‹ Phases et causes célèbres du droit maritime des nations (volume 2)Chapitre 59 sur 81 · CHAPITRE XXXVIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIL

BEPSiSAUXES SXXBGÉS8 PAB HR OOmrXBIlSMEHT.

Au Livre I, titre II, § 54 , nous avons parlé des leUre$ de représaiUes que les gouvernements ont qudquefois délivrées, en temps de paix, à leurs s^iets, dans le but de les mettre à même de récupérer la valeur de la propriété qui leur avait été enlevée, et quand le déni de justice de la part d'un État étranger étdt manifeste ; dans le chap. X du Livre II , nous avons donné un exemple des efifets des lettres de représailles.

Dans le § 4 du chapitre actuel, nous aurons à présenter l'exposé d'un fait inouï de représailles exercées par le gouvernement anglais, à Toccasion de mesquines réclamations d'argent, contre un gouvernement faible.

« Les représailles » , dit Vattsl, a sont usitées de nation à na- « tion pour se faire justice soi-même, quand on ne peut l'obtenir « autrement. Si une nation s'est emparé de ce qui appartîeQt à « une autre , si elle refuse de payer une dette, de réparer une

a injure oa d'en donner une josie satisfaetion, celle-ci peut se saisir «4le quelque oheee appartenant à la première, et l'appliquer à « son profit jusqu'à concurrence de ce qui lui est dû, avec dom- « mages et intérêts , ou le tenir en gage jusqu'à ce qu'on lui ait « donné une pleine satisfaction.

« Les effets saisis se conserveront tant qu'il y a espérance « d'obtenir satisfaction ou justice. Dès que cette espérance est « perdue , on les confisque et alors les représailles s'accom-

« Le droit des gens ne permet les représailles que pour une « cause juste, que pour une dette claire et liquide. i>

Nous avons exposé la définition des représailles selon Vattel, les cas qui y donnent lieu et le mode qu'il convient d'adopter, d'après cet écrivain , parceque le gouvernement britannique s'at^ krise assest vùtonOers de l'opiniM de ce pubUdste, pour justifier sa conduite, en certaines circonstances, à l'égard des étrangers [quand l'opinion de Vattel peut concourir à légitimer ses procédés). et parceque le cabinet de St.-James s'est particulièrement appuyé sur l'autorité de Yattel dans l'affaire du blocus du Pirée et de f embargo mis sur les bâtiments grecs.

D'après la doctrine énoncée, ainsi que Ta fait remarquer le baron de Brunnow, envoyé de Russie à Londres, dans sa note du ^7 mai 4850 à Lord Palmerston ; d'api-ès la doctrine de Vattel, la saisie des valeurs qui font l'objet des actes de représailles n« saurait aUer au-delà de la concurrence de ce q\n est dû.

Nous verrons plus loin si c'est ainsi que le gouvernement britannique a mis en pratique la doctrine du publiciste de l'opinion duquel il s'autorise le plus habituellement, et si, au contraire, il n'a pas abusé de sa force pour faire saisir, au-delà de toute mesure, les bâtiments grecs, et pour ruiner le nouveau royaume hellénique dont la Grande-Bretagne est l'une des fondatrices et est restée l'une des trois Puissances protectrices.

De la Grhce. — Rédamations anglaises. — Blocus du Pirée en 4850 et des côtes de ta Grèce. — Saisie des bâliments grecs.

Depuis la paix de Passarowitz, en 4748, la Grèce entière, à l'exception des Hes Joniennes, était passée définitivement sous la domination du Sultan de Gonstantinople ; elle fut, à cette époque, partagée en PaduUiks ; la Religion seule y conserva l'esprit de nationalité grecque.

A la suite des évéuemenls politiques de 1844, les Grecs eooçureut des projets et continuèrent de nourrir des espéraDces d'affranchissements.

En 4820, ils envoyèrent le comte Jean Gapo /llstrias aa|ufès de Tempereur de Russie pour réclamer son appuL

Une fermentation sourde agitait le pays : TinsurrecUon contre la Porte se manifesta en Morée dès Tannée 4824 ; les * lies imitèrent bientôt Pexemple de la Morée. Nous n'avons point à écrire rhistoire des développements que prit Tinsurrection sous les ordres des Kolokotronis, Odysseus, Ypsilanti, Ifarc Botzaris, Nicias,etc.; nous ne parlerons que des résultats.

La lutte, en se prolongeant, devait attirer Tattention des Puissances chrétiennes de rEurope ; elles résolurent de mettre fio au malheurs de la Grèce , et d'arrêter les massacres dont ce pays était devenu le théâtre, depuis que les hostilités avaient éclaté et se poursuivaient avec acharnement entre les Hellènes et la Porte- Ottomane à l'aide de laquelle étaient venues Tarmée et la flotte du vice-roi d'Egypte.

Les grandes Puissances européennes, la France, la GraDde- Bretagne et la Russie, signèrent le 6 juillet 4827, à Londres^ le traité qui rétablit et assura la nationalité de la Grèce.

Le 40 octobre suivant, eut lieu, dans la rade de Navario, la célèbre et inopportune bataille navale qui détruisit la flotte torque; ce ne fut toutefois que le 44 mars 4828, que la Russie dédara la guerre à la Porte.

La France, la Grande-Bretagne et la Russie agirent en cette circonstance,, il nous semble, contrairement au droit deigeos, quelque louable d'ailleurs qu'ait été le sentiment qui les a réooies. En paix avec la Porte, et sans lui déclarer formellement la^erre, pouvaient-elles rétablir la nationalité grecque , se faire les protectrices militantes de la Grèce, bien malheureuse il ^t vrai, poursuivre et battre la flotte du Sultan?

Nous n'avons point à discuter ces faits, non plus que la moralité, au point de vue du droit des nations, du traité du 6 juillet 4827. Noos prendrons toutefois la liberté d'exposer notre pensée sur ce point

Les populations grecques courbées sous le joug des Pachas gouverneurs et de leurs agents étaient profondément à plaindre : les nations chrétiennes ne pouvaient pas rester plus longtemps iodifférentes à leur misère ; mais si les grandes Puissances ne se décidaient pas à déclarer formellement la guerre à la Porte-Ottomane, dans le but d'enlever, par la conquête, les provinces grecques à son pouvoir despotique, pour les constituer, à la paix, en Etal

indépeDdant, les Grecs (quelque excusable que put élre leur ré* volte, car elle avait pour origine des maux réels, endurés depuis longtemps, et non pas des abstractions politiques, ou des Utopies, comme la plupart des émeutes et des insurrections qui ont éclaté depuis en Europe). Les Grecs, siiyets révoltés du Sultan, ne devaient point s'attendre à voir les Puissances européennes leur accorder, contrairement au droit des gens, des secours matériels en hommes d'armes ou en munitions de guerre ; aussi longtemps que lesdites Puissances, après avoir épuisé tous les moyens diplomatiques pour obtenir une amélioration sérieuse du sort des populations grecques ne déclaraient pas la guerre à la Porte- Ottomane, le principe de neutralité leur créait le devoir de se borner à faire entendre leur voix à Gonstantinople.

Quoiqu'il en soit, les événements ont tourné à l'avantage des populations grecques, et tout en regrettant la marche qui a été suivie, car c'est aux gouvernements à donner, en toutes circonstances, l'exemple du respect pour le principe d'autorité, et pour les principes généraux du droit des gens, nous sommes heureux de voir la Grèce replacée au rang des nations indépendantes.

Reprenons l'exposé sommaire des événements qui se sont succédé jusqu'à la création officielle d*un royaume grec^ et jusqu'au moment ofi les procédés inouïs de la Grande-Bretagne, l'une des trois Puissances créatrices et protectrices du nouvel État, ont failli ruiner l'édifice à peine consolidé de la monarchie hellénique.

On créa en Grèce un PanheUenion (ou conseil de l'universalité de la Grèce) ^) composé de vingt-sept membres, qui, avec le président, le comte Jean Capo d'Istrias, natif de Corfou, forma l'autorité suprême.

Un corps français de 44,000 hommes Ait enveyé, dans le mois d'août 4828, en Morée, sous les ordres du maréchal Maison.

Par un traité du 46 novembre suivant, les Puissances signataires du traité de Londres, déclarèrent que la Morée et les Iles étaient placées sous leur garantie.

Le 3 février 4830, l'indépendance de la Grèce fut reconnue et les Puissances protectrices fixèrent retendue de son territoire. Le prince Léopold de Saxe-Gobourg fut élu roi : les limites déterminées pour la Grèce ne lui paraissant pas de nature à assurer la tranquillité du nouveau royaume, il refusa la dignité souveraine qui lui était offerte.

Les événements qui s'accomplirent en Europe , pendant l'année

M Elfiç - loul, EXUv — grec.

490 UVRE U. CHAPITRE XXXVtt.

4830 (la mort du roi d'AngleteiTe George IV, la oonquéte de l'Al- •gérîe par les armes françaises , la révolatioo du mois de juillet qui 6i monter sur la trAne de France le chef de la eeconde branche de la famille des Bourbons), détournèrent, pendant quelqae temps» Fattention de l'Europe des aflTaires de la Grèce, laquelle resta sous Tadministration du comte Jean Gapo d'Istrias, et, après Tassassinat de cet homme d'État, le 9 octobre 4830, par Geoi^e é Constantin Mavromicbalis , sons celle de son frère, AugostiDCapo d'Istrias*

Enfin, le 7 mars 1838, le prince Othon, de la famille royale de Bavière, fut nommé roi de Grèce par les Puissances européennes.

Le trène nouveau, environné de graves diiHcultés, resta placé sous la protection de la France, de la Russie et de la Grende- Bretagne, qui, d*un commun accord, ont garanti Temproot que le royaume de Grèce se vit dans la nécessité de contracter dès le début de son institution et de radministration royale.

La Grande-Bretagne oubliant la part qu'elle a prise à la fondation du royaume hellénique et Tappui dont ce royaume niraveaiL et foible encore, a toujours besoin, a porté, en 4850, à la prospérité naissante de ce petit État de 4,050,000 habitants è peine, et sans industrie manufacturière, la plus rude atteinte: Puissance créatrice et protectrice, elle semble avoir voulu renverser l'édifice qu'elle a contribué à élever. Les actes de coérdtioD exercés par elle contre un faible royaume dont les finances sont jusqo'i présent insuffisantes pour faire face aux dépenses du trésor pablic, où l'industrie n'a pas encore pris un grand essor, ces actes monstrueux ordonnés à Londres, sont de nature à ruiner le nouveau royaume grec pour de longues années. De mesqim^ réclamations d'argent ont servi de prétexte à l'Angleterre : le développement qu'a pris la marine marchande grecque (courtière de transports maritimes active et intelligente et à fret peu élevé), n'est-il pas la raison secrète et réelle de cette brutale politique?')

*) Nous avons rappelé, dans la Préface, ravett fait par Bentham, que l'AnsI^ terre mérite le reprodid d^avolr abuaé de la supériorité de ta force au déirioMii de la Justice , plus que toute autre nation,

Dee faits nombreux oxlatent qui démontrent, en ellét, que PAnsiletarre a irep fréquemment tenu peu de compte des doctrines du droit maritime des Dation» V»»^ elle a pu, en faisant uaage de sa supériorité, atteindre un résultat avanisgeu pour elle.

En présence de la conduite des Anglais dans les Indes, Raynal a dit: «Lei «Anglais, plus portés à s^affliger de la prospérité d'aulrui, qu'à jouir de la Iwr. « ne veulent pas seulement être ricbes ; ils veulent être les seuls riches .^.. ton^ «leurs guerres ont pour but le commerce, et le désir de le rendre exclusif lev a a fait faire de grandes choses et de grwidm û^ticee. »

Afin de souleittr les préieniioi» exagérées d'on Juif portugais^ établi à AUièDeSy le S' Paoifioo, qui réclamait une somme de 800,000 franos, à Tocoasion de dommages qu'avait soufferts sa diétive demeure dans une émeute ^ et pour mettre fin à quelques diSérends qui n'avaient pas une importance beaucoup plus sé« rieuse, Lord Palmerston, ministre des affaires étrangères de S. M. britannique, fit envoyer, dans le mois de janvier 4850, au Pirée, la flotte anglaise de la Méditerranée, commandée par l'amiral Sir William Parker, composée de quatorze bâtiments^), et portant 734 canons et 7,000 hommes d'équipages : appareU de forces bien imposant à l'occasion d'une cause bien m/tmsl

Le discours de M. Piscatory , ancien minisire de France en Grèce, à l'assemblée législative, dont nous reproduirons une partie, fera connaître la nature des réclamations que Lord Palmerston appuyait de la présence d'une flotte 1 C'est un mode de négociations dont l'Angleterre est cotttumière et qu'elle a notamment employé cwec succès à l'égard du Danemarck I ( Voir cfaap. XXV et XXVL)

Le gouvernement britannique aurait bien voulu mettre à profit cette circonstance pour s'emparer de deux Ilots appartenant au royaume grec et que Lord Palmerston prétendait devoir faire partie de l'État septinsulaire jonien. Mais cette prétention qui n'a trouvé de soutien dans aucun pays, semble avoir été abandonnée dès le principe : il n'en fut question que d'une façon secondaire. Plutèt que de livrer aux tles ioniennes, placées sous la protection et la tutelle de la Grande-Bretagne, deux Ilots qui fussent deve^ nus deux guérùes pour les sentinelles avancées anglaises, mieux vaudrait joindre les lies Joniennes elles-mêmes au royaume grec : alors que les c6tes entières qui sont en face des lies ioniennes, à l'Orient, étaient soumises à une autorité musulmane qui se posait en ennemie des races chrétiennes, il était bon de placer les lies ioniennes, faible État indépendant, sous la protection d'une grande Puissance européenne, mais â eut été plus opportun ^ il nous semble, d'accorder le droit de protéger les populations joniennes i\ toute autre Puissance qu'à l'Ànj^eterre, l'Autriche par exemple, les Deux-Sieiles , ou d'y installer l'Ordre de St.-iean de iérusalem , dont l'ancienne résidence souveraine restait entre les mains des rois de la Grande-Bretagne.

Aujourd'hui qu'un royaume grec a été institué en Morée, pourquoi continuer à l'Angleterre le droit exclusif de protéger les tles ioniennes ? Pourquoi ne pas réunir les lies ioniennes à ce royaume

>) M. Piscatory, ainsi (]u'0Q le verra plus loin , ne parle que de trei«e VttlsseaujL.

49S LIVRE a CHAPITRE XUVfl.

trop restreint ? Nous ne croyons pas nous tromper en disant que les lies Joniennes, et nommément Zante, St'-Maure, Gépbalonîe, Ithaque et Gérigo, verraient avec plaisir leur réunion, que justifient non-seulement l'identité de mœurs, de Religion et dintéréts commerciaux, mais aussi leur proximité des c6tes du royaume hellénique.

Retournons à Tobjet de ce chapitre.

Le ministre anglais à Adiènes, M. Wyse, fit connallre au cabinet du roi Otbon, le motif de l'arrivée de la flotte anglaise; il lui accorda vingt-quatre heures pour accepter les propositions qu'il lui présenta, afin de donner une solution définitive aux albûres en litige, et il se retira à bord du bâtiment amiral.

Sur le refus du gouvernement hellénique de céder aux sonttnations de M. Wyse, l'emploi des mesures coèrcitives est décidé par l'amiral Sir William Parker, homme doux et bon, mais obéissant à ses instructions ; tofdes les côtes de la Grèce sont mises en état de blocus pour les bâtiments de guerre seulement, blocus sur le papier, renouvelé de l'usage, tristement abusif, de la guerre de 4803, car il est évident qu'avec quatorze bâtiments la flotte anglaise ne pouvait former le blocus réel d'une étendue de cèles aussi considérable (du golfe de l'Arta au golfe de Volo, au nord de nie de Négrepont), et tout à la fois le blocus des lies nombreuses de PArcbipeL

Plus tard f embargo fut mis sur tous les bâtiments du commerce grec, mesure contre laquelle la légation française réclama, le â6 janvier 1850; plus de mille de ces bâtiments furent saisis.

Était-il donc nécessaire que la saisie atteignit un aussi grand nombre de bâtiments pour mettre à couvert le montant des réclamations formées, si leur chifire eut été ce qu'il aurait dû être, c'est-à-dire vrai, et non pas ridiculement exagéré ?

