SEPTIEME PHASE
La guerre désastreuse, acharnée, sanglante qui durait depuis neuf années et qui avait sapé la prospérité commerciale de toutes les nations, fut enfin suspendue en 1801.
Le 9 février, la paix fut signée à Lunéville, entre la France et Tempire d'Allemagne; le 28 mars, à Florence, entre la France et les Deux-Siciles ; le 9 juin , à Badajoz , entre TEspagne et le Portugal ; le 17 juin, entre la Russie et TAngleterre; le 29 septembre, à Madrid, entre le Portugal et la France; le 1®^ octobre, un traité préliminaire fut arrêté à Londres , entre la France et la Grande-Bretagne ; le 8 du nléme mois , la France signa un traité de paix avec ta Russie, et le 9 avec la Porte Ottomane; enfin , le traité préliminaire dressé à Londres devint le traité définitif de la paix qui fut conclue le â7 mars 1802, à Amiens, entre la France, .PEspagne, la Hollande, d'une part, et la Grande- Bretagne, d'autre part.
Ce traité stipule la restitution, sans rançon, des prisonniers de guerre faits , de part et d'autre , depuis le commencement de la guerre, en 1793, la remise des colonies enlevées pendant la durée des hostilités, la cession de quelques territoires, la levée du séquestre mis, de part et d'autre, sur les revenus, créances, etc. , des sujets respectifs des parties contractantes , la reconnaissance de la république septinsulaire ^) ; enfin, l'abandon par l'Angleterre des îles de Malte , Gozzo et Comino à l'Ordre souverain de St. -Jean de Jérusalem, lequel devait continuer à en jouir aux mêmes conditions auxquelles il les possédait avant la guerre ; toutes les parties contractantes promirent d'ailleurs par rarticle XXI, d'observer, sincèrement et de bonne foi, toutes les stipulations contenues au traité.
M lies Joniennes.
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Le traité d'Amiens, dit Gérard de Rayneval, a été d'autant plus honorable pour le gouvernement français, qu*il ne pouvait point appuyer ses demandes sur des succès maritimes ; si les populations européennes, courbées, depuis aussi longtemps , sous le poids des maux d'une guerre que tant de passions alimentaient, respiraient enfin et jouissaient des bienfaits de la paix, elles le devaient à Thomme éminent, grand capitaine, grand législateur et sage administrateur, qui, au même instant pour ainsi dire, avait détruit la tyrannie intérieure , en s'emparant du pouvoir , au 18 brumaire an YIII (9 novembre 1799) ; arrêté la guerre civile en pacifiant la Vendée , ensanglantée par tant de massacres ; vaincu^ au dehors, des ennemis puissants, nombreux, acharnés; et donné la paix de l'Univers. ^)
') Et cependant, que de difficultés avait encore à combattre, doM ton propre pays, le jeune général premier consul, le sauveur, Pépée et le génie tutélaire de la France, le législateur d'une société aux abois, qu'il retirait de l'abîme ! Que de résistances il rencoutrait chaque jour, pour faire le bien, de la pan de ces bommes qui du haut de la tribune des assemblées délibérantes , parleurs passionnés , avocats ardents de toutes les causes qui font opposition à la politique ou à la marche du gouvernement actua, apprennent aux masses le mépris pour le prtncipe d'autorité et dé* truisent , par la parole , l'ordre que le pouvoir exécutif cherche k faire renaître et à consolider! Combien est petit, en effet, le nombre des hommes dont la parole a eu quelque éclat depuis soixante ans , dans les assemblées législatives, auxquels on pourrait appliquer la définition, si connue, de l'orateur, nvirprobwdîacendiperîtus /»
«Le premier consul», dit M. Thiers dans VSHstoire du Cotuulat et de VEmpiref «voyant la France et l'Europe enchantées de ses œuvres, ne comprenait guère que « les seuls Improbateurs de ces mêmes œuvres se trouvassent précisément autour < de lui. Dépité de cette opposition , il appelait les opposants du sénat des idéohçues, «menés par tin boudetw, qui regrettait l'exercice du pouvoir dont il était incapable; «il appelait les gens du tribunat des brouHionf, auxquels il saurait rompre en visière, « et prouver qu'on ne Peflirayait pas avec du bruit ; il appelait les mécontents plus «on moins nombreux du corps législatif, les prêtres défroqués, des Jansénistes, «que l'abbé Grégoire, d'accord avec l'abbé Sieyès, cherchait à organiser en oppo- « sition contre le gouvernement ; mais il disait qu'il briserait toutes ces résistances «et qu'on ne l'arrêterait pas facilement dans le bien qu'il voulait accomplir.» (Tome ra,LivreXin,p. 323.) «
« Que voulez* vous faire » , s'écriait-ii , à Foccasion du rejet par le tribunat et par le corps législatif, du titre préliminaire du Gode civil ; «avec des gens qui, avant la <i discussion, disaient que les conseillers d'État et les consuls n'étaient que des ânes, et
. «qu'il fallait leur jeter leur ouvrage à la tête? On ne peut rien contre une as-
«semblée prévenue, qui est résolue à ne rien entendre.» (p. 351.)
« Le premier consul » , ajoute M. Thiers , « n'admettait pas que le bien sincèrement «i voulu et laborieusement préparé, pût être différé ou gâté, pour plaire à ce qu'il ap- «pelait des bavards, v Avait -il tort, dirons nous? Le parlage de tribune du plus grand nombre de ces hommes à tête vide que nous avons vus figurer dans les chambres législatives, depuis 1814 (au sein desquelles, trop rarement et de loin en loin, ou a pu apercevoir et reconnaître le «vtr probus discendi peritusi>, c'est-à-dire l'orateur réellement digne de ce nom, selon Gaton) ; le sentiment de résistance systématique, chez les uns par esprit de parti ou de coterie , par jalousie , par ambition personnelle ; chez les autres, par habitude moutonnière ^ par incapacité, par besoin d'opposition pour se donner une allure d'habUe ou de penseur. Enfin , la discussion publique des intérêts du pays remise à des hommes qui généralement parlent bien moins pour les collègues qui les écoutent que pour l'auditoire des tribunes et pour les journaux qui porteront le lendemain leur discours dans tous les départements, mode de faire les affaires du pays plus nuisible qu'utile aux progrès , la tranquillité, au bien être, à la moralisation des populations; telles seront les causes
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Mais dans ce grand acte de pacification générale, il est probable que FAngleterre ne vit, et n'eût eu vue, qu'un armistice qui lui était nécessaire pour réparer ses pertes et pour ravitailler sa marine ; la paix prolongée eut été trop favorable aux intérêts de la France 1 Une jalousie égoïste étroite et haineuse a , de tout temps, porté la Grande-Bretagne à considérer la France comme une rivale, contre laquelle ses hommes d'État ont toujours été disposés à lancer Panathème, à l'exemple du vieux romain que l'existence de Garthage préoccupaient sans cesse péniblement : « Delenda est Cartiiago ! »
Lord Chatham ne disait-il pas en 4 757 : a Point de paix que (( la France ne signe la destruction de sa marine 1 C'est bien « assez qu'on lui permette de cabotage ; l'Angleterre doit se réserver <(la souveraineté exclusive de l'Océan 1»
Or, cette parole dans la bouche de ce grand homme d'État, parole remplie d'orgueil, de patriotisme, de haine et de dédain, est l'expression de la pensée secrète ou avouée du plm grand nombre, en Angleterre, mais surtout des hommes chargés de la haute administration du pays, qu'ils soient Tories ou Whigsl
En reconnaissant les progrès que l'industrie française avait faits, malgré les maux qui pesaient sur les populations, la vieille haine britannique reprit toute son énergie et le cabinet de St.> James se promit que la paix serait de courte durée.
La guerre fut déclarée en effet par le roi George III, le 8 mars 1803.
De toutes les déclarations de guerre des temps modernes, dit M. Bignon, il n'en est aucune qui ait été plus difficile à justifier que la rupture du traité d'Amiens.
Le cabinet britannique ne se départit pas d'ailleurs de l'usage qu'il avait adopté en 1756 et renouvelé en 1776 (voir chap. IV et yil) ; les vaisseaux anglais, préalablement avertis par leur gouvernement, capturèrent un grand nombre de navires français avant même que le souverain de la Grande-Bretagne eût fait pressentir le renouvellement prochain des hostilités entre la France et l'Angleterre. ^)
Le gouvernement français dût se préparer à la guerre.
qui feront quelque jour tomber le gouvernement parlementaire en France , où Ton commence , non pas seulement à en être fâtigué , mais à comprendre qu'il ne convient ni au caractère mobile et ardent des Français , ni à la société française telle que Ta faite la révolution , en détruisant la noblesse et la grande propriété territoriale que diminue encore chaque jour le partage des patrimoines. (Note de 1849.)
M Le port de Bordeaux seul perdit de cette sorte, en peu de jours, plus de 50. navires qui se trouvaient en mer sur la foi des traités.
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Et cette guerre, pendant laquelle la France fut forcée d'employer, par vote de représailles, les moyens de défense auxquels TÂngleterre avait recours pour l'attaque , vit violer, de la part des deux nations belligérantes, tous les principes du droit maritime, et fut Torigine des mesures les plus exagérées et les plus attentatoires à la liberté du commerce maritime des nations neutresr
Les bonditions, au reste, dans lesquelles se trouvaient les deux Puissances belligérantes à Fégard des non -belligérants n'étaient pas égales : par ses traités , et notamment par ceux qu'elle avait signés depuis l'année 1778 {voir chap. VII), la France avait reconnu et consacré les principes les plus favorable à la neutralité ; l'Angleterre, au contraire, avait su amener ou contraindre divers États maritimes, notamment ceux du Nord, par les conventions signées en 1801 et 1802 (voir chap. XXV), à adopter des principes opposés. C'est ainsi, par exemple, que tandis que la France devait respecter les marchandises d'origine anglaise et autres appartenant à des négociants anglais, embarquées sur les navires des nations neutres, l'Angleterre pouvait, aux termes de ses traités les plus récents, faire saisir toutes les propriétés françaises sur les bâtiments neutres et visiter les bâtiments de commerce voyageant som convoi!
A ces avantages résultant des traités , la Grande-Bretagne ajouta bientôt, de son chef, \3i presse des matelots étrangers (voir chap. XXVlI) ; et la déclaration de blocus d'une longue ligne de côtes sans y envoyer de vaisseaux de guerre, contrairement à ses traités de 1801.
