CHAPITRE XXXIII
DES PBISOHHIXBS DE 0USEBE. — DES C0B8AIRS8 BASBABE8QUB1
Prisonniers de guerre. — Pouvions anglais et espagfwls, —
Évasion des prisonniers. — Captivité en France de Famiral
anglais Sir W. Sidney Smith.
Nous Tavons fait remarquer plus haut (Livre I, titre III, §§24 et 32), les lois de la guerre, aussi bien que celles de rhumaoité^ défendent -de tuer et même de maltraiter les prisonniers de guerre.
On peut, il est vrai, prendre les mesures nécessaires pour les empêcher de nuire, de s'échapper et de rejoindre rennemi, et, s'ils s'évadent sans avoir engagé leur parole d'honneur de ne pas chercher à le faire, et qu'ils soient repris, ils peuvent élre traités avec plus de sévérité au point de vue de la surveUlance, dont ils doivent devenir l'objet à l'avenir ; mais cette surveiUaiice plus grande ne doit être accompagnée d'aucune cruauté , d'aucane mesure acerbe.
A ce point de vue , nous nous plairons toujours à rendre l'hooK mage qui lui est dd au traité qui fut conclu le 44 juillet 4799, à Berlin , entre la Prusse et les États-Unis de rAmérique septentrionale, art. 39. ( Fotr Livre I, titre 111, § 33.)
L'État qui retient des prisonniers de guerre ne doit point oublier que lorsque ceux-ci ne sont point liés par leur parole d'honneur, ils restent en état de guerre avec l'ennemi au pouvoir duquel ils se trouvent, et que c'est à cet ennemi à se prémunir contre les moyens de force ou de ruse que ^es prisonniers, qui restent toujours ses adversaires, peuvent employer pour recouvrer
' ) Achat des navires marchands des nations bellig^rantos : Voir note XIII du ^ voJ-
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leur liberté ; à ce point de vue donc l'État qui retient des prisonniers de guerre doit prendre des mesures propres à empêcher les tentatives d'évasion, que ceux-ci seront conduits, par le désir de rentrer sous leur drapeau, à essayer dans ce but; mais ces mesures doivent être dictées par Thumanité; or, n'est-ce pas au mépris de tout ce que l'humanité commande d'égards et de bons traitements pour des ennemis devenus prisonniers que, pendant les longues guerres auxquelles ont mis fin les événements militaires de 1814 et les traités signés à Pans à cette époque, qu'a été établi le régime des pontons anglais, et, à leur' exemple, celui plus inhumain encore des pontons espagnols, après la rupture de la paix qui suivit la captivité du roi Ferdinand VU ?
a L'aspect seul des pontons anglais » , ^dit M. Edouard Corbière, « révélait à nu toutes les misères, toutes les souffrances dont ces sépulcres flottants étaient devenus le théâtre. Un vaisseau dégréé, sans voiles, sans artillerie, mais pourvu à tous les sabords d'énormes barreaux de fer, à travers lesquels des figures hâves et amaigries cherchaient à respirer l'air qui s'exhalait des marais du rivage, tel était le spectacle sinistre qu'offrait chacun des pontons de Ghatham , de Portsmouth ou de Plymouth I
« Au-dessus des ponts et des gaillards de ces vastes cachots, on avait élevé des toitures informes destinées à servir d'abri, pendant le jour, aux malheureux qui venaient demander un peu d'air, après avoir épuisé toutes leurs forces à lutter, durant la nuit, contre l'atmosphère infecte des batteries ou de la cale.
«A chaque instant, l'officier commandant le ponton faisait compter et recompter ses prisonniers pour prévenir ou constater les désertions qu'il redoutait de la part de ces infortunés toujours prêts à exposer leur vie pour tenter le moyen de fuir leurs in« flexibles geôliers. D'heure en heure, les barreaux de fer des sabords étaient visités, sondés, heurtés dans tous les sens, comme dans les bagnes on heurte , on sonde l'anneau que les forçats traînent aux pieds, et qu'ils essaient sans cesse de limer ou de rompre pour échapper aux gardes qui les suivent sans cesse.»
Et plus loin :
a Les prisonniers se couchaient dans des hamacs que l'on dépendait chaque matin au coup de cloche.
tt Quatre onces de pain gluant, un peu de mauvaise viande ou de morue avariée , quelques onces de légumes secs ou de ponimes déterre, composaient la nourriture de chaque captif.»
Après cette description des pontons anglais, que les rapports de tous les prisonniers, qui y ont été retenus, montrent n'être
point exagérée, nous allons indiquer ce que dit, au sujet d^ pontons espagnols, la France maritime, tome III, p. 429.
« Les pontons espagnols étaient tout-à-fait dignes des prisomships de PAngleterre ; après avoir longtemps parcouru les mers, on les avait, vers le décUn de leurs jours, transformés en cachots malsains.
0 Chacun d'eux avait environ 160 à 480 pieds de longaeur, sur 40 à 43 pieds de largeur, et renfermait quelquefois jusqu^à 4,500 malheureux entassés les uns sur les autres. Nul vestige de cordages,' de mâture, rien enfin de ce qui anime Paspect d^un vaisseau; c'étaient de véritables cercueils flottants, dans lesquels se trouvaient engloutis des milliers d'hommes vivants !
« La cale et le faux-pont, placés au-dessous de la surliaice des eaux, étaient les lieux les plus insalubres. La cale contenait toujours un fond de boue noire et infecte ; dans la multitude de petites cellules qui formaient les distributions du faux-pont, une seule écoutille permettait l'introduction de l'air : on avait de la peine à y distinguer les objets, même en plein midi.
a Si à la seconde et à la première batterie on jouissait de la lumière du jour, on y était en proie à des inconvénients d'une autre nature. Pour chasser les émanations fétides qui provenaient d'un aussi grand nombre, d'hommes rassemblés sur un si petit espace, les sabords restaient ouverts jour et nuit: de là d'aBreoses ophthalmies et des rhumatismes intolérables
«Point de hamacs, de matelas ; point même de paille ; le plancher du bâtiment servait de couche aux pauvres prisonniers..^..
« Ainsi la nuit un air corrompu, une atmosphère où l'on nageait
dans la sueur ; le jour, les rayons d'un soleil tombant à plomb,
le soufQe du Solano, et rien pour s'en défendre
« Afin de ranimer l'organisation physique affaiblie, il «it
fallu une nourriture saine, abondante, mais là encore, les Espagnols satisfaisaient leur hatne pour tout ce qui portait le nomade Français. On distribuait aux captifs du pain de munition noir et rempli de substances terreuses, du biscuit plein de vers, des viandes salées et se décomposant à force de vétusté, du lard rance, de la morue impréguée d'une saumure corrosive, du riz et des fèves avariés ; ni vin, ni vinaigre, et nul moyen de préparer ces tristes aliments. Encore si l'eau eut été donnée en abondance ; mais non , on semblait la donner à regret et lorsqu'elle était déjà corrompue par les puanteurs de la cale , lieu où on la laissait pourrir à dessein
« Les maladies se déclarèrent en foule ; les fièvres de
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raille sorte y la diarrhée, la dysenterie, le scorbut, le typhus firent d'affreux ravages sur les pontons.
