‹ Phases et causes célèbres du droit maritime des nations (volume 2)Chapitre 15 sur 81 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

BUPTXrBB DS LA FAIX SAHS DÉGLABATIOH DE OUSBBS. >)

Prises maritimes : bâtiments du commerce saisis dans les ports ; attaques en pleine mer, etc.

L'usage général des nations autorise toute Puissance qui déclare la guerre à une autre Puissance, à faire, au même instant, saisir tous les bâtiments appartenant à celle-ci ou à ses sujets, qui se trouvent dans les divers ports de sa domination.

Usage déplorable et brutal auquel devrait être substitué à jamais celui beaucoup plus libéral et beaucoup plus conforme à la justice, à la morale et à Thumanité, que de nombreux traités ont consacré, d'ailleurs, en stipulant, d'une part, qu'en cas de rupture entre les nations contractantes, un délai de six mois ou un an serait accordé aux négociants pour retourner dans leur patrie avec leurs propriétés; d'autre part, que les marchandises embarquées sur les bâtiments d'une nation devenue ennemie, avant que la rupture avec cette nation, ait pu être comme dans le port d'embarquement, ne seraient point confisquées. (Voir Livre I, titre III, § 4 , ainsi que le § 4 0 , deuxième section , en ce qui concerne le délai, fixé en 4854 par la France aux bâtiments rqsses.)

C'est avec regret que nous nous rappelions que le gouvernement français, en 4806, s'est appuyé sur l'usage général, contre

M Fotr Livre 1 , Ulro III , g * , el Livre U , chap. IV.

60 LIVRE n. GHAPiniE XI.

lequel nous nous élevons, en promulguant le décret du 6 octobre, en vertu duquel furent saisis les bâtiments prussiens qui se trou-vaient dans les ports français, au moment où Napoléon déclara à la Prusse la guerre à laquelle mit fin les traités signés à Tilsit, les 7 et 9 juillet 4807.

La réclamation que nous faisons entendre en faveur des bâtiments qui, se trouvant dans les ports sùus la foi de la paix ptAUque et sous la protection du droit des gens, se voyent brutalement saisis, et confisqués, au moment même de la rupture, nous la formulons encore, expressément, en faveur- des bAtiments que la tempête jette sur les c6tes d'une Puissance ennemie, ou qui se présentent avec confiance , ignorant que le port oh ils entrent est tombé au pouvoir de Tennemi. ( Voir chap. H, § 4, et chap. XU, §§ 4 et 5.)

Mais si nous blâmons ces usages, combien ne devons nous pas trouver plus blâmables encore ces attaques inattendues, véritables actes de piraterie, qui ont eu lieu, en maintes circonstances , avant que la guerre eut été déclarée. { Fotr chap. IV, VII, XXVI.)

La reine Elisabeth d'Angleterre voulant rompre avec les Villes anséatiques et arrêter leur prospérité commerciale dont les négociants anglais se montraient fort jaloux, fit saisir, par l'amiral Sir Francis Drake, dans le port de Lisbonne, soixante de leurs bâtiments chargés de marchandises, dont elles ne purent jamais obtenir la restitution. Le souverain du Portugal (Philippe, roi d'Espagne) ne put, de son côté, obtenir satisfaction de l'attentat commis contre son indépendance en qualité de souverain territorial ; il ne put s'en venger qu'en chassant de Lisbonne les facteurs de la compagnie des commerçants anglais. Peu de temps avant, dans le mois d'avril 4587, l'amiral Drake avait bruIé ou coulé à fond, dans le port de Cadix, une centaine de navires chargés de munitions destinées pour le Tage.