La neutralité impose aux non-belligérants Tobligation d'agir de la même manière à l'égard des divers belligérantSw Wolff a dit, au chap. VIII, § 368 de son ouvrage intitulé Jus gentium : a Qui « nefutrarum partium sunt , eorum respecûu hélium non est ; ipsi
(kverb utriquè beUigerantium andci sunt ; quod uni praestatur,
a id praestandum quoque alteri est, si eodem indiget» »
Dans la situation où TAngleterre se trouvait à l'égard des neutres, elle eut conservé trop d'avantage sur la France, si, de son côté , cette dernière Puissance n'eût pas - agi envers le pavillon neutre, par représailles, comme la Grande-Bretagne agissait elle-même.
Les neutres eux-mêmes ne se trouvant pas dans une situation relativement égale, ne pouvaient plus réclamer, avec succès, de la France, les avantages de la neutralité. Par leurs traités avec l'Angleterre, ils avaient à l'avance suspendu les efiFets de leurs
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traités avec la FraDoe, pour le temps oh ces deux Puissances seraient en hostilités ouvertes, et où les Puissances signataires de traités qui les liaient individuellement avec chacun des deux États belligérants, resteraient neutres dans la lutte engagée.
Toutefois, la France conserva, aussi longtemps qu'il lui fut possible, l'honorable réle de soutenir la guerre sans violer les principes consacrés par la raison, et par les traités, en faveur du pavillon neutre.
La Grande-Bretagne commença les hostilités sans déclaration préalable, ou plutôt la déclaration de guerre fut faite lorsque les hostilités avaient déjà commencé.
La France accepta la guerre et répondit aux hostilités en observant le règlement de 477S (voir Livre I, titre III, 8 38), qu'avait remis en vigueur l'arrêté du 20 décembre 4799. {Voir chap. XXIII.)
Le cabinet britannique débuta par déclarer le blocus de VEJbe^ et peu après le blocus du Weser.
Il contraignit les bâtiments américains qui avaient chargé, sur la foi des traités, des marchandises pour les ports de France, à changer de direction et à se rendre dans les ports anglais.
En juin 1803, un ordre du cabinet de St.-James porta une nouvelle atteinte à la liberté du commerce des États-Unis, restés neutres. Les développements dans lequels nous entrerons feront connaître la conduite arbitraire de l'Angleterre envers l'Amérique du Nord.
Peu de temps après, une frégate anglaise s'empara, dans un port de Norvège, d'un bâtiment suédois dont la cargaison était destinée pour la France ; cette même frégate étant entrée dans le port de Bergen, voulut s'emparer, pour le même motif, d'un bâtiment hollandais, et, par le même coup de main et la même violation de la mer territoriale d'un souverain neutre, de deux corsaires français ; ces trois navires n'échappèrent au sort qui leur était réservé, qu'en se réfugiant, avec l'autorisation du gouverneur de Bergen, sous le canon de la forteresse.
La Suède n'était pas en mesure de tirer vengeance de cet affront ; loin delà : elle se vit dans la nécessité de signer, le 25 juillet 4803, une convention par laquelle elle soumit les charge* ments de sa marine commerciale, à l'exercice du droit de préemption ; nous rapporterons les articles 2 , 3 et 4 de cette convention imposée par la force, mais provoquée sous le prétexte d'expliquer l'art. XI du traité de 4664, en ce qui concerne les articles dits de contrebande de guerre.
Art IL a Les croiseurs de la Puissance belligérante exerceront
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le droit de détenir les bâtiments de la Paissance neutre allant aux ports de l'ennemi avec des changements" de provisions, ou de poix, résine, goudron, chanvre et généralement tous les articles noD-manufacturés, servant à Téquipement des bértiments de toutes dimensions, et également tous les articles manufacturés, servant à Téquipement des bâtiments marchands (le hareng, le fer en barres, Tacier, le cuivre rouge, le fil de laiton, le laiton, les planches et madriers, hors ceux de chêne et esparres exceptés) ; et si les chargements, ainsi exportés par les bâtiments de la Puissance neutre, sont un produit du territoire de cette Puissance, et allant pour compte de ses sujets, la Puissance belligérante exercera, dans ce cas, le droit d'achat, sous la condition de payer un bénéfice de dix pour cent sur le prix de la facture du chargement fidèlement déclaré, ou du vrai taux du marché, soit en Suède, soit en Angleterre, au choix du propriétaire, et, en outre, une indemnité pour la détention et les dépenses nécessaires.
Art. III. a Si les chargements spécifiés dans le précédent article (n'étant pas propriété ennemie), étant en route avec une destination déclarée pour un port d'un pays neutre, sont détenus sous le soupçon d'être véritablement destinés à un port ennemi, et s'il est reconnu , après due enquête , qu'ils étaient réellement destinés à un port neutre, ils seront libres de poursuivre leur voyage, après avoir obtenu une indemnité pour la détention et les dépenses nécessaires, à moins que le gouvernement de l'État belligérant, ayant une crainte fondée qu'ils ne tombent dans les mains des ennemis, ne désire de les acheter, et dans ce cas ils recevront le prix complet qu'ils eussent obtenu dans le port neutre de leur destination, avec uae indemiuté pour la détention et les dépenses nécessaires.
Art. IV. «Le hareng, les fer en barres, acier, cuivre rouge, laiton et fil de laiton, planches et madriers, hors ceux de chêne et esparres, ne seront point soumis à confiscation, ni au droit de préemption de la part de la partie belligérante ; mais ils pourront passer librement dans les bâtiments neutres, bien entendu s^ils ne sont point propriété ennemie. »
Continuons la série des faits ; ils expliquerons la conduite de la France.
Sans aucun doute, la violence et l'injustice d'un État ennemi, ne peuvent, à nos yeux du moins, légitimer la violence et l'injustice auxquelles un autre État a recours pour rendre égales les forces dans la lutte et les chances pour le succès ; dans le
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cas présent toutefois les actes de violence et dinjustice, d'arbitraire et de suprématie tyrannique sur mer de la Grande-Bretagne, pourront jusqu'à un certain point cependant servir d'excuse aux mesures de nécessité qu'adopta la France.
Le gouvernement portugais avait publié, le 3] juin 4803, une déclaration portant que les corsaires des Puissances belligérantes ne seraient point admis dans les ports du royaume, non plus que les prises qui pourraient être faites soit par eux, soit par les vaisseaux de guerre, excepté uniquement dans le c.as od le droit des gens rend l'hospitalité indispensablement nécessaire ; mais que les prises, dans ce cas, ne sauraient y être vendues, et que, de toute façon, les vaisseaux des nations belligérantes ne pourraient y rester plus longtemps qu'il ne serait nécessaire pour éviter le danger.
Malgré cette déclaration , les corsaires anglais conduisirent leurs prises dans le port de Lisbonne et la marine britannique y insulta un brick français.
L'Espagne, bien que liée avec la France, fie prit point ^part aux hostilités, aussitôt après la rupture de la paix d'Amiens ; elle conserva, pendant quelque temps encore, les avantages de la neutralité ; mais, le 5 octobre 1804, une escadre anglaise s'empara, sans déclaration de guerre ^ de diverses frégates espagnoles voir chap. XI, § 4). L'Espagne déclara la guerre à la Grande- Bretagne. ^)
Pendant l'année 1805, ce furent surtout les États-Unis qui eurent à souflfrir des exigences de l'Angleterre.
Par les articles XVII et XVIII du traité conclu le 1 9 novembre 1794, ratifié le 24 juin 1795 (traité déclaré permanent pour les dix premiers articles et qui fixe à douze années la durée des ar^
^) Dans cette même année 1804, Lord Mel ville , qui se trouvait alors à la tête de l'amirauté, eut la pensée de détruire la flottille française de Boulogne, au moyen de brûlots et de machines infernales qui reçurent le nom de CaUmarcm, Le succès de l'entreprise paraissait tellement certain , que Lord Melville pour être à même de jouir des résultats, sans retard, se transporta à bord du Mùnarch^ monté par l'amiral Keith, qui commandait les forces navales anglaises réunies devant Boulogne, et que le ministre Pitt vint s'établir en observation à Walmer-Castle pour apercevoir du moins quoique de fort loin , l'embrasement de la flottille ; mais ni le combat engagé , ni l'explosion des brigs et cutters incendiaires , non plus que celle des CaUmaroM» n'occasionnèrent de dégâts à la flottille française , tant les équipages déployèrent d'activité et d'intelligence pour éloigner ces sinistres macliines infernales , et les couler bas. Malheureusement , en 1809 , les brûlots anglais exercèrent d'assez grands ravages au sein de la flotte française , dans la rade des Basques. ( Voir ire partie , titre 111 , § 24. )
La France marUime, dans son 2« volume, publié en 1837, donne une description exacte et étendue des brigs-brûlots , et des Catamarans anglais, ainsi nommés par suite de leur ressemblance avec les radeaux connus sous ce nom dans l'Inde.
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ticks subséquents), la Grande-Bretagne avait réduit, autant que possible, les droits de neutralité des Américains, en stipulant la confiscation des marchandises ennemies sous le pavillon des États-Unis.
C'est en vertu de cette stipulation que les arrestations et captures que nous allons indiquer furent exécutées.
Au mois de mai 4805, VEliza, capitaine Pery, fut arrêtée à deux lieues de la côte, par la Cléopatre, frégate britannique.
Un citoyen américain et quatorze passagers furent pressés, accablés d'outrages et dépouillés de tous leurs effets.
VEssex avait pris sa cargaison, depuis trois à quatre ans, dans le port de Barcelone ; il était destiné pour Calcutta : mais, faute de l'argent nécessaire pour cette expédition, il était retourné en Amérique, avait débarqué sa cargaison à Salem ; et dans le dessein de le neutraliser copaplètement , il avait été rechargé et destiné pour la Havane. Dans ce second voyage , au mois de juin 1805, il fut visité, pris et conduit à la Nouvelle Providence, où
le vaisseau et la cargaison furent condamnés et Famirauté
anglaise confirma le jugement. « Décision d'autant plus funeste et «plus alarmante, dit à ce sujet un négociant américain, qu'elle « détruit le principe de la légitimation , et que des capitaux amé- (cricains immenses, employés en marchandises achetées d'une <( Puissance belligérante, peuvent, suivant la maxime de la cour a d'appel, subir le sort de VEssex \ »
Le 14 juillet, le brick Betzi, capitaine Alkinson (propriétaire, Jean Léger d'Happart, citoyen naturalisé des États-Unis, depuis le mois de décembre 1797) fut capturé par le vaisseau anglais PIsis, Ce bâtiment, parti de Nantes, en destination pour Philadelphie ou New-York, suivant le port où le vent le porterait, était sur son lest, n'ayant à bord qu'une centaine de tabatières et des effets
à l'usage de M, dTBapparl. On lui prit tout on lui fit subir
les traitements les plus durs ; le même vaisseau risis, aborda depuis plusieurs vaisseaux américains, y pressa trente matelots et retourna en Angleterre où le brick américain fut condamné.