« Tous les jours quinze à vingt prisonniers mourraient
à bord de chaque ponton
« Quand les Français s'approchèrent de Cadix , il y eut un moment terrible à bord du ponton k Horca, sur lequel on avait fait évacuer les marins casernes au quartier San-Garlos. On fut six jours sans leur apporter la moindre provision 1 »
AÂ bord du ponton la VieUle^CasHlle, on avait réuni les officiers qui eurent moins à souffrir que les soldats entassés à bord des autres pontons sur lesquels (et par suite de la misère, de Tencombrement, de l'air impur) des maladies pestilentielles se développèrent rapidement.
« Sur le ponton ÏArgtmaute furent placés des officiers , des employés de l'administration des hôpitaux, et de simples matelots provenant des bâtiments français de la division navale de l'amiral Rosily.
a Le besoin de la liberté et de rechercher les moyens de briser ses fers se fait sentir à tout prisonnier de guerre, mais l'on comprend avec quelle force ce besoin devait se développer parmi les prisonniers des pontons anglais et des pontons espagnols I
« De nombreuses tentatives d'évasion furent faites, plusieurs avec succès ; on nous saura gré peut-être d'en signaler quelques-unes.
« Pour s'évader d'un ponton anglais » , dit M. Fulgence Gérard [France maritime)^ «il fallait pratiquer, dans la muraille du ponc ton , une ouverture , percer des bordages de huit à dix pieds « d'épaisseur; etc. d Malgré toutes les difficultés qu'il s'agissait de surmonter, M. Souville, capitaine de corsaire du port de Calais, et M. Havas, chirurgien de marine, parvinrent à s'échapper du ponton la Crown, en prenant la mer à la nage, au milieu d'une profonde nuit du mois de janvier ; mais ils eurent l'infortune d'être repris. Plongés dans un cachot infect du ponton, ils ne renoncèrent point à la pensée de chercher à s'échapper de nouveau. Sans entrer dans les détails d'une nouvelle évasion, disons uniquement que, repris une seconde fois, M. Souville, après un mois passé dans un cachot, fut envoyé à bord du ponton la Vengeance, et M. Havas, à bord du ponton le Suffolk. Six mois après, ils se trouvèrent encore réunis sur le SL-Antoine. Au moyen de rapports qui s'établirent entre M. Havas et le commandant de ce ponton , le prisonnier obtint quelque liberté qu'il sût mettre à profit pour préparer une occasion : MM. Souville, Havas et Tiebaut se
laissèrent glisser h la mer ; ils gagnèrent la plage, s^cnfoDcèrent dans les terres, et, secondés par une famille à laquelle autrefois M. Souville avait rendu quelques services en France, ils s^embarquèrent sur un canot de vingt pieds de quille et arrivèrent à Calais sans accident.
Nous empruntons à une relation écrite par M. Jules Lecomte, officier de marine, les détails suivants.
En mars 1797, la Césarine quitta la Pointe-à-Pitre pour établir sa croisière dans TEst de la Barbade. Elle ne tarda pas à rencontrer un bâtiment anglais qu'elle attaqua et qa^elle prit après un combat long et meurtrier ; les deux bâtiments se dirigèrent ensemble vers la Guadeloupe. Le lendemain, la Thamar, frégaie de S. M. britannique , donna la chasse aux deux bâtiments ; la Césarine seule put lui échapper. La prise de la veille fut reprise et les marins français qui étaient passés à bord du navire capturé, furent faits prisonniers et placés, avec d'autres Français, sur un ponton en rade d'Antigues ; là , le sort le plus misérable les attendait; les vivres étaient détestables, les biscuits vieillis dans les magasins tombaient en poussière et étaient chargés de vers: Peau puisée dans un étang voisin du rivage était boueuse et fétide. Le ponton était gardé par un détachement de soldats hanovriens.
Un soir , par un temps calme , un petit cotre anglais vint mouiller en rade, à deux encablures du ponton, à une lieoe de la terre environ.
Lorsque la nuit fut assez obscure pour favoriser la fuite des prisonniers, neuf marins se laissèrent glisser avec précaution à la mer, et se dirigèrent vers un rocher qui leur était connu ; huit seulement y arrivèrent. Un faible rayon de lune leur fit reo(Hinaître la position du cotre. Quand les marins français purent supposer que tout dormait à bord, ils se remirent à la mer et purent arriver jusques sur le pont du navire sans avoir été entendus. Quatre matelots anglais qui dormaient dans une voile, à Pavant du cotre , y furent roulés dans des couvertures avant d'avoir eu le temps de pouvoir comprendre ce qui se passait, et jetés à la mer. Les câbles furent coupés et la brise de terre ne tarda pas à enfler les voiles. Un signal de vigilance fut donné lorsqu'on s'aperçut, abord du ponton, de l'évasion des prisonniers: des embarcations furent mises à leur recherche, les boulets s'égarèrent dans la nuit, et quand vint le jour, le cotre rencontra une frégate française à bord de laquelle les marins et leurs prisonniers, enfermés à fond de cale, furent embarqués.
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Arrivons aux pontons espagnols.
Le gouverneur de Cadix avait cherché à arrêter les essais d'évasion qui se pratiquaient chaque jour à bord des pontons, et fréquemment avec succès, en rendant les prisonniers responsables les uns des autres, condamnant à la mort deux de ceux qui restaient pour un qui parvenait à s'échapper.
Cette mesure barbare , digne d'un chef de horde sauvage, dénote un profond et cynique mépris des droits de l'humanité; le gouverneur de Cadix n'écoutant sans doute que sa haine pour la France ne voulut pas se rappeler que tout prisonnier de guerre qui n'est pas lié par sa parole d'honneur, a le droit, à ses risques et périls personnels, de chercher à briser ses fers.
L'ordre sanguinaire inique du gouverneur de Cadix resta sans effet.
 bord de la Vieille-CastUle, un complot de désertion en grand s'organisa : un capitaine de marine de la garde impériale, M. Grivel (devenu vice-amiral) en fut le chef.
Le 2â février 4810, le Mulet, petit navire espagnol, porteur des barriques d'eau, arriva le long delà Vieille-CastUle. La brise était favorable. Sous prétexte d'aider h transporter les barriques, les chefs du complot descendirent dans l'embarcation et s'assurèrent des bateliers; la voile fut immédiatement regarnie de ses écoutes et bissée. Poursuivis par une embarcation du vaisseau amiral, la mousqueterie de l'embarcation, et les pierriers, canons et fusils du ponton croisant leurs feu sur leurs tètes , les prisonniers français en se faisant un rempart des bâtiments marchands mouillés près de Cadix, touchèrent blentèt, au nombre de trentequatre , la terre d'Andalousie et joignirent les divisions commandées par M. le maréchal Soult, duc de Dalmatie.