M. Londos, ministre des afiaires étrangères, protesta, le 47 janvier, contre les procédés de la Grande-Bretagne, en adressant, à cet effet, une note officielle à If. Wyse; et, par une lettre du même jour, il réclama l'intervention et les bons offices des ministres des deux autres Puissances protectrices , la France eC la Russie.

Voici la lettre que la légation de France s'empressa d'adresser à l'envoyé britannique :

«Athènes, le 29 janvier 4850.

«Le soussigné, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de la République française, ayant eu connaissance de la note remise hier, 18 janvier, par le très-honorable M. Thomas Wyse, ministre plé-

nipotentiaire de S. M. britannique près de S. M. heliéniqoe, à M. Londos, ministre des affaires étrangères , et dans laquelle il est interdit au^ bâtiments de guerre grecs de tenir la mer devant le pavillon anglais, accompUt à regret une démarche qu*il considère comme indiquée par ses devoirs de représentant d'une Puissance, partie dans le traité constitutif du royaume de Grèce.

«En effet, Tarticle i du traité conclu à Londres le 7 mai 4 832 entre la France, TAngleterre et la Russie, porte que la Grèce, sous la souveraineté du prince Othon de Bavière et la garantie des trois Puissances ci-dessus désignées, formera un État monarchique indépendant.

a Le soussigné ne pouvait taire que, dans son opinion mûrement réfléchie, Tinterdiction faite par M. le ministre de S. M. britannique, et soutenue par M. le vice-amiral Parker, au gouvernement de S. M. hellénique, de disposer librement de ses bâtiments de guerre, ne doive être envisagée comme une première atteinte à Tindépendance de la Grèce.

ff Qui dit indépendance, il est vrai, dit, par là même, responsabilité, et il ne saurait entrer dans l'idée du soussigné de contester d'aucune façon à M. le ministre de S. M. britannique le droit de poursuivre le redressement de ses griefs contre le gouvernement de S. M. hellénique , si ce gouvernement se refusait à lui donner une satisfaction légitime. Mais la position ne se présente pas dans ces termes.

« Le gouvernement de S. M. hellénique , sommé de répondre dans les vingt-quatre heures et sans discussion à des demandes qu'il croit contestables, en appelle à un arbitrage qui réserve tous les droits et se trouve en conformité avec la teneur et l'esprit de l'article précité du traité de 4 83S. Ce n'est pas là, dans la manière de voir du ministre de la République française, un refus péremptoire çt susceptible d'attirer sur le gouvernement de S. M. hellénique les conséquences qu'aurait pu justifier uqe dénégation absolue opposée aux réclamations dont il s'agit.

c Le soussigné croit en conséquence obéir à un devoir impérieux en priant de nouveau M. le ministre de S. M. britannique de vouloir bien considérer le recours fait, dans ces circonstances urgentes, à l'arbitrage du gouvernement de la République française, comme l'autorisant à suspendre , jusqu'à la nouvelle de l'accueil réservé par son gouvernement à cette proposition, les mesures coércitives auxquelles sa note du 4 8 janvier permet de craindre qu'il ne procède de concert avec M. l'amiral Parker.

c M. Thouvenel , n'étant mû que par le plus vif désir d'interposer avec efficacité ses bons offices pour le règlement d'une affaire pendante entre deux gouvernements amis et alliés du gouvernement de la République française, se plaît à espérer que le très -honorable M. Wyse, appréciant les motifs et le caractère de cette communication.

«Le soussigné, etc. Thouvbnbl. »

Le même jour , M. Wyse fit oonnaltre à M. Londos la capture du steamer royal l'Othon, que l'amiral Sir William Parker envoya h Salamine.

De nouveaux actes de cette nature furent encore accomplis : M. Londos en donna avis aux légations de France et de Russie par la note suivante :

nAihèMi, le 9 (24) Janvier 4850.

c Monsieur,

« J*ai eu déjà Thonneur de porter à votre connaissance tout oe qui a eu lieu à Tégard du bateau à vapeur ÇOtkon et des autres bAtiments de rÉtat au Pirée, et la protestation que j'ai adressée à M. le ministre d'Angleterre contre rincroyable abus de la force qui essaie depuis quelques jours d*opprimer la G-rèce.

« Je viens maintenant avoir Thonneur de vdus informer que des bâtiments anglais de Tescadre sous les ordres de Sir W. Parker s*étant rendus à Paros , et y ayant saisi les bâtiments et les embarcations de !*arsenal , n*ont point bésité à violer les règlements sanitaires universellement respectés dans l'intérêt de la santé et de Tordre public.

« Je viens également d*étre à Tinstant même informé par les autorités oompétentes que les Anglais ont commencé ce matin à défendre aux bâtiments de commerce qui se trouvaient au Pirée de débarquer leur cargaison sans leur permission, en leur enjoignant de ne décharger, le cas échéant , que sur la côte qui est vis-à*vis de remplacement de la douane ; ils ont enfin défendu à tout navh*e , même de commerce, d*entrer au Pirée ou d'en sortir.

« J'abandonne à votre perspicacité et à vos sentiments de justice la qualification de pareils actes. Le monde envisagera toutes ces violences sous leur véritable jour ; il est cependant du devoir du gouvernement du Roi de continuer à protester contre le droit inique de la force.

«Le Roi, son gouvernement el la nation entière ont le plus vif espoir à l'appui noble et efficace (de S. M. TEmpereor) (de la République française); mais, en attendant, de grands intérêts sont immédiatement menacés ; l'ordre public, la sûreté de l'État, radmtnistration du pays se trouvent exposés par suite de rinterruption forcée des communications ; c'est donc pour éviter des conséquences aussi désastreuses que je viens vous prier. Monsieur, au nom du gouvernement du Roi, de vouloir bien ordonner aux bâtiments (de l'Empereur] (de la République) qui se trouvent dans les parages de la Grèce de prêter au besoin leur appui et leur coopération aux autorités grecques , soit pour ce qui concerne la sûreté de l'État, soit pour la satrsfaotion des besoins urgens de l'administration et en général du service public.

« Entourée dans toute son étendue de mers et possédant des lies nombreuses, la Grèce ne pourrait pas se trouver privée, même momentanément, sans préjudice, d'une force maritime. Cette force vient de loi être enlevée déjà en partie, et d'après les menaces des Anglais

elle en sera bientôt entièremeot privée ; c*est donc à vous, Monsieur, que le gouvernement du Roi devait s'adresser dans cette circonstance, et il a pleine confiance que comme représentant d*une grande nation amie et bienfaitrice de la Grèce , vous répondrez à cet appel qu'une nécessité insurmontable nous a obligés à vous adresser.

« Agréez, Monsieur, etc. A. Londos. »

La connaissance de ces faits divers occasionna en France une vive émotion et une sympathie non moins vive.

M. Piscatory, ancien ministre de France à Athènes, jusqu'à l'époque de la catastrophe révolutionnaire du 24 février 4848, prit la parole, comme membre de l'assemblée législative, dans la séance du 8 février 4850, et fit un exposé précis des réclamations anglaises et de la situation exacte des choses.

«Messieurs», dit-il, «les faits qui se sont produits en Grèce sont certainement les plus Inopinés qui se puissent imaginer, non pas peutêtre pour ceux qui, comme moi, ont eu le devoir d'assister à tout ce qui s*est passé en Grèce depuis plusieurs années. Mais, d'ailleurs, qui pouvait prévoir qu*au moment où la France et l'Angleterre , où les flottes anglaise et française , dans un intérêt d'humanité , dans un Intérêt de haute justice, de bonne politique, venaient d'accomplir une grande et efficace intervention ; qui pouvait prévoir qu'à ce moment-là , sans qu'aucune information fdt donnée par Tambassadeur anglais à notre ambassadeur à Gonstantinople, sans que l'amiral Parker, disant adieu à M. de Parseval, lui Indiquât le moins du monde quelle était la pensée de son gouvernement, quelle était sa mission, ce même amiral, à la tête de treize bâtiments anglais, armés de 700 bouches à feu, paraîtrait dans la rade de Salamloe pour y peser sur la faible Grèce de tout le poids de la puissance anglaise ? C'était là un projet si ignoré de tout le monde, que, même en Grèce, dans ce pays menacé d'un coup si inattendu, il n'y avait pas un bruit quetconque qui fAt parvenu aux oreilles du gouvernement et qui indiquât le danger qu*il allait courir. Le Roi et la Reine de Grèce s'informaient auprès du ministre anglais du nombre de bâtiments et du nombre des officiers, et ordonnaient une fête. L'amiral Parker arrive ; onze bâtiments viennent mouiller à Salamine, deux entrent immédiatement dans le Pirée.

«La première démarche de l'amiral Parker est la demande d'être présenté et de présenter son état-ma^or au Roi de la Grèce. Et c'est en sortant de cette visite toute cordiale que, pour la première fois, M. l'amiral Parker, accompagné du ministre d'Angleterre, se rend chez M. Londos, et lui dit que l'Angleterre va faire valoir des réclamations de« puis longtemps pendantes, en ayant recours aux mesures de coilr* cition.

«U ne s'agit pas, ^oute-t-il, de discuter le juste et l'injuste; je vous donne vingt-quatre, et, ce délai écoulé,. les mesures coOrcitives auront leur place et leur effet

496 LIVRE n. CHAPITRE XXXYII.

< Dans quel pays , dans quel temps et vis-à-vis de qaelle nation a-t-on jamais employé de pareils proc^édés T

« Cette impression douloureuse ne pouvait être mieax reodne que par cette parole à la fois triste et simple du Roi de la Grèce : «Je doute < qu'il y a cinquante ans on se fût ainsi conduit envers une Poissance a barbaresque. «

a Messieurs, il importe, ce me semble, d'établir la valeur des réclamations, origine de cette inqualifiable démarche.

« Je vous prie d'écouter les quelques paroles que j'ai à dire sur les unes et sur les autres.

a Je crois bien savoir les faits , car il a été de mon devoir de les élQ dier avec le plus grand soin.

« La première réclamation est celle en faveur de quelques Jooiens, juges et parties.

«Un Jonien avait été condamné à mort pour un meurtre, pour on abominable meurtre. Trois ou quatre sujets joniens, habitanl depob longtemps la ville de Patras, cherchent à exciter une éoieate. As sor( arrêtés, conduits en prison, malgré la résistance la plus violente; M. le ministre d'Anglelerre réclama immédiatement une indemnité soos prétexte de tortures.

« Le gouvernement a lait enquêtes sur enquêtes. Les légations de France, d'Autriche, de Russie, informent avec le plus graod soin; les médecins sont interrogés. Les hommes les plus attachés à ce qa'oo appelait en Grèce le parti anglais déposent II n'est résulté de tout oela qu'un seul fait: c'est que ces trois Joniens, pour être conduits delà place publique, où ils avaient excité le désordre, à la prison, avaient les menottes. C'est pour eux qu'on demande 20 livres steriing par tète, et c'est pour cela que treize vaisseaux anglais sont au Pirée. Première réclamation.

«En 4 847, sur la dénonciation d'un Jonien, des Joniens sont arrêtés à Girgos pour vol : la légation anglaise se plaint de Tarrestabon et demande une indemnité de 20 liv. st. Notez bien que les deaxJonieos arrêtés n'avaient pas de passeports anglais ; sur cette portion do littoral grec. Il y a une grande quantité d'Joniens que l'agriculture appelle et fixe en Grèce; que, par conséquent, si des Joniens qui yséjoorocnl étaient libres sous la protection de la mission' anglaise d'accomplir des méfaits, il n'y aurait pas de police possible : c'est donc encore SO liv.st. par tête exigée par treize vaisseaux anglais.

« En 4 846, quelques barques joniennes furent pillées à l'emboaclHire de l'Achéloiis.

<x Si j'entre dans quelques détails , c'est que je tiens à prouver qoe je sais exactement

«En 4 847, M. le ministre des affaires étrangères me donna ordre de prendre les informations les plus positives, et, à tout prix, desavoir les faits de façon à les dire avec autorité.

« Quelques barques joniennes furent donc pillées à Tembouchore de l'Achelotis. lounédiatement la légation anglaise demanda pour ces barques une indemnité de 4,496 colonates (le colonate vaut 6 fr.), disant (f»

les patrons de ces barques avaient déclaré ou déposé que les hommes qui les avaient attaqués portaient des fessis auxquels était attachée une couronne , ce qui indiquait des agents de Tautorité.

«Moi, j*ai la conviction qu'il résulte de toutes les dépositions, de toutes les informations, que ces barques avaient été pillées par des Géphaloniens qui étaient venus sur les cdtes de la Grèce, et qui pouvaient bien s'être attaché une couronne à leur bonnet, pour déguiser leur origine.

«n se pourrait encore que quelques soldats de la frontière, ayant déserté leur corps avec les insignes, eussent pris part au crime. Gela est possible. Mais venir dire à un gouvernement, si faible qa*il soit, et surtout parce qu*il est faible, que ce sont ses agents qui sont venus piller,

presque avec son autorisation, les barques d'une Puissance alliée,

véritablement est-ce sérieux? Et venir demander ensuite t,t96 colonates, à la tète de treize vaisseaux, cela ne se conçoit pas. Il est impossible, permettez-moi de le dire, que TAngleterre le sache : Oui, j'affirme que l'Angleterre Tignore.

a J'arrive au fait qui a motivé la réclamation. Il a été raconté dans plusieurs journaux. Je serai très-bref.

a Une malheureuse habitude existe dans tout le Midi , et TAngleterre n'a point réussi à l'extirper aux Iles Joniennes ; elle ne l'a pas même essayé.

«La veille de Pâques, d'après un ancien usage, les enfants brûlent un mannequin qui représente un Juif. La police d'Athènes, en 1847, crut devoir enlever ce mannequin. La population du quartier, qui comptait sur sa petite représentation fanatique , s'ameuta. Elle occupa une maison et en détruisit le mobilier.

« Cette maison appartenait non pas à un Juif de Gibraltar, mais à un Juif portugais, et ce Juif, que protégeait non pas la légation anglaise, mais bien celle de Portugal, s'adressa d'abord au représentant d'une Puissance voisine, à M. le comte de Las Novas, chargé d'affaires d'Espagne ; ce n'est que sur des conseils indirects des Portugais , que Don Pacifico eut recours à la légation anglaise , qui immédiatement demanda pour lui une indemnité de 800,000 drachmes.

a C'est assurément une indemnité énorme pour cette maison dont on avait cassé les vitres, mais on alléguait l'enlèvement d'un coffre plein des titres les plus précieux et les plus incontestables.

a La question resta pendante ; il y a quelques mois , au moment où ces 800,000 drachmes (la drachme vaut 18 sous) allaient être réclamées par treize bâtiments anglais, le Juif portugais s'arrangea avec le gouvernement grec pour une somme de 8,000 fr. Seulement on a ajouté, je ne sais trop pourquoi, 500 liv. st. de pot de vin, apparemment sous prétexte d'intérêts et de dommages personnels. ^) J'arrive au fait le plus plausible. * ^

' ) Voici comment s'est terminée cette misérable affaire Paciflco.

Une commission, composée de trois membres, ftit réunie à Lisbonne, en février 4 861 ; l'Angleterre était représentée par M. Johnston, la Grèce par M. O^eill, consii) général Hellénique en Portugal-, la France par M. Béclard , premier secrétaire dé la CussY II. 32

498 LlYRE II. CHAPITRE XXXVII.

a La cinquième rédamation eal celle d*aD M. Fiolay. Oui , je le dis ici, le gouvernement grec a eu tort, et voici en quoi.

«Lorsque la capitale de la Grèce dut être fixée, Athènes, qui désirait rétre, fit des sacrifices pour obtenir cet honneur. Elle promit de donner au gouvernement tous les terrains dont il aurait besoin pour ses établissements publics ; la capitale fut fondée « c'est sur rengagement pris qu'il y eût débat entre le gouvernement et la municipalité.

«Pendant ce temps, le prix des terrains s'élevait de jour en jour; on se livra à des spéculations, et M. Finiay acheta de ces terrains; c'était une bonne affaire. De là, l'origine de sa réclamation ; de là, la conséqct^nce de la liquidation , je le répète , que le gouvernemeot grec a eu tort de ne pas payer. Mais cependant il est bon de savoir et de dire que , quand les vaisseaux anglais sont venus pour aider cette réclamation, l'arbitrage avait été accepté par M. Finiay ; il avait même reçu des à-compte ; c'était une affaire réglée, il ne fallait plus -que parfaire la somme fixée par les arbitres ; c'est bien noe porte ouverte qu'enfoncera la flotte anglaise.