Le 27 août, la Dispatch de Philadelphie fut arrêtée dans les dunes ; elle était destinée pour Canton : on supposa qu'elle allait au cap de Bonne-Espérance qui appartenait à la Hollande, et que les dollars dont elle était chargée étaient pour le paiement de la garnison, etc. etc.
Nous ne poursuivrons pas la liste des captures de ce genre ; nous avons indiqué au chap.XÏI, § 4, une violation plus grave du droit des gens et du territoire américain par des officiers anglais. CussY. n. 4 fi
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Aa nombre des mauvais procédés et des vexations de toute nature de PÂngleterre envers les États-Unis, nous avims* signalé la presse des matehts. En parlant de la saisie de VEliza et du brick Betzi , on a vu que les Anglais voulaient exercer , comme un droit, la presse des matelots à bord des bâtiments de l'Union, droit chimérique que la Grande-Bretagne avait la prétention de posséder et qui n'avait d'autre raison d'être que sa volonté.
Lorsque le commodore américain Preble, se trouvant dans la rade de Gibraltar, fit réclamer la remise de douze matelots déserteurs de la frégate la Constitution, lesquels s'étaient réfutés à bord d'un bâtiment anglais mouillé sur la même rade , le commandant de ce dernier bâtiment, se sentant fort de la protection de la forteresse , répondit au commodore Preble que ces hommes étant entrés volontairement sur son bord ne seraient point restitués bien qu'ils fussent américains.
Cet abus de la force , ce dédain pour les droits^ d'un aUié, sont inexplicables ; mais ce qui se passa, en 4807. à l'occasion de la frégate américaine la' Chesapeàke, est plus odieux encore. ( Voir chap. XXVU.)
L'Angleterre renouvela bientôt, à l'égard de la navigation commerciale des États-Unis, la règle de 4756 (t;otr chap. V); c'està-dire qu'elle s'opposa à ce que les neutres pussent profiter de la permission que la France leur avait récemment accordée, de faire le commerce avec ses colonies ; le cabinet anglais prétendait, en effet, comme en 4756, que les neutres ne pouvaient faire, en temps de guerre, ce qu'il ne leur était pas permis de faire en temps de paix , sans se trouver embarrassé , en élevant cette singulière prétention, des dispositions de l'art. XII du traité de l'année 4794, avec les États-Unis, auxquels l'Angleterre avait donné la faculté de pouvoir commercer avec les Iles anglaises de l'Inde occidentale pendant la durée de la guerre et deux ans encore après..
Ces violences de toute nature envers les neutres, en vue de la guerre maritime que la Grande-Bretagne poursuivait contre la France, l'Espagne et la Hollande, furent le prélude et l'origine des mesures d'agression, de haine et de déraisoa que rien ne saurait justifier de la part de la Grande-Bretagne ; mesures que de son côté la France adopta comme représailles et qui trouvent uniquement leur excuse dans la loi de la nécessité , par suite de la position, que l'Angleterre lui avait faite , ainsi qu'aux neutres.
Déjà, dans le 4 4® siècle, Edouard III, roi d'Angleterre, rendit, pendant qu'il faisait la guerre à la France, une ordonnance
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portant que atout vaisseau étranger qui tenterait d'entrer dans «un port français, serait pris et brûlé.»
C'était mettre un royaume tout entier , pctr une ord&rmance royale, en état de blocus.
Le traité signé à Whitehall, le 22. août 1689, entre l'Angle* terre et les Provinces-Unies des Pays-Bas, portait qu'il serait fait notification à toutes les Puissances qui n'étaient pas en guerre contre la France, que les deux États contractants attaqueraient, le déclarant d'avance de bonne prise, tout vaisseau destiné pour un des ports du royaume de France, ou qui en sortirait.
Ce blocus* «tir le papier était la continuation de la -pensée d'Edouard III.
~ Enfin, ne trouve-t-on pas, dans un arrêté de l'amirauté, par lequel plusieurs vaisseaux hollandais furent condamnés, en vertu de Tordre du 1 7 avril \ 780 , cet étrange aociome de législation maritime anglaise: «que les ports français étant, par leur posî- « tion , naturellement bloqués par ceuœ de l'Angleterre, il n'était pas (( permis de naviguer auprès d'eux 1 1 »
Gomme on le voit, les doctrines vaniteuses de suprématie ma* ritime de la Grande-Bretagne ne se modifient pas en vieillissant ; depuis Edouard III jusqu'à Georges III , elles n'ont pas varié I Quatre siècles et demi se sont écoulés et la pensée est toujours la même. Certes, on doit admirer dans la nation anglaise son respect pour le principe d'autorité, pour les lois civiles et religieuses, pour les saines traditions de la monarchie constitutionnelle et pour toutes les traditions conservatrices en général ; mais on ne saurait trop blâmer les. hommes. d'État de cette grande nation , quand on les voit ne tenir aucun compte envers les autres peuples, des* principes les plus sacrés du droit des gens, toutes les fois que l'intérêt actuel, l'avantage politique ou commercial du pays , semblent leur commander de méconnaître ces principes, palladium de la civilisation et des rapports entre les diverses nations du Globe.
Doit-on s'étonner, en présence des faits divers que nous vehons
de rappeler, de la déclaration de blocus des côtes depuis Ostende
jusqvfà la Seine, et de l'ordre du conseil qui suivit, sous la date
du 6 mai 1806, lequel mit en état de blocus les ports, rivières
et côtes depuis la rivière d'Elbe jusqi/au port de Brest ?
Voici dans quels termes M. Fox, alors secrétaire d'État au ministère des affaires étrangères, donna communication à M. Monroe, envoyé des États-Unis à Londres, de cet ordre du conseil qui prononça l'interdit commercial contre une rade de deux cents lieues,
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244 l'IVRE IL CHÀPITaE XXVI.
c'esl-à-dire d'uoe quantité de ports telle que toute la marine anglaise n'aurait pu suffire à effectuer le blocus, conformément aux dispositions contenues dans la célèbre déclaration de 4780, dont nous avons parlé au chapitre VU; § 2, et que reproduit le traité du 47 juin 4804 entre la Grande-Bretagne et la Russie. (Voir chap. XXV.)
Note de M. Fox à M. Monroe.
«Le 46 mai 4806.
«Le soussigné, premier secrétaire d'État de Sa Majesté, chargé du département des affaires étrangères , a reçu de S. M. l'ordre de prévenir M. Monroe, que le Roi, considérant les mesures extraordinaires que Tennemi vient de prendre dans Tintention de ruiner le commerce de ses sujets, a cru convenable d'ordonner que les mesures nécessaires seraient prises pour le blocus des côtes, rivières et ports, depuis TElbe jusqu'au port de Brest exclusivement, et que lesdites côtes, rivières et ports sont et doivent être considérés comme bloqués ; mais que S. M. déclare que ce blocus n'empêchera pas les bâtiments neutres chargés de marchandises non appartenant aux ennemis de S. M. et qui ne sont pas de contrebande, d'approcher desdites côtes, d'entrer ou de faire voile desdits rivières et ports (excepté les côtes, rivières et ports depuis Ostende jusqu'à la Seine, depuis longtemps en état de blocus, et qui y sont encore), pourvu que lesdits bâtiments qui approcheront et qui entreront ainsi (excepté comme ci- dessus), n'aient pris leur cargaison dans aucun port appartenant aux ennemis de S. M. ou en leur possession, et que lesdits bâtiments qui feront voile desdits rivières et ports (excepté comme ci-dessus), ne soient destinés pour aucun port appartenant aux ennemis de S. M. ou en leur possession , et n'aient pas préalablement enfreint le droit de blocus.
« M. Monroe est donc prié de prévenir les consuls et les négociants américains résidant en Angleterre, que les côtes, rivières et ports cidessus mentionnés doivent être regardés comme en état de blocus, et que dès-iors toutes les mesures autorisées par les lois des nations et par les traités respectifs entre S. M. et les Puissances neutres, seront adoptées et exécutées envers les bâtiments qui chercheraient à en* freindre ledit droit de blocus après cette notification.
« Le soussigné prie M. Monroe d'agréer les assurances de sa haute considération. Signé : Ch. J. Fox.» *)
Après la précaution que le cabinet de St.-James avait prise d'interdire aux Américains le commerce avec les colonies fran-
M Des écrivains anglais ont loué la modération de leur gouvernement qui permettait aux vaUsettux neutres d'entrer dans les ports bloqués par l'ordre du conseil du 6 mai 1806, sur une côte de deux cents lieues, pourvu qu'ils ne fussent pas chargés de marchandises appartenant à l'ennemi ou de contrebande de guerre I Quelle dérision t
çaises, en confisquant toutes, les denrées provenant de ces coio- Bîes, les négociants des États-Unis durent se résigner à ne charger pour les ports bloqués, sur le papier, que des productions ang^ laises ; la faveur accordée aux neutres d'entrer dans les dits ports n'était donc autre chose que le privilège de faire, sous leur pavU- Ion, un commerce favorable exclusivement aux Anglais, sauf le fret dont les bénéfices restaient au pavillon neutre.
En présence de faits semblables, la France devait-elle, pouvait-elle s'abstenir d'entrer dans la voie des représailles?
Elle le fit donc, tout en déplorant les inconvénients qui devaient en résulter pour les peuples ses alliés, Hollandais, Espagnol, Napolitain.
L'empereur Napoléon publia le décret de Berlin, décret de représailles qui marquait de stigmates les procédés égoïstes de l'Angleterre à l'égard des neutres.
