‹ Phases et causes célèbres du droit maritime des nations (volume 2)Chapitre 34 sur 81 · DEUXIÈME NEUTRALITÉ ARMÉE. I · texte numérisé non relu

DEUXIÈME NEUTRALITÉ ARMÉE. I

de 4793 à 4795; les atteintes que le commerce maritime de tous les pays reçut de la part des corsaires et de la marine militaire de la Grande-Bretagne, ramenèrent peu à peu à la France les États qui étaient entrés dans Talliance anglaise, et qui avaient, en 1793, accepté les subsides de cette Puissance.

L'année 1 795 vit signer plusieurs traités de paix entre la France et diverses Puissances : la Prusse, l'Espagne, les Pays-Bas, Télec* torat de Hesse, la Toscane; pendant Tannée 1796, la France conclut un traité d'alliance offensive et défensive avec TËspagne (le 40 août], et rétablit ses rapports d'amitié et de commerce avec la Sardaigne (45 mai), les Villes anséatiques (24 juin], le Wurtem-> berg (7 août), Bade (20 août), les Deux-Siciles (40 octobre), etc.

Les batailles et victoires de Montenotte, Millésime, Lodi, Wurzboarg, Aréole, en 4796 ; le traité de Léoben, celui de Campo Formio, par lequel l'Autriche, en 4797, céda définitivement à la France la Belgique, semblaient devoir également ramener le rétablissement de rapports pacifiques durables entre la France et les autres États de l'Europe ; des négociations furent même ouvertes entre les agents du directoire français et l'Angleterre représentée par Lord Malmesbury ; mais les plénipotentiaires des deax nations ne purent tomber d'accord. Le gouvernement français qui espérait, depuis la signature des préliminaires de paix à Léoben, voir la paix continentale lui donner la possibilité de tourner toutes ses forces contre l'Angleterre, ne voulut pas consentir aux conditions que Lord Malmesbury avait été chargé de présenter et de soutenir. Les négociations furent rompues.

Le traité de paix avec l'Autriche fut signé le 4 7 octobre 4 797, à Gampo-Formio, ainsi que nous venons le dire.

Le vainqueur de l'Italie, négociateur du traité, revint à Paris. La rupture des négociations avec Lord Malmesbury était de nature à plaire à son ambition ; déjà, en Italie, ainsi que le prouve une lettre du 46 août 4797, du général Bonaparte , cet illustre capi-^ taine pensait que c'était en Egypte que l'Angleterre devait être attaquée. « La conquête d'Egypte 9 , disait-il , » fera de la Méditerranée tLtm fac français.^

L'expédition d'Egypte fut résolue ; une armée de 40,000 hommes choisis fut mise à la disposition et sous les ordres du jeune général. Bonaparte prit Malte, le 40 juin 4798 ; il y laissa le général de Vaubois, et arriva dans le mois de juillet à Alexandrie.

Le 4^' août suivant, l'amiral anglais Nelson remporta la victoire navale d'Aboukir.

L'Angleterre qui déjà s'efforçait de renouveler la ligue de

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FEarope contre la France, sut entratner dans la grande alHance Pempereur de Russie Paul I*', en mettant à pro6t le courroux qu'éprouva ce prince à la nouvelle *de la prise de Malte , et de Texpulsion de l'Ordre de St-Jean de Jérusalem dont, quelque tempe auparavant, il s'était déclaré le protecteur.

Une coalition importante Se forma donc contre la France, entre la Grande-Bretagne, la Russie, l'Autriche, les Deux^iciles et la Porte Ottomane.

Paul V joignit un corps de 47,000 hommes aux forces de débarquement du duc d'Yorck, en Hollande; divers corps d'armée, présentant un ensemble de 80,000 combattants sur les ordres des généraux Souvarow, Rimsky-Eorsakow, etc., secondèrent les efforts de l'Autriche, en Italie et en Suisse; enfin, l'escadre russoturque enleva aux Français les Iles Ioniennes.