« Parlons maintenant de l'île Sapienza et de 111e Servi ; ceci est sérieux , c'est une question européenne.

«Messieurs, je n'entrerai pas dans les détails, cela serait long; il faudrait vous mettre devant les yeux de nombreux traités, vous raconter l'histoire des îles Joniennes depuis l'autorité vénitienne jusqu'à la possession anglaise ; mais je ne doute pas que M. le ministre des affaires étrangères, qui a lu un excellent Mémoire fait sur la matière par le gouvernement grec, ne témoigne avec moi que la question n'est pas discutable ; et vraiment le fût-elle, peut-on s'imaginer la grande An$^terre venant arracher à la Orèoe deux rochers, dont l'un est à la distance d'un quart de mille de la oûte, dont l'autre n'est pas à une portée de canon; dont l'un donne un médiocre mouillage, dont l'autre peut être un point de défense, et deviendrait, si une Puissance militaire y élevait des fortifications, un moyen d'action sur le territoire de la Grèce ? C'est là ce que l'Angleterre vient, avec ses vaisseaux, demander, arracher à la Grèce ; ce n'est pas croyable.

« On dit qu'au moment où M. Wyse déterminait d'une façon si impérieuse les réclamations auxquelles la Grèce devait satisfaire dans les

légation française. Celle commission , cnargée d'examiner la réclamation de M. Paoiflco, montant à prto de 750,000 francs , découvrit dans les arcHiTOS desGonès ue péUMon adressée par cet individu , à la chambre des députés, eo 1839, et ac<|oit la conviction que les ori((inaux ou les pièces légalisées des plus impoitants documents que le S' Pacifico frOendait movr été détruite à Athènea, accompagnaleot cette pétiUon , à laquelle le pétitionnaire n'a donné aucune suite ; eu oOBséqnenoe . la commission prenant en considération qu'il est possUile qu'nn petit n<Habre de documents de médiocre impùrtance se soient perdus lors du pillage de la maison du réclamant, et tenant compte des dépenses qu'il peut avoir faites pendant la dorée de l^nquéte , a été d'avis d'accorder au S' Pacifico , payable par le goaTomeoMiit grec, une somme de 150 livres sterUng (S.'TSO fr.). Le rapport de la commissico est du 5 mai 1861. Les 150 liv. sterl. ont été payées à M. Wyse , à AUiènes , au mois de juin. -^ Ainsi s'est terminée une afllaire qui a menacé, un momaot, de troubler l'amlUé entre trois ou quatre Puissances de l'Europe, et qui faisait partie des giiefs oui muei eérieiue dont le redressement avait été confié h une flotte de ireita o« qaatorse vaisseaux i

vingi-qaatre heures, il a retiré celle relative aux deux lies ; mais, si je suis bien informé, et je suis sûr de TéCre , Lord Palmerston a entendu que cette réclamation restait l'attribution particulière de Famiral Parker, agissant avec sa flotte.

€ Cette flotte sera donc appelée à Tinsigne honneur de chasser quelques soldats qui gardent un drapeau, quelques douaniers qui perçoivent le revenu public , quelques gardes côtes qui veillent dans Tin- ' térét de tous.

ff J*avoae que je suis fort tenté de craindre que deux bAttments ne soient chargés de cette belle expédition. Ce serait grave pour tout le monde , triste pour TAngleterre. J*aime donc à croire qu*il n'en est rien. »

M. "le général de Lahitte, ministre des affaires étrangères , fit aussitôt connaître que des instructions avaient été envoyées au représentant de la France à Londres, H. Drouyn de L'buys, dans, le but d'obtenir des explications de Lord Palmerston, d'offrir la médiation de la France pour mettre fin à cette affaire déplorable, et d'engager le gouvernement anglais à donner l'ordre, sans retard, à l'amiral Sir William Parker de surseoir à l'emploi de toute mesure coércitive.

Voici dans quels termes une feuille publique anglaise, le Times, journal sérieux et fort répandu dans le Royaume*Um' de la Grande- Bretagne et d'Irlande, a cru devoir apprécier. la conduite du gouvernement britannique en cette circonstanoe :

« ...... Nous recevons avec grande satisfaction la nouvelle que

a le gouvernement anglais a accepté la médiation de la France et «t a, nous le présumons, soumis à l'arbitrage de cette Puissance <x les réclamations qui ont suscité le différend.

« Une telle solution d'une quprelle vilaine et sans dignité est « préférable au moyen auquel on avait eu recours d'abord , de a violenter la justice et de n'obtenir le redressement des griefs « que par la main d'un vice-amiral soutenu par une flotte plus « puissante que celle de Nelson à Aboukir

« La question qui a trait aux lies de Servi et de Sapienza

tt est très-douteuse : rÀngleterre est peu fondée à insister à cet « égard ........

c Plus on examine ces questions , et plus il est inconcevable « que ces pitoyables sujets de plaintes aient donné lieu à des « actes aussi hostiles, aux opérations d'une escadre^), enfin, h a Tarbitrage d'une Puissance étrangère »

') La noUe qui traversa le Catégai, le SO mars 1801 , sous les ordres de ramiral Sir Hyde Parker , comptait 52 voiles , dont 30 bombardes ; l'escadre avec laquelle Stf William Parker s'est présenté devant le Pirée était de quatorze vaisseaux.

Le Standard du 9 février a été plus énergique encore :

« Que font donc les habitués déclamateurs de la Taverne de « Londres, eux si éloquents lorsqu'il s'agit des brutalités du Gzar? « Ils se taisent lorsqu'il s'agit du rôle tout-à-fait nouveau adopté « par l'Angleterre qtd devient le tyran et l'oppresseur des fMi\ u Au gouvernement grec que dit le gouvernement monté par ÏM « Palmerston (Palmerston ridden govemment)^ Q dit: "La t^nne

a OU la vie politique I " Nous avons cependant d'autres débi-

« teurs que la Grèce. L'Espagne nous doit bien plus que la Grèce; a mais l'Espagne est l'Espagne : elle peut résister à nos exigencest a tandis que la fiable Grèce est à notre merci ........ Ce qu'il y a

c de plus fâcheux en tout ceci , c'est que les étrangers ne font « pas de distinction entre l'Angleterre et Lord Palmerston, et c'est « l'Angleterre qui aura la réputation de Vebrius ac petuUm >

Le ministère britannique rencontra également des paroles sévères dans le parlement : nous aurons à en parler plus loin.

L'effet que produisit sur le cabinet de St.-Pétersbourg la nouvelle des événements qui s'étaient passés en Grèce, donna l'essor à diverses dépêches fort remarquables de M. le comte de Nesseirode , chancelier de l'empire de Russie et ministre des affoires étrangères. Nous reproduirons sa lettre du 4 9 février à M. le baron de Brunow : le langage si noble de ce document et le Uftine mérité que le cabinet de St.-Pétersbourg déverse sur toute la conduite du cabinet britannique en cette circonstance, lui assignent une place dans ce chapitre, et, ce qui 'est beaucoup plus important, une place remarquable dans les fastes et l'histoire de la diplomatie.

Le comte de Nesselrode au baron de Brunow.

« St.-Pétersbourg, 7/49 février 4850.

a Votre Excellence se fera difficilement une idée de Fimpression pr<^ fondement pénible qu*ont produite sur Tesprit de FEmpereur les actes de violence inattendus auxquels les autorités britanniques Tienuent de se porter contre la Grèce. A peine les dangers que pouvait eotrakier pour la paix la précipitation de Tamiral Parker à entrer dans les Dardanelles sont-ils écartés, Tapparition de son escadre sur les côtes deia Grèce vient en faire surgir de nouveaux^, comme si on prenait à tàdie de faire succéder gratuitement en Orient les complicatû)ns aux complications , comme si le repos de rOccident n^offrait pas déjà assex de chances périlleuses. En pleine paix, sans qu*aucun indice précarsenr des intentions du gouvernement anglais ait été seulement donné, laflo'l^ anglaise vient de se porter à Timproviste en face de la capitale de la Grèce, L'amiral Parker, accueilli amicalement par le Roi Othon, déploi*

déjà, le jour suivant, vis-à-vis de ce souverain , une attitude comminatoire : de la veille au lendemain , on change en ultimatum impérieux des réclamations de peu d*importance relative , qui se poursuivaient depuis des années, et dont quelques-unes même se trouvaient déjà en vote d*acconuDodement. Le ministre d'Angleterre déclare qu'il ne s'agît plus de les discuter, d'en examiner le juste ou l'injuste, mais qu'il y faut satisfaire pleinement dans vingt-quatre heures, et, ces vingt-quatre heures écoulées, le gouvernement grec n'ayant pu se résoudre à plier sous ces conditions humiliantes, le blocus des cdtes de la Grèce est établi, et Ton frappe immédiatement de saisies les bâtiments helléniques.

« Chacun est juge de sa dignité, et ce n'est pas à nous qu'il appar* tient de contester au cabinet anglais la manière dont il croit devoir envisager et comprendre la sienne. L'Europe impartiale décidera si les moyens qui viennent d'être pris convenaient à une grande Puissance (M>mme l'Angleterre vis-à-vis d'un Ëtot faible et sans défense. Hais ce que nous sommes fondés à remarquer et ce dont nous avons le droit de nous plaindre, c*est le manque complet d'égards que ce procédé sommaire accuse envers les deux Puissances consignataires du traité constitutif de la Grèce, et qui depuis plus de vingt-trots ans, c'est-à-dire depuis le 6 juillet 1827, se sont constemment trouvées sur les affaires de ce pays en communauté d'intérêts et d'actions avec le cabinet britannique.

t Nous n'ignorions certainement pas que l'Angleterre avait des réclamations particulières à faire à la charge du gouvernement hellénique. Il en a été question plus d'une fois entre Lord Palraerston et vous , et nous nous rappelons notamment qu'en 1847, du vivant et sous l'administration de M. Goletti, le cabinet anglais fut un moment sur le point de prendre à ce sujet des mesures contre l'administration de la Grèce. Hais comme depuis cette époque un grand intervalle de temps s'est écoulé sans qu'il nous en fût parlé , et que nombre d'objets plus importants semblaient appeler ailleurs l'attention de l'Angleterre , nous étions en droit de douter que la solution de celte question pût teut à coup lui paraître si urgente. Si avant de recourir à VuUma ratio qu'il vient d'adopter, le gouvernement anglais avait bien voulu nous prévenir que sa patience éteit à bout, si les efforts que nous n'aurions pas manqué de faire à Athènes pour engager les Grecs à s'arranger avec lui , étaient demeurés infructueux , ce n'est pas nous , Monsieur le baron , qui prétendrions que l'Angleterre dut subordonner éternellement ses prétentions au résuttet de nos démarches. Mais le gouvernement anglais n'a pas pris la peine de nous prévenir ; pas un mot d'avertissement n'a été donné aux représentents russe ou français à Londres ; pas une seule communication n'a été adressée à Saint-Pétersbourg ni à Paris qui laissât même entrevoir d'avance que le gouvernement anglais fût à la veille de se porter contre la Grèce à de pareilles extrémités. La Russie et la France ne les ont apprises que quand le mal a été fait et consommé.

« Aux démarches qu'ont faites de suite leurs représentento à Athènes pour interposer leurs bons ofBces en faveur du gouvernement grec, l'envoyé d'Angleterre a répondu par un refus deux fois répété, ne pou-

vaut admettre, disait-^il, l'arbitrage des deux Puissances dans une question qui ne les regardait pas. A notre toar, Monsieur le baron, nous ne saurions admettre une fin de non->recetoir pareille. La Grèce n*est pas un État isolé ne devant son existence qu*à loi seul et ne releTaot que de lui^môme. La Grèce est un État créé par la Russie et par la France aux mêmes titres et aux mêmes conditâoos qu*il la été par rAngleterre. Ces trois Puissances Tout fondé en commun > elles ont déterminé en commun ses limites et sa forme de gouternement, elles ont contracté en commun chacune envers les deux autres rengagement de respecter son indépendance , de maintenir son intégrité^ d'affermir la dynastie qu'elles y ont placée sur le trêoe» et dès lors il ne saurait appartenir à Tune d'elles de défoire cette œuvre collective, de blesser cette indépendance, d'attenter à cette intégrité, d'ébranler cette dynastie en l'humiliant aux yeux du monde ; de troubler la tranquillité de ce pays en l'exposant aux tentatives des factieux et peut-être à la guerre dvOe. «Indépendamment du sentiment de bienveillance qu'elles poiteot à la Grèce, la Russie et la France ont un intérêt matériel au maintien de son repos. Elles lui ont prêté des fonds dans lesquels eXies ont i rentrer tout aussi bien que TÂngleterre , et il ne saurait leur être indifférent de voir leur débiteur entraîné par l'interdit dont on frapperait sa navigation et son commerce, par les mesures de précaution qu'on l'obligerait de prendre pour sa défense , à des pertes et à des frais qui auraient nécessairement pour effet de le rendre moins capable que jamais de faire honneur à ses obligations pécuniaires. Elles ont donc le droit de s'enquérir pour le moins d'un litige qui peut leur causer de ai grands inconvénients, et de regarder cette affaire, quoi qu'en ait po dire l'envoyé britannique, comme n'étant pas anglaisé seulement, mais aussi bien russe et française. Ceci s*applique aux réclamations en faveur des sujets ou protégés anglais que le cabinet de Londres articafe à la charge de la Grèce, réclamations dont il ne nous a jamais fait oonnaltre que le pur et simple énoncé» qui» à en juger par les renseignements plus détaillés que nous avons reçus de la partie adverse, ne paraîtraient pas dépourvus d'une certaine exagération, mais dont, en tous cas, le montant ou l'objet ne sont guère en proportion avec la sévérilé des moyens employés à les faire valoir. A plus toriè raison, il en est de même des deux Mots attenant au continent hellénique que l'Anglelerre réclame aujourd'hui comme appartenant aux îles ioniennes. C'est là une question territoriale sur laquelle la Russie et la Francs avaient certainement le droit d'être préalablement renseignées. Du moment qu'elles ont réglé , d'accord avec l'Angleterre , la circonscription du territoire de la Grèce , qu'elles lui en ont conféré la possession , il leur est permis de demander à quel titre l'Angleterre, après cette délimitation qui date déîà de dix-huit ans , croit pouvoir aujourd'hui la refaire de sa seule àxÉorite et s'en attribuer une partie, si faible et si minime qu'elle puisse être. Le but des trois Puissances signataires de la convention de 1 83S a élé de faire de la Grèce un royaume indépendant, en lui attribuant des firootières et un littoral suffisants au besoin de sa défense extérieure , et conséquemment c'est un point à examiner à trois, de savoir si ce but serai

atteint en «utorisani l'Angleterre à prendre pied sar les Ilots dont I*un est situé, à ce qu*il paraît, à un huitième de mille seulement du continent hellénique.

« Nou& nous verrions donc dans le cas de protester solennellement contre la prétention qu'aurait le gouvernement anglais de trancher arbitrairement ce nœud sans Taveu et la participation des deux cabinets signataires comme lui du traité qui a réglé la circonscription territoriale de la Grèce.

« Il y a peu de jours encore, Monsieur le baron, que dans une dépêche officielle qui noos était communiquée , Lord Palmerston se mon* traie prodigue envers nous des disposilîons les plus satisfaisantes. Le ministre d'Angleterre à cette cour avait ordre de nous assurer « que le « gouvernement britannique attachait le plus grand prix au maintien des « plus cordiales relations avec le gouvernement impérial, et que, non- « obstant la différence qui existe dans l'organisation intérieure des deux « pays » il ne voyait aucune raison qui pût empêcher leurs cabinets de « s'entendre pour coopérer amicalement et sincèrement à ce qui est leur « but commun , c'est-à-dire le maintien de la paix en quelque lieu que « puisse s'étendre leur influence politique. » Au moment même où le représentant anglais nous donnait des assurances si pacifiques et nous faisait ces offres de concours, les autorités britanniques prenaient isolément à Athènes une attitude hostile envers un royaume que nous protégeons en commun , et refusaient de s*entendre amicalement avec notre représentant pour employer au maintien de la paix le concours de notre influence politique. ^)

<( L'Empereur vous charge, Monsieur le baron', d'adresser à ce sujet des représentations sérieuses au gouvernement anglais , en l'engageant de la manière la plus pressante à accélérer à Athènes la cessation d'un état de choses que rien ne nécessite et ne juslifîr, et qui expose la Grèce à des dommages comme à des dangers hors de toute proportion.

« L*accueil qui sera fait à nos représentations est destiné à jeter un grand jour sur la nature des relations que nous aurons désormais à attendre de TAngleterre, je dirai plus, sur la position vis-à-vis toutes les Puissances grandes ou petites que leur littoral expose à une attaque inopinée. H s'agit en effet de savoir si le gouvernement britannique abusant de la iitoatton qae lui fait son immense supériorité maritime prétend s'enfermer désormais dans une politique d'isolément, sa a souci des transactions qui le lient aux autres cabinets ; se dégager d toute obligation commune, de toute solidarité d'action, et d'autorisé chaque grande Puissance, toutes les fois qu'elle en trouvera l'occasion à ne reconnaître envers les faibles d'autre règle que sa volonté , d'autre droit que la force matérielle.

<c Vous donnerez à Lord Palmerston communication deeefte dépêche et «vous lui en remettrez copie. »

'} C'est toujours le même mode d'agir — avec la Danemarck en 1801 , avec la Franoe en 11661 - Voir ehap. IV et XXV.

504 LIVRE li. CHAPITRE XXX¥U.

Jamais dépêche, dit le Times, touchant plus profoodémeni à la paix de l'Europe, à la dignité de ce pays et aux relations extérieures de la Grande-Bretagne, n'a été remise à un ministre anglais, et jamais, nous sommes malheureusement forcés d'ajouter, jamais U rien fut de plus irréfutable, de plus juste dans ses principes, et de plus piquante dans ses reproches.

a Nous n'entreprendrons pas de commenter un document qui est à la fois si puissant et si vrai. Dans Topinion du gouvernement russe, les réclamations faites à la Grèce sont évidemment de simples prétextes pour arriver à des actes de violence qui doivent donner le signal d'une révolution en Grèce, et probablement du détrAnement du roi Othon.

<ic Le résultat a déjà montré avec quel succès cet indigne projet, si tant est qu'il ait existé, a été déjoué; et chaque nouvelle communication que nous recevons de la Grèce ne nous parle que de l'ardeur même de la population maritime, qui est la première victime, pour la défense de sa nationalité et de son gouvernement. Hais les conséquences politiques de cet acte de violence, ainsi que le fait ressortir cette note, vont bien plus loin que les seuls périls de la Grèce.

m L'empereur de Russie signale les dangers auxquels est exposé chaque État européen, si la flotte anglaise doit cMer de rivage en rivage pour souffler les révolutions et arracher de l'argent; et il insiste surtout sur le danger qu'encourrait l'Europe en abandonnant ce système de communications amicales entre grandes Puissances, système qui a si longtemps conservé les bonnes relations du monde entier.

« Indifférent à l'opinion publique , sauf quand elle peut être changée en instrument de révolution, indifférent à la voix du pays et de l'Europe, aussi longtemps que la Chanibre des communes applaudit ses impertinentes railleries , Lord Palmerston a continué à traiter cette affaire avec sa légèreté habituelle.

(c Mais il est digne de remarque qu'au momeiit même où i( répondait aux questions de M. Hume par une dure plaisanterie sur les vaisseaux grecs capturés et par une allusion insultante à l'anniversaire de l'investiture du roi Othon, Lord Palmerston avait en sa main cette note de la Russie, et savait parfaitement que sa conduite avait appelé sur le gouvernement, de la ^rt du p]lus puissant État de l'Europe continentale, une remontrance d'une force et d'une sévérité sans exemple.

« Si c'est par ces moyens qu'il croit pouvoir fonder les droits

REPRÉSAILLES EXERCÉES PAR UN GOUVERNEliENT. 505

• des sujets anglais , conserver les traditions de la politique anglaise, maintenir notre position en Orient et préserver la paix de l'Europe, où finiront, nous le demandons^ ces insupportables folies, et à quel excès d'abaissement et de malheur ne sommes-nous pas destinés à tomber, si cet exemple n'arrête pas une politique si téméraire dans ses conceptions et si désastreuses dans ses résultats?

« La note russe pose parfaitement toute la question devant l'Europe. // n'y a pas un )not de cette œuvre remarquable qui puisse être appliqué fâcheusement à la reine Victoria et au peuple anglais, et, d'un autre côté, elle respire la ferme résolution de ne pas se soumettre à des actes de violences incompatibles avec les droits des États inférieurs et au bien-être général des autres nations. »

Le plan aussi bien que le but de notre ouvrage n'admettent pas que nous fassions entrer dans ce chapitre toutes les notes qui ont été échangées entre les cabinets et les plénipotentiaires, eu suivant les phases diverses que la négociation a parcourues : pour nos renfermer dans le cadre que nous avons adopté, nous avons uniquement à exposer les circonstances qui concourent au but de notre travail, — c'est-à-dire

V L'exercice du droit de représailles, par voies maritimes, dont l'Angleterre a cru devoir faire usage envers un État faible, qu'en sa qualité de l'une des trois Puissances sous la protection desquelles cet État est placé, elle n'aurait pas dû chercher à ébranler ;

2® Les motifs que la Grande-Bretagne a eus en agissant comme elle l'a fait ;

y Les procédés qu'elle a suivis ;

4^ Le jugement que le public et les gouvernements en ont porté.

Nous dirons donc, en peu de mots, qu'à la suite de Toffre que fit la France de sa médiation , un plénipotentiaire français fut envoyé à Athènes, pour examiner, avec Sir Thomas Wyse, les réclamations anglaises et terminer le différend anglo-grec.

Que, malgré les instructions convenues à Londres entre l'envoyé français et le cabinet britannique , M. Wyse n'ayant cédé sur aucun point, les négociations furent rompues, et que le gouvernement hellénique fut contraint en quelque sorte de souscrire aux exigences de l'envoyé anglais, en adoptant des bases entièrement différentes de celles qui avaient été arrêtées à Londres.

Le gouvernement français s'élant trouvé, ajuste titre, offensé de ce résultat, ordonna à son ministre à Londres de revenir sans retard à Paris.

L'annonce que fit le ministre des affaires étrangères, à cette

506 LIVRE n. CHAPITRE XXXTU.

• occasion, delà mesure prise par le gouvernement, fiifcaecueîUie avec un sentiment unanime d'approbation dans l'assemblée législative.

En Angleterre, aucun des principaux journaux (à rexo^tioo de trois seulement, le Globe, le Sun, et le Morfdng i\>si)j ne prit la défense du cabinet

Le gouvernement anglais ne rappela pas son ambassadeur de Paris; en définitive» il ne voulait point engager une guerre contre la France, et il se ménageait, en laissant en France Lord Normanby (malgré le rappel de l'envoyé français), un moyen d'accès Immédiat et direct aupiiès du cabinet français.

Lord Stanley fit, dans la Chambre des Lords, une motion contre la conduite du ministère, que nous devons rappder, ainsi qu'une partie du discours qu'il a prononcé en cette occasion.

« La Chambre, tout en reconnaissant complèteroeut que le gouvera nement doit assurer aux sujets de S. M. résidant dans les États étran- « gers i*entière protection des lois de ces États, regrette de trouver dans aies documents qui lui. ont été soumis, que différentes réclamations « contre le gouvernement grec, douteuses sous le rapport de la justice « et exagérées quant à leur montant, ont été appuyées par des mesures « coërcitives contre le commerce et le peuple de la Grèce « susceptibles «de compromettre les relations amicales de fa Grande-Bretagne avec « les autres Puissances. »

« J*épargnerai à Vos Seigneuries la fatigue que m*a causée la lecture de toutes ces pièces», a dit Lord Stanley; «je vous dirai seulement qu'elles m*ont fait rougir de honte pour mon pays en me dévoilant les innombrables extravagances qui fourmillent dans ces négociations. L» conduite du gouvernement a été inconvenante, injuste, brutale, et a tendu sans nécessité à troubler Tharmonie qui doit régner entre les Puissances de TEurope. Plusieurs de ces réclamations , laites contre un État aussi faible que la Grèce, ne sont-elles pas, je vous le deounde, exagérées, quelques-unes mémo sans fondement ou préseotées de manière que Ton dût les repousser 7 Certes, je ne veux pas me faire i apologiste des torts que la Grèce ; mais je soutiens que ces torts trouvent en quelque sorte une excuse dans le ton impérieux avec lequel les réclamations ont été faites.

c Le ton de réclamations a faire doit être phis réservé et plus eoortoîs, 8*il est possible t vis-à-vis d*on État faible que vis-à-vis d'une grande Puissance. Sans doute le gouvernement de la Reine doit assurer aux sujets an^ais résidant à Tétranger toute protection légale dans ces États ; mais il est du devoir de tout étranger résidant dans un autre État d'obéir aux lois de ce pays. Si ces lois sont mal administrées, il est on droit de s'adresser au représentant de son pays pour obtenir que justice lui soit rendue d*une manière impartiale. Mais aucun étranger n>&st fondé à répudier la juridiction des tribunaux ordinaires ni à re-

quérir i'interveiilioD diplomatique de son ministre. Dans des pays despotiques ou dans des États où les lois sont mal administrées, il peut surgir des oirconstanceB où le sujet étranger ait le droit de faire appel à la protection de son ministre, non contre la loi, n^ais contre ceux qui Texécutent mal. U convient de çonsid^er les circonstances particulières où se trouve placée la Grèce

« ...... Les détails que je viens de vous exposer vous donneront une

idée des procédés dont s'est constamment servi le cabinet à l'égard du gouvernement grec. Ces procédés ont revêtu la forme la plus agressive, comme dans le cas dont je vous ai parié» et où , sans attendre d'explications ni chercher la preuve des faits avancés , on a tout d'abord exigé réparation et punition. Alors, seulement alors, et quand il était obligé d'avouer virtuellement que ses réclamallons n'étaient ni justes ni raisonnables , le cabinet qui avait pris le ton et le langage que vous savez a bien voulu entendre parier d'enqi^te.

t En vérité, Milords, vous reconnaîtrez avec moi que de telles de» mandes, formulées et poursuivies d'une telle façon, étaient peu faites pour disposer le gouvernement grec ou tout autre gouvernement à ac» cueillir les réclamations qu'on pouvait lui adresser. Vous parierai-je maintenant de l'affaire des bateaux à vapeur pillés par une bande armée qui s'était emparée de la douane de vive force , et devant laquelle les préposés durent se retirer ? Mais le chef de cette bande n'était même pas Grec ; c'était un sujet jonien qui s'était mis à la tète d'une nombreuse troupe de brigands rassemblés sur les côtes voisines. J'admets comme vrais les actes de pillage dont on s'est plaint, et je suis môme loin de blâmer Lord Palmerston d'avoir cherché à faire rendre justice aux victimes de ces violences ; mais, d'après ce que je crois connaître du droit interoational , je ne pense pas qu'il y eût là pour notre gouvernement matière à adresser des demaùdes impératives a celui de la Grèce. Je le répète, je ne crois pas qu*un gouvernement soit tenu, dans toute la rigueur du mot, à indemniser des étrangers qui ont souffert par force majeure. Tout ce que doit faire un gouvernement en pareille occurence est de protéger, autant qu'il est en lui, ses nationaux et les étrangers qui résident sur son sol contre les perles et les violences.

flcAvez-vous jamais entendu dire, Milords, que notre cabinet eût adressé au gouvernement pontifical, à celui de Naples, des demandes impératives au sujet d'Anglais détroussés par des bandits italiens ? Bn définitive, voici à quoi se réduit la politique de nos ministres dans cette triste affaire : de l'argent I de l'argent I encore de l'argent I Un sujet jonien a-t-il été maltraité, portez-le sur la carte à payer! Dans ce cas, le tarif est tout lait, c'est 20 livres steriiog par tête 1 11 est difficile, Milords , de parler sérieusement de pareilles niaiseries ; mais il est encore plus difficile de contenir son indignation en pensant que l'on fait dépendre la paix de l'Europe de la solution de semblables questions.

«Milords», a dit Lord Stanley, en terminant, « si vous adoptez ce soir la fbotlon que j'ai proposée à Vos Seigneuries, vous aurez avec moi exprimé un profond regret de ces événements. Je n'en demande

pas davantage. Mais si réeUemeot nous nous sommes rendus coupables d'injustice, si réellemenl nous avons élevé une rédamalion extravagante, si réellement nous avons opprimé le faible, et si réellement nous avons compromis 90s relations avec les forts, il est, certes, du devoir de cette auguste assemblée; il est, certes, du devoir de la législature anglaise de se montrer à son tour et de dire que le Foreign Office d^Angleterre n*est pas TAngleterre, que les sentiments généreux de ce grand peuple sont en opposition avec les mesures adoptées par le gouvemen^nt du pays ; que nous séparons nos actes des siens , nos vues politiques, nos vues de justice et de bonne foi des siennes. »

De nombreux et bruyants applaudissements ont accaeiHi la motion et le discours de Lord Stanley.

Lord Àberdeen a achevé l'œuvre de Lord Stanley ; son langage élevé, sa longue expérience des affaires, son caractère calme et digne étaient bien faits, en effet, pour donner une grande autorité à son opinion.

La motion de Lo1*d Stanley a été adoptée par la Chambre des pairs à une majorité de 37 voix.

Le différend anglo-grec ayant été réglé d'après les bases qui avaient été convenues à Londres, l'envoyé français reçut Torcfare de retourner à son poste.

Avec une politique moins despotique dans ses formes, le cabinet britannique aupait évité les inconvénients d'une négociation dans laquelle le rôle qu'il a joué n'a pas tourné à sa gloire : loin delà.

Nous dirons avec le baron de Brunow « qu'une créance , suce jette encore à investigation, n'autorise point, selon le droit des « gens, le recours à des mesures coércitives, telles que celles dont c les agents britanniques ont fait usage en Grèce. »

L'Angleterre ne s'est préoccupée ni du tort qu'elle allait faire à un État faible auquel elle devait protection , ni de l'opinion de l'Europe; blessé dans son orgueil par la résistance que cet État faible opposait à des prétentions exagérées, le cabinet a préféré l'emploi de la force aux voies de la conciliation.

a Quelle idée aurait^n d'un prince » , dit Yattel , « ou dinnc « nation qui refuseraft d'abandonner le plus minime avantage pour « procurer au monde le bien inestimable de la paix ? Chaque « Puissance doit donc , à cet égard , au bonheur de la société ce humaine de se montrer facile à toute voie de conciliation, quand « il s'agit d'intérêts non^essentiels , ou de petite conséquence. Si « elle s'expose à perdre quelque chose par un accommodement, « par une transaction ^ par un arbitrage , elle doit savoir queb

« sont les dangers, les maux, les calamilés de la guerre, et cona sidérer que la paix vaut bien un léger sacrifice. »

Cest une doctrine que la France a pratiquée plusieurs fois ; nous avons vu, dans les chapitres Y et XXYIII, qu'elle sût faire à la paix des sacrifices sérieux, notamment à Tépoque des négociations entamées pour régler le différend soulevé, en 4784, par l'empereur Joseph H , à Toccasion de la navigation de l'Escaut.

Riclamations anglaises contre les Deuœ-Sicites et la Toscane.

Au milieu des troubles politiques qui ont éclaté, en 4848, à Naples et à Livoume, plusieurs négociants anglais, domiciliés dans ces deux villes, éprouvèrent quelques pertes mobilières.

Des réclamations ont été présentée^ en leur faveur par le cabinet britannique ; elles furent trouvées fort exagérées. On s'attendait généralement en Europe, à voir la flotte commandée par Sir William Parker se rendre successivement devant Naples et devant Livourne , pour y soutenir les réclamations anglaises, comme elle les avait soutenues au Pirée. Ce fut on le sait, par de semblables moyens que FAngleterre appuya en 4804 et en 4807 les négociations de son plénipotentiaire à Copenhague! (Voir chap. XXV et XXXVI.)