Avant de rappeler le texte de ce décret, si remarquable par le considérant qui énumère les motifs de sa publication , qu'il nous soit permis de mettre sous les yeux du lecteur quelques pages sorties de la plume de M. Thiers sur les événements de l'époque et sur les procédés inouis du gouvernement anglais. [Histoire du Consulat et de P Empire, Livre XXVL)
« Napoléon s'était dit déjà qu'il dominerait la mer par la terre, et que si les Anglais voulaient lui fermer l'Océan , il leur fermerait le continent. Parvenu sur l'Elbe et l'Oder, il se confirma dans cette pensée plus que jamais ; il la systématisa dans sa tête, et il écrivit à son frère Louis en Hollande : Je vais reconquérir les colonies par terre. Dans la fermentation d'esprit que produisit chez lui le succès extraordinaire de la guerre de Prusse , il conçut les pensées les plus gigantesques qu'il ait enfantées de sa vie. D'abord il se promit de garder en dépôt tout ce qu'il avait conquis et tout ce qu'il allait conquérir encore, jusqu'à ce que l'Angleterre eut restitué à la France, à la Hollande, à l'Espagne, les colonies qu'elle leur avait enlevées. Les Puissances continentales n'étant au fond que les auxiliaires subventionnées de l'Angleterre, il résolut de les tenir toutes pour solidaires de la politique britannique, et de poser comme principe essentiel de négociation, qu'il ne rendrait à aucune d'elles rien de ce qu'il avait pris, tant que l'Angleterre ne rendrait pas tout ou partie de ses conquêtes maritimes »
«Dans cette intention de vaincre la mer par la terre, en privant la Grande-Bretagne de tous ses alliés , et en lui fermant tous les ports du continent, la première chose à faire , c'était de lui
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interdire, sans aucun retard, l'accès des vastes rivages occupés par les armées françaises. Déjà Napoléon avait par lui-même ou par la Prusse, fermé les bouches de P£ms, du Wéser et de FEibe. C'était là une application naturelle et légitime du droit de conquête, car la conquête confère tous les droits du souverain, et notamment le droit de clorre les ports , ou d'intercepter les routes du pays conquis, sans qu'une telle rigueur puisse passer pour une violation du droit des gens envers qui que ce soit. Mais défendre l'entrée de TEms, de l'Elbe et du Wéser était une mesure fort insuffisante pour atteindre le but que se proposait Napoléon, car malgré la surveillance la plus exacte des cêtes, les marchandises anglaises étaient introduites par la contrebande nonseulement dans le Hanovre, mais dans la Hollande, dont le gouvernement était sous notre influence directe, dans la Belgique qu'était devenue province française. D'ailleurs l'Ems, le Wéser et l'Elbe fermés, ces marchandises entraient par l'Oder, par la Yistule, et redescendaient ensuite du Nord au Midi. Elles renchérissaient beaucoup , il est vrai , mais le besoin de s'en défaire amenait les Anglais à les livrer à un prix, qui compensait les frais de contrebande et du transport. 11 était donc nécessaire d'employer des moyens plus rigoureux contre les marchandises anglaises, et Napoléon n'était pas homme à se les interdire.
«L'Angleterre eUe-méme venait d'autoriser tous les genres d'excès contre son commerce, en prenant une mesure extraordinaire , et l'une des plus attentatoires qu'on pût imaginer contre le droit des gens le plus généralement admis, celle qu'on a nommée blocus sur le papier. Ainsi que nous l'avons déjà exposé bien des fois, il est de principe chez la plupart des nations maritimes, que tout neutre, c'est-à-dire tout pavillon étranger à la guerre engagée entre deux Puissances, a le droit de naviguer des ports de l'une aux ports de l'autre, de transporter quelque marchandise que ce soit, même celle de l'ennemi, excepté la contrebande de guerre, qui consiste dans les armes, les munitions, les vivres confectionnés pour l'usage des armées. Cette liberté ne cesse que lorsqu'il s'agit d'une place maritime bloquée par une force navale telle que le blocus soit efficace. Dans ce cas, le blocus étant notifié, la faculté de pénétrer dans la place bloquée est suspendue poyr les neutres. Mais si, dans les restrictions apportées à la liberté. de naviguer, on ne s'arrête pas à cette limite certaine de la présence d'une force efiective, il n'y a plus de raison pour qu'on ne frappe pas d'interdit les cotes entières du globe, sous prétexte de blocus. L'Angleterre avait
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déjà cherché à outrepasser les limites du blocus réel, en prétendant qu'avec quelques voiles, insuffisantes en nombre pour fermer les abords d'une place maritime, elle avait le droit de déclarer le blocus. Mais enfin elle avait admis la nécessité de la présence d'une force quelconque, devant le port bloqué. Maintenant elle ne s'arrêtait plus à cette limite déjà si vague, et à l'époque de sa rupture momentanée avec la Prusse, occasionnée par la prise de possession du Hanovre, elle avait osé défendre tout commerce aux neutres, sur les côtes de France et d'Âlle^ magne, depuis Brest jusqu*aux bouches de PElbe. C'était Pabus de la force poussé au dernier excès, et dès lors il suffisait d'un simple décret britannique pour frapper d'interdit toutes les parties du globe qu'il plairait à l'Angleterre de priver de commerce- « Cette incroyable violation du droit commun fournissait à Napoléon un juste prétexte pour se permettre à l'égard du commerce anglais les mesures les plus rigoureuses. Il imagina un décret formidable qui, tout excessif qu'il puisse paraître, n'était qu'une juste représaille des violences de l'Angleterre, et qui avait de plus l'avantage de répondre parfaitement aux vues qu'il venait de concevoir. Ce décret, daté de Berlin, et du 21 novembre, applicable non-seulement à la France, mais aux pays occupés par ses armées, ou alliés avec elle, c'est-à-dire à la France, à la Hollande, à l'Espagne, à l'Italie, et à l'Allemagne entière, déclarait les lies britanniques en état de bhcus, »
Ce décret est ainsi conçu:
• «Au Camp impérial de Berlin, le 24 novembre 4806.
« NAPOLÉON, Empereur, etc.
a Considérant ,
« 4" Que l'Angleterre n*admet point le droit des gens, suivi universellement par tous les peuples policés ;
« %^ Qu*elle réputé ennemi tout individu appartenant à TËtat ennemi, et fait, en conséquence, prisonniers de guerre, non-seulement les équipages des vaisseaux armés en guerre , mais encore les équipages des vaisseaux de commerce et des navires marchands , et même les facteurs de commerce et les négociants qui voyagent pour les affaires de leur négoce ;
« 3"* Qu*elle étend aux bâtiments et marchandises du commerce et aux propriétés des particuliers , le droit de conquête , qui ne peut s'appliquer qu*à ce qui appartient à TÉtat ennemi ;
a 4* Qu'elle étend aux villes et ports de commerxje non fortifiés, aux havres et aux embouchures des rivières, le droit de blocus, qui, d'après la raison et l'usage de tous les peuples policés , n'est applicable qu'aux places fortes ;
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c Qu*elle déclare bloquées des places devant lesquelles elle n'a pas même un seul bâtiment de guerre , quoiqu'une place ne soit bloquée que quand elle est tellement investie qu'on ne puisse tenter de s'en approcher sans un danger imminent ;
<K Qu'elle déclare même en état de blocus des lieux que toutes ses forces réunies seraient incapables de bloquer ; des côtes entières et tout un Empire ;
a 5® Que cet abus monstrueux du droit de blocus n'a d'autre but que d'empêcher les communications entre les peuples, et d'élever le commerce et l'industrie de l'Angleterre sur la ruine de l'industrie et du commerce du continent ;
« 6" Que tel étant le but évident de TAngleterre , quiconque fait sur le continent le commerce des marchandises anglaises, favorise par-là ses desseins et s'en rend le complice ;
« 7® Que cette conduite de l'Angleterre , digne en tout des premiers âges de la barbarie, a profité à cette Puissance au détriment de toutes les autres ;
« 8<* Qu'il est de droit naturel d'opposer à l'ennemi les armes dont il sa sert, et de le combattre de la même manière qu'il combat, lorsqu'il méconnaît toutes les idées de justice et tous les sentiments libéraux, résultat de la civilisation parmi les hommes.
a Nous avons résolu d'appliquer à l'Angleterre les usages qu'elle a consacrés dans sa législation maritime.
« Les dispositions du présent décret seront constamment considérées comme principe fondamental de l'Empire , jusqu'à ce que l'Angleterre ait reconnu que le droit de la guerre est un, et le même sur terre que sur mer ; qu'il ne peut s'étendre ni aux propriétés privées , quelles qu'elles soient, ni à la personne des individus étrangers à la profession des armes, et que le droit de blocus doit être restreint aux places fortes réellement investies par des forces suffisantes ;
« Nous avons , en conséquence , décrété et décrétons ce qui suit :
a Art. \ ^'. Les Iles britanniques sont déclarées en état de blocus.
a 2. Tout commerce et toute correspondance avec les Ileis britanniques sont interdits.
a En conséquence , les lettres ou paquets adressés ou en Angleterre ou à un Anglais, ou écrits en langue anglaise, n'auront pas cours aux postes et seront saisis.
«c 3. Tout individu sujet de l'Angleterre , de quelque état ou condition qu*il soit, qui sera trouvé dans les pays occupés par nos troupes ou par celles de nos alliés, sera fait prisonnier de guerre.
«( 4. Tout magasin, toute marchandise, toute propriété, de quefque nature qu'elle puisse être, sera déclarée de bonne prise.
a 5. Le commerce de marchandises anglaises est défendu ; et toute marchandise appartenant à l'Angleterre ou provenant de ses fabriques et de ses colonies, est déclarée de bonne prise.
(( 6. La moitié du produit de la confiscation des marchandis'es et propriétés déclarées de bonne prise par les articles précédents, sera employée à indemniser les négociants des pertes qu'ils ont éprouvées
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par la prise des bâtiments de commerce qui ont été enlevés par les croisières anglaises.
« 7. Aucun bâtiment venant directement de l'Angleterre ou des colonies anglaises , ou y ayant été depuis la publication du présent décret, ne sera reçu dans aucun port.
« 8. Tout bâtiment cpii, au moyen d'une fausse déclaration, contreviendra à la disposition ci-dessus, sera^ saisi, et le navire et la cargaison conûsqoés comme s'ils étaient propriétés anglaises.
«9. Notre tribunal des prises, de Paris, est chargé du jugement définitif de toutes les contestations qui pourront survenir dans notre Empire et dans les pays occupés par l'armée française, relativement à l'exécution du présent décret. Notre tribunal des prises , à Milan , sera chargé du jugement définitif desdites contestations qui pourront survenir dans l'étendue de notre Royaume d'Italie.
« 4 0. Communication du présent décret sera donnée par notre ministre des relations extérieures, aux Rois d'Espagne, de Naples, de Hollande etd'Étrurie, et à nos autres alliés dont les sujets sont victimes, comme les nôtres , de l'injustice et de la barbarie de la législation maritime anglaise.
« H . Nos ministres , etc.
Signé Napoléon.