Depuis ce moment, les Espagnols redoublèrent de vigilance: rien n'y fit. Deux mois après, le 23 avril, une nouvelle tentative d'évasion fut faite sans succès; mais le 45 mai une révolte éclata parmi les prisonniers français , et si jamais la qualification de légitime peut être donnée à la révolte, on doit avouer que c'est quand des prisonniers de guerre ont recours à cette ressource du désespoir. ^) Les chefs espagnols et la garde furent désarmés,
^) Certes, on doit également nommer lënitintê et sainte la révolte des habitants do la Vendée contre la sanglante autorité de la cometUion qui enlevait aux populations françaises le culte religieux, banissait Dieu de ses temples pour y substituer des Déesses phUoêophiqueM que, dans beaucoup de localités, des courtisannes étaient chargées de représenter, faisait mourir les prêtres, s'était souillée du meurtre du roi le plus hooDéte homme qu'ait eu la France, du supplice d'une reine digne do tous les respects et de celui de deux femmes angéUqueSt M« la princesse Blisabeth,
416 LIVRE IL CHAPITRE XXXllf.
les câbles furent coupés, le ponton fila vers la c6te à l'aide de la marée, du vent et de la nuit: sept cents officiers français débarquèrent et le feu fut mis à la VieUle-CasUlk.
Ces faits divers Inspirèrent les prisonniers de PArgcnaute, Le Î6 mai , ils attaquèrent la garde espagnole ; les forts tirèrent et envoyèrent des renforts. Le combat fut terrible ; les prisonniers de l'Argonaute étaient au nombre de 584 ; 334 furent tués, ou périrent dans les flots ; 250 seulement abordèrent la côte.
Depuis cette époque, les prisonniers de guerre français forent transportés en partie à Cabrera , où ils ne furent pas mieux traités que sur les pontons , et en partie sur les pontons de Portsmouth.
Nous n'avons signalé les mesures adoptées par les gouvernements anglais et espagnol à Fégard des prisonniers de guerre français, que pour les flétrir; si le droit des gens de TEurope et des nations chrétiennes accorde au vainqueur le droit de prendre des mesures pour conserver ses prisonniers, pour les empêcher de briser leurs fers et de retourner sous leurs drapeaux afin d'y continuer à prendre part, en servant leur pays, à la lutte engagée, le droit des gens, les droits de Pbumanité, les doctrines de la Religion chrétienne, s'opposent — non pas seulement à ce qu'on réduise les prisonniers en esclavage (principe que les États- Barbaresques ont également adopté, ainsi qu'on le verra dans le paragraphe suivant) ; mais aussi à ce que les prisonniers soient maltraités, mal nourris et parqués, ou entassés sur des pontons, ou dans d'étroites prisons, comme des animaux immondes destinés à être livrés, le lendemain, au couteau du boucher.
Est-ce le sort que la France a fait aux prisonniers qu'elle a réunis à Verdun, lorsque le cabinet anglais a rompu, sans déclaration de guerre, et sans motifs qu'il puisse ou qu'il ose avouer*), la paix conclue par le traité d'Amiens, en 4804 et 4802, paix que le cabinet anglais n'avait conclue, probablement, avec la pensée de la rompre bientôt, que pour se donner le temps de ravitailler la marine et l'armée de la Grande-Bretagne ? Est-ce ainsi que la France a traité les prisonniers de guerre espagnols, autrichiens.
sœur du roi , ei M« la princesse de Lamballe ; de la hideuse agonie prolongée du Jeune roi retenu prisonnier au Temple, et qui promenait, sur toute la France, la faux de la mort , employant à cet effet d'ignobles et féroces agents, dont le langage, la conduite privée et les actes publics étaient immondes , crapuleux , sanguinaires, impis.
M Si ce n'est celui de ne pas vouloir rendre à l'Ordre de St. -Jean de JérasaleiB Itle de Malte ainsi qu'il avait pris l'engagement solennel de le faire.
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russes et prassienSy malgré le grand nombre d'hommes que là fortune des armes a fait tomber en son pouvoir?
La doctrine de la France a toujours été : honneur au courage malheureux ; il a fallu les déplorables excès des guerres civiles dans la Vendée, le Poitou et le Maine pour que cette doctrine favorable aux prisonniers de guerre ait reçu quelqu'atteinte de la part de divers chefs de corps ou des représentants de la convention en mission dans les provinces de FOuest de la France.
Lorsqu'on 4796, Tamiral anglais Sir W. Sidney Smith, qui avait été chargé par son gouvernement de brûler les établisse* ments de la marine et les bâtiments français dans le port de Toulon, tomba entre les mains des autorités françaises du Havre, comment fut-il accueilli par la population , dont cependant une révolution récente avait agité les plus mauvaises passions et perverti les bons instincts ? Le prisonnier, dit La France maritime, traversa les rues du Hivre au milieu de toute la population qui, avec un admirable sentiment des convenances, dissimula sur son passage la joie qu'elle devait naturellement ressentir de la prise d'an ennemi aussi redoutable.
Corsaires barbaresques (Maroc, Tunis, Alger, Tripoli). — Suppression de la piraterie des corsaires barbaresques (de Tunis et de Tripoli), et de F esclavage des Chrétiens. (4830.)
Les régences barbaresques, Alger, Tunis et Tripoli, étaient depuis plusieurs siècles dans l'usage alarmer en course, au sein de la paix , des bâtiments qui parcouraient la Méditerranée , capturant les bâtiments de commerce des nations chrétiennes, réduisant les prisonniers en esclavage ; et désolant, par leurs déprédations, les populations des rivages de la mer, qu'ils pillaient, et dont ils enlevaient les hommes jeunes et forts, ainsi que les jeunes femmes qu'ils vendaient pour les harem ; les pères de la merci parvenaient à faire tomber les fers de quelques Chrétiens en payant de fortes rançons, mais le plus grand nombre des individus enlevés de cette sorte sur la câte restaient à jamais perdus pour leur famille.
Charles V, plein 'd'admiration pour l'intrépidité des* chevaliers de l'Ordre de St.-Jean de Jérusalem , pendant le siège qu'ils avaient soutenu, en 4582, contre une armée turque de plus de 450,000 CussT. H. 27
418 LIVRE 11. CHAPITRE XXXilL
hommes, leur donna, en 4530, llle de Halte e» UnUe propriété et souveraineté.
La position de File de Malte dans la Méditerranée élail admirable pour surveiller les corsaires barbaresques.
Pendant près de trois siècles, les chevaliers de Malte mirent un frein aux déprédations de ces pirates, dont rEorope recooniit trop longtemps Texistence légale.
Lorsque la France prit possession, le 42 juin 4798, de File de Malte, livrée par le grand-maitre de l'Ordre, Perdinaod de Uompesch, pâle successeur des Villaret, des Yilliers, de Pile Adam, des Lavalette, elle commit un acte à jamais déplorable, qui œ iut utile qu'aux corsaires barbaresques, et plus tard aux Anglais, qui s'emparèrent de File, par capitulation, le 7 septenibre 4800. (Voir chap. XXIII et XXVI.)