Mais le bl&me général qu'ont rencontré , partout en Europe, les procédés adoptés par Lord Palmerston à l'égard de la Grèce, l'ont probablement détourné de la voie déplorable dans laquelle on le considérait comme étant sur le point de s'engager.

La Toscane réclama la médiation de l'empereur Nicolas ; cette circonstance a donné lieu , de la part du cabinet russe , à une note dont le langage est aussi ferme que le fond en est solide; cette note doit trouver place ici.

Il est éjknt, comme l'établit' ce document remarquable, que les individus domiciliés par le fait de leur volonté dans un pays ^ui' n'est pas le leur, doivent subir les chances bonnes et mauvaises de ce pays ; au nombre de ces dernières chances sont les révolutionjs. Les Anglais, — ainsi que le fait remarquer le /ouma/ des Débats, — établis à Naples et à Livoume ont dû supporter leur part de désastre dans les mouvements populaires, et dans les événements de guerre qui ont affligé ces deux villes. Les gouvernements toscan et napolitain, en réprimant par la force l'insurrection ^ui menaçait la tranquillité du reste du pays, n'ont

510 UVRE n. CHAPITRE XXXVII.

fait qu'user du plus ineoutestable des droits, et les malheurs privés, résultat inévitable de Tezercice de ce droit, sont des cas de forcé tnajewre dont personne n'est responsable.

L'Angleterre qui se montre si peu hospitalière pour les étraogers, en ne leur accordant que des droits fort peu étendus sur son territoire ^), semble croire, et vouloir persuader aux nations étrangères , que ceux de ses sujets qui vont s'établir à l'étranger, doivent sur le territoire étranger être privûégiés et protégés d'une façon plus spéciale, plus particulière que les sujets de tout autre État ; c'est sans doute cette opinion qui Tentraine aussi facilement à vouloir rançonner, du haut de sa puissance, les États faibles sur le ten*itoire desquels des Anglais, établis dans un intérêt commercial, ou pour tout autre motif, se sont trouvés soumis à la loi commune, aux chances mauvaises que le pays a dû subir.

« Le ton des réclamations à faire », a dit Lord Stanley, daos la séance de la Chambre des pairs du 44 juin 4850, a doit être a plus réservé et plus courtois , s'il est possiUe , vis-à-vis d'an « État faible que vis-à-vis d'une grande Puissance. »

Cette doctrine n'a point été à l'usage du cabinet anglais à Copenhague, à Naples, en Grèce, en Toscane.

») L'ÀDglelerre donne asile à tous les exilés, à tous les fauteurs de crimes et délits politiques ; noble, généreuse, imprudente àlafoi», elle accueille, ayec la même fecUité, les hommes qu'un maUieur immérité a conduits sur son sol pour y cfaercter ime vie tranquille , et les hommes qui veulent se soustraire aux effets de la loi du pays qu*ils ont boulversé. Louons sa générosité ; déplorons son imprudence qui, avec le temps, pourrait lui coûter le repos ; ne craint'-elle donc pas, en effet, que les doctrines qui ont agité si profondément d^autres pays , ne soient prdcbées aux populations anglaises par ces mêmes hommes qui sont venus habiter au milîen d'elles , après avoir fait le malheur de leur patrie ? Ne redoute-t-elle pas que œs doctrines ne parviennent à miner ce respect traditionnel pour le principe d^utorlié qui a fait Jusqu'à présent la force et la Sûreté de rAngleterre ? Mais ce n'est pas de cette hospitalité qu'il s'agit , quand nous disons que l'Angleterre est peu knfi taUère ; nous voulons uniquement parler de la position que les lois de ce pays font à r étranger qui vient te fixer sur le territoire du Royaume-Uni de la Grande- Breiatne et d'Iriande.

VaUen — ou étranger ne saurait acquérir aucun immeuble , avec la pensée du moins de voir sa fortune immohdiàre passer à ses héritiers ; après la mort de Téien (Simple, ou non dénué) y la couronne revendique ses biens immeubles. Vekem démixe, ou étranger domicilié en vertu de lettres patentes du souverain , ne peut hériter de biens fonds sur le territoire britannique.; il peut toutefois acheter des immeubles, mais ces Immeubles ne passeront, après sa mort, qu'a ceux de ses enianis qui seront nés depuis que le père a obtenu la dénisation, à l'exclusion de ceux qui étaient nés avant cette époque. Les seuls biens meubles de Vdiem eim^ et de FeMm déidzé peuvent être remis à ses héritiers étrangers. L'abolition du droit d'aubaine stipulé dans les traités signés entre TÀngleterre et les autres nations , ne porte donc que sur les }nenê meulflet ; la réciprocité exacte que semble établir tout traité anglais sur ce point resté a peu près à l'état de cMmére. Les héritiers d'un Anglais devenu propriétaire foncier a l'étranger entreront , sans difficulté , en possession de la socoession ouverte à leur profit ; les héritiers directe de l'étranger devenu propriétaire foncier en Angleterre, s'ils ne sont pas nés après la dcMco/tos .• verront rbéritaiee immobilier de leur père réuni au domaine de la couronne !

REPRËSAILLES ElBRCaîES PAR UN GQUVERNEIIENT. 511

<i Autre ctMwe , d'ailleurs » , diroosknoos avec le comte de Nésselrode, dans sa dépêche du 26 avril 1850 à Pambassadeur russe à Londres , « est le droit rigoureux ; autre chose sont les consé* « quences que peut eutraioer sou exercice ; autre chose encore,

« les moyens et les procédés employés pour le faire valoir ;

« à c^té du droit rigoureux se placent d'importantes considératt tiens politiques faites pour en contrôler et en tempérer rapplia cation. »

La dépêche de M. le comte de Nesselrode , que nous voulons reproduire en terminant ce paragraphe, pose très-nettement les principes qui doivent régler, en ce qui concerne les pertes éprouvées par les étrangers, négociants et autres, la responsabilité des gouvernements qui se sont trouvés dans la pénible nécessité de recourir à la force , et de soutenir des combats de places publiques, pour rétablir la tranquillîté de la cité ; ou d'avoir recours à l'assaut, au bombardement, ainsi qu'il est arrivé à Palerme, en 4848, et à Messine.

Le comte de Nesselrode au baron de Brunow.

mSU-Pétvrshourg, le 21 avril (3 mai) 4850. « Monsieur le baron ,

« Le cabinet de Vienne nous a fait part des instructions qu'il vient de transmettre, en date du 4 4 avril, à son chaîné d'affaires à Londres, à Toccasion des indemnités que réclame FAngleterre de la Toscane pour les dommages que l'assaut de Livourne aurait causés à quelques sujets anglais, aéssi bien qu'à propos des insinuations comminatoires dont le ministre d'Angleterre à Florence a accompagné ces réclamations. En portant ces instnictions à notre connaissance, le gouvernement autrichien nous a exprimé le vœu de nous voir appuyer à Londres les considérations que M. le baron de Koller a été chargé d'y faire valoir.

« Nous partageons trop complètement les principes qui servent de base à cette démarche, pour avoir pu, Monsieur le baron, lui refuser notre concours. Gomme Puissance européenne , intéressée au maintien de l'indépendance des États de second ordre aussi bien qu'à la conservation du repos intérieur de l'Italie , nous ne saurions que nous associer aux sentiments et aux vues politiques que vient d'exposer avec franchise le gouvernement autrichien. En effet, d'après les règles du droit public, telles que nous les entendons, il serait difficile d'admettre qu'un souverain , forcé comme Ta été le grand-duc de Toscane , par l'obstination de ses sujets rebelles, à se remettre en possession d'une ville occupée par les insurgés , soit tenu d'indemniser les sujets étrangers qui ont pu souffrir quelque dommage de l'assaut donné à cette ville. Quiconque s'établit dans un autre pays que le sien accepte volontairement d'avance la chance de tous les périls auxquels ce pays peut être

512 LIVRE II. CHAPITRE XUYIf.

exposé, el comme il participe aux avantages des indigènes, il doH se résigner également à participer à leurs calamités. La guerre extérieure ou civile entre bien évidemment dans la catégorie de ces chances, dont les effets déplorables sans doute, mais souvent indépendants de la volonté des hommes, frappent, dans une ville assiégée, le coupable et rinnocent. Livourne s*est mise en révolte ; elle s*est refusée opiniâtrement à toutes les propositions de paix qui lui ont été faites ; il a {alla employer les armes pour la réduire , entrer de vive force dans les maisons, pénétrer dans les magasins d'où Ton tirait sur les soldats, et dès lors , s'il est arrivé que dans les désordres et les hasards inséparables de tout assaut, quelques propriétaires anglais aient été englobés dans le dommage qu'ont souffert les propriétaires du pays, on ne saurait voir pourquoi, seuls, ils auraient droit à être indemnisés de leurs pertes, quand le gouvernement toscan ne serait pas tenu à indemniser ses propres sujets. Ces raisons nous semblent si claires, que la Toscane s'étant adressée à nous pour demander notre arbitrage dans cette affaire, l'empereur, malgré le vif intérêt qu'il lui porte, n'a pas cru pouvoir obtempérer à ce désir. Il a paru à S. M. qu'il ne s'agissait point ici d'une pure question de chiffres, du montant plus ou moins considérable d'une indemnité à payer; mais que, ne pouvant admettre le principe même d'une indemnité quelconque , réclamée comme droit légitime, encore moins exigée de force^ S. M. aurait l'apparence de sanctionner implicitement ce principe en prêtant aux deux partis son arbitrage, supposé que l'Angleterre consentit à y déférer. Puisque la Toscane est disposée à entrer dans la voie des explications conciliantes, notre intention ne saurait être de chercher à la détourner d'an arrangement à l'amiable avec le gouvernement anglais. Mais nous attendons de la justice et de la modération du gouvernement anglais lui-même qu'il n'emploie, pour l'obtenir, que des moyens également conciliants, et nous devons, en ce qui nous concerne, faire dès à présent nos réserves sur ce que nous regardons comme peu conforme aux maximes reconnues du droit des gens.

«Pour peu que le cabinet de Londres veuille donner TattenUon qu'elles méritent aux observations du gouvernement autrichien , il reconnaîtra aisément qu'elles touchent à une question des plus graves pour l'autonomie et l'indépendance de tous les ÉUts du continent En effet, si le droit qu'il cherche à établir en ce moment à l'égard de Naples, comme de la Toscane, venait à être une fois admis comme précédent à faire valoir en toute occasion, il en résulterait au dehors, pour les sujets britanniques, une position exceptionnelle, fort au-dessus des avantages dont jouissent les habitants même des autres pays, et pour les gouvernements qui les accueillent une intolérable situation. An lieu d'être, comme jusqu'ici, un bienfait pour les contrées où ils s'établissent et où ils apportent, avec leurs richesses et leurs moyens industriels , les habitudes de moralité et d'ordre qui distinguent si honorablement le peuple anglais, leur présence y deviendrait un inconvénient perpétuel, et, dans certains cas, un véritable fléau. Elle y serait pour les fauteurs de (roubles un encouragement à la révolte, car si derrière

les barricades réTolutionnaires devait se dresser contiDueHemeDt l*éveiiioalité menaçante |de réclamations falores en faveur de sujets anglais lésés dans leurs biens par la répression , tout souverain que sa position ou sa faiblesse relative expose aux mesures coërcitives d'une flotte anglaise se trouverait frappé d*impuissance en face de Tinsurrection. Admettre que la révolte une fois comprimée , un gouvernement étranger ait le droit, pour s*en faire payer après coup les conséquences inévitables, ^examiner le détail des mesures employées à la répression, d'en discutera nature ou d*en contester la nécessité et la convenance, que serait-ce, sinon le reconnaître juge de toutes les questions intérieures entre souverains et sujets rebelles, et autorité suprême en matière de gouvernement ? Je n*di pas besoin d'ajouter que Tempereur ne saurait, dans aucun cas, souscrire à des conséquences semblables, et qu*il est décidé pour sa part à ne point transiger sur les principes de droit public que nous avons exposés plus baut. Quelque disposé qull soit et qu'il ait toujours été à accueillir avec bienveillance les individus appartenant à la nation britannique, pour le caractère de laquelle son estime est assez connue, néanmoins si des réclamations du genre de celles qui sont faites en Sicile et en Toscane venaient jamais à être appuyées par des moyens autres que ceux de la conciliation , S. M. se verrait inévitablement conduite à examiner et à préciser d'une manière plus formelle les conditions auxquelles dorénavant elle consentira à accorder dans ses États aox sujets britanniques le droit de résidence et de propriété.

« Veuillez bien, Monsieur le baron, faire part de mes réflexions au premier secrétaire d'État, en lui donnant connaissance et copie de la présente dépêche. Nous espérons qu'il les accueillera dans l'esprit d'impartialité qui les a dictées , et qu'il ne les perdra pas de vue dans la conduite à adopter à l'égard des cours de Naples et de Toscane. Leur cause est celle de tous les États faibles dont l'existence n'est garantie que par le maintien des principes tutélaires que nous invoquons en leur faveur. Dans le moment actuel, peut-être plus qu'à toute autre époque antérieure, le respect de ces principes par les grandes Puissances peut seul préserver l'Europe des plus graves perturbations.

« Recevez , etc. »

Ecoafnen de la conduite de P Angleterre envers les États étrangers.

La lettre si remarquable du comte de Nesselrode, en date du 49 février 4850, au baron de Brunow , ambassadeur de Russie à Londres , est terminée par les réflexions suivantes : a II s'agit « de savoir si le gouverqetnent britannique, abusant de la situaa tton que lui fait son immense supériorité maritime , prétend « s'enfermer désormais dans une politique d'isolement, sans souci ce des transactions qui le lient aux autres cabinets ; se dégager CussY. 11. 33

« de toute obligation commune , de toute solidarité d'actton , et « autoriser chaque grande Puissance , toutes lâs fois qu'elle en a trouvera Foccasion , ù ne reconnaître envers les faibles d'autre « règle que sa volonté , d^autre droit que la force matérielle. »

Cette phrase nous porto tout naturellement, à examiner quelle a été , depuis deux-cents ans , la conduito du cabinet anglais ; peut-être le lectour trouvera-t-il avec nous qu'il a tou^rs eu pour règle sa volonté , et la force matérielle pour droiT maritime.

Ne semble-t-il pas que le cabinet britannique y de tout tomps, ait eu pour but invariable , dans sa conduite envers les États étrangers, — d'une part, le triomphe de sa politique, à Fégard des gouvernements puissants, par tous les moyens, dûssetU les princg)es du droit des gens et les droits de l'humanité , être sacrifiés ; à Pégard des gouvernements faibles , par Fintimidalion, non pas accompagnée uniquement d'un imposant déploiement de forces, mais par l'intimidation suivie, trop fréquemment, de mesures extrêmes de coercition [ — d'autre part, la suprématie de l'Angleterre sur la mer, soit de fait quand les circonstances ont élié ïavorables à sou existonce non-contestée ; soit comme prétention et par amour-propre national, en cherchant à persuader aux étrangers, alors qu'on aurait pu douter de sa réalité, que cette suprématie devait exister et qu'elle existait effectivement ; et, dans ce but, le cabinet de St.-James ne s'est-il pas, autant qu'il lui a été possible de le faire , tenu en dehors des principes du droit mapiiime intomational consacrés par les autres Étots?

Eo effet : quand son intérêt du moment le lui commande, quffiid il s'agit de faire prévaloir sa politique , le ministère Boglais, dût le blâme l'atteindre dans l'histoire, ne recule devant aucune mesure ; jamais il n'a été arrêté par la pensée qu'en agitant les peuples, qu'en soulevant des différends entre les sou> verains, qu'en donnant des ordres secrets pour qu'on s'emparât des bâtiments de commerce naviguant en sécurité sur la foi des traités, il signait, d'avance et de sang froid, l'arrêt de mort d'un nombre infini d'hommes, et la ruine d'une quantité de familles.

Cette opinion est-elle empreinte d'exagération?

L'histoire des 47^, iS^^ei 49« siècles fournirait une bien longue liste de faits à l'appui de l'opinion que le cabinet anglais ne recule devant aucune difficulté, n'hésite devant aucun moyen qui peut aider au succès: serait-ce par ce qu'il a considéré, jusqu'à présent, l'Angleterre comme étant à l'abri de tout châtiment matériel derrière sa ceinture de mer?

Rappelons quelques faits el le lecteur jugera.

Quels flots de sang ont été répandus pour satisfaire la mati^ vaise kumetir excitée en Angleterre contre Louis XIV, à Toccasion d^un titre honorifique, devenu illusoire par les traités, accordé, par ce grand monarque, comme un témoignage de bienveillance personnelle et d'égards commandés par l'hospitalité, au descendant d'une race de rois privée du trAne, race royale illustre et malheureuse qui, au nombre des infortunes dont la Providence l'a frappée pendant plusieurs siècles, comptait la mort d'un roi conduit à l'échaffaud, il y avait cinquante ans à peine, par la révolte de ses sujets !

Le cabinet anglais s'est-il opposé avx excès commis par les corsaires britanniques avant et pendant la guerre de 4 739 contre l'Espagne ?

N'a-t-il pas, au mépris du droit des gens, des traités publics, de la morale et de l'humanité, fait enlever, au moyen d'ordres secrets, en 4755, 4776, 4803, avant toute déclaration préalable de la rupture de la paix, les bâtiments de commerce français naviguant sous la garantie des traités?

N'a-t-il pas fait attaquer, aux mêmes époques, et sans déclaration de guerre des bâtiments de la marine militaire de France et d'Espagne ?

N'a-t-il'pas, en plusieurs circonstances, endormi la vigilance de la nation qu'il se proposait d'attaquer, par des assurances de paix, au moment où il faisait commencer les hostilités?

N'a-t-il pas repoussé maintes fois comme attentatoire aux droits de l'Angleterre, la doctrine du respect dû aux convois militaires ?

Ne s'est-il pas refusé à l'abolition de la course, proposée par la France, sans doute parceque la marine de l'Angleterre pouvant armer en guerre un plus grand nombre de bâtiments que celle de tout autre pays, doit accomplir nécessairement un plus grand nombre de déprédations que ne pourra le faire la marine commerciale, armée en cmtrse, de l'ennemi du moment?

En 4793, tous les efforts du cabinet de St.- James n'ont-ils pas eu pour but avotté de faire périr par la famine une grande nation ?

Continuons.

Deux fois, en 4804 et en 4807, le cabinet anglais a condamné Copenhague à l'incendie par le bombardement; de 4803 à 4844, il a prodigué les trésors du Royaume-Uni pour maintenir TEurope en armes et lancer les bataillons coalisés sur les bataillons d'un puissant souverain dont le génie effrayait le commerce et l'in-

dustrie britAnniques ; d*un grand homme que, rivale haineuse el persévérante, PAngleierre voulait renverser du trône où la gloire militaire et la science du législateur et du grand administrateur Tavait fait monter: ennemi loyal et vaincu, Napoléon a fait appel à la loyauté de FAngleterre ; il s'est rendu comme son hôte sur ses vaisseaux de guerre, et le cabinet britannique* l'a envoyé mourir, captif, à Ste.-Hélène, en souffrant qu'il fut abreuvé, aussi longtemps qu'il a vécu, de tous les dégoûts, de toutes les humiliations que pût forger le cerveau malfaisait du geôlier.

Abusant de sa force dans les Indes-Orientales, le gouvernement anglais détrône, l'un après l'autre, les faibles souverains de ces vastes contrées, et usurpe leurs États; en Europe, depuis 4845, il menace de ses canons, à diverses reprises, la capitale du royaume des Deux-Siciles ; il attaque la Grèce, dont il a coocouru, peu d'années auparavant, à faire un royaume indépendant: il fait trembler la Toscane ; et quelle fatale influence n'a pas exercée de nos jours , sur la tranquillité et la prospérité des peuples, sur le respect dû à l'autorité des rois, en Espague, en Portugal, en France, dans toute l'Italie, en Suisse, l'action cachée, active, égoïste du cabinet anglais!

De même que le cabinet anglais a su se couvrir du manteau de la philantropie pour prêcher aux cabinets étrangers ViU^olition de la traite des noirs, dont le succès doit surtout nuire , pendanl un grand nombre d'années, à la prospérité des colonies possédées par les États européens dans les AntUles^) ; de même il a sa, pour agiter lltalie en vue des intérêts de la politique anglaise du moment, et par haine pour le catholicisme, faire entendre partout les mots pernicieusement magiques dans ce siècle, de cofistttutions et d^indépendance,

a L'indépendance de l'Italie I » dit M. Am. Pellier*) ; a mais « l'Italie n'a jamais été indépendante qu'une fois , ce fut lorsque, « dans les temps antiques , elle écrasa le monde. Depuis , soit a expiation providentielle, soit irrémédiable impuissance, elle a tou- « jours dépendu de plus forts qu'elle, qui l'ont envahie, occupée, « gouvernée. Au moyen-âge , l'Allemagne pesa sur elle ; au sci- » zième siècle , la France commença de la disputer à la maison

1 ) Voir chap. U.

*) M. Am. Pellier, l'un des écrivains publicistes distingués du journal fÂttembUe natûmale, dans un article du S août 1853, consacré àjendre compte de récrit de II. le prince de Joinville, ayant pour titre : L'ucadrt de la MédUerranée, écrit dans lequel respirent les plus nobles sentiments et le pauriotisme le plus pur et lo plus

t^levé.

REPRÉSAILLES EXERCÉES PAR UN aOUVERNEMËNT. 517

ta d'Autriche , et la Péaiosule es4 encore le théAtre de cette «grande rivalité, tant pour elle Pindépendance est, bêlas! une ^ chimère.

« li est encore un autre fait, attesté par l'histoire, c'est titn- « possibilité pour les peuples méridionaux de vivre sous des gou^ «i vernements constiiutionnels et parlementaires. Il ne parait pas a qu'il y ait de milieu pour eux entre la monarchie pure et les « excès de la démagogie. Le Portugal, le Piémont, l'Espagne, tous « les États de TAmérique du Sud , sont là pour témoigner que « les peuples du midi ne sont pas faits pour posséder des instia tutions constitutionnelles. Pourquoi donc vouloir les importer tt chez eux? ''Toute nation, a dit M. de Maistre, a le gouverne- « ment qu'elle mérite. De longues réflexions et une expérience tt payée bien cher, m'ont convaincu de cette vérité comme d'une « proposition de mathématiques. " 11 y a donc entre les gouvernea ments qui ont duré, et les peuples qui leur ont longtemps obéi, « une sorte d'harmonie morale résultant de la nature des choses, « et ce n'est pas en la troublant qu'on rendra les sociétés plus a heureuses. » ^)

M Qu'il nous soit permis de reproduire encore quelques lignes de M. Aiu. Pellier : appréciaot la positioa de la France et le rôle qu'elle aurait dû jouer en 1817. M. Àm. Pellier continue ainsi :

a Ce u'était donc pas une chimérique indépendance qu'il fallait favoriser en 18^7 ; « mais c'était la révolution qu'il fallait prévenir et dompter. La révolution était a a nos portes, en Italie, on Suisse. Dans la Péninsule, elle cherchait alors à se con- « fondre avec les causes les plus respectables ; elle prenait le masque d'une liberté « sage et de la Religion. Elle entourait Pie IX d'une popularité mtnttuie tt per/ide, « qui devait manquer sous ses pas sitét qu'il refuserait d'obéir plus longtemps aux « injonctions de la démagogie. Mais c'était en Suisse que la révolution ne prenait « mémo plus le soin de déguiser ses projets : elle marchait la tôte haute ; elle op- A primait les populations catholiques , confisquait les biens de l'église , ceux des « établissements religieux , et appelait aux armes tous les agitateurs de T Allemagne, « de la France et de l'Italie.

c C'était ce foyer de rébellion qu'il fallait étouffer ; c'était là la grande mission « que la France de 18i7 aurait dû se donner. Telle était, nous croyons le savoir, la a politique et la pensée des deux hommes d'État illustres qui dirigeaient alors les a affaires à Vienne et à Paris , M. de Mettemich et M. Guizot. Mais ni l'un ni l'autre •( ne furent maîtres de leurs mouvements. Autour d'eux des obstacles dont ils ne « purent triompher entravèrent leur volonté et rendirent vaine leur prévoyance.

«^i le noble historien de VEioadrt de la Méditêrranw se laisse trop aller parfois « à des illusions que le temps dissipera , il n'en a pas moins pour les révolution- « naires de février le plus profond mépris. Ce sentiment éclate dans son récit, quand « il montre à Naples V agent du gouvernement françaû, qu'il ne veut peu appeler le mi- ^nietre de Fronce*), venant sommer Pamiral Baudin de tourner ses canons contre «le palais du roi Ferdinand. A cette stupide injonction, l'amiral répondit par un « dédaigneux silence. L'escadre ne bougea pas , et le tréne du roi Ferdinand fût « sauvé.

« Pour ce qui est de la Sicile , nous rencontrons encore la prétention à Tindé- ' « pendanee , qui cette fols n'est plus seulement chimérique , . mais funeste aux inté-

*) M. Leyrault. chargé d'affaires du goueemement prmeoire enyoyè à Naples par MM. de Lamartine et Baslide.

518 UVAE U. CHAPITRE XXIVH.

Voilà des foite non-doutoux coDoernaat fes moyms mis en usage par le cabbiet anglais, dejpuie deux cenU an$ (et ce ne sont pas les seals qui pourraieut être produits) pour assurer le succès de sa politique à Tôgard des États faibles et dfs États puissants, selon roccurrence.

Passons à la pensée qui existe, sorte A^idée fixe\ au sujet de la suprématie sur la mer, dans tout ministère anglais, et qui se retrouve également , il faut bien le reconnaître , ches on graod nombre d*individus de la nation britannique.

Dans le ohapitre XXIV. nous avons dit que les mesures considérées comme justes par les autres nations perdent leur caraetère de justice aux yeux de l'Angleterre, parcequ*elle y voit une atteinte portée à sa suprématie sur la mer.

Le langage de tous ces agents, les ordres donnés par le cabinet de St. -James n'en fournissent -ils pas cent preuves évidentes ?

En 4804 , que voulaient les Puissances du Nord ?

Elles voulaient garantir et maintenir, par la neutralUé, et en restant fidèles aux principes consacrés en 4780, les intérêts da commerce et de la navigation libre de leurs sujets : rien n'était plus juste , plus raisonnable , plus sensé , plus naturel .^.^ ; mais l'Angleterre vit dans ce fait une atteinte portée à ses droits, à sa

dignité, à ses intérêts, à sa suprématie \ et Copenhague fut

bombardé )

Quel fut le langage de Lord Grenville, à cette époque? « On

«sait assez dans queUe vue hostile on tenta, en 4780, d'établir

• « un nouveau code de droit maritime et de soutenir, par la force,

a wi système (^innovations nuisible aux intérêts les plus chers de

<( l'empire britannique. »

On voit que Lord Grenville gardait rancune à la Russie de

« rôla de la France et de PéquUibre européen. Bésirer l'indépendance de la Sicile. « y travailler , œ n'est pas autre chose çtM de Iwrtr la SidU aua Jnghiê. Cette coa- « séquence désastreuse n'a pas échappé à Pbistorien de VEicadre de la MêdHêr^^ut^ « et U reconnaît que Plntérdt avait dû prévaloir sur toute autre considération, mêlgn « Us regrtU trop facdea à ùomprmidrû qut rêiutUaknl cwtatrMt émti qui ont imoin 4i « liberté pour l9ê autrêi, comme pour ttli$ mftwf .

< Que le nohle écrivain qui a cru devoir faire cette réserve, soit Uen ccmvainon « qu'il n'y a rien de commun entre la vraie liberté et la révoltttk>n, et qu'il aott éga- « lement persuadé que la maison de Bourbon ne saurait avoir d*autre rôle dans le « monde que de combattre énergiquement l'esprit révolutionnaire , sous tontes ses *:« formes et tous ses déguisements. C'est son devoir, c'est sa mission. C^al parce « qu'elle marche depuis des siècles à la tête de la civilisation européenne, que la « maison de France doit être l'éternel adversaire de la révolution. Si elle devait «jamais devenir son alliée, elle n'aurait plus de raison d'être, :et se perdrait dHine « manière irrémissible. *

Téchec que Lord Malioesbary ^) avait essuyé dans sa négooiition à Sl.-Fétersbourg. ( Voir chap. VU» § 2.)

Gomment s'exprimait à Berlin, en 4804, Lord Garysford envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de la Grande- Bretagne en Prusse?

« 11 était convainott » , disait-il , « que la Prusse n'avait jamais c pu approuver les démarches qui avaient donné lieu à Tadoption, « par le roi de la Grande-Bretagne, de la mesure d^embargo prise (c le 4 4 janvier 4804 contre les bâtiments russes, daiiois et sué- « dois , attendu que ces démarches manifestaient le dessein t obliger « V empire britannique à se soumettre à des prétentions que la Grande « Brdagne a, de tout temps, regardées comme contraires à ses droits <i et à ses intérêts et déclarées tdles toutes les fois que l'occasion a s'en est présentée. »

L'amiral Sir Hyde Parker, dans la sommation qu'il adressa, le 48 avril 4804 , à l'amiral suédois Groostedt, commandant la fortefesse de Garlscrona, présente la même idée, exprimée dans des termes plus concis : Il veut, dit-il, que l'amiral suédois lui fasse connaître la pensée de sa cQur et si elle est dans l'intention de renoncer « aux projets hosHIes que, de concert avec la Russie, elle « a dirigé contre les droits et les intérêts de la Grande-Bretagne. »

Ainsi , il reste établi , par le langage de ces divers agents, ministre, diplomate, amiral, qu'une nation devient coupable aussitôt qu'elle prend, dans l'intérêt de son commerce, quelque me-, sure sage, dictée par la prudence; pour le cabinet anglais ce sont des projets hostiles contre les droits de l'Angleten'e !

Vers le milieu du siècle dernier. Lord Chatham a résumé, en quelque sorte, l'opinion de tout Anglais en disant, dans la Chambre des pairs, quelques mots qui ont leur origine dans la prétention de FAngleterre à la suprématie de la mer : « Point de paix que « la France ne signe la destruction de sa marine : c'est bien assez a qu^on lui permette le cabotage ; l'Angleterre doit se réserver la « souveraineté exclusive de l'Océan, d ( Voir chap. IV.)