Les malheurs qu'éprouva l'expédition britannique en Hollande» et la défaite de Korsakow à Zurich, le 25 septembre 4799, irritèrent à un haut degré l'esprit de l'empereur Paul , que ne consola ni ne calma la nouvelle des succès obtenus sur les Franyan, par Souvarow, à Gassano, à la Trebia, à Novi ; il se retira de la coalition, et rappela ses armées.

Le drapeau français avait subi de fréquents échecs penilam l'année 1799 ; le général Bonaparte, seul parmi les généraux français , avait trouvé la victoire constamment fidèle ; aussi son retour en France, dans le mois d'octobre 4799, fut-il accueilli comme nn bienfait de la Providence.

Le général Bonaparte aperçut les dangers qui menaçaient le pays ; il résolut le coup d'État du 48 bnunaire an YIII (9 novembre 4799], dont le succès le plaça à la tète du gouvernement, avec le titre de premier consuL Sous son administration. Tordre reparut promptement à Fintérieur, et la France reprit ses avantages à l'extérieur. L'époque du Consulat est celle de la réparation des malheurs de la France.

L'Angleterre ne renonça point à ses projets contre la France, ni à ses procédés envers la navigation neutre*

L'enlèvement, au mois de novembre 4798, d'une flotille de bâtiments marchands génois, dans le port de Livoume, par Pamiral Nelson, qui déjà, en 4796, s'était emparé d'un bâtiment français sous les batteries génoises, circonstance qui détermina le sénat à fermer ses porls aux Anglais (voir chap. XII) ; l'arrestation des convois suédois et danois (chap. XXII), dans les années 4798 à 4800 ; l'affaire de la galiotte suédoise la Hoffmmg (chap. XXIV) ; la prise du bAtiment prussien le Triton, chargé de bois

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de oMistradion qu'il portait à Amsterdam , et capturé par les Anglais qui oonsidérèrent la cargaison comme marchandise de con« trebande de guerre ; la violation de la mer territoriale d'an État neutre par la frégate anglaise le Sqtdrel et le catter l'AcUUe (cbap. XXIV) ; et d'antres faits semblables ; tontes ces atteintes portées aax droits des neutres commençaient à effrayer sérieu* sèment et à révolter les Puissances européennes restées étrangères à la qaerelle existant entre la France et la Grande-Bretagne. Toutes comprenaient la nécessité de mettre un frein aux usurpations de toute nature derAngleterre ; toutes ressentaient le besoin de chercher un remède aux maux qui résultaient, pour le commerce maritime, des procédés arbitraires de cette nation ; mais aucune ne se croyait assez forte pour prendre l'initiative (fune Ugue maritime, ou tout au moins d'une alliance de neutralité armée: chacune se bornait à désirer que la France vainquit sa redoutable rivale, et que la paix vint rendre bientét le repos à i'£urope.

Un changement favorable à la France s'opérait donc dans les esprits, partout en Europe : la gloire qui rayonnait autour de son drapeau ; Tillnstre pléiade d'hommes de guerre dont les noms étaient connus de chacun, les uns, mort avec gloire, les autres, guidant encore avec un grand éclat les enseignes de la France (Hoche, Kléber, Schérer, Moreau, Pichegru, Marceau qui reçut de nobles funérailles des mains de l'ennemi qu'il avait combattu en héros ; Ghampionnet, Brune, Bernadotte, Masséna, Joubert, frappé d'une balle au cœur et qui s'était encore écrié: <iEn avant, met amis, en avant !i> Lannes, Serrurier, Augereau, Victor, Jourdan, Kellermann, Désaix que les Arabes nommaient SuUan k juste; Beumonvilie, Soult, Moncey, Leclerc, Murât, Duphot, Lecourbe, Lefèbvre, Dessoles, Perino, Berthier, Mioilis, Gardanne, Lorges, Boniemps, Marescot, Decaen, Mermet, Duhesme, Loison, Marbot, Bastoitl, Molitor, Gazan, d'Hautpoul, Suchet, Souham, Gouvion et Gara St,-Cyr, Casablanca, Mprlot, Ney , Lespinasse , Davoust, Droaet, Grandjean, Bonnet, Legrand, Guyeux^ Grenier, Dammartin, Richepanse, Lemaire, Dupont, Glauzel, Duroc, Chabran, de Bethencourt, Ghambarlhac, Baraguay d'HiUiers, Priant, Boudet, Bampon, Lanusse, Stengel, Laharpe, Belliard, Lagrange, Verdier, Humbert, Mortier, Walther, Macdonald, Andréossy, Ste.-Suzanne, Grouchy, Marmont, Watrin, Lapoype, Oudinot, Nansouty, Vandamme, Dombrowsky, Cafarelli, Kilmaine, Gassendi, Delmas, Vaabois, Gudin, Bellavène, Mesnard, Laurislon, Montrichard, Laliorie, etc.; enfin, les amiraux Brueys , Villeneuve, Bruix, Decrès, Ganleaume, Blanquot-Duchayla, Villaret de Joyeuse, Truguct,

Dumanoir, Linois, Latoudie-Tréville, etc. etc. ^) — Les briUanies campagnes en IkiUe qui, disait-on à Pélranger, devait devenir le tombeau des Français ; les campagnes mémorables en Allemagne, en Suisse, en Hollande, en Egypte; la Corse définitivement enlevée aux Anglais, en 4796; le Piémont conquis et que son souverain avait abandonné dans le mois de décembre 4798 ; Rome occupée par les années françaises ; Tobligatiou, pour la famille royale des Deux-Sioiles, de quitter Naples et de se rendre àPalerme sur les vaisseaux de l'amiral Nelson ; Pinfluence que la France exerçait sur la politique intérieure et extérieure des républiques anciennes et nouvelles, Batave, Helvétique, Ligurienne, Cisalpine, Romaine, etc. ; les accroissements de territoire que la conquête et les traités publics avaient donnés à la France ; Tindignation qu'avait soulevée en Europe l'assassinat des plénipotentiaires français au congrès de Rastadt, le 28 avril 4799, attentat inom dans les fastes des nations modernes, crime aussi inutile qu'atroce (voir Nouvelles causes célèbres du droit des gens, par M. Ch. de Martens) ; enfin, la révolution du 48 brumaire an VllI (9 novembre 4 799 ) ; l'administration habile et ferme du gouvernement consulaire sous l'impulsion puissante du génie du premier consul, le général Bonaparte ; l'arrêté des consuls du 29 frimaire an VIU (20 décembre 4799), qui annula la loi du 18 janvier 4798 et remit en vigueur les principes du sage règlement de 4778 sw la navigation et le commerce des neutres, laissant, de cette sorte, à TAngleterre , le réle de la violence sur les mers ; la padficatioD de la Vendée en janvier 4 800 ; etc.

Tous ces faits, toutes ces circonstances avaient beaucoup grandi la France dans l'opinion publique en Europe ; la bataille de Hohenlinden^ et surtout celle deMarengo, gagnée par le premier consul, le 44 juin 4800, rendirent complet et définitif le revirement qui s'opérait dans les esprits, depuis deux ans, en faveur de la France.

Le premier consul comprit la nécessité de gagner Tempereur Paul à la cause de la paix générale, et d'isoler complètement l'Angleterre; il s'y prit admirablement et réussit.

>) Quelqu'arfde que puisse paraître, au premier moment, une longue lidte de noms, qu'il eût été facile de rendre plus longue encore , on nous pardonnera , nous osons l'espérer, d^avolr tracé celle qui fait l'objet de cette observaUon ; oèr mm ont été roéiés à tant et à de si importants faits de gloire militaire , qu'en les Irouvam réunis le lecteur verra se développer, dans sa mémoire, les grands souvenirs d'une époque remarquable à laquelle nulle autre ne saurait ôtre comparée et que dominait l'homme éminent choisi par la Providence pour ramener l'ordre rendre ses autels à la ReUgion, discipliner les esprits et rétablir le respect pour le principe d'autorité , si mal compris en France encore aujourd'hui !

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