Le premier consul de la république française comprit la bvle commise par la France en dispersant les chevaliers de POrdre de St.*Jean de Jérusalem ; il obtint, par le traité de paix signé à Amiens, en 4 802, que l'Angleterre remettrait l'ile de Malte aux chevaliers, el que l'Ordre serait rétabli selon ses anciennes institutions ; mais l'Angleterre appréciait trop bien l'avantage de posséder Malte; elle ne s'est plus rappelée les engagements qu'elle avait pris à son sujet, par le traité d'Amiens : elle a porté le coup de mort à POrdre de Malte en conservant, contre toute équité, l'ancienne résidence souveraine des grands-maitres, et elle a fait consacrer cette iisorpatlon par le traité de paix de Paris, en 4814. Les souverains alliés qui étaient heureux de voir la guerre terminée, el qui avaient reçu des subsides de l'Angleterre, ne voulurent pas soulever de difficultés nouvelles en s'opposant aux désirs de cette Puissance.
On ne saurait trop s'étonner d'ailleurs de la longanimité des Puissances chrétiennes à l'égard des corsaires barbaresques.
Les pirateries des corsaires barbaresques furent, en effet, pendant plusieurs siècles considérées en quelque sorte comoie un état de choses normal', on semblait se reposer sur le courage el les efforts incessants des chevaliers de Malte pour les diâlier; mais on signait des traités avec les Deys et Beys d'Alger, de Tunis et de Tripoli, cherchant, par des présentes et des dons annuels , à soustraire la navigation commerciale des Chrétiens aux attaques de ces forbans ofBciels, dont l'incurie des gouvernements chrétiens avait fini par légitimer les brigandages.
Charles V tenta de réduire les États barbaresques à l'impidssance d'exercer leurs pirateries ; l'expédition qu'il ordonna dans
DES PRISONNIERS DB GUERRE, etc. 419
ce bat, en 4544, fui mal combinée et resta sans effet. Sa flotte do cent vaisseaux el de vingt galères portait S0,000 soldats de débarquement
Louis XIV voulut, de son côté, obtenir le résultat que s'était proposé Charles Y; il fit bombarder Alger en 468fi et on 4683; le 4 juillet 4 684 , un envoyé du Dey arriva à Paris pour faire des soumissions au roi. M. dAmfreville que Louis XIV avait envoyé à Alger pour surveiller la mise en liberté des Français réduits en esclavage, obtint également la liberté d'un certain nombre de Chrétiens de diverses nations. Quelques Anglais prétendirent que M. d'Amfreville avait songé à eux par suite de la crainte que leur rm inspirait à la France. L'envoyé français blessé de ce propos rendit immédiatement aux Algériens ceux qui Tavaient tenu.
La piraterie des corsaires barbaresques ne fut point atteinte par ses essais de répression ; jusqu*à la fin du 48^ siècle, elle fut du moins poursuivie et combattue par les chevaliers de l'Ordre de St-Jean de Jérusalem ; depuis la prise de Ttle de Malte , elle n'eut plus de frein.
En 4845, une escadre des États-Unis se présenta menaçante devant Alger : le Dey se bâta de faire la paix et renonça au tribut annuel.
En 4846, Lord Exmouth, à la tête d'une flotte qui comptait 700 bouches à feu , bombarda Alger ; la moitié de la ville , la flotte, les arsenaux, les magasins furent détruits. Lord Exmouth obtint la liberté de tous les esclaves chrétiens, et le Dey promit de ne plus réduire les prisonniers en esclavage ; mais la piraterie ne fut point attaquée.
Il était réservé à la France de mettre fin à la piraterie des corsaires barbaresques et d'abolir le tribiU honteua> que plusieurs États chrétiens payaient annuellement aux États musulmans de l'Afrique.
Une insulte faite par le Dey d'Alger au consul général de France, en 4829, devint l'origine d'une expédition qui fut ordonnée par le roi de France , Charles X ; les résultats de cette expédition ont été immenses. (Voir chap. XXX, § 40.)
Le Dey perdit ses États qui sont devenus une colonie française, et le gouvernement du roi très-chrétîen s'empressa de conclure, les 8 et 44 août 4834, avec les Beys de Tunis et de Tripoli, des traités qui aboUssent l'esclavage et interdisent à jamais la course des corsaires barbaresques.
Déjà, en 480S, le Dey d'Alger avait failli payer de la perte d'une partie du territoire soumis à sa domination, les procédés
430 UVRB II. CHAPITRE XXXIFI.
des Algériens envers les peuples chrétiens de la Méditerranée ; le premier consul de la république française, le général Bonaparte, n'aurait certes pas fait une menace vaine si le Dey ne se fut hâté d^invoquer la clémence du jeune général. Le démêlé fut promptement terminé : voici en quels termes M. Thiers, dans son Histoire du Consulat et de V Empire, a rendu compte des causes qui en étaient l'origine.
a La sûreté de la navigation dans la Méditerranée occupait, d*une manière toute particulière, la sollicitude du premier consul. Le Dey d'Alger avait été assez malavisé pour traiter la France comme il traitait les Puissances chrétiennes du second ordre; deux b&Uments français s'étaient vus arrêtés dans leur marche et conduits à Alger ; un de nos officiers avait été molesté , dans la rade de Tunis, par un officier algérien ; l'équipage d'un vaisseau échoué sur la c6te d'Afrique était retenu prisonnier par les Arabes ; la pèche du corail se trouvait interrompue ; enfin , un bâtiment napolitain avait été capturé, par des corsaires africains, dams les eaux des îles d'Hyères.
a Interpellé sur ces divers faits, le gouvernement algéri^i osa demander, pour rendre justice à. la France, un tribut semblable à^ celui qu'il exigeait de l'Espagne et des Puissances italiennes. Le premier consul, indigné, fit partir, à l'instant même, un offi* oier de son palais, l'adjutant Hullin, avec une lettre pour le Dey. Dans cette lettre il rappelait au Dey qu'il avait détruit l'em[Hre des Mamelucks ; il lui annonçait l'envoi d*une escadre et d^one armée, et le menaçait de la conquête de toute la côte d'Afrique, si les Français et les Italiens détenus, si les «bâtiments capiorés n'étaient pas rendus sur le champ, et si une promesse formelle n'était faite de respecter à l'avenir les pavillons de France et d'Italie. & Dieu a décidé , lui disait-il, que tous ceux qui seront « injustes envers moi seront punis. Je détruirai votre ville et votre a port, je m'emparerai de vos côtes, si vous ne respectes la France, a dont je suis le chef, et l'Italie , où je commande. »
« Ce qu'il disait, le premier consul songeait en effet à l'exécuter, car il avait déjà fait la remarque que le Nord de l'Afrique était d'une grande fertilité, et pourrait être avantageusement cîdtivé par des mains européennes, au lieu de servir de repaire à des pirates. Trois vaisseaux partirent de Toulon, deux forent mis en rade, cinq eurent ordre de passer de l'Océan dans la Méditerranée. Mais toutes ces dispositions furent inuUles. Le Dey, apprenant bientêt à quelle Puissance il avait affaire, se jeta aux pieds du vainqueur de l'Egypte, remit tous les prisonni^*s chrè-
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tiens qa'il délonait, les bâtiments napolitains et français qu'il avait pris, prononça une condamnation à mort contre les agents dont nous avions à nous plaindre, et ne lenr accorda Ta vie que sur la demande en grâce , présentée par le ministre de France. Il rétablit la pèche du corail, et promit pour les pavillons français et Italien un respect égal et absolu. »
En 4770, Tabbé Raynal écrivait : «A quel people est-il ré- « serve de briser les fers que FAfrique nous forge lentement et « d'arracher ces épooventaits qui glacent d'effroi nos navigateurs ? « Aucune nation ne peut le tenter seule, et si elle l'osait, peut « être la jalousie de tontes les autres y mettrait-elle des obstacles a secrets ou publics. Ce doit être l'ouvrage d'une ligue universelle. « n faut que toutes les Puissances maritimes concourent â l'exéc cution d'un dessein qui les intéresse toutes également 9
C'était à la nation (à laquelle appartenait l'écrivain philosophe), que la providence avait assigné, dans l'avenir, le r61e et la mission de changer, ou du moins de modifier les mœurs politiques de l'Afrique septentrionale ; mais quand les efforts de Louis XIV, en 4682 et 4683, n'avaient pu amener ce résultat, on comprend que Raynal ait pu douter que la France fut destinée, seule,. à délivrer la Méditerranée des déprédations des corsaires barbaresques.
Certes, le concours des Puissances ehréiiennes, entre lesquelles les communications étaient d'autant plus faciles et rapides que tous les cabinets chrétiens étaient, à l'époque où Raynal écrivait, fixés en Europe, aurait obtenu, sans de grands efforts, dans le 17^ siècle, le résultat que la France a obtenu seule dans le 49^; et l'on ne peut comprendre que la Ug^e unherselle, dont Raynal désirait la formation, ne se soit pas, en efifet, organisée, qu'en ezpKquant cette énigme politique* par la crainte qu'ont eue les cabinets de voir, après la conquête, naître entre les Puissances alliées de nombreuses difficultés , et éclater probablement la guerre (qui donne trop fréquemment raison à la force contre le droit et la justice I).
La France n'a point eu recours en 4830 à une ligue politique; elle a bravé la jalousie d'une puissante rivale maritime ; seule, elle s'est chargée de mettre, par la force qui, dans cette circonstance, était l'alliée de la justice, une fin solennelle à la piraterie offideUe des corsaires barbaresques , sans se préoccuper si des obstacles publics ou secrets (qui certes n'ont pas manqué de se produire), viendraient entraver ses efforts, ou chercheraient à lui faire perdre le fruit de sa conquête.
Le roi Charles X fat grand dans la résolution qaUl prit de soumettre le Dey d'Alger ; son armée et sa flotle ont noblemeni secondé la royale résolution du roi-chevalier, héritier du sceptre de Louis XIY, le roi sans pair qui, mieux encore qu'aucun des grands princes, ses prédécesseurs, sût faire respecter la dignité souveraine dont il était revêtu, et la grandeur de la France dont il était la personification.
En exprimant le désir de voir une ligue de nns «^retiens s'organiser contre les États Barbaresques , l'abbé Raynal continuait ainsi :
ce On ne fera pas aux politiques qui formeraient ce plan, nn- «jure de soupçonner qu'ils borneraient leur ambition à combler « des rades, à démolir des forts, à ravager des côtes. Des idées a si étroites seraient trop au dessous des progrès de la raison « humaine. Les pays subjugués resteraient aux conquérants , et ft chacun des alliés aurait des possessions proportionnées aux « moyens qu'il aurait fournis h la cause commune. Ces conqnéles ft deviendraient d'autant plus sûres , que le bonheur des vaincus ft en devrait être la suite. Ce peuple de pirates, ces monstres de « la mer, seraient changés en hommes par de bonnes lois et des « exemples d'humanité. Élevés insensiblement jusqu'à nous par la « communication de nos lumières , ils abjureraient avec le temps « un fanatisme que l'ignorance et la misère ont nourri dans a leurs émes ; ils se souviendraient toujours avec attembissemeni <c de l'époque mémorable qui nous aurait amenés sur leurs « rivages.
« Ou ne les verrait plus laisser en friche une terre autrefois K si fertile. Des grains et des fruits variés couvriraient cette plage « inmiense. Ces productions seraient échangées contre les ouvrages « de notre industrie et de nos manufactures. Les négociants d'Eua rope, établis en Afrique, deviendraient les agents de ce corn- « merce, réciproquement utile aux deux contrées. Une comoiam- « cation si naturelle entre des côtes qui se regardent, entre des « peuples qui se rencontrent nécessairement, reculerait pour ainsi « dire les barrière^ du monde. Ce nouveau genre de conquêtes, « qui s'oSire à nos premiers regards, deviendraient un dédom- « magement précieux de celles qui, depuis tant de siècles, font a le malheur de l'humanité, i»
L'abbé Raynal, raisonnant en écrivain philosophe, transforme en réaUtés prochaines ses désirs généreux , et laisse avec bonheur son imagination voyager sur le terrain de l'Utopie ; ce qu'il regarde comme acquis par le seul fait de la conquête , ou du moins
DES PRISONNIERS DE QUEttRE» etc. 433
ce qaMl envisage comme devant se réaliser en peu de temps, par suite de la possession de l'Âfrlqae, partagée entre les États de la Ugue chrétienne, ne saurait être, en tout état de cause, que Toeuvre du temps, de plusieurs siècles peut-étre.
Malgré les communications faciles et fréquentes avec les Chrétiens, malgré les bienfaits d'une administration juste et intelligente, à laquelle sont soumis les Arabes de l'Algérie, il est permis de douter que les Musulmans soutenus, comme ils le sont, par la foi et par le fanatisme, abjurent jamais leur Religion pour se fondre et ïaglomérer, de plus en plus, avec les populations installées sur leur territoire par la conquête, et dès-lors qu'ils soient portés à se souvenir avec attendrissement de l'époque mémorable qui a condoit les armes françaises sur leurs rivages. Toutefois la présence dHme force imposante, les développements de la colonisation, une administration toujours juste et vigilante, et le temps, l'auxiliaire nécessaire de toute entreprise, et de toute fondation, opéreront, on doit le désirer, l'agglomération des populations.
Mais si toute l'Afrique musulmane n'est pas appelée à adopter les mœurs de l'Europe, c'est encore à la France, qui a détruit la piraterie, qu'est réservé du moins de développer sur une vaste étendue de l'Afrique septentrionale, les avantages de la civilisation, de l'industrie, du commerce et des arts ; d'obtenir qu'une terre autrefois si fertile ne soit pas laissée en friche ; et d'accroître, au profit des deux contrées, les communications entre les côtes qui se regardent ; ce sera la récompense légitime et méritée de ses efforts dans la conquête et dans la colonisation : elle est en droit d'espérer d'ailleurs qu'aucune nation maritime, quelqu'importante qu'elle soit, n'oublie jamais que c'est la France qui a rendu la Méditerranée libre à la navigation commerciale de tous les pays.
L'épée de la France en faisant passer sous la domination de cette Puissance, l'Algérie entière, ^i 4830, a obtenu ce que n'avaient pu obtenir ni Charles V, le puissant empereur, ni Louis XIV, dont les forces navales étalent si formidables, ni les efforts incessants des vaillants chevaliers de l'Ordre de St.-Jean de Jérusalem, ni Lord Exmouth, en 4846. La Méditerranée est purgée des pirateries des corsaires barbaresques, la navigation dans ses parages divers est devenue libre et sûre potir Ums les États chrëtiens, la honte du tribut annuel que plusieurs nations avaient consenti à payer n'existe plus que comme un souvenir.
Les traités de 4830, conclus entre la France et les régences barbaresques, Uen qu'incomplets, selon nous, sont des docu*
ments d'ane trop haute importance, pour que nous puissboa «Mis dispenser de reproduire le texte des articles principaïa.
Traité signé au Bardo , le 8 août 4850, — 47 du vm (k Safer de Pannée 4246 de l'Hégire, — entre la France et k réjenee de Tunis.
ff Art. I. Le Bey de Tunis renonce entièrement et àjoam^ pour lui et pour ses successeurs , au droit de faire ou d'autoriser la course en temps de guerre , contre les bâtiments des Poissaoces qui jugeront convenable de renoncer à Pezerdce du même droit envers les bâtiments du commerce tunisien.
« Quand la régence sera en guerre avec une Poissaoee (pi lui aura fait connaître que telle est son intention, les bèlimente de commerce des deux nations pourront naviguer librement sans être inquiétés par les bâtiments de guerre ennemis, à moins qalb ne veulent pénétrer dans un port bloqué ou qu'ils ne portent des soldats ou des objets de contrebande de guerre. Dans ces deux cas ils seraient saisis, mais leur confiscation ne pourrait être prononcé que par un jugement légal. Tout bâtiment tunisien qoi, hors ces cas exceptionnels , arrêterait un bâtiment de commerce devant être censé, par ce seul fait, se soustraire aux ordres el à l'autorité du Bey, pourra être traité comme pirate par toole autre Puissance quelconque , sans que la bonne intelligence eo soit troublée entre cette Puissance et la Régence de Tanis.
<K Art. II. Le Bey abolit à jamais dans ses États Pesdmyiti Chrétiens. Tous les esclaves chrétiens qui peuvent y exister seront
mis en liberté Si, à l'avenir, le Bey avait la guerre avec un
autre État, les soldats, négociants, passagers, ou tout sujet quelconque de cet État, qui tomberaient en son pouvoir, seront tnités comme prisonniers de guerre et d'après les usages des nations européennes.
« Art. 111. Tout bâtiment étranger qui viendrait à édioaer sor les côtes de la réglée , recevra autant que possible l'assisttnee, les secours et les vivres dont il pourra avoir besoin ...... (B» ^
de pillage des marchandises, de meutres commis sor les persoines de l'équipage , le Bey s'engage à payer ^ une somme deux ^^ égale à la valeur de la cargaison^ et à payer une indemnité ^ familles des personnes assassinées, etc.)
« Art IV. Les Puissances étrangères pourront désormais êtaWir des consuls et agents commerciaux sur tous les points de la (^ gence où elles le désireront, sans avoir à faire, pour cet olp» aucun présent aux autorités locales ; et généralement tons \^
DES PRISONNIERS DE GUERRE, etc. - 425
tributs, présents, dons ou autres redevances quelconques, que les gouvernements ou leurs agents payaient dans la régence de Tunis, à quelque titre, en quelque circonstance et sous quelque dénomination que ce soit, et nommément à Toccasion de la conclusion d^un traité, ou lors de l'installation d'un agent consulaire, seront considérés comme abolis ei ne pourrorU être exigés ni rétablis à Favenir.
« Art. V. Relatif au droit dont la France est en possession de pécher exclusivement du corail, jusqu'au Gap Negro, etc.
a Art. VI. Les sujets étrangers pourront trafiquer librement
avec les sujets tunisiens sans que le gouvernement tunisien
puisse accaparer les marchandises pour son propre compte, ou en faire le monopole. La France ne réclamé pour elle-même au* can nouvel avantage de commerce, etc.
c Art. Vil. Confirmation des anciens traités de la France avec Tunis, nommément de celui du 4 5- novembre 4884, et des capitulations de la France avec la Porte. »
Le traité avec la régence de Tripoli , a été signé en rade de Tripoli, à bord du vaisseau de S. M. très-chrétienne, le Trident, le 44 août 4830.
Les articles II, m, IV, V, VI et VIII reproduisent les stipulations textuelles des articles I à IV, VI et VII du traité conclu le 8 du même mois avec la régence de Tunis. De plus, S. Exe. le Pacha-Bey de Tripoli s'engage, par Fart. P% à remettre une lettre signée d'elle et adressée à S. M. l'empereur de France, dans laquelle elle priera S. M. très-chrétienne d'agréer ses humbles excuses sur les circonstances qui ont forcé le consul général à quitter son poste , désavouera toute participation aux bruits calomnieux répandus sur cet agent, et exprimera le désir de voir les relations amicales pleinement rétablies entre les deux États,
par la réinstallation du consul général de France Le Pacha
fera renouveler les mêmes excuses à M. le consul général, par un de ses fils ou gendres, quand cet officier viendra prendre possession de son poste.
L'article II qui reproduit, en entier, l'article premier du traité avec Tunis-, est terminé comme il suit :
a Le Bey renonce de plus à augmenter, à l'avenir, les forces navales qu'il possède, et dont la note dûment vérifiée et constatée sera annexée au présent traité. Cette stipulation ne l'empêchera pas de réparer ses bâtiments de guerre, ni même de remplacer par des bâtiments de force égale ceux qu'il viendrait à perdre, et d'achever ceux dont la oonstruotion est actuellement
426 LIVRB 11. GHAHTRE XÎXUf.
oommeDoée. II est eolendu entre les deux parties que le Bey ne pourra jamais armer des bâtiments de commerce, m aalorisw ses sujets à les garnir de canons et d'instruments de guerre. >
Le tribut ou présent annuel que divers États cbrétiens avait consenti à payer aux régences barbaresques, dans le but de soustraire leur navigation commerciale aux déprédations des corsaires dans la Méditerranée, n*était pas fort élevé sans doute ; mais le seul fait do son existence entretenait un lien de vasselage pour les États chrétiens qui semblaient reconnaître, ainsi, la susendnetë de la piraterie barbaresque. Plusieurs États européens ont payé ce tribut jusqu'au moment où la France mit définitivement fin, en 4830, à la course des Barbaresques et à l'esciavage dea Chrétiens ; en 4846, les Deux-Siciles eC la Sardaigne Dotammeoi avaient renouvelé l'engagement de le payer.
Le 47 avril 4816, le traité condu entre lé Bey de Tunis et le royaume des Deux*Slciles porte, art XIV, qu'im présent cnoMet de 5,000 piastres d'Espagne (27,500 francs) sera fait ao Bey, ^ que la rançon des prisonniers siciliens et napolitains sera de 300 piastres (1,650 fr.) par individu.
Le 29 avril de la même année, le royaume des Deux^Sicâes consentit, par un traité de commerce conclu avec le Bey de Tripoli, à payer à ce prince un présent annuel de 4,000 piastres (âS^OCO fir.), et un présent de même valeur à chaque installation d'un nouveau consul; une somme de 50,000 piastres (302,600 Ir.) fut d'ailleurs accordée pour la rançon des prisonniers siciliens et napolitains, qui se trouvaient à cette époqpie au pouvoir du Bey de Tripoli.
]^ même jour, le roi de Sardaigne fit signer, avec le Bey de Tripoli, un traité qui stipulait également le tribut amind de 4,000 piastres et le payement d'une somme de cette valeur à chaque installation d'un nouveau consul sarde ; mais après avoir fait détruire, dans le mois de septembre 4825, la flotitte du Bey de Tripoli , qui depuis cette époque a gardé sur mer une attitude pacifique, le roi de Sardaigne s'est affranchi de tout trilHil; et, par son traité du 22 février 1832, — pour expliquer le traité du 47 avril 4846, S. M. sarde a obtenu du Bey de Tunis, d'une part, que ce prince renonçât, pour lui et ses successeurs, au droit de faire et d'autoriser la course contre les bâtiments du commerce sarde ; d'autre part, qu'il ne serait à l'avenir remis, par la Sardaigne, aucun présent, don ou redevance sous quelque dénomination que ce fût
Les régences de Tunis et de Tripoli ont conclu, avec les Pois-
DES PRISONNIERS DE GUERRE» etc. 427
sances chrétiennes, depuis la paix générale de 4844, divers traités, dont nous croyons devoir indiquer les plus importants.
Timis.
Traité du 47 avril 4846, avec la Grande-Bretagne, par lequel le Bey s^engage à ne plus réduire en esclavage les prisonniers de guerre.
Traité du 47 avril 4846, avec la Sardaigne^ qui assure aux sujets sardes , en toutes circonstances , le traitement accordé aux sujets britanniques.
Traité du 24 février 4824, avec les États-Unis de TAmérique septentrionale, pour modifier la convention du mois d'août 4797: tout vaisseau de guerre de TUnion entrant dans le port de la Goulette sera salué de 24 coups de canon, sans être obligé de fournir lui-même la poudre.
Traité avec la France, signé le 45 novembre 4824 au Bardo el le 34 juillet 4825 à Paris, pour renouveler les capitulations et articles de paix. L'art. XYI déclare qu'en cas de discussion entre les deux gouvernements, il ne sera exercé aucunes représailles sur les particuliers qui, dam aucun cas, ne sauraient être responsables de faits de leur gouvernement.
Le traité du 8 août 4830, entre la France et le Bey de Tunis, a été indiqué plus haut ; il abolit l'esclavage des Chrétiens et le Bey y renonce à jamais, pour lui et ses successeurs, au droit de faire ou d'autoriser la course, en temps de guerre, contre les bâtiments des Puissances qui jugeront convenable de renoncer à Texercice du même droit envers les bâtiments du commerce tunisien ; il assure d'ailleurs la libre navigation des navires de commerce. Ce traité restitue à la France le droit de pécher le corail, et fait concession à perpétuité à la France d'un emplacement, dans la Maalka, pour ériger un monument religieux en l'honneur de Saint-Louis, à l'endroit où ce prince est mort.
Le traité du 24 octobre 4832 a réglé les droits de la pèche du corail pour laquelle la France doit payer une somme annuelle de 43,500 piastres.
Un traité de commerce, conclu le 44 octobre 4839, avec le royaume de Belgique, assure la protection réciproque des bâtiments de commerce sous la portée de canon des cétes, le salut coup pour coup, l'établissement de consuls, etc.
TVnjpoJï.
Le traité signé le «9 avril 4846, avec la Grande -Bretagne, porte que l'esclavage des prisonniers de guerre chréUens est
428 LIVRE II. CHAPITRE XXXm.
aboli , et qae le traitement accordé aa commerce des sujets Imv taoniques est étendu aux ioniens et aux Hanovriens.
Nous avons parlé plus haut des traités conclus , le même iom^ avec le royaume des Deux-Sicîies et avec le royaume de Sardaigne, ainsi que du traité du H août 1830 avec la France.
Déjà y dans le 48® siècle, les pirateries des corsaires de Tous étaient devenues plus rares ; toutefois , le Bey en ordonnait par intervalle la reprise, à Tégard des bâtiments de commerce des États secondaires qui se refusaient d^acquitter le tribut qu'ils s^ taient engagés autrefois à payer.
Il en était à peu près de même en ce qui concerne Tripoli
Alger était surtout resté le véritable repaire de la piraieria
L'Europe a supporté avec une patience qui n*est pas concevable, Pignominie du tribut.
Quelle était donc la puissance, quelle était donc la force de résistance des régences barbaresques ?
La régence d'Alger présentait une population de 4,800,000 âmes, une force armée de 4,000 combattants , formant le corps des Janissaires et de 40 à 42,000 hommes mal disciplinés, servant généralement à faciliter la levée des impôts. La marine militaire se composait de 44 bâtiments de toute grandeur, savoir: 3 frégates, â corvettes, 2 bricks et 7 scboners ; enfin, les revenus réguben de la régence ne s'élevaient pas à plus de quatre millions de francs.
La régence de Tunis, dont la population est à peine detnus millions d'individus, possède une armée de 48,000 hommes, dont 8,000 seulement sont régulièrement organisés ; une marine composée d'une vingtaine de petits bâtiments mal équipés, et des revenus réguliers de huit millions de francs environ.
Enfin, la régence de Tripoli ne possède pas, sur son vaste territoire, une population de 7 à 800,000 habitants; sa force armée est de 3,000 hommes , sa marine à peu près nulle, et ses revenus réguliers ne s'élèvent pas à plus de deux millions de francs ; le tribut annuel que le Bey de Tripoli recevait autrefois de divers États chrétiens, n*a jamais atteint, en totalité, un chiffine supérieur à celui de 20,000 piastres d'Espagne (4 40,000 fr.)
Faute de s'entendre, faute de vouloir fermement en finir, les Puissances maritimes de l'Europe |ont laissé subsister , pendant plusieurs siècles, un état de choses honteux pour la Chrétienté, qu'il eût été certes facile de faire cesser, si des jalousies secrètes, si des intérêts particuliers ne l'eussent pas emporté sur lintérèt général.
DES PRISONNIERS DE GUERRE, etc. 429
Mais enfin, en 4830, PEarope s'est vae délivrée à jamais de la piraterie qui désolait le commerce maritime dans la Méditerranée et dans PÂrchipeli aossi bien que de tout tribut, présents ou redevance.
Que la conquête de l'Algérie par la France ait été un fait de nature à déplaire à l'Angleterre, si jalouse, toufours, des succès de la prospérité de la France , et de l'accroissement de son territoire continental ou colonial, on peut le concevoir^) ; mais l'on conçoit moins facQement que l'établissement des Français sur le territoire algérien ait déplu au gouvernement sarde, lequel, en effet, a protesté contre l'occupation française.
En terminant ce chapitre, nous dirons quelques mots de l'empire de Maroc, qui fait partie des États musulmans connus sous le nom, impropre d'ailleurs, d'États de Barbarie, nom que les
* } Cette jalousie de l'Angletefre contre la France est un fait non-douieiix pour quiconque examine avec Impartialité sa conduite depuis le milieu du i9^ siècle ; on trouvera toujours cette Puissance occupée à suggérer des embarras h la Franco, soit dans Tlnde , soit en Amérique , soit sur le continent : qu'on se rappelle , en effet, la guerre de sept ans, commencée sans déclaration, la rupture du traité d'Amiens , les eflSorts tentés , et lee subsides payés pour abattre Napoléon , le machiavélisme de sa conduite avec les royalistes de la Vendée ; à Toccasion de ce dernier point laissons parler U. Crétlneau Joly , dans son ouvrage impartial de VBiêtoire de la Vendée mOUakê, « Les Anglais n'avaient pas vu sans un secret plaisir Paurore do « la révolution flrançalse. Cette révolution humiliait la puissance de la vieille flemnilie « do monarques dont elle avait partout rencontré les armées en hostilité avec leur «politique vénale ; h force de sacrifices, cette famille avait su former une marine « victorieuse de leurs flottes , naguère encore reines des mers. Les deux partis qui « divisaient ce pays constitutionnel , Jadis ' théâtre lui-môme d'une révolution san-
• giante, s'étaient réunis, dans un môme sentiment, pour soutaer en France le feu « des discordes. Whigs et Tories avaient encouragé les premiers moteurs de Pinm. smrection qui allait renverser dans le sang le trône de Louis XVl. Whigs et Tories « ne pouvaient pardonner à ce roi l'appui qu'aux dépens des idées monarchiques, m. il avait accordé aux insurgeras d'Amérique contre la métropole anglaise. Ils ne lui « pardonnaient pas surtout l'accroissement de l'influence flrançalse dans les posses- « sions de l'Inde, les victoires navales de Sufflren, les succès de nos armées sur le
• continent, et les progrès merveilleux de notre puissance coloniale. Ce Ait donc « avec joie qu'Us accueillirent les troubles de Paria et des provhices ; Ils les secon-
• dèrent môme en prodiguant leurs trésors
■ Le soulèvement tout populaire , tout national de la Vendée servait cette
«baloe. Le cabinet de Londres Jugea à propos d'y intervenir Tinténiac Ait en-
« voyé aux chefs vendéens pour leur ofllrir des secours
«Entre les deux partis qui, aux prises dans l'Ouest, se disputaient la puissance « avec un acharnement diffloile à rencontrer ailleurs que dans les troubles civils,' « l'Angleterre voulait bien envenimer les passions ; mais elle ne consentait pas aussi «aisément à donner les moyens de terminer, par un coup décisif, cette lutte, dont «ses intérêts mercantiles, dont ses rivalités nationales devaient si bien profiter. « La guerre de la Vendée étaU pour éOe vne êpéculatwn. Cette guerre enUretenalt la dis- «corde au milieu du pays. Elle l'affaiblissait dans son agriculture, dans son in- «dustrie, dans son oommerce ; elle éternisait les haines , divisait la propriété terri- «toriale en petites parcelles, et ruinait les individus sans enrichir les masses
« On envoya auprès de tous les chefs royalistes des hommes recomroandables « par leur nom et par leur dévouement à la monarchie ; on oflHt beaucoup plus que « la Vendée ne demandait ; puis , on en resta là , attendant les événements , mais «faisant toujours parade d'un zèle qui n'exigeait aucun sacrifice »
Européens ont adopté, par suite d*un vîee de proDOBciation ^ que l'usage a consacré. Les Berbers composaient la population qui existait sur les côtes septentrionales de PAfriqae à l'époqae de la conquête par les Arabes.
Le Maroc ayant été gouverné, dans le 48^ siècle, par plusieurs princes sages et capables (bien que quelques-uns aient été parfois cruels), a vu, depuis longtemps, sinon cesser entièrenâent, du moins réprimer avec sévérité les pirateries de ses corsaires: Mulei-Ismari qui mourut en 4727, après avoir régné pendant 65 ans, fut un prince humain et énergique, qui forma des relations commerciales avec les Européens ; son fils, Muiei-Abdallah les étendit ; à sa mort, survenue en 4767, son suocesseor, Mohammed, prince juste et administrateur, conclut un grand nombre de traités de commerce avec les États européens ; il monmi en 4789. Mulei-Soliman monta sur le tréne ; ce prince se montra, comme son prédécesseur, favorable au maintien et à Pentretien des relations commerciales avec l'Europe ; il comprit que la piraterie des corsaires marocains était un obstacle sérieux à leur extension; il la réprima sévèrement. A sa mort, en 482S, son neveu, le sultan ou empereur actuellement régnant, Abou-Ztfd, Mulei-Abderrahman, est monté sur le tr6ne. Il a conclu divers traités avec la Grande-Bretagne, la France, PEspagne, les États- Unis, etc. '
Le traité du 4 9 janvier 4 824 avec l'Angleterre renouvelle le traité du 4 4 juin 4801.
Le traité du 47 mai de la même année, avec la France, renouvelle le traité du 28 mai 4767; il y ajoute d'ailleurs deux articles additionnels, lesquels accordent, d'une part, aux armements de guerre français, lorsqu'ils conduiront dans les ports de Pempire des prises maritimes faites au-delà de la portée da canon des cétes marocaines et hors de la protection de l'État, sur sa mer territoriale, la faculté de les vendre; d'autre part, de pouvoir s'approvisionner en bœufs et autres articles de subsistance.
Le 28 mai 4826, tous les traités existants furent renouvelés; le 40 septembre 4844 (28 du mois de Chaban, l'an 4260 de PHégire), une convention diplomatique a réglé les différends survenus entre la France et le Maroc , dont le gouvernement mit hors la loi, dans tout l'empire, Hady-Abd-El-Eader, fait prisonnier plus tard et conduit en France.
Le traité du 6 mai 4846, avec l'Espagne, concerne les frontières de Geuta, et donne satisfaction à l'occasion de la mort de Pagent consulaire espagnol à Mazagan.