de carmin ammoniacal amène une hypoleucocytose assez forte, 4.000, en vingt-neuf minutes. À ce stade d’hypoleucocytose qui dure en moyenne une demi-heure, succède un stade d'hyperleucocytose.

Werigo, 1892, montre que les leucocytes ayant capturé des substances inertes (grains de carmin) les transportent dans le foie et dans la rate. C’est pendant que les globules blancs se rendent ainsi dans ces organes, chargés des produits qu'ils ont fixés, que l’on remarque l'hypoleucocytose signalée plus haut. Ces globules blancs,dans le foie et dans la rate, abandonnent les grains de carmin et [entrent dans

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la circulation générale, et leur nombre augmenté de celui des éléments néoformés pendant le stade d’hypoleucocytose constitue l’hyperleucocytôse.

Chez le lapin, en effet, Achard et Weil, 1907, ont constalé, qu'après une injection de collargol, la moelle osseuse et la rate présentaient des signes de prolifération active.

Ces expériences montrent qu’à l’aide d’une injec-. tion intraveineuse de produits étrangers, il est possible d’éloigner les leucocytes polynucléaires d’un territoire vasculaire donné pendant un certain temps. Cette hypoleucocytose locale coïncidant avec la phase de transport est de quantité et de durée variable avec la nature du produit injecté,

Une expérience d’un autre ordre, due à Bouchard, et rapportée par Charrin, 1898, permet de supposer qu'il est possible de retenir les globules blancs à l’intérieur des vaisseaux, alors qu’un point extravasculaire exerce sur eux une attraclion positive,

« En inoculant une culture spéciale de bacille pyocyanique à un cobaye, on détermine au point d'entrée du virus une lésion locale qui aboutit à la suppuration, à un processus gommeux. Si on traite de la même façon un deuxième cobaye dans le sang duquel on a injecté préalablement les sécrétions de ce bacille pyocyanique, on provoque non plus une maladie circonscrite, mais une affection générale grave ; de pareilles observations ont été faites avec d’autres micro-organismes, notamment avec le staphylocoque doré, le bacille du choléra: des

poules, ete. L'auteur attribue ce résultat singulier à ce que parmi les produits solubles injectés dans le sang, il s’en trouve qui s'opposent à la diapédèse, par suite à la phagocytose chargée de détruire les microbes dans les conditions ordinaires.

De leur côté, les données de Pfeiffer portent plutôt à dire que par l'injection intravasculaire des toxines, l’expérimentateur a introduit autant ou peut-être plus de substances susceptibles d’éveiller l’irritabilité des leucocytes qu’il ne s’en produit dans la zone d’inoculation. L’attraction des globules blancs vers la région menacée fait alors défaut ; ces globules sont retenus à l’intérieur, leur émigration par laquelle l'organisme se défend conire l'infection est supprisupprimée ; l'affection au lieu de rester iocalisée se généralise très rapidement ».

Nous basant sur les notions précédentes nous avons d'abord cherché à supprimer l’arrivée des leucocytes polynucléaires dans une plèvre qui avait préalablement reçu une émulsion microbienne, capable à ele seule de provoquer un exsudat pleural.

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