En rompant la paix de Bréda, cinq ans après sa conclusion, Charles II, roi d'Angleterre, fit commencer, en 4672, les hostilités de la manière la plus scandaleuse et sans déclaration de guerre , par l'attaque de la flotte hollandaise de Smyrne , composée de soixante-dix bâtiments marchands, dont la cargaison était estimée à un million de livres Sterling. L'espérance de saisir

une aussi riche proie, décida-t-eUe la conduite de ce prince qui avait toujours besoin d^argent ? Les Hollandais attaqués à Pimproyiste et par des forces bien supérieures , se défendirent avec tant de courage, qu'ils ne perdirent qu'un seul vaisseau de guerre de l'escorte, et trois ou quatre bâtiments marchands. «Cette agression «inique 9, dit Hume, dans son Histoire de la Grarute-BreUigne, chap. LXY, «ayant eu un mauvais résultat, jeta sur ses au- « teurs une double infamie. » Cette circonstance n'empêcha pas Charles II, peu de temps après, de faire paraître un manifeste par lequel il prétendait encore que Fempire de la mer appartenait à l'Angleterre, et que tous les peuples devaient l'hommage h son pavillon.

Nous avons dit, dans les chapitres IV et VIT, les prises faites pur la marine militaire et par les armateurs de la Grande-Bretagne sur les Français et sur les Espagnols ; nous dirons dans les chapitres XXIII à XXY, les attaques dirigées contre la ville de Copenhague.

Mais nous rapporterons encore dans les §§ 4 et 5, divers faits qui prouvent que, depuis Elisabeth jusqu'à nos jonrs, les procédés' n'ont pas varié ; et si ces faits ne suffisaient pas à le démontrer, la conduite du cabinet anglais envers la Grèce, en 4850, le ferait complètement. {Voir chap. XXXVII.)

La mort de Charles YI , empereur d'Allemagne et dernier mâle de la maison de Habsbourg, arrivée le 20 octobre 4740, devint l'occasion d'une guerre générale. L'état d'épuisement et de faiblesse dans lequel ce prince laissait ses États, encouragea les prétentions de plusieurs souverains. D'une part, l'électeur de Bavière, descendant d'Anne d'Autriche, fille de l'empereur Ferdinand I"^', et l'électeur de Saxe, roi de Pologne, qui avait épousé la 6Ue de l'empereur Joseph P', prétendaient à la succession de Charles YI, comme empereur ; d'autre part, le roi d'Espagne, Philippe Y, faisait valoir ses droits aux royaumes de Hongrie et de Bohème, en sa qualité de successeur de Philippe III, lequel, par une convention diplomatique, avait fait passer à la couronne d'Espagne les droits qu'il tenait de son ayeule Anne, fille de l'empereur Maximilien IL Enfin , le roi de Sardaigne renouvela ses prétentions sur le duché de Milan ; et le roi de Prusse réclama

dtfféreDts dachés et territoires en Silésie — JaBgerndorf , Liegoitoi Brieg, Wohlaa, eto.

Louis XY, descendant en ligne directe de la branche atnée d'Autriche , par la reine , femme de Louis XIII , et par la reine, femme de Louis XIV, pouvait également élever des prétentions à la succession de Charles VI ; mais il trouva plus convenable è sa dignité de ne se présenter que comme arbitre et protecteur. Ajoutons d'ailleurs que le cardinal de Fleury qui voyait la France à la veille d'avoir à soutenir une guerre contre l'Angleterre, dans l'intérêt de l'Espagne, préférait que le roi restât étranger à la guerre continentale qui devait, selon toute probabilité, éclater en présence de tout de prétentions rivales. (Voir les notes.)

Une guerre maritime existait déjà à cette époque, entre l'Àngletorre et l'Espagne ; les corsaires des deux nations se livraient en Europe, en Asie, en Amérique, aux excès les plus inouis les uns envers les autres, dans le but de satisfaire la cupidité de leurs armateurs et des marins, que ceux-ci avaient chargés d'é^ cumer la mer en pillant les navires sans défense ; des hostilités plus meurtrières encore avaient lieu entre les bâtiments des deux marines militaires opposées. ^)

Dans le mois de décembre 4740, l'amiral anglais Vemon après avoir fait, sans succès, quelques tentatives sur Cuba, avait enlevé aux Espagnols la ville de Porto-Bello, entrepét des trésors du nouveau monde, et en avait rasé les fortifications.

La marine militaire de la France était faible à cette époque ; toutefois, à la nouvelle de la prise de Porto-Bello, le cardinal de Fleury résolut de donner à l'Espagne tous les secours qui pouvaient se concilier avec la contintuUion de la paix, existant entre la France et P Angleterre ; en conséquence , le Marquis d'Antin, vice-amiral, partit du port de Brest avec une flotte de vingt-deux vaisseaux de ligne qui devaient servir à protéger les cétes et les vaisseaux espagnols en Amérique.

Une division de la flotte anglaise, feignant de prendre pour Espagnols quatre bâtiments français, naviguant sous les ordres du chevalier d'Ëpinai , les attequa, au mois de janvier 1744, dans les parages de St.-Domingue ; malgré la supériorité du nombre

M A l'occasion des atrocilés et des brigandages commis parles corsaires anglais, nous reproduirons ici quelques lignes d'un auteur anglais , que nous avons citées au chapitre IV : a Si tous nos brigandages commis dans les mers de l'Amérique « étaient connus , la nation se trouverait surprise d'avoir produit tant de scélérats

a qui ont violé les droits les plus sacrés dos gens >•

( Examen des préjuges vulgaires contre le traUê signé au Pardo, le a janvier 4793. )

et la force des bâtiments, Fescadre anglaise fut obligée de se retirer, après avoir fait des excuses au chevalier d'Epinai, imputant l'agression à vne méprise \ Ayant eu plusieurs bâtiments démâtés, le commandant anglais se retira en désordre : il ne dût son salut <{u'à la modération des instructions que le gouvernement français, qtn ne V(mlait pas rompre avec f Angleterre, avait données au vice-amiral Marquis d'Antin.

Mais six mois plus tard, au mois d'août 4744 , les vaisseaux français le Borée, commandé par le chevalier de Cayius, l'EguilUm, commandé par le comte de Pardaillan , et la frégate la Flore, furent assaillis à l'entrée du détroit de Gibraltar, par quatre vaisseaux de guerre et une frégate de la marine royale d'Angleterre ; bien que trois contre cinq, ils ne purent être entamés et les bâtiments anglais se retirèrent après trois heures d'un combat inutile.

« Les Anglais s'essayaient ainsi contre la France », dit le continuateur du président Hénault ^) ; » déjà ils adoptaient cette politique plus utile que glorieuse de faire la guerre sans la dé- « darer. »

Nous avons vu, dans les §§ 4 et 2 de ce chapitre, que l'Angleterre n'en était pas à son coup d'essai, dans ce genre, comme semble le croire l'écrivain dont nous avons reproduit les paroles ; les faits que nous avons encore à présenter dans ce même chapitre, et ceux que nous avons exposés dans les chapitres IV, VU, § 4 , et XXYI , sont autant de preuves qu'elle a continué de suivre la «politique plus utile que glorieuse de faire la guerre «sans la déclarer.»

L'attaque inattendue des bâtiments français dans le détroit de Gibraltar, fit craindre au cardinal de Fleury de ne pouvoir, longtemps encore, éviter de déclarer la guerre à l'Angleterre; en vue d'opérer une diversion favorable à la France, en faisant naître des troubles politiques au sein du royaume britannique, le cardinal eut la pensée de seconder les projets que nourrissait le prince Charles-Edouard, fils du roi Jacques III, de se présenter en Ecosse, pour réchauffer le zèle des partisans de sa maison; dans ce but, on engagea le prince à se rendre à Paris; des négociations secrètes eurent lieu entre Charles-Edouard et le chevalier de Comot, muni des instructions du cardinal de Fleury.^]

■ ) A. E. N. Des Odoards-Fantin , vicaire général d'Embrun , continuateur de rabrégé chronologique de rhistoiro de France par le président Hénault.

*) Noble MarcAadoine chevalier de Comot de Gussy-Bligny (flls de Maro Ilnmbcrt Philippe baron de Comot de Cussy, mort en 1163, était attaché au cabinet du car-

Les conférences avaient lien, pendant la nuit, dans Féglise da convent des Bernardins, à Paris ; elles se renouvelèrent, plusieurs fois dans le coarant de l'année 4742.

Ces conférences restèrent sans résultat : le cardinal de Fleôry avait négligé la marine militaire de la France, et redoutait une guerre maritime contre l'Angleterre. Le cardinal qui hésitait toujours quand il fallait prendre une résolution énergique, fut effrayé à la pensée des conséquences qui pouvaient résulter pour la France d'une guerre contre l'Angleterre ; il se laissa encore aller, en cette circonstance, au système de temporisation et de lenteur qui lui était habituel ; c'est ainsi que la France arriva jusqu'à la mort du cardinal, qui la gouvernait et dirigeait sa politique, sans que la guerre eût été déclarée à l'Angleterre. ^)

La guerre n'eut lieu, en effet, qu'en 4744 ; on reprit alors le projet qu'avait eu le cardinal de Fleury, en 4744, d'envoyer le prince Charles-Edouard en Ecosse; voici à quelle occasion.

Depuis deux ans, une flotte anglaise de 52 voiles, sous les ordres de l'amiral Mathéus^), semblait avoir placé en état de blocus les cÀtes de la Provence, et retenait, de cette sorte, dans le port de Toulon, l'escadre espagnole de l'amiral Don Joseph Navarre, qui avait été chargée de porter des troupes en Italie. Louis XY indigné de l'audace des Anglais , et n'ayant plus le cardinal de Fieury pour i'appaiser et suspendre l'exécution d'une détermination hardie, donna l'ordre au Marquis de Court, lieutenant général des ' armées navales , d'armer une escadre de 44 vaisseaux de ligne, 44 frégates et 3 brûlots, de prendre la mer avec l'escadre espagnole, et de combattre l'amiral Mathéus '), s'il s'opposait au passage des deux escadres, lesquelles présentaient réunies le nombre de 26 vaisseaux de ligne et de 4 4 frégates à opposer aux 52 bâtiments de l'amiral anglais. Le combat s'engagea le 22 février 4744 ; la supériorité du nombre n'assura pas le succès à la flotte britannique. Le combat dura toute la journée ; les deux escadres combinées , sorties sans pertes d'un combat où les forces opposées étaient aussi inégales , conduisirent sur les côtes d'Italie les approvisionnements et les renforts de guerre dont avait besoin l'armée espagnole, tandis, que l'amiral anglais se vit dans la nécessité de gagner Mahon, pour y réparer

dlnal de Fleury, qui, en plusieurs circonstances délicates, le chargea de missions do confiance. Le baron Marc Antoine de Cornet de Cussy ( ayeul de l'auteur des Causes célèbres du droit maritime des natUms) est mort en 1188.

» ) Le cardinal de Fleury mourut le » janvier 1743.

•) et ») ou Matthews.

et ravitailler plusieurs de ses vaisseaux qui avaient été fort maltraités.

Au moment où ceci se passait, les forces navales de l'Angleterre étaient dispersées dans les mers d'Asie et d'Amérique et dans la Méditerranée ; les troupes de terre étaient répandues dans les Pays-Bas. L'occasion d'effectuer avec succès une descente en Angleterre, parut favorable à Louis XV; le roi comptait d'ailleurs beaucoup sur l'effet que devait produire la présence du prince CSiarles^Edouard qui devait accompagner le comte de Saxe, chargé de l'expédition. Malheureusement, la flotte française, placée sons les ordres du comte de Roquefeuil , fut assaillie , en sortant de Brest, par de forts coups de vent et une violente tempête qui la rejeta sur les côtes de la France.

On sait que le prince Charles-Edouard, n'ayant pu obtenir que Louis XY ordonnât un nouvel armement, résolut, dès l'année suivante, de tenter seul la fortune. Conduit en Ecosse par des armateurs de Nantes, il jeta l'ancre, le 49 juillet 4745, dans le Locbnanaugh ; il réunit bientôt un grand nombre de partisans, battit le général Gope et gagna la bataille de Falkirk ; mais il perdit, contre le duc de Cumberland, la bataille de Culloden^); vaincu et voyant le parti Jacobite dispersé, il revint en France.

Les malheurs du prince Charles-Edouard doivent rester en dehors de notre travail ; nous n'avons tracé les lignes qui précèdent qu'afin de compléter le tableau des événements militaires qui résidtèreot, pour la France, de l'appui qu'elle donna à l'Espagne après la prise de Porto-Bello, par L'amiral Yernon, et surtout de l'ordre émané de l'initiative de Louis XV, transrois au Marquis de Court, d'attaquer l'amiral anglais Mathéus ou Matthews dans le but de favoriser le départ, pour les côtes d'Italie, de Pescadre espagnole, tenue en état de blocus, depuis deux ans, daos Je port de Toulon, par une flotte anglaise.^)

Pendant les trois années qui s'écoulèrent depuis le jour où, sans rompre la paix avec r Angleterre, le cardinal de Fleury se décida à faire partir, pour les côtes de l'Amérique espagnole, la flotte placée sons le commandement du Marquis d'Antin, jusqu'au départ, en 4744, de la flotte chargée de conduire en Ecosse le prince Charles-Edouard, les Anglais violèrent le droit des gens, à l'égard de la France, en deux circonstances remarquables : en attaquant, au mois de janvier 4744, quatre bâtiments placés sous

') n avril nw.

*) Voir les notes à la fin du volume.

CussY. n. 5

66 LfVRE n. CHAPITRE XL

les ordres da chevalier d'Epinai , feignant de les prendre pour quatre bâtiments espagnols ; en attaquant, dans le mois d'août de la même année , les vaisseaux français la Borée ^ VEgtdUon et la Flore; ne pourrait-on pas dire aussi , en tenant bloquée dans le port de Toulon, pendant deux années, la flotte espagnole? Dans ces trois circonstances, la marine française eut Voccasioii de signaler son ooorage, et Pavantage lui resta. ^)

Si le cardinal de Fleury n'eut piis négligé, comme il le fit, la marine de la France, il n'est pas douteux que le roi Louis XV n'eût obtenu sur mer des avantages semblables à ceux qu'U obtint pendant la durée de la guerre continentale^). La France ne possédait, à cette époque, que 35 vaisseaux de ligne ; toutefois, si la mariue française eut à subir quelques échecs (notamment dans les parages de la Martinique, où le commodore Toushend battît quatre vaisseau français qui escortaient 30 navires de la marine commerciale), l'honneur du pavillon français fut maintenu, avec gloire , en plusieurs circonstances. C'est ainsi que le capitaine de vaisseau Hacnemara, qui commandait Vlnxnndble, soutint une lutte acharnée contre quatre vaisseaux anglais, et parvint à sauver les bâtiments du commerce qu'il était chargé de convoyer ; c'est ainsi encore que M. de la Bourdonnais, gouverneur de l'Ile Bourbon, après avoir dispersé la flotte anglaise de l'amiral Peyton >), s'em* para de Madras {voir chap. Il, § 4) ; que M. Dubois de la Motte, qui en 4746 escortait une flotte mardiande avec le vaisseau de ligne le Magnanime et la frégate r Etoile, mit en fuite quatre vaisseaux de guerre anglais, et arriva, sans aucune perte, à sa destination ; que le commodore Mitchel fuit devant une escadre française, sous les ordres du Marquis de Conflans, qui s'empara da bÀtiment anglais le Sevem, de 50 canons ; déjà, le 49 mai 4744, M. de Conflans, commandant du navire le Content, avait partagé la gloire du capitaine Périer, commandant le Mars, en contribuant à la prise du Northumberkmd, de 70 canons.

^) Ne devoQs-nous pas également faire mention de Peolôvement, contre U dnH des gmt, d'un ambassadeur? Le 90 décembre 1744 , le Maréchal de Belle-Isie, chargé par le roi Louis XV d'une mission auprès du roi de Prusse , et traversaiis on territoire dépendant de PSlectorat de Hanovre , fut arrêté et conduit « avec son frère, au chAteau de Windsor, en Angleterre , où il fut retenu prisonnier pendant imit mois.

*) Il serait trop long de reproduire tous les noms des villes et citadelles, prises pat les armées françaises en Flandre, dans les Pays-Bas, ea Hollande, on Piémont, en Italie ; nous nous bornerons & nommer Courtrai , Menin , Ypres , Gand , Bruges» Oadenarde, Lourain, Anvers, Mons, Bruxelles, Charleroi, Namur, Borg-op-Soom, Maastricht, la Zélande envahie, etc. ; en Italie: Nice, Montalban, GhAteau-Dauphin, Cassai, Asti, Alexandrie, Parme, Plaisance, etc.; et à (rappeler les batailles de Fontenoi , Rocoux et Laufeld.

*} Voltaire donne le nom de Bame^ à l'amiral anglais.

La paix générale cooclue à ÂixJa-GhapeUe, en 4748, mît fin aux hostilités sur terre et sur mer. La paix dura moins de huit années ; elle fut encore rompue, sans déclaration préalable de la part de TAngleterre. (Voir chap. IV — * guerre de sept ans.)

Une escadre anglaise de quatre frégates, commandée par le Commodore Moore, rencontra, le 5 octobre 4804, à la hauteur du Gap Ste.-Marie, quatre frégates espagnoles venant de Rio de la Plata, en destination de Cadix, chargées des trésors que l'Espagne retirait encore, à cette époque, de ses colonies dePAmé-* rique du Sud. Le commodore envoya un officier à bord des bÀtim^dts espagnols, pour informer le contre-amiral de S. M. catholique quHl avait ordre d'arrêter tout bâtiment, à bord duquel de Por et de Pargent étaient embarqués, attendu que For et V argent faisaient partie des articles de contrebande de guerre.

Ceci se passait en pleine paix entre PEspagne et la Grande- Bretagne, et les vaisseaux espagnols portaient le pavillon de la marine militaire I

En effet, bien que la violation du traité d'Amiens (chap. XXYI) par PAngleto're, obligeât PEspagne à faire cause commune avec la France, Pempereur Napoléon avait consenti cependant à la neutralité de cette Puissance. [Voir chap. Il, § 4.)

L'Angleterre, de son côté, avait respecté jusque Jà la neutralité de PEspagne ; les armateurs anglais trouvaient à faire des profits assez abondants, en attaquant les bAtiments français et hollandais I

Doit- ou admettre comme fondée l'opinion d'un écrivain de Pépoque, que le cabinet britannique ne se décida à rompre avec PEspagne, que lorsqu'il crût nécessaire (f accroître l'ardeur des cor^ saires anglais], en leur offrant une nouvelle proie ? Ce qui parait certain, c'est que des lettres de marque avaient été délivrées, à cet effet, à Londres, plusieurs mois avant la rupture avec PEspagne, et qu'on en parlait publiquement à la bourse et dans les salons, tant |on était habitué, en Angleterre, à voir le cabinet britannique disposé à entraîner PEspagne dans les guerres qu'il suscitait à la France , pour se donner le droit de frapper cette Puissance dans ses riches colonies de l'Amérique méridionale.

Le contre-amiral espagnol sachant son souverain en paix avec le roi de la Grande-Bretagne, devait se croire à l'abri de toute attaque de la part du commodore Moore ; il refusa donc de se

soumettre aux prétentions que cet officier général venait de loi faire exprimer.

Le Commodore fit, en conséquence, tirer un coup de canon à boulet sur le bâtiment amiral espagnol ; le combat s'engagea.

Après une lutte terrible , de part et d'autre , une frégate espagnole sauta ; les trois autres, après avoir été désemparées, furent obligées de se rendre. Le commodore Moore les conduisit à Portsmouth.

«Cette prise», dit le Moming Past du 49 octobre 4804, «fut «estimée à trente millions^), qui furent promenés avec pompe «dans les rues de Londres, comme trophées.» L'escadre qui fut chargée de cette agression inouie, était dépêchée dqnds pbis (ftm mois, avec des ordres cachetés I

«Cet acte odieux», dit M. Thiers (Livre XXI de VHistoire du Consulat et de V Empire)^ «excita l'indignation de l'Espagne, et le «blâme de l'Europe. Sans hésiter, Charles IV déclara la guerre «à l'Angleterre. Il ordonna, en même temps, l'arrestation des «Anglais, saisis sur le sol de la Péninsule, et le séquestre de toutes «leurs propriétés, pour répondre des biens et des personnes des « commerçants espagnols. ^)

«Ainsi, malgré sa nonchalance, malgré les habiles ménage- « ments de la France , la cour d'Espagne se trouvait forcément «entraînée à la guerre par les violences maritimes de l'Angle- « terre. »

M. Thiers n'hésite pas à dire , en parlant de l'arrestation des frégates espagnoles par la marine anglaise, en vue de s'emparer de l'or expédié du Mexique pour les câtes d'Espagne, que ce fait peut-être qualifié, sans injustice, de véritable piraterie. >)

Le cabinet espagnol, décidé à se jomdre à la France, dans la guerre maritime contre la Grande-Bretagne, fit partir l'amiral

>) La somme enlevée était de 1S millions de piastres , ou 60 millions de flrancs.

*) Au reste, cet acte de piraterie, auquel l'Espagne ne devait s'attendre en aucune façon , n'a été que la reproduction du mode en usage dans le cabinet anglais, de dédarer la guerre, ainsi que le démontrent les faits qui font Tolidet des §§ 1 à 4 de ce chapitre, sa conduite au début de la guerre de tept ont (cùap. IV), et la rupture de la paix d'Amiens (chap. XXVI }. Mais si le cabinet de Madrid ne pouvait s'arrêter À la pensée, que le cabinet anglais donnerait des ordres tels que ceux que reçut le commodore Moore , quand M. Piu entretenait une légation auprès de S. M. catholique, il pouvait toutefois s'attendre à voir la guerre éclater pro<diainemenl. Les menées de l'envoyé britannique pour soustraire la correspondance de l'ambassadeur de France, avaient déjà beaucoup aigri les rapports entre le Prince de la paix et M. Frère ; la présence d'un agent angtais dans l'vmonreùtion de la BUea^e durent convaincre la cour d'Espagne des disposiUons hostiles que le cabinet de St.-Jame« nourrissait contre elle.

') Voir la note du chap. IX.

Gravina pour Paris en qualité d'ambassadeur, et lui donna, en même temps, le principal commandement de la marine espagnole; ayant de quitter Paris, Pa mirai Gravina signa, le 4 janvier 4805, une convention qui spécifiait la part que chacune des deux Puissances prendrait à la guerre.

La France s'engagea à entretenir constamment à la mer 47 vaisseaux de ligne, S9 frégates, 44 corvettes, 25 bricks, et à presser le plus vivement possible rachèvement de 46 vaisseaux et de 44 frégates qui se trouvaient sur les chantiers; l'Espagne de son côté promit d*armer, sur le champ, 32 vaisseaux de Kgne pourvus d'eau pour quatre mois et de vivres pour six mois.

En résumé les forces totales sur mer de la France, de l'Espagne et de la Hollande réunies , présentaient à cette époque 92 vaisseaux de ligne, dont 60 appartenant à la France, 24 à l'Espagne, et 8 à la Hollande; l'Angleterre comptait 89 vaisseaux parfaitement armés. (Voir chap. XXYI — Rupture de la paix d'Amiens par l'Angleterre, en 4803.)

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