Ce propos superbe du grand homme d'État a toute l'outrecuidance de l'arrêt de l'amirauté qui déclara de bonne prise, en vertu de Tordre du conseil du 47 avril 4780, quelques bâtiments hollandais , c attendu que les ports français étant naturellement blo- « qués par ceux de P Angleterre, il n'est pas permis de naviguer « auprès d'eux. » ( Voir <Aap. XXVI.) *)

> ) Connu encore , on nso , sou» le nom do dievalior de Harris. >) Voir au môme chapitre les paroles prononcées par Edouard 111 û^ua io n« siècle. ,

530 UVRE 11. CHAPITRE XXXVH.

Ifcà juge, Sir William Grant, appelé à prononcer sur la prise d'un bâtiment américain , arrêté pour un fait de traite des neirs, en 4 MO, alors qu'il n'existait encore aucun traité entre TÂngleterre et les États-Unis concernant le traâc des Nègres, o'bôsita pas à dire : « Aussi longtemps que la traite, a été tolérée par le « gouvernement anglais , un tribunal anglais ne pouvait la cona damner ' chez les autres nations ; mais depuis rabottHon de ia « traite par l'Angleterre , la traite ne peut plus à ses yeux axwr « d^existence légale. »-

N'était-ce pas avouer, avec toute la naïveté possible, que FAngleterre ayant droit à la suprématie de la mer, à la souveraineté exclusive de POcéan, ce qu'elle veut sur la mer doit devenir obligatoire pour les autres nations (les autres nations plus faibles qu'elle, du moins), et qu'à elle seule appartient le contrôle du vaste Océan t

Au reste, le gouvernement anglais n'a-t-il pas prouvé, il y a peu de temps, qu'il pense aujourd'hui comme pensait Sir WjJUam Grant en 4840, lorsqu'il promulgua contre les bâtiments portugais et contre les navires brésiliens les bUls du parlement du 24 août 4839 et du 8 août 4845 ? ( Voir chap. XXXI, §§ 7 et 8.}

Après tant de faits qui démontrent ce que le cabinet de St.- James peut entreprendre pour faire prévaloir sa politique ; après tant d'actes officiels qui dénotent la prétention toujours vivaoe de l'Angleterre à la suprématie de la mer, on comprendra comment le cabinet britannique a bravé le blâme et le ridicule en envoyant une flotte de treize vaisseaux , armés de plus de sept^cent bouches à feu devant le port du Pirée, sous le prétexte de protéger ies prétentions du Juif Don Pacifico (mais beaucoup plus, en réalité, pour arrêter les développements de la marine commerciale de la Grèce ) ; et comment il a pu avoir la pensée de rendre le gouvernement toscan responsable, envers les sujets anglais établis à Livoume, des préjudices occasionnés à ceux-ci, par l'émeute, dans une ville où l'action du gouvernement ne pouvait plus être exercée, et par les faits militaires qui ont été la conséquenoe de la rébellion. « Si derrière les barricades révolutionnaires 9 , écrivait H. le comte de Nesseirode, le 3 mai 4850, à M. le baron de Brunow, a devait se dresser continuellement l'éventualité menaçante de ré- « clamations futures en faveur de sujets anglais lésés dans leurs a biens par la répression , tout souverain que sa position ou sa « faiblesse relative expose aux mesures coercitives d'une Dotte « anglaise, se trouverait frappé d'impuissance en face de l'insur- « rection. t

REPRÉSAILLES EXERCÉES PAR UN GOUVERNEMEffr. . 531

Blocus de BuenoS'Ayres. — Saisie de bâtiments français par les , forces brésiliennes. — Réparation obtenue par la France,

Dans Tannée 4825, le gouvernement brésilien savait déclaré en état de blocus une grande partie de la rive orientale de TÂmé-» rique du Sud : c'était entrer dans les voies de blocus sur le papier que la Grande-Bretagne et la France avaient adoptées, pendant la guerre qui suivit la rupture du traité d'Amiens (t;otr chap. XXVI), contrairement au droit maritime professé par les nations chrétiennes, en général, lequel ne reconnait de blocus que le blocus matériel, c'est-à-dire le blocus formé par des vaisseaux de la marine militaire ; le blocus qui interrompt les relations commerciales d'uo ou de plusieurs ports au moyen d'une note diplomatique, d'une publication, d'un décret doit rester à l'état de fiction et ne saurait prévaloir sur l'usage et le droit des gens au détriment des neutres. Aussi , il nous semble que la- circulaire du 31 mars 4828, publiée par le Moniteur français du 6 avril suivant, ne s'est pas strictement renfermée dans la limite reconnue et adoptée du droit maritime des nations, en disant « qu'à l'ave- « nir la signification préalable d'un blocus suffirait pour le faire a admettre comme effectif et que tout navire qui se dirigeait sur « le port déclaré bloqué s'exposerait à être légalement arrêté et a capturé par l'escadre bloquante. » Non , en cas de blocus réel matériel d'un port, ou de plusieurs ports, formé par des vaisseaux selon les conditions de nombre, de distance et de proximité voulues pour que le blocus soit réel, les bâtiments qui se présentent de bonne foi, qui se retirent quand l'existence du blocus leur est signifiée par l'un des bâtiments de la station, et qui ne cherchent pas à violer le blocus ; non , ces bâtiments ne sauraient être arrêtés et capturés. A fortiori, ne peuvent-ils pas se trouver en contravention aux principes sur le blocus, quand il s'agit du blocus de toute une côte, de toute une contrée maritime ^ en vertu d'une simple publication faite par une Puissance, qui d'ailleurs n'effectue pas ensuite, par ses vaisseaux, le blocus réel des ports compris dans la mesure.

Les armateurs français, en présence d'une déclaration de blocus, contraire, dans son application et dans ses effets, aux principes du droit maritime professé, de tout temps, par la France (excepté, pendant le temps du blocus continental, époque dé-.

sastreuse pendant laquelle les principes avaient fléchi devant la haine qui existait alors entre la France ^ la Grande-Bretagne); — les armateurs français, disons-nous, ne tinrent pas compte de de la signification et du blocus sur le papier du gouvememeot brésilien : des expéditions furent faites pour les ports dont un blocus matériel ne défendait pas l'entrée ; plusieurs bétimenls français furent capturés par des navires de guerre du gouvernement impérial du Brésil.

La France, avec raison, «ne voulut point se soumettre (dii la France maritime) ^), à des prétentions qui eussent eu poor a résultat de détruire toute neutralité dès qu'une nation prépond dérante aurait déclaré la guerre à un pays maritime. »

Les démarches de l'envoyé de France àRio-Janeiro, pour obtenir la restitution des bâtiments arrêtés et des réparations pour les prises maritimes faites illégalement, et vendues par arrêt des tribunaux, furent inutiles.

Les demandes diplomatiques amiables ^ ayant été repoussées, par amour-propre national, peut-être aussi par ce que les 6nance6 de PÉtat eussent eu à souffrir beaucoup des suites du remboursement, par le trésor, du montant des pertes éprouvées par le commerce français, il ne restait plus à la France qu'à appuyer ses légitimes prétentions par la présence d'une flotte.

Le contre-amiral Roussin quitta Brest le 40 mai 4828, ayant arboré son pavillon sur le Jean-Bart , vaisseau de 74 canons; son escadre se composait de neuf bâtiments de guerre ; die arriva devant Rio-Janeiro le 5 juillet suivant.

Bien que le contre-amiral Boussin eût l'intention d'essayer une nouvelle tentative de conciliation , et qu'il voulut éviter de blesser l'empereur du Brésil en procédant, dès le début, par une menace de coercition, il entra dans le port, après avoir fait faire, à bord de tous les bâtiments, le branle-bas de combat, et l'escadre, aprfis avoir salué la ville impériale et le pavillon brésilien , vînt s'établir en ligne d'embossage à trois cents toises des quais. L^amiral fil connaître au gouvernement brésilien, par écrit, les demandes de la France, et sollicita, en même temps, l'honneur de faire sa cour à l'empereur et de l'entretenir directement de l'objet de sa mission.

Les demandes qui devaient servir de base aux nouvelles négociations, étaient conçues comme il suit:

') La France maritime, fondée et rédigéo par M. Amédée GrôJian, sous lo paUonage de U, le mlolstre de la marino. Paris , 1»37.

« Le gouvernement brésilien Vloii reconnaître, d'après le droit public français :

« 4 ^ Qu'en matière de blocus les navires neutres ne doivent pas se regarder comme suffisamment avertis par la signification faite à leur gouvernement, pour qu'ils doivent s'abstenir de se diriger sur le port bloqué , et qu'ainsi ils ont le droit de venir s'assurer eux-mêmes de la réalité effective du blocus, et s'il y a empêchement matériel à entrer dans ce port.

<t V L'escadre brésilienne devant la Plata ayant méconnu ce principe en saisissant nos bAtiments à la première apparition, la France exige la restitution de ces navires avec dédommagement des pertes causées aux capturés par le fait de leur arrestation. »

Admis en présence de l'empereur, le 4 2 juillet, au palais de St.-Christophe , M. l'amiral Roussin exposa, dans les termes suivants , à S. M. I. l'objet de sa mission :

« Sire, le motif de l'expédition qui m'est confiée est la mésintelligence survenue entre la France et le gouvernement de Votre Majesté, mésintelligence malheureuse entre deux pays intéressés à se favoriser l'un l'autre : le Brésil , unique monarchie d'Amérique , pour obtenir l'amitié de la première monarchie d'Europe, et la France , pour obtenir au Brésil un débouché pour la population et pour les produits de son sol et de son industrie.

« Cette mésintelligence n'a point été provoquée par la France ; elle afflige le Roi, dont les intentions, exprimées en même temps que les ordres, sont toutes bienveillantes pour le Brésil et son souverain, dont il estime le caractère et apprécie la position ; mais, en même temps, elles ne peuvent pas être douteuses relativement aux réclamations de la France. Des Français ont été blessés dans leurs intérêts, le Brésil doit les dédommager, el la France doit le prétendre.

« L'Empereur verra cependant que décidé à l'obtenir, le Roi emploie d'abord tous les moyens de conciliation. C'est dans cette vue qu'il a chargé de ses ordres un officier connu de Votre Majesté, honoré de ses bontés, et qui est autorisé à lui manifester la profonde douleur qu'il éprouverait si sa mission devait se terminer par une rupture aussi fâcheuse pour le Brésil qu'elle serait affligeante pour le cœur du Roi. ^

L'empereur avait écouté ce discours en silence, maintenant d'ailleurs son visage impassible ; il y fit la réponse qu'on va lire.

a Oui, Monsieur Roussin , c'est vrai. De fâcheux différends se sont élevés entre la France et Nous, et ils ont duré trop longtemps ; mais je yeux les termnier, fen sens Pà-propùs, Cela ne

524 LIVRE U. CHAPITRE XXXVll.

peut plus se faire que par un traité, une oonveotion ; nous ferons donc un traité qui terminera ces débats. »

Sur ces assurances, le contre-amiral Roussin prit congé de Tempereur Don Pedro I"^' ; dès le soir le ministère brésilien reçut les ordres de l'empereur, et peu de jours après un traité fut conclu qui , en faisant justice aux demandes de la France , rétablissait les relations amicales entre cette Puissance et l'empire du Brésil.

Le traité de commerce et de navigation qui avait été signé, à Rio-Janeiro, le 8 janvier 4826, entre la France et le Brésil, porte, art. 24 :

« S'il arrive que Tune des Hautes Parties contractantes soit en guerre avec quelque Puissance, Nation ou État, les sujets de l'autre pourront continuer leur commerce et navigation avec' ces mêmes États, excepté avec les villes ou ports qui seraient bloqués ou assiégés par terre ou par mer.

a Mais dans aucun cas, ne sera permis le comdierce des articles réputés contrebande de guerre, qui sont les suivants: canons, mortiers, fusils, pistolets, grenades, saucisses, affi&ts, baudriers, poudre, salpêtre, casques, balles, piques, épées, hallebardes, selles, harnais, et autres instruments quelconques fabriqua à l'usage de la guerre. »

Après ce qui s'était passé, il convenait de s'entendjne sor le sens précis de cet article; en conséquence, le 24 août 1828, un article additionnel fut ajouté au traité de l'année 4826, sons la forme d'une convention spéciale qui détermine dans quelles circonstances uniquement un bAtiment expédié pour un port bloqué pourra se trouver dans le cas d'être capturé ; et les plém'potentiaires des deux pays signèrent, le même jour, une convention pour régler les indemnités à donner aux propriétaires, des bâtiments qui avaient été capturés.'

Ce sont ces deux conventions que nous allons mettre sous les yeux de nos lecteurs.

« Au nom de la Très Sainte et Indivisible Trinité.

(( Sa'Mtyesté le Roi de la France et de Navarre et Sa Majesté rfimpereur du Brésil , désirant accroître et resserrer chaque jour davantage les relations d*amitié, de commerce et de bonne intelligence qui subsistent heureusement entre les deux États, en prévenant autant qu'il est possible tout sujet de discorde antre eux, et considérant en même temps de quelle importance il est, tant dans les circonstances actuelles que pour Favenir, que le sens de l'article SI du Traité conclu entre Leorsdites Majestés à Rio-de- Janeiro le 8 janvier 4 826, qui jusqua

présent a élé interprété d*une manière différente par chacune des Hautes Parties contractantes, demeure fixé dorénatant d'ane manière précise, claire et conforme au principe de la réciprocité, en cette partie de Tarticle qui stipule que les sujets de chacune des Hautes Parties contractantes pourront continuer leur commerce et navigation avec toute Puissance , Nation ou État qui viendrait à se trouver en guerre avec Taotre, à Texception des villes ou ports bloqués ou assiégés par mer ou par terre , ont résolu d*un commun accord de fixer pour Tavenir le sens dudit article, et d'établir la règle qui doit être invariablement suivie dans son application, au moyen d'un article additionnel au Traité susmentionné, et, à cet effet, ont nommé pour Leurs Plénipotentiaires, savoir :

« Sa Majesté le Roi de France et de Navarre , le sieur Marquis de Gabriac, etc.

« S. M. TEmpereur du Brésil, LL.EE. le Marquis d*Aracaty,Pereira, etc.

«Lesquels, après avoir échangé leurs pleins pouvoirs trouvés en bonne et due forme , sont convenus de ce qui suit :

<c Article additionnel.

a Aucun bâtiment de commerce appartenant aux sujets de Tune des Hautes Parties contractantes, qui sera expédié pour un port, lequel se trouvera bloqué par l'autre, ne pourra être saisi, capturé ou condamné, si préalablement il ne lui a été fait une notification ou signification de l'existence ou continuation du blocus par les forces bloquantes ou par quelque bâtiment faisant partie de l'escadre ou division du blocus ; et, pour qu'on ne puisse alléguer une prétendue ignorance du blocus , et que le navire qui aura reçu cette intimation soit dans le cas d'être capturé s'il vient ensuite à' se représenter devant le port bloqué pendant ie temps que durera le blocus , le commandant du bâtiment de guerre qui fera le notification , devra opposer son visa sur les papiers du navire -visité, en indiquant le jour, le lieu ou la hauteur où sera faite la signification de l'existence du blocus, et le capitaine du navire visité lui donnera un reçu de celte signification contenant les mêmes déclarations exigées pour le visa.

« Le présent article additionnel aura la même force ou valeur que s'il était ou avait élé inséré mot à mot dans le susdit traité : il est bien entendu toutefois que sa durée expirera avec celle des autres articles qui, conformément à l'article 25, doivent durer seulement l'espace de six ans. {Cette clause aurait dû être admise à perpétuité.)

a En foi de quoi, nous soussignés. Plénipotentiaires de Sa Majesté Très-Chrétienne le Roi de France et de Navarre et de Sa Majesté l'Empereur du Brésil, en vertu de nos pleins pouvoirs respectifs,, avons signé le présent article additionnel de notre main , et y avons fait apposer le sceau de nos armes.

« Fait en la ville de Rio-de-Janeiro le vingt-et-unième jour du mois d'août de l'an de grâce t8S8.

« Signé : le Marquis de Gabbxac, le Marquis de Aragatt, .losR-CL^onsNTR Pbrbira. »

526 l-IVRE II. CHAPITRE XXXVIL

ConverUion au sujet de bâtiments français capturés, et aux indemnités à donner aux propriétaires, signée à Rio-de^ Janeiro , le

i4 août 48i8.

a Au nont de la Très Sainte et Indivisible Trinité.

(( Sa Majesté le Roi de France et de Navarre et Sa Majesté l'Empereur du Brésil, ayant, par un article additionnel au Traité du 8 janvier 1826, signé par Leurs Plénipotentiaires respectifs, en date de ce jour, fixé, dans Tîntérét commun du commerce de leurs sujets, d'une manière claire, précise et conforme au principe de la réciprocité, le sens que doit avoir à Ta venir cette partie de Tarticle 21 du même Traité qui est relative aux droits des belligérants envers les neotres, en cas de blocus d*un port ou ville quelconque ; et considérant que de la diversité du principe suivi jusqu*à présent par les Hautes Parties contractantes est résultée la diversité et Tincertitude de la règle adoptée dans les jugements de quelques-uns des bâtiments français arrêtas et capturés par Tescadre brésilienne dans la rivière de la Plata ; et Sa Majesté TEmpereur du Brésil, voulant concilier, d'une part, le respect dû aux lois et formes judiciaires qui régissent FEmpire, avec ce qpe, de Tautre , prescrit Téquité en faveur des réclamants ou personnes lésées par suite de la condamnation définitive qui, par ce motif, a été prononcée contre les bâtiments et leurs cargaisons , et désirant en même temps donner à Sa Majesté Très-Chrétienne une preuve non équivoque du prix qu*il attache à sa fidèle amitié et à sa puissante alliance ; Leursdites Majestés ont résolu de conclure, à eet effet, une conveotion spéciale, et ont nommé pour Leurs Plénipotentiaires, savoir :

ff Sa Majesté le Roi de France et de Navarre, le sieur Marquis de Gabriac, etc.

«Et Sa Majesté TEmpereur du Brésil, Leurs Excellences MM. Je Marquis d*Aracaty, Pereira, etc.

«Lesquels, après avoir échangé leurs pleins pouvoirs respectifs, trouvés en bonne et due forme , sont convenus des articles suivants :

«Art. 4^*^ Le Gouvernement du Brésil s*oblige et s'engage à payer au Gouvernement français, en indemnité de perles causées, à ses sujets, la valeur des coques , agrès et cargaisons des navires françab nommés le Courrier, le Mes et le San-Salvador, qui ont été saisis et capturés par Tescadre de la rivière de la Plata , et définitivement condamnés par les tribunaux du Brésil.

« 2. Ces indemnités auront pour base, quant aux navires, la valeur de leurs coques et agrès , estimés d'après les polices d^assurance lorsqu'il ne s'élèvera contre elles aucun soupçon fondé de dol ou de fraude dans leur évaluation, à laquelle seront ajoutés le montant du fret acquis et les frais et débours extraordinaires pour solde et entretien d'équipage et pour toutes dépenses quelconques occasionnées par l'arrestation et la capture du bâtiment; et quant aux cargaisons, le compte sera réglé d'après les nianifostes, connaissements et factures,

et d'après les prix coaranfs des marchandises dans le port de Rlo-de- Jaueiro au moment de l'arrestation. Les polices d'assurance, connaissements, factures, comptes de frais et débours, et tous autres documents quelconques, devront être présentés légalisés en bonne et due forme.

a 3. A la valeur de l'indemnité qui sera liquidée pour chaque bâtiment, sera ajouté, à titre de dommages et intérêts, un intérêt de six pour cent par an , à partir d'un mois après la capture , jusqu'aux époques ci-dessous fixées pour les paiements ; et au moment total des indemnités qui seront liquidées pour les cargaisons, fret, dépenses et débours extraordinaires occasionnés par la capture, sera ajouté, à titre des dommages et intérêts, un inlérét de cinq pour cent par an, à partir de six mois après la capture jusqu'auxdites époques.

4 4. Les indemnités seront liquidées et fixées par une commission composée de quatre membres, savoir : deux commissaires liquidateurs, et deux commissaires arbitres, l'un de ceux-ci devant être appelé dans les cas seulement où les deux premiers ne seraient pas d'accord : il sera alors désigné par la voie du sort Un commissaire liquidateur et un commissaire arbitre seront nommés par le Gouvernement du Brésil , et l'autre commissaire liquidateur et l'autre commissaire arbitre, par le représentant de Sa Majesté Très-Chrétienne près la Cour de Rio-de-Janeiro.

«Les susdits commissaires recevront des réclamants ou autres personnes intéressées les comptes et documents ci-dessous énoncés, et tous autres titres qui pourront être présentés à l'appui de leurs droits ; et quoique les réclamants aient la faculté de produire toutes les pièces justiâcatives qui leur conviendront, jusqu'à la clôture des travaux de la commission , il est néanmoins expressément convenu et réglé qu'aucune réclamation ne sera examinée et prise en considération, si elle n'a été présentée dans les soixante jours qui suivront immédiatement l'installation de la commission.

« 5. La commission sera installée dans l'espace d'un mois après la signature de la présente Convention , et ses fonctions devront être définitivement terminées au 28 février de l'année 1829.

« 6. La liquidation sera faile en monnaie du Brésil , en tenant compte de la différence existant entre le change de l'époque de In capture et celui du moment où le paiement aura lieu ; et les sommes qui seront liquidées et fixées seront soldées en paiements égaux effectués à Rio-de-Janeiro, le premier, douze mois, le second, dix-huit mois, et le troisième, vingt-quatre mois après la fin et la clôture des travaux de la commission. Les cédules de paiement seront remises à la légation française près la Cour du Brésil „ et comprendront les intérêts stipulés par l'article 3 : chacune d'elles énoncera le nom ou les noms des intéressés au profit desquels elle sera délivrée, et indiquera la personne ou les personnes qui devront acquitter le montant pour le compte du gouvernement du Brésil, ainsi que le lieu du paiement.

a 7. La présente convention sera ratifiée, etc.

(Suivent les signatures.) »

528 l'IVRE n. CHAPITRE XXXVII.

£q s'appuyant, avec aoe trop persévéranie obstînatioii, sur le respect dû. à la chose jugée, et en opposant aux notes diplomatiques les arrêts prononcés par les tribunaux sur les bâtiments capturés, sans vouloir entrer dans aucune voie <f accommodement, le gouvernement brésilien s'était placé vis-à-vis de la France dans une situation difficile.

Par amour-propre national, en présence de chambres législatives (disposées trop généralement à blâmer le ministère et promptes à entraver la marche de Tadministration), le goavemement brésilien aurait sans doute continué de refuser toute indemnité ; mais en présence d'une flotte prête à foudroyer Rio-Janeiro si le déni de justice avait continué, les chambres se turent; force était, en efiet, au Brésil de transiger. « Les différends ont duré « trop longtemps, avait dit l'empereur; je veux les terminer, j'eo « sens l'a propos d ; les chambres le comprirent comme le souverain. Il eut mieux valu toutefois, pour réparer une injustice, avoir écouté le langage du droit et de la raison (que la France faisait entendre, depuis plus de deux ans, à Rio-Janeiro), que de s'être mis dans la position critique d'avoir à transiger et à reconnaitre le bon droit invoqué en présence uniquement dune flotte chargée d'appuyer les démarches de la diplomatie, dont le réie est démousser le3 aspérités qui surgissent inattendues des affaires en voie de négociation, de ramener, par des paroles de conciliation, les esprits trop facilement irrités parfois, d'entretenir les bonnes relations, et de faire jouir l'Univers des bienfaits de la paix , en s'efforcent d'écarter les causes de différends , tout en cherchant d'ailleurs à obtenir que justice soit rendue en toute occasion; or, nous l'avons dit, la diplomatie avait depuis deux ans employé et épuisé tous les moyens de conciliation à Rio-Jandro La France, après la preuve de longanimité qu'elle avait donnée, s'était vue dans la nécessité d'avoir recours aux armes.

Incendie de la ville de San-Juan de Nicaragua fou CfreytoivnJ par

la corvette Cyane des États-Unis de F Amérique septmtrionak.

Le Courrier des États-Unis j journal politique publié à Washingtoo, s'est fait rhistorien et le juge de ce fait inouï ^) ; c'est lui qae nous laisserons parler, sans ajouter à son écrit ni une réflexion, ni un

> ) Extrait du journal français l'Assemblée mtùmaU du 10 août 18S4.

commentaire. L'opinion exprimée par le Courrier des États-Unis Doas dégage de ce soin.

Si le rédt que nous av(ms à faire ne nous arrivait pas environné de toutes les garanties d'une certitude officielle, nous n'aurions pas hésité à le déclarer apocryphe, tant il semble impossible, au premier abord , que ce soit là une page réelle des annales d'une nation civilisée.

Nos lecteurs n'ont sans doute pas oublié le drame compliqué dont les eaux de San-Juan de Nicaragua ou Greytov^n furent le théâtre au mois de mai dernier. Un steamer américain, chargé de nombreux Californiens , s'approchait de cette ville à toute vapeur, lorsque du fond d'une petite barque , encore près du rivage, on vit se lever un pécheur armé d'un fusil. D'après quelques paroles saisies au passage, cet homme demandait au capitaine de passer plus au large pour ne pas faire chavirer son embarcation. Rendu furieux par ce qn'it appelait l'impertinence d'un manant, le capitaine, dont le steamer se trouvait déjà à certaine distance, ordonne de virer de bord, repasse devant l'embarcation, se fait apporter un fusil, et avec un monstrueux sang froid, envoie une balle dans la tète du malheureux pécheur.

Les habitants de Nicaragua, voulant venger la mort de leur compatriote , demandent que le coupable leur soit livré ; mais,. M. S. Borland, ministre des États-Unis dans l'Amérique centrale, se trouvant parmi les passagers du steamer, répond que son gouvernement n'a pas encore reconnu l'autorité établie parmi eux, et qpie les citoyens américains ne sauraient se soumettre à la juridietion du pays. Le maire de Greytown ne se laisse pas convaincre par un si étrange argument; il envoie quelques hommes pour opérer l'arrestation du capitaine ; M. Borland prêche la résistance, et un conflit a lieu entre plusieurs Américains et une troupe d'habitants.

Dans la soirée, M. Borland se rendit à terre chez l'agent commercial des États-Unis. Le peuple, exaspéré par les événements du matin, entoura la maison consulaire et fit entendre des paroles menaçantes contre le ministre, qui n'avait, diUon, aucun titre officiel, et n'aurait pas dû, dans tous les cas, prendre parti pour le capitaine, Portugais de naissance. Les quais furent occupés toute la nuit par des gens armés qui empêchaient toute communication entre le steamer américain et la terre, de sorte que M. Borland se vit obligé d'attendre jusqu'au matin pour regagner le navire. Au lever du soleil, tout rentra dans l'ordre. Néanmoins, le ministre craignant des violences contre les résidents CussY. n. 34

530 l'IVRE II. GHAPtTIlE XUVD.

amérioaios, après le départ do vapeur, organisa une garde de cinquante hommes pour parer a toute éventualité. Le leademaifliY le ministre des États-Unis partait pour New* York, <H quelques jours après, il était à Washington faisant au parlement le rédt de ses prétendus griefs.

La presse américaine accusait depuis si longtemps le gouvernement de manquer d'énergie dans les grandes questions du jour, que ce dernier se garda bien de laisser échapper une si belle occasion de gagner les lauriers sans courir le moindre risque. En conséquence, le navire de guerre Cyane, à peine revenu à New-York de son eipédition à Tlsthme de Darien, fat ea toute hâte envoyé devant Greytown , où il arriva le 4 4 courant. Le capitaine HoUins, qui le commandait, dépédie aussitM un officier aux autorités locales, leur demandant le règlement de diverses réclamations faites par des citoyens américains, satisfaction de rinsulte dont se plaignait M. Boriand et une indemnité de IS5,dOO francs.

Le 42, les habitants de Greytown n'ayant encore donné aucune réponse, le capitaine HoUins leur fit dire que si le 43, à 9 heures du matin, ils ne lui ont pas accordé tout ce qu'il demande, il commencera à bombarder la ville. La journée se passa comme la précédente et sans que la population donnât le moindre signe de concessions. Greytown, qui a fait tour à tour partie de l'État de Nicaragua et des domaines du roi des Hosquiies, et dernièrement dédarée indépendante , se composait d'environ 30 maisons , presque toutes en bois et dont un grand nombre, construites depuis peu, étaient déjà abandonnées. Elle ne comptait guères que 500 habitants , dont une douzaine émigrés des États- Unis, autant de Français et d'Allemands, quelque 25 Anglais el le reste mélangé de nègres de la Jamaïque, d'Indiens et de descendants d'Espagnols.

Devant les menaces redoutables du capitaine HoUins, la plupart des habitants se figurèrent qu'on se contenterait de leur envoyer quelques boulets et que les hostilités cesseraient après la destruction de deux ou trois maisons. Aussi, résolus à refuser toute espèce de satisfaction , la plupart d'entre eux se contentèrent-ils d'aller camper sur le rivage, à un mille de la ville, emportant à peine des provisions pour la journée. Six ou sept Américains allèrent se réfugier sous le pavillon du Cyme, tandis que plusieurs Anglais se retirèrent à bord de la goèl^te de guerre britannique Bermuda qui se trouvait dans le port sous le commandement du capitaine Joly. Le 43, à neuf heures

da inaliD, il ne restait pas à Greytown, une seule créature hunuône.

Ainsi qu'il avait été annon^, le Cyane commença le feu et le continua jusqu'à trois heures de relevée. Après avoir jeté plus de SOO boulets dans cette bourgade déserte, le capitaine Hollins voyant que les habitants ne capitulaient pas, envoya à terre une chaloupe chargée d'un lieutenant et de vingt-cinq hommes, et, à quatre heures du soir, cette petite bande entra dans la ville pour y mettre le feu. A chaque maison qui brûlait, c'étaient de la part des Américains de bruyants hourras, comme s'ils venaient d'accomplir un difficile exploit.

Quelques voyageurs assurent que la plupart des soldats étaient rendus furieux par des libations immodérées, et l'on ajoute qu'aucune maison n'a été incendiée sans avoir été au préalable fouillée par les vainqueurs, qui en emportaient tout ce qu'ils y trouvaient de précieux. Le soir, au coucher du soleil, Greytown n'offrait plus qu'un monceau de cendres, et les habitants erraient dans les bois ne sachant où s'abriter ni comment même se procurer leur premier repas du lendemain.

La perte qu'ils viennent de faire s'élève, dit-on, à % millions 590^000 francs. Bien que le capitaine de la goélette Bermuda n'ait pas essayé de défendre la ville il n'en a pas moins éprouvé nn vif désir de le tenter, s'il faut s'en rapporter à une lettre qu'il envoya au commandant du Cyane au plus fort de la canonnade.

Dans ce billet l'officier anglais exprimait son regret de ne pas avoir à sa disposition un navire de guerre de la force du Cyane, assurant le capitaine Hollins que, dans ce cas, il le forcerait bien à cesser le bombardement de la place. En réponse h cette note, le commandant américain répondit qu'il regrettait infiniment de ne pas se trouver en présence de deux navires anglais, sûr qu'il était de pouvoir s'en emparer aux mêmes conditions que les États- Unis obtinrent jadis le Cyane lui-même.

Sur ces entrefaites, arriva le steamer anglais Ihe, portant la malle anglaise. On s'attendait à le voir se joindre au Bermuda pour attaquer le navire américain ; mais le pillage et l'incendie de la ville continuèrent sans aucune démonstration de la part des Anglais, et quand tout fiit ierminé, le Dee reprit la mer, amenant à sa remorque le Bermuda et les sujets britanniques qui s'y étaient réfugiés, non sans avoir solennellement protesté contre ce monstrueux attentat.

Nous venons d'écrire le seul mot qui convienne au triste exploit du Cyane, le seul dont l'Europe se servira pour le qualifier.

532 LIVRE IL GflAPrmE xxxvn.

Quel autre nom trouver, en effet, pour cet épouvantable abus de la force brutale, pour cette exécution sauvage où l'acharBement des agresseurs parait s'être surexcité de la faiblesse et de la passivité même de leurs victimes? En saine équité, il y aurait eu une question de quelque importance à résoudre avant d'entreprendre aucune démonstration contre Greytown : c^élait celle de savoir de quel cété étaient véritablement les torts et l'olfeose, et à qui il appartenait de demander des réparations. Nous n'bésitons pas à dire qu'un examen impartial des faits aurait amené le gouvernement de Washington à épouser beaucoup moins chaudement les colères de H. Borland, sinon même à désavouer entièrement sa conduite.

Malheureusement les décisions calmes et fermes ne sont point dans les habitudes de M. Pierce et de son entourage. Comme nous le disions tout à l'heure, on parait n'avoir vu dans ce conflit, si étrangement soulevé, qu'une faciie occasion de faire oMMitre d'énergie et de patriotisme. On ne s'est pas un seul instant arrêté à la question de justice ; mais du moins aurait-on dû se préoccuper de ce qu'exigent, en pareille circonstance, le droit des gens, l'humanité, la civilisation. On n'aurait pas alors fait de la barbarie sous prétexte de faire de la police internationale, ni imprimé une tache indélébile au drapeau dont on prétendait saave- Br la dignité.

Pour trouver quelque chose qui approche de ce qui vient de se passer à San-Juan, il faut aller fouiller l'histoire de ces lattes de vie et de mort soutenues, de loin en loin, par un navire européen contre les plils féroces populations de la oête d'ÂAîqoe. Et encore même, dans ces luttes où la nécessité du saJot peut tout justifier, ne trouverait-ou rien d'analogue à l'orgie de fureur soldatesque que nous venons de raconter.

Contraste étrange cependant, c'est à l'heure même où les Étals-^ Unis affectent de se faire les avocats de l'humanité dans la guerre européenne , que leur administration fait ou laisse commettre par sa marine une énormité digne des plus mauvais jours du règae de la force ; c'est à l'heure où l'on plaide contre la délivrance des lettres de marque aux corsaires, qu'un navire américaio se livre à ce qu'on pourrait presque appeler un acte de piraterie ofBcieUe 1

Nous sommes heureux d'avoir à ajouter qu'une clameur universelle d'indignation a accueilli le récit des exploits du Cgmu, A Washington même, d'après ce que nous apprend le tél^raphe, le sentiment de réprobation s'est iQiBnifesté dans les termes les

plus énergiques. M. Pierce doU savoir maînienani que détruire une Tille n'est pas venger Thonnear' d'une nation.

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