Par l'Empereur Le secrétaire d'État : Signé Maret. »
Le lecteur aura remarqué que ce document, devenu célèbre, présente un exposé sincère et précis de la politique de la Grande- Bretagne en temps de guerre ; et tout à la fois Pexpression de la . pensée des jiommes d'État de la France. Le droit de la guerre est un et le même sur terre et sur mer ; il ne peut s'étendre ni aux propriétés privées quelles qu'elles soient, ni à la personne des individus étrangers à la profession des armes. ( Voir Livre F, titre m, § 20.)
Feignant d'oublier que le décret de Berlin, du 21 novembre 4806, n'était que la conséquence de l'ordre du conseil britannique du 6 mai précédent, le ministère anglais, qui était en négociation avec les commissaires des États-Unis au sujet des réclamations de l'Union sur la position commerciale que lui avaient faite les procédés de la Grande-Bretagne, écrivit, le 31 décembre 1806, la lettre suivante aux commissaires américains :
Note des Lords VanaU-HoUand et Auckland, aux commissaires des États-Unis, James Monroe et W. Pinkney.
«Londres, le 31 décembre 1806.
«Les soussignés, Lord Holland et Lord Auckland , plénipotentiaires de Sa Majesté Britannique , ont l'honneur de prévenir James Monroe et
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W. Pînkney, commissaires etc. etc., qu*ils sont prêts à signer le traité d'amitié, de commerce et de navigation dont ils sont mutuellement convenus.
ff Mais en même temps ils ont ordre de Sa Majesté d'appeler l'attention des commissaires des États-Unis sur quelques événements extraordinaires qui ont eu lieu récemment en Europe, et de leur communiquer officiellement les sentiments de Sa Majesté à ce sajet.
«Il s'agit de certaines déclarations et ordres du Gouvernement français , donnés à Berlin le 2 4 novembre dernier.
« Le Gouveronement français, dans ces ordres, ofaerche à justifier ou pallier ses injustes prétentions, en imputant à la Grande-Bretagne des principes qu'elle n'a jamais avancés et des actions qui n'ont jamais existé. Sa Majesté est accusée d'un mépris général et systématique pour les lois des nations reconnues par les États civilisés, et particulièrement d'une exception illicite du droit de blocus, tandis que Sa Majesté peut avec confiance en appeler au monde entier sur son respect uniforme pour les droits des neutres , et son adhérence constante et scrupuleuse aux lois des nations. Sans condescendre à mettre sa conduite à cet égard en opposition avec celle de l'ennemi , et quant à la seule accusation expresse, il est de notoriété qu'elle n'a jamais déclaré aucun port en état de blocus , sans y envoyer une force suffisante pour en rendre l'entrée évidemment dangereuse.
«C'est par ces allégations sans fondement, que l'ennemi cherche à justifier ses prétentions de confisquer comme bonne prise tout le produit de l'industrie et des manufactures anglaises, quoique appartenant à des neutres ; d'éloigner de ses ports tout vaisseau neutre qui a touché en Angleterre, quoique employé dans un commerce innocent, et de déclarer la Grande-Bretagne en état de blocus, quoique tous ses propres ports et arsenaux soient en effet bloqués , et qu'il soit ineapable d'entretenir une flotte quelconque devant aucun port des Royaumes-Unis.
a De tels principes sont extravagants et contraires aux lois des nations ; et les prétentions dont ils sont le fondement, quoique en apparence dirigées contre la Grande-Bretagne seule, tendent à changer les lois de la guerre parmi les nations civilisées , et à détruire entièrement les droits et l'indépendance des neutres.
« Les soussignés ne peuvent pas croire que l'ennemi cherche sérieusement à suivre un pareil système ; et s'il le fait, ils «ont convaincus^ que le bon sens du Gouvernement américain verra combien de telles prétentions sont fatales au commerce des neutres, et que son énergie et son respect pour les lois des nations l'empêcheront d'admettre une violation aussi palpable de ses droits, et un attentat aussi injurieux à son intérêt.
« Si cependant l'ennemi mettait ses menaces à exécution , et si les neutres, contre toute attente, se soumettaient à de telles usurpations. Sa Majesté serait, selon toute apparence, forcée^ quoique à regret, de rétablir pour sa propre défense, et d'adopter à l'égard du commerce des neutres avec ses ennemis, les mêmes mesures qu'ils auraient souffertes contre leur commerce avec ses sujets. Les commissaires des États-Unis
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sentiront, par conséqaent, qa'au moment où Sa Majesté et toutes les nations neutres sont' menacées d*une telle extension des prétentions hostiles de ses ennemis, elle ne peut pas admettre les stipulations du présent traité sans une explication des intentions des États-Unis ou une restriction du côté de Sa Majesté , si le cas ci-dessus mentionné se présentait.
a Les soussignés , considérant que Féloignement du Gouvernement américain rend impossible une explication immédiate sur ce sujet , et animés du désir de terminer l'opération utile dans laquelle ils sont engagés, sont autorisés par Sa Majesté à conclure le traité sans délai. Ils sont prêts à le signer, avec la ferme persuasion qu*ayant que le traité revienne d'Amérique avec la ratification des États-Unis, Tennemi aura formellement ou tacitement abandonné ses injustes prétentions , ou que le Gouvernement des États-Unis aura prouvé à Sa Majesté, par sa conduite ou ses promesses, qu'il ne se soumettra pas à de telles innovations dans le système établi des lois maritimes ; et les soussignés ont présenté cette note afin qu'il fût entendu des deux côtés que , sans un tel abandonnement de la part de l'ennemi, ou une telle conduite ou assurance de la part des États-Unis, Sa Majesté ne se croira pas tenue à ratifier le traité, ou privée du droit d'adopter telles mesures qui lui paraîtront convenables pour réagir sur les ennemis.
a Les soussignés ne peuvent finir sans exprimer la satisfaction que leur fait éprouver l'espoir de terminer un objet aussi important pour les intérêts et les relations amicales des deux nations , et leur conviction des dispositions conciliatrices des commissaires des États-Unis pendant tout le cours de la négociation. »
Peu de jours après, le 7 janvier 4807, prétendant agir uniquement par représailles, le cabinet britannique fit paraître V ordre du conseil qui niit tous les ports de la France et de ses colonies en état de blocus. L'Angleterre espérait par cette mesure contraindre Napoléon à retirer Je décret de Berlin ; il n'en fut rien.
L'empereur des Français devait penser que les neutres remonteraient à la source réelle des mesures désastreuses qui frappaient leur commerce, et qu'il reconnaîtraient que leur facilité envers VAngleterre , acceptant comme ils le faisaient sans résistance toutes les exigences du cabinet de St.-James, était la seule cause de tous leurs maux; ils le reconnurent peut-être, mais ils continuèrent à se soumettre aux ordres du conseil.
En vertu du décret de Berlin, le gouvernement français fit arrêter et mettre sous le séquestre les vaisseaux américains ; la cour des prises ne les condamna d'ailleurs que lorsqu'il fut évident que le gouvernement des États-Unis avait renoncé à poursuivre le redressement de ses griefs contre la Grande-Bretagne.
Le cabinet britannique n'ayant pas obtenu le résultat sur le-
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qoel il comptait en publiant l'ordre du conseil da 7 janvier 1 807, fit paraître, le 44 novembre de la même année, trois ordres nouveaux qui étendaient la tyrannie exercée à Fégard des neutres, non pas seulement aux ports français, mais à tous les ports des alliés de la France, déclarant que tous les pays desquels le pavillon anglais était exclu, seraient soumis aux mêmes interdictions commercial gt^e s^ite étaient rigoureusement bloqués par les forces navales de la Grande-Bretagne.
Nous croyons à propos de reproduire en entier les trois ordres du conseil, publiés sous la date du \\ novembre 4807.
«A la Cour, au Palais de la Reine, le W novembre 4 807.
« Le Roi étant présent à son conseil ;
<K Sa Majesté , considérant que le Gouvernement français a proclamé naguère un certain décret qui établit un système de guerre jusqu'alors sans exemple, contre ce Royaume, et tendant particulièremeat à la destruction de son commerce et de ses ressources, d*après lequel « les îles anglaises ont été déclarées en état de blocus » ; de manière que tous les bâtiments quelconques faisant le commerce avec les États de Sa Majesté, sont, ainsi que leurs cargaisons, sujets à la confiscation et à la condamnation ;
«Considérant que, par le même décret, atout commerce en mar- « chandises anglaises est prohibé, et tout article de denrée appartenant a à TAngleterre , ou provenant de ses colonies ou de ses manufactures, « est déclaré de bonne prise » ;
«Considérant que les nations qui sont alliées à la France, et celles qui sont sous son influence, ontélé requises d'exécuter, comme en effet elles ont exécuté et exécutent de semblables ordres ;
(T Considérant que le décret de Sa Majesté du 7 janvier dernier n*a pas eu Teffet qu'on s'en proposait, soit de forcer l'ennemi à révoquer cette mesure , ou d'engager les nations neutres à s'interposer efficacement pour en obtenir la révocation ; mais que , bien au contraire , on a mis récemment beaucoup plus de sévérité dans son exécution ;
« Considérant enfin que , dans ces circonstances , Sa Majesté se trouve forcée à prendre de nouvelles mesures pour établir et maintenir ses justes droits, et pour conserver cette Puissance maritime que, par les faveurs spéciales de la Providence , elle tient de la valeur de son peuple , et dont l'existence n'est pas moins essentielle à la protection des États qui conservent encore leur indépendance , et au bonheur ainsi qu'à l'intérêt du genre humain ^), qu'elle ne l'est à la sûreté et à la prospérité des États de Sa Majesté ;
1 ) Nous croyons qu'il âerait assez difficile à tout historien , de persuader aux nations diverses du Globe, par des preuves waies, que «l'existence de la puissance « maritime de la Grande-Bretagne est essentielle au bonheur ainsi qu'à l'intérêt du genre «humain t>; de nombreux faits rappelés dans cet ouvrage, aideraient, il nous semble à établir le contraire ; c'est au moyen de la puissance colossale de la marine de la Grande-Bretagne que le cabinet de St.- James a cru pouvoir se permettre tant et de si notables atteintes aux droits des neutres et au droit des gens.
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a Sa Majesté, ayant pris à ce sujet l'avis de son conseil privé, ordonne, par ces présentes, que tous les ports et toutes les places de France et de ses alliés, ceux de tout autre pays en guerre avec Sa Majesté, ceux des pays d'Europe d'où le pavillon anglais est exclu, quoique ces pays ne soient pas en guerre avec Sa Majesté ; qu'enfin tous les ports et places des colonies appartenant aux ennemis de Sa Majesté, seront désormais soumis aux mém<ss restrictions relativement au^îommerce et à la navigation (sauf les exceptions ci-après spécifiées), que s'ils étaient actuellement bloqués de la manière la plus rigoureuse par les forces navales de Sa Majesté : en conséquence, tout commerce dans les articles provenant du sol ou des manufactures des pays susmentionnés, sera désormais regardé comme illégal, et tout navire quelconque sortant de ces pays, ou devant s'y rendre, sera capturé légitimement, et cette prise, ainsi que sa cargaison, adjugées aux capteurs.
«Mais quoique Sa Majesté ait bien le droit, d'après les motifs exposés ci-dessus, de prendre une semblable mesure relativement à tous les pays et à toutes les colonies de ses ennemis, sans exception ni qualification, elle n'a pas voulu néanmoins entraver le commerce des neutres , plus qu'il n'est nécessaire pour remplir la juste résolution qu'elle a adoptée à l'effet de combattre les projets de ses ennemis, et de les rendre eux-mêmes victimes de leur propre violence et de leur injustice; et voulant bien encore se persuader qu'il est possible (tout en remplissant le but qu'elle se propose] de permettre aux neutres de s'approvisionner de denrées coloniales pour leur propre usage , et même d'autoriser, pour le présent, up certain commerce avec les ennemis de Sa Majesté , qui pourra avoir lieu directement avec les ports des États de Sa Majesté ou de ses alliés, de la manière ci-après déterminée,
« Sa Majesté déclare qu'elle n'entend pas que le présent ordre soit applicable ,
« 4® Aux navires appartenant à des Puissances qui ne sont pas comprises dans le blocus , lesquels navires auraient fait voile des ports des pays auxquels ils appartiennent, soit en Europe ou en Amérique, ou de quelque port libre dans les colonies de Sa Majesté (en se conformant aux règlements établis pour le genre de commerce qui peut se faire dans lesdits ports), pour se rendre directement dans quelque port des colonies appartenant aux ennemis de Sa Majesté ; ou de ces mêmes colonies, aussi directement, dans les pays auxquels ils appartiennent, ou dans quelque port libre appartenant à Sa Majesté ;
ft 2^ Aux navires appartenant à des pays non en guerre avec Sa Majesté , lesquels auront fait voile , en se soumettant à tels règlements qu'il plaira à Sa Majesté de publier, et ce, pour se rendre directement de quelque port ou place de la Grande-Bretagne, ou bien de Gibraltar, ou de Malte , ou d'un port appartenant aux alliés de Sa Majesté , au lieu qui sera désigné dans son acquit à la douane.
a 3^ Aux navires appartenant à des pays non en guerre avec Sa Majesté, lesquels viendraient d'un port d'Europe compris dans la présente mesure de blocus, pour se rendre directement dans quelque port ou
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354 l'IVRE n. CHAPITRE XXVI.
place d*Europe afjpartenant à Sa Majesté ; bien enteiïdu que Texception dont il s*agit, n*est pas applicable à des navires qui entreraient dans un port actuellement bloqué par des escadres ou des vaisseaux de guer/e de Sa Majesté , ou qui tenteraient de sortir desdits ports.'
«En conséquence, il est enjoint à tous bâtiments de guerre, corsaires et autres , naviguant en vertu d*une commission de Sa Majesté, d^inforroer tous les navires qui auraient commencé leur voyage avant d*avoir eu connaissance du présent ordre , et qui seraient destinés pour un port de France, ou de ses colonies, ou de ses alliés , ou pour tout autre pays en guerre avec Sa Majesté , ou d*où le pavillon anglais est exclu, et qui seraient en contravention avec les dispositions ci-dessus, qu*ils aient à discontinuer leur voyage, ou à se rendre dans un port quelconque d'Angleterre , ou bien à Gibraltar ou à Malte ; et tout navire qui sera pris après avoir contrevenu aux dispositions présentes, sera déclaré de bonne prise, ainsi que sa cargaison, et le tout adjugé aux capteurs.
« Et attendu que des pays non engagés dans la guerre ont acquiescé à ces ordres delà France, en prohibant tout commerce dans les articles provenant des États ou des manufactures de la Grande-Bretagne ; et que les négociants de ces mêmes pays ont concouru à rendre ces prohibitions efficaces, en acceptant de certaines personnes se qualifiant dii titre d'agents conimerciaux deTennemi, résidant dans les ports neutres, certains documents, appelés certificcUs d'origine, lesquels constatent que les objets embarqués ne proviennent ni des possessions ni des manufactures anglaises ;
« Et comme cet expédient a été imaginé par la Franice, et que ces négociants s'y sont soumis comme faisant partie du nouveau système de guerre dirigé contré le commerce de ce Royaume, et qu'il est par conséquent essentiellement nécessaire à l'Angleterre de résister à cette mesure ,
«Sa Majesté, de l'avis de son conseil privé, ordonne, par ces présentes, que tout navire qui sera muni d'un semblable certificat, après avoir eu connaissance du présent ordre, sera confisqué comme de bonne prise.
« Les lords commissaires de la trésorerie de Sa Majesté , les lords commissaires de l'amirauté, et les cours de l'amirauté, sont chargés de l'exécution du présent traité.
Signé : W, Faukener. »
Deuanème Décret.
«Attendu que les articles du cru ou des manufactures des pays étrangers ne peuvent être importés dans ce pays que dans des navires anglais , ou dans des bâtiments appartenant aux pays d'où ces articles sont tirés, à moins qu'un ordre du conseil. n'autodse spécialement de nouvelles mesures à ce sujet ;
a Sa Majesté prenant en considération son décret en date de ce jour, relativement au commerce qui peut se faire avec les ports de l'ennemi, et jugeant convenable que tout navire appartenant à une Puissance amie
ou alliée de Sa Mdjesté puisse avoir la faculté dlaoporter dans ce pays-ci des articles proyenaot du cru ou des manufactures des pays qui sont en guerre avec Sa Majesté ,
« Sa Majesté, de )*avis de son conseil privé, ordonne, par ces présentes, que toutes tes denrées et marchandises spécifiées et comprises dans un acte du parlement passé dans la quarante- troisième année du règne de Sa Majesté, et qui a pour titre, «Acte qui révoque les droits oc de douane payables dans la Grande-Bretagne, et qui en substitue de a nouveaux d^ pourront être importées des ports ennemis par des navires appartenant à des Puissances amies ou alliées de TAngleterre , et ce en acquittant les droits de douane , et en participant aux remises qui sont actuellement établies par la loi en faveur de Timportation de certaines marchandises ; et pour ce qui est des denrées et marchandises dont rimportation est autorisée pour être mises en dépôt sans paiement de droits, en vertu d*un acte passé la quarante-troisième année du règne de Sa Majesté , elles pourront être importées , en se soumettant aux clauses dudit acte : quant à tous les articles dont 'rimportation en Angleterre est prohibée par la loi , il est ordonné que l'importation en sera permise, pour être réexportés dans tout pays ami ou allié de Sa Majesté.
« Sa Majesté ordonne, en outre, que tout navire qui arriverait dans un port du Royaume-Uni , ou à Gibraltar , ou à Malte , d'après l'avertissement qu'il aurait reçu du présent ordre , sera autorisé à poursuivre son voyage , ou à se rendre dans un port ami ; et pour cet effet , il lui sera délivré, par le collecteur ou le contrêleur des douanes, un cerlificat constatant qu'il s'est conformé au présent ordre. Mais dans le cas où des bâtiments ainsi avertis préféreraient d'importer leurs cargaisons, ils en auront la faculté , aux mêmes termes et mix mêmes conditions que si leur chargement avait été fait en conformité des dispositions prescrites par Sa Majesté.
' « Il est dé plus ordonné que tous Ie3 bâtiments qui arriveront dans un port du Royaume-Uni, ou à Gibraltar, ou à Malte, et ce pour déférer au présent ordre , auront la faculté , relativement à tous les articles qui composeront leur cargaison, excepté le sucre, le café, le vin, l'eaude-vie et le tabac, de faire voile pour tout port quelconque qui sera désigné dans l'acquit des douanes ; et quant aux articles qui viennent d'être exceptés, ils ne pourront les exporter qu'en vertu d'une licence de Sa Majesté, et ce dans les places et aux conditions qui leur seront prescrites.
« Les lords commissaires , etc.
Troisième Décret
«Attendu que toute vente de bâtiment faite par un ennemi à un autre, est considérée par la France comme illégale ; '
a Et comme une grande partie de la marine de France et de ses alliés a été protégée, dans le cours des présentes hostilités, par de prétendus transferts à des neutres ;
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256 LIVRE n. CHAPITRE XXVI.
« Considérant enfin qu*on peut opposer à Tennemî les mêmes armes dont il se sert,
a Sa Majesté ordonne que désormais tout transfert de cette nature sera regardé comme illégal, et que tout bâtiment qui aura appartenu aux ennemis, nonobstant toute vente qui aurait pu en être faite à des neutres , sera de bonne prise et adjugé aux capteurs. Le présent ordre aura son exécution aussit^^t après qu'il se sera écoulé un temps suffisant pour que les dispositions en soient connues dans les ports et places ou les prétendues ventes ont pu avoir lieu.
a Les lords commissaires , etc. Signé : W. Faukbner. »
Ces ordres furent l'objet de violentes critiques de la part de quelques membres du parlement britannique.
Lord Henry Petty , qui était chancelier de Téchiquier à Pépoque de la publication de Tordre du 7 janvier 4807, déclara inconstitutionnel et contraire à la grande charte, tout ce qui concernait les Ucences ; et Lord Erskine proposa une résolution portant que les trois ordres du i 4 novembre étaient contraires aux droits des nations et par conséquent inconstitutionnels.
L'empereur Napoléon répondit aux nouvelles mesures du cabinet britannique par le décret de Milan , lequel démontre comme cehii de Berlin, qu'en agissant ainsi qu'il le faisait, le gouvernement français, déplorant tout le premier l'effet désastreux des mesures qu'il adoptait, voulait que ces mesures n'eussent d'autre durée que celle de la guerre contre la Grande-Bretagne.
«Au palais impérial de Milan, le 47 décembre 4807.
* a NAPOLÉON, Empereur, etc.
«Vu les dispositions arrêtées par le Gouvernement britannique, en date du 4 4 novembre dernier, qui assujettissent les bâtiments des Puissances neutres, amies et même alliées de l'Angleterre, non-seulement à une visite par les croiseurs anglais, mais encore à une station obligée en Angleterre et à une imposition arbitraire de tant pour cent sur le chargement, qui doit être réglée par la législation anglaise ;
«Considérant que, par ces actes, le Gouvernement anglais a dénationalisé les bâtiments de toutes les nations de l'Europe ; qu*il n'est au pouvoir d'aucun Gouvernement de transiger sur son indépendance et sur ses droits , tous les souverains de l'Europe étant solidaires de la souveraineté et de l'indépendance de leur pavillon ; que , si , par une faiblesse inexcusable et qui serait une tache ineffaçable aux yeux de la postérité, on laissait passer en principe et consacrer par l'usage une pareille tyrannie , les Anglais en prendraient acte pour rétablir en droit, comme ils ont profilé de la tolérance des Gouvernements pour établir rinfame principe que le pavillon ne couvre pas la marchandise et pour donner à leur droit de blocus une extension arbitraire et attentatoire à la souveraineté de tous les États ,
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a Nous avons décrété et décrétons ce qui suit :
«Art. \^^, Tout bâtiment, de quelque nation qu*il soit, qui aura souffert la visite d*un vaisseau anglais ou se sera soumis à un voyage en Angleterre, ou aura payé une imposition quelconque au Gouvernement anglais, et, par cela seul, déclaré dénationalisé, a perdu la garantie de son pavillon et est devenu propriété anglaise.
« %, Soit que lesdits bâtiments, ainsi dénationalisés par les mesures arbitraires du Gouvernement anglais, entrent dans nos ports ou dans ceux .de nos alliés, soit qu*ils tombent au pouvoir de nos vaisseaux de guerre ou de nos corsaires, ils sont déclarés de bonne et valable prise.
a 3. Les îles britanniques sont déclarées en état de blocus sur mer comme sur terre.
. «Tout bâtiment, de quelque' nation qu'il soit, quel que soit son chargement, expédié des ports de l'Angleterre ou des colonies anglaises, ou de pays occupés par les troupes anglaises , ou allant dans les colonies anglaises ou dans des pays occupés par les troupes anglaises, est de bonne prise comme contrevenant au présent décret ; il sera capturé par nos vaisseaux de guerre ou par nos corsaires , et adjugé au capteur.
« 4. Ces mesures, qui ne sont qu\uner juste réciprocité pour le système barbare adopté par le Gouvernement anglais , qui assimile sa législation à celle d'Alger, cesseront d'avoir leur effet pour toutes les nations qui sauraient obliger le gouvernement anglais à respecter leur pavillon.
«Elles continueront d'être en vigueur pendant tout le temps. que ce gouvernement ne reviendra pas aux principes du droit des gens, qui règle les relations des États civilisés dans l'état de guerre. Les dispositions du présent décret seront abrogées et nulles par le fait, dès que le gouvernement anglais sera revenu aux principes du droit des gens, qui sont aussi ceux de la justice et de l'honneur.
« 5. Tous nos ministres sont chargés de l'exécution du présent décret.
Signé : Napoléon. »
L'année 4807 avait d'ailleurs été féconde en événements de la plus haute importance.
La Russie et la Prusse faisaient la guerre à la France ; les victoires remportées par l'empereur Napoléon à Jéna, le 14 octobre 18Ô6, à Eyîau, le 8 février 4807, et à Friedland, le U juin suivant, furent les brillants préliminaires de la paix qui fut signée Jes 7 et 9 juillet de la même année, à Tilsit, entre la France, la Russie et la Prusse. Les traités qui furent conclus entre ces trois Puissances reconnurent les nouveaux royaumes, créés par l'empereur Napoléon, de Naples, de Hollande, de Westphalie, de Saxe, de Wurtemberg et de Bavière ; l'indépendance de la ville de Danzig; l'institution du grand-duché de Berg et de la principauté de Neuchatel ; l'existence de la confédération du Rhin dont Napoléon s'était déclaré le protecteur^ etc. CussY. n. 17
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35S UVRE il. CHAPITRE XXVI.
«La nouvelle de la bataille de Friediand et de la paix de
aTikit», dit M. Thiers, dans V Histoire du Considat et de l'Empire, a avait glacé d'effroi les ministres anglais, pour leur pays et sur- «tout pour eux-mêmes.»
Le cabinet britannique éprouvait le besoin de se venger des succès de Tarmée française sur quelque souverain ami de Napoléon, et tout à la fois de chercher de nouveaux alliés, il avait conclu un traité de subsides, le 8 février 4807, avec le roi Gustave IV de Suède, irrité de l'entrée des Français en Poméranie, et avait envoyé une division navale à Stralsund; mais les ministres anglais en entrant, peu de mois auparavant, au ministère avaient promis à la nation de prendre une part active aux événements qui s'accomplissaient sur le continent pour en arrêter les progrès, et l'envoi d'une division navale à Stralsund ne suffisait pas pour répondre à l'impatience générale»
«Il fallait à tout prix D, dit encore M. Thiers, «tenter quelque entreprise qui frappât l'opinion publique, qui fit tomber le reproche d'inaction; qui, utile ou inutile, humaine ou barbare, fut assez spécieuse, assez éclatante, pour occuper les esprits mécontents et alarmés.
« Dans cette situation , ils résolurent une entreprise qui a longtemps retenti dans le monde comme un attentat contre l'humanité ;
cette entreprise n'était autre que la fameuse expédition contre
le Danemarck, imaginée pour le violenter et pour l'obliger à se
prononcer en faveur de l'Angleterre ; il n'y avait ni prétexte,
ni justice, ni habileté à attaquer le Danemarck. Cet État scrupth lememerU neutre, avait apporté un soin extrême à maintenir sa
neutralité ; il ne venait pas , ainsi que le prétendirent men^
songèrement les ministres anglais, de traiter avec la Russie et la France et de stipuler son adhésion à la nouvelle coalition continentale. Loin delà, il venait de protester encore une fois de son désir de conserver la neutralité, bien que Napoléon lui fit déclarer avec ménagement, mais avec résolution, que lorsque l'Angleterre se serait expliquée relativement à la mé(]iation russe, il faudrait enfin prendre un parti, et se prononcer pour ou contre les oppresseurs des mers »
«Â peine avait-on la nouvelle de la paix de Tilsit, que le cabinet anglais, alléguant faussement la connaissance acquise par des communications secrètes, d'une stipulation qui tendait, disaitil, à soumettre le Danemarck à la coalition continentale, résolut d'envoyer une puissante expédition devant Copenhague, pour
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s'emparer de la flotte danoise, sous prétexte qu'enlever à Napoléon les ressources maritimes du Daoemarcki n'était, de la part de l'Angleterre, qu'un acte de légitime défense. Cette résolution prise, le cabinet anglais donna immédiatement les ordres nécessaires.
1» L'amiral Gambier ^), commandant la flotte anglaise et le lieutenant-général Gathcart, commandant les troupes de débarquement, mirent à la voile en plusieurs divisions, vers les derniers jours de juillet. L'expédition partie des divers ports de la Manche se composait de 25 vaisseaux de ligne, 40 frégates, 377 bâtiments de transport. Elle portait environ 20,000 hommes et devait en trouver 7 à 8,000 revenant de Straisund
à La flotte franchit le Sund sans résistance, parceque le
Danemarck ne savait rien et que la Suède savait tout Elle jeta l'ancre dans la rade d'Ëlseneur, près de la forteresse de Cronen^ bourg restée silencieuse, et elle dépêcha un agent anglais pour adresser une sommation au prince royal de Danemarck, alors régent du royaume.
« Introduit auprès du régent , il allégua de prétendues
stipulations secrètes......; il donna, comme raison d'agir, la nécessité où se trouvait le cabinet britannique de prendre ses précautions pour que les forces navales du Danemarck et le passage du Sund ne tombassent pas au pouvoir des Français, et, en conséquence, il demanda au nom de son gouvernement, qu'on livrât à l'année anglaise la forteresse de Gronenbourg qui commande le Sund, le port de Copenhague, et enfin la flotte elle-même, promettant de garder le tout en dépôt pour le compte du Danemarck qui serait remis en possession de ce qu'on allait lui enlever, dès que le danger serait passé. M. Jackson (l'agent anglais) assura que le Danemarck ne perdrait rien, que l'on se conduirait chez lui en auxiliaires et en amis, que les troupes britanniques payeraient tout ce qu'elles consommeraient ; a et avec quoi , répondit
<i\e prince indigné, payeriez- vous notre honneur perdu si nous «adhérions à cette infâme proposition ?»
c Le prince après avoir fait les dispositions que comportait
l'argence des circonstances, laissa un brave militaire, le général Peymann, pour commander la ville de Copenhague, avec ordre
de se défendre jusqu'à la dernière extrémité ; et courut de
sa personne dans le Holstein pour rassembler l'armée disséminée
») Ce ftit rarairal Gambier qui, en 1809, fut cbargé d'incendier, au moyen de brûlots , la flotte française placée sous les ordres de l'amiral Attemand. Voir Livre I, Ulrem,§9&.
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sur ia frontière, et la conduire au secours de la capitale, si on parvenait à franchir les Belt
((Le 4®^ septembre, le général Cathcart, ayant en batterie 68 bouches à feu, dont 48 mortiers et obusiers, somma Copenhague, dans un langage dont la feinte humanité ne pouvait tromper personne. Il demandait qu'on lui livrât le port, Tarsenal et la flotte,
menaçant, si on les refusait, d'incendier la ville ; le général
Peymann ayant répondu négativement, le â septembre au soir un feu épouvantable d'obus, de bombes, de fusées à la Gongrève,
éclata sur la malheureuse capitale du Danemarck Après avoir
continué cette cruauté pendant toute la nuit du â septembre et une pahie de la journée du 3 , le général anglais suspendit le feu pour voir si la place se rendrait. L'incendie p'était déclaré dans plusieurs quartiers
a Insensibles à tant de maux, les Anglais recommencèrent
à tirer le 3 au soir^ soutinrent leur feu toute la nuit, toute la journée du lendemain, sauf une courte interruption, et persistèrent dans cette barbarie jusqu'au 5 au matin Près de deux
mille individus, hommes, femmes, enfants, vieillards, avaient succombé. Une moitié de la ville était en flammes ; les plus belles églises étaient en ruines; le feu avait atteint l'arsenal. Le général Peymann blessé, ne résistant pas aux scènes horribles qu'il avait sous les yeux , céda enfin aux menaces d'une destruction totale, que renouvelait le général anglais, et livra Copenhague à ses barbares conquérants. La capitulation fut signée le 7. Elle accordait aux Anglais la forteresse de Cronenbourg, la ville de Copenhague et l'arsenal, avec la faculté de les occuper pendant six semaines, temps jugé nécessaire pour équiper la flotte danoise , et l'emmener en Angleterre. Cette flotte était livrée à l'amiral Gambier, sous condition de la restituer à la paix. »
Le lecteur nous saura gré, nous en sommes persuadé, d^avoir emprunté à l'illustre historien du ConsiUtU et de l'Empire, la peinture vive et énergique du bombardement de Copenhague, de cet événement odieux qui peut être considéré comme w% crime politique et comme une surprise sanguinaire à la manière des sauvages et des pirates, car, fort peu de temps auparavant, le gouvernement danois avait reçu de la part du cabinet britannique des assurances de paix et d'amitié. ^)
Mais le tableau des procédés iniques de guerre, et d'une guerre
1) Les choses s'étaient passées à peu près ainsi en 1801. Voir chap. XXV.
imméritée que rien ne pouvait faire craindre, ni prévoir aux ministres danois ; ce tableau ne serait pas complet si nous n'avions encore recours aux pages colorées, et malheureusement trop véridiques , de M. Thiers.
«Cette capitulation signée, les Anglais entrèrent à Copenhague, et leurs marins se précipitèrent dans Parsenal. Aucun spectacle, depuis leur entrée à Toulon , n'était comparable à celui qu'ils offrirent en cette occasion. En présence d'une population au désespoir qui voyait ses habitations ravagées, qui comptait dans son sein des milliers de victimes, mortes ou mourantes, qui, outre ses malheurs privés, sentait vivement les malheurs publics, car la perte de la marine danoise semblait à chacun la ruine de sa propre existence ; en présence de cette population désolée, les matelots anglais, descendus en grand nombre à terre,. &e ruèrent sur l'arsenal avec une brutalité inouïe. L'usage anglais d'accorder aux marins une grande part de là valeur des prises, ajoutant à leur haine contre toutes les marines européennes le stimulant de l'avidité personnelle, officiers et matelots déployèrent une ardeur, une activité extraordinaires à mettre à flot tout ce que Copenhague renfermait de bâtiments en ^at de naviguer. On y comptait seize vaisseaux de ligne, une vingtaine de bricks et de frégates capables de servir, avec le gréement déposé dans des magasins fort bien tenus. En quelques jours ces quarante et quelques bâtiments étaient gréés , équipés et sortis des bassins. Le zèle destructeur des marins anglais ne se borna pas à cet enlèvement. Il y avait deux vaisseaux en construction, ils les démolirent. Tout ce qui se trouvait dans l'arsenal de bois, de munitions navales, fut transporté à bord de l'escadre danoise ou de l'escadre anglaise. Ils prirent jusqu'aux outils des ouvriers, et détruisirent tout ce qu'ils ne purent enlever. Une moitié des équipages anglais fut ensuite placée à bord des vaisseaux danois pour les manœuvrer, et l'expédition entière , tant la flotte conquérante que la flotte conquise, sortit des passes, ayant soin de rembarquer à la hâte J'armée qu'elle avait mise à terre, laquelle ne se croyait plus en sûreté dans une ville qu'elle avait ensanglantée, et à l'approche des Français qui allaient arriver en toute hâte pour venger un tel attentat. En passant devant Webeck, Cronenbourg, et tous les points de la côte, cet immense armement naval recueillit les troupes anglaises, puis il fit voile vers les côtes d'Angleterre.
« Il serait impossible d'exprimer la sensation que produisit en Europe l'acte inouï que venait de se permettre, non pas la nation anglaise qui blâma sévèrement cet acte, mais le ministère de
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MM. Canuing et GasUereagh. L'iadignation fut générale tant chez les amis de la France, peu nombreux alors, car elle avait obtenu trop de succès pour avoir beaucoup d'amis, que chez ses ennemis les plus décidés. Il n'existait pas une nation plus estimée que la nation danoise. Sage, modeste, laborieuse, appliquée à son commerce sans chercher à nuire à celui d'autrui, s'attachant à maintenir scrupuleusement sa neutralité au mflieu d'une guerre acharnée, et quoique inoffensive sachant, comme en 4804, se dévouer héroïquement au principe de cette neutralité qui formait toute sa politique, elle était, comme les Suisses, comme les Hollandais^ l'une de ces nations qui rachètent la faiblesso numérique par la force morale, et savent conquérir le respect universel. La surprise dont elle venait d'être la victime faisait encore plus éclater sa bonne foi, car elle périssait pour n'avoir pris aucune précaution contre l'Angleterre, et pour en avoir trop pris contre
la France »
« Chez les hommes impartiaux on reconnaissait que la France
avait bien raison de vouloir réunir toutes les nations contre un despotisme maritime intolérable, despotisme qui une fois établi serait invincible, n'admettrait de pavillon que le pavillon anglais, ne souffrirait de trafic que celui des produits anglais, et finirait par fixer à sa volonté le prix des marchandises ou exotiques ou manufacturières. 11 fallait donc s'entendre pour tenir tète à l'Angleterre, pour lui arracher le sceptre des mers, et l'obliger à rendre au monde le repos dont il était, à cause d'elle, privé depuis quinze années. »
La suite des événements politiques et les mesures qui furent prises par le gouvernement anglais, notamment V ordre du conseil du 26 avril 4809, dont nous aurons à parler, prouvèrent que les craintes qu'on exprimait au sujet du despotisme maritime de l'Angleterre, n'étaient que trop fondées.
A voir les efforts incessants du cabinet britannique, en tout temps , pour arrêter autant que possible les développements qu'auraient pu prendre les marines étrangères , autant de rivales selon lui, qu'il fallait anéantir quelque faibles qu'elles fussent ;;^encore ; à voir, avec quel soin, avec quelle persévérance les hommes d'État de l'Angleterre ont, en tout temps, cherché à établir et à faire adopter comme un principe en quelque sorte, comme une vérité absolue tout au moins, la suprématie de la marine de la Grande-Bretagne , on pourrait croire que le gouvernement anglais, poursuivi par une idée fixe, a pris pour devise intime, pour
doctrine et pour çlogme de sa politique, ce vers d'un poëte français : « Le Trident de Neptune est le sceptre du monde. »
Aussi l'Angleterre a-t-elle pris soin d'oublier, aussitôt que l'occasion de le faire s'est présentée , les principes qu'elle a plusieurs fois consacrés par des traités publics, «la loi la plus sacrée qui « existe parmi les hommes » ; principes que respectent les autres nations civilisées (l'immunité du pavillon, la protection du convoi, le blocus réel, les limites de la mer territoriale, etc.), et a-t-elie cherché à ramener les autres nations à l^doption de ses propres doctrines, ainsi que nous l'avons démontré plusieurs fois dans le cours de cet ouvrage, et notamment dans les chap. III, VI, XXI, XXII, XXIV, XXV et XXXL
Le bombardement de Copenhague qui indigna l'Europe fut, pour l'empereur de Russie, l'occasion de proclamer de nouveau les principes de la neutralité armée (voir chap. VII, § 2 et 23), et d'adopter les vues politiques de l'empereur Napoléon en mettant le séquestre sur toutes les propriétés anglaises.
Dans la juste indignation que Tempereur Alexandre éprouva de la conduite du cabinet britannique à l'égard du Danemarck, et des marins anglais à Copenhague, ce souverain aurait dû déclarer comme non avenues toutes conventions diplomatiques antérieures, et déchirer de sa main le traité du 47 juin 1S01.
Il est encore un fait politique important qui appartient à l'année 4 807 , et que nous devons rappeler ; c'est le départ pour le Brésil de la famille royale de Portugal.
Le 44 octobre 4807, l'empereur Napoléon avait enjoint au gouvernement portugais de fermer les ports du royaume à la navigation anglaise, d'arrêter tous les sujets britanniques et de confisquer leurs propriétés ;» le régent du royaume (qui régna depuis sous le nom de Jean VI), avait cédé sur la première demande; miais il réclama du temps pour adopter les mesures indiquées à Végard des sujets britanniques et de leurs propriétés. Cette réponse ne satisfit pas Napoléon.
Pressé entre une armée espagnole qui envahissait le Portugal, l'armée française qui marchait sur Lisbonne, et la flotte anglaise qui tenait bloqué le port de cette capitale, le régent se retira, le 27 novembre , à bord d'un bâtiment portugais et fit voile pour le Brésil.
Contrariée par le vent, l'escadrille portugaise ne put prendre le large immédiatement; elle avait à peine franchi la barre de la rade, le 29, quand l'avant-garde du général Junot, commandant
l'armée française, arriva au bourg de Sacavem, à deux lieues de Lisbonne.
La famille royale de Portugal arriva le 24 janvier 4808 à Babia, et, le 28 du même mois, une ordonnance royale ouvrit tous les ports du Brésil à la navigation et au commerce <]e toutes les nations amies.
L'un des ordres du ctmseil britanniqtie, du mois de novembre 4807, avait institué les licences dont les neutres devaient se munir pour se mettre à couvert de toutes vexations de la part de la marine anglaise. Le droit de conquête n'aurait pu introduire une obligation plus étrange et plus arbitraire ; un vaisseau naviguant avec une licence du roi de la Grande-Bretagne prenait le pavillon anglais et était appelé à jouir des privilèges appartenant aux sujets anglais.
En France , afin d'apporter quelques adoucissements au système de blocus, on accorda également, sous le nom de licences, à divers armateurs, la faculté d'introduire des marchandises coloniales dont le pays avait besoin.
Sous le même nom, c'étaient deux choses bien différentes.
De graves événements étaient à la veille de se développer.
Les ordres du conseil du 11 novembre 1807 avaient eu pour résultat d'éloigner les bâtiments neutres des ports d'Angleterre, en soulevant d'ailleurs un grand scandale, en ce qui concernait les licences ; le cabinet de St.-James, par un ordre du 26 avril 1809, y substitua donc le blocus général de toutes les côtes de Hollande , de France , d'une partie de l'Italie et de toutes les colonies hollandaises et françaises.
En voici le contenu : «26 avril 1809.
«Par J^ordre de son conseil, du i \ novembre 1807, et sur les motifs y contenus , Sa Majesté ayant trouvé à propos d'ordonner que tous les ports et places de la France et de ses alliés, ou de tout autre pays en guerre avec Sa Majesté, et tous les autres ports et places en Europe, d'où, quoique non en guerre avec Sa Majesté le pavillon britannique est exclu , et tous les ports et places dans les colonies appartenant aux ