DEUXIÈME NEUTRALITÉ ARMÉE
L'empereur Paul avait hérilé de Pimpérairice Galherioe une haine proionde pour les principes et les actes qui avaient détruit la monarchie en France ; aussi était-il entré avec empressement dans la deuxième coalition , formée en 4 798 ; nous avons vu qu'il s'en était retiré après la défaite de ses armées en Suisse et eu Hollande.
Mais l'ordre reparaissait en France, et l'illustre général qui avait été placé à la tète du gouvernement de celte puissante nation, était l'objet de l'admiration de Paul.
M. d'Haugwita, chef du cabinet prussien, et surtout le roi Frédéric-Guillaume UI, dont la bienveillance éteit sincère, dit H. Thiers dans son Histoire du Consulat et de l'Empire, informaient journellement le général de Beurnonville , ministre de France à Berlin, des progrès que le premier consul faisait dans l'esprit de PanI l^'. «Ce prince, mobile, enthousiaste » , continue le grand écrivain, «passait depuis quelques mois d'une passion chevale- «resqae contre la révolution française, à une admiration sans «borne pour l'homme éminent qui représentait aujourd'hui cette < révolution. Il en était venu à une véritable haine pour l'Autriche « et pour l'Angleterre. Bien qu'on e6t obtenu de ce changement « de dispositions un premier résultat fort important, celui de l'im- « mobilité des Russes sur la Yistuie , cependant le premier consul «aspirait à mieux encore. Il voulut entrer en rapports directs «avec l'empereur Paul »
Dans ce but, le premier consul proposa à l'Autriche et à l'Angleterre d'échanger les six ou sept mille prisonniers de guerre russes qui se trouvaient en France, contre un pareil nombre de prisonniers de guerre français. Cette proposition n'ayant point été agréée, Je premier consul résolut de rendre les prisonniers russes sans rançon. Il fit habiller les Russes selon les corps auxquels ils appartenaient ; il les fit armer ; il leur rendit leurs drapeaux el leurs officiers ; et il écrivit au comte de Panin , ministre des afiaires étrangères de Russie, pour l'informer d'une part du refus qu'avaient fait l'Angleterre et l'Autriche de rendre à la liberté les prisonniers de gnerre russes qui éteient tombés entre les mains des Français en servant la cause de ces deux Puissances, et, d'antre part, de l'intention où il éteit de renvoyer les prisonniers sans condition à l'empereur, en témoignctge de la considération que bd avait inspirée formée russe,
A cette démarche, le premier consul en ajoute une autre encore plus efficace, dit M. Thiers, auprès du monarque russe. — L'Ile de Malte rigoureusement bloquée par les forces navales ang-
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laises, et manquant de vivres, allait se trouver, au premier jour, dans l'obligation de se livrer aux Anglais ; le premier consul ofiHt Malte à l'empereur Paul, Grand^-maltre de l'Ordre qui s'était friaoé sous sa protection.
Ces mesures obtinrent à St.-Pétersbourg le résultat que le premier consul s'en était promis.
L'empereur Paul fut vivement touché ; il se livra dôs^lort sans retenue, à son admiration pour le premier consul.
11 fit partir pour la France M. de Sprengpforten, qu'il nomma gouverneur de Malte; il lui donna l'ordre de se mettre à la této des six à sept mille russes prisonniers, qui se trouvaient on France, et d'aller prendre possession de 111e.
L'empereur ordonna, en même temps, à son ministre à Berlin, M. de Erudener, de se rapprocher du ministre firançais, le gteéral de Beumonville, et lui donna les pouvoirs nécessaires pour négocier un traité de paix avec la France.
Ce que la gloire et le génie du premier consul avaient commencé, au profit de la pacification générale peuUétre, mais certainement au profit de sa politique à l'égard de l'Angleterre, l'Angleterre elle-même semblait, par sa conduite arbitraire enven les neutres, vouloir se charger de l'achever.
Les neutres voulaient que le pavillon couvrit la mardiandise ; l'Angleterre soutenait que, de cette façon, le conunercede ses ennemis se ferait sans obstacle.
Les neutres voulaient que la contrebande de guerre consistât, uniquement, en tntmitùms réelles de guerre, canons, projectiles, armes, poudre, salpêtre, etc.; l'Angleterre soutenait que certaines autres marchandises, le blé, la farine, le bois de construction, les voiles et cordages, étant de nature à être considérées comme des secours réels portés à l'ennemi, devaient être considérées comme munitions de guerre.
Les neutres voulaient que le blocus fut réel et que , par la disposition des vaisseaux de la - partie belligérante , formant le blocus, il y eût danger, pour tout bâtiment neutre, à chercher à entrer dans le port bloqué ; l'Angleterre prétendait qu'une simple déclaration de blocus devait suffire, sans que la présence d'une force navale chargée d'interdire l'entrée du port déclaré en état de blocus, fut nécessaire.
Eufin, les neutres voulaient que tout bâtiment marchand convoyé, c'est->è-dire faisant partie d'un convoi de bâtiments marchands naviguant sous l'escorte d'un ou de plusieurs bAtiments de la marine militaire de l'État neutre auquel appartenait leçon-
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voiy ne pût être visité m mst, par les bàtimento de guerre on les eroiseors des beUlgéraDls*
Mais rAngleterre avait la prétention de aonmettre tons les bâtiments neutres à la visite de ses bâtiments armés, disant que la convoi n^était qu'une sorte de déguisement k Pabri duquel le com* meroe ennemi pouvait échapper à la surveillance des belligérants ; feignant d'ailleurs de ne pas vouloir comprendre que si le principe de la visite des bâtiments voyageant sous convoi militaire était adopté, un simple brick faisant la course aurait le droit d'arrêter et de visiter un convoi placé sous la protection d'une flotte commandée par un amiral. L'An^eterre, au surplus, n'estelle pas convaincue qu'en temps de guerre maritime, elle ne se trouvera jamais dans le cas de garder la neutralité?
La saisie que les Aurais avaient faite des convois placés sous la protection des frégates la Troya et la VUa-Persen, ainsi que l'attaque des frégates danoises la Haufersen et la Freya, avaient porté h un haut degré d'exaspération la Suède et le Danemarck [wnr cbap. XXII).
Mais lorsqu^on apprit que les Anglais avaient usurpé le pavillon suédois pour s'emparer, le 4 septembre 4800, de deux frégates espagnoles mouillées dans la rade de Barcelone, l'indignation fut universelle parmi les nations maritimes (t;o^ chap. XXY).
L'Angleterre ne se contentait plus de violer les droits des nations neutres ; c'est en outrageant un pavillon étranger, neutre, par le rôle déplorable qu'elle lui avait fait jouer, qu'elle avait commis un acte de la plus indigne piraterie !
La Suède exigeait des réparations; le Danemarck poursuivait ses réclamations à Londres ; l'Angleterre envoya Lord Withworlh à Copenhague, en faisant appuyer sa mission diplomatique par nne escadre de 46 vaisseaux de guerre. Sous la pression de la force, un traité fut signé, le 29 août 4800 ; la frégate la Freya fut restituée, après avoir reçu les réparations que son état réclamait, et le Danemarck s'engagea à renoncer provisoirement à autoriser des convois. (Voir chap. XXII.)
Lorsque l'empereur Paul apprit l'entrée dans le Sund de l'escadre anglaise, son irritation fut extrême.
Le roi de Suède, dont l'honneur outragé n'avait pas encore obtenu de satisfaction de la part du gouvernement britannique, se rendit à Saint-Pétersbourg, dans le but d'y renouveler l'ancienne ligue de neutralité armée.
L'empereur Paul ordonna que le séquestre fut mis sur tous les capitaux anglais, en Russie; la convention du 29 août, signée
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à Copenhague {voir chap. XXII), suspendit un instant l'effet de cette mesure ; le séquestre fut levé ; mais lorsque l'Angleterre qui 8*était emparée de Malte, le 5 septembre de cette même année, se refusa à lui livrer l'île et ses dépendances, il mit F embargo sur les b&timents anglais qui se trouvaient dans tous les ports de sa domination, et s'empressa de conclure avec la Suède, le Danemarck et la Prusse, les 46 et 48 décembre 4800, des traités qui rétablirent la neutralité armée, et, avec elle, les principes qui avaient été proclamés, en 4780, en faveur des neutres en temps de guerre. [Voir chap. VII, § 2.)
Le Danemarck accéda, le 27 février 4804 , au traité du 46 décembre précédent entre la Suède et la Russie, bien que le traité que le Danemarck avait signé le 46 décembre avec la Russie présentât les mêmes stipulations que celles du traité suédois.
La convention signée le 48 décembre (dans le même espnt et dans le môme but que les deux traités du 46) entre la Russie et la Prusse (laquelle accéda d'ailleurs à ces deux traités) reproduit les mêmes stipulations : elle assure, de plus, aux bâtiments de la marine commerciale de la Prusse la protection des vaisseaux de guerre de la Russie, de la Suède et du Danemarck. ( Voir Recueil des traités et conventions de MM. de Marient et de Cussy, 2* vqL, p. 246 à 220.)
L'année suivante, le 43 mars 4801, la Russie et la Suède signèrent un traité d'amitié , de commerce et de navigation, dans lequel on retrouve encore, en ce qui concerne le commerce des neutres, sur les ports bloqués, le mode de la visite en mer, le convoi maritime sous pavillon militaire, etc., les stipulations que présente le traité du 46 décembre 4800. (Voir même recueil, 2« vol., p. 223 à 237.)
La deuxième neutralité maritime armée entre les États du Nord fit donc revivre, par des actes publics, des principes qui n^auraient jamais dû être abandonnés, des principes qui auraient dû rester inscrits, et inviolables, dans le droit public maritime de toutes les nations.
Ces traités entre les États du Nord ne furent pas immédiatement connus du cabinet britannique. Ce fut le 42 février 1801, que la Suède lui communiqua le texte de la convention maritime qu'elle avait conclue avec la Russie ; le même jour, le comte d'Haugwitz, ministre des affaires étrangères de Prusse, annonça, de son c6té, à Lord Carysford, envoyé britannique à Berlin, que sou souverain était signataire des actes qui rétablissaient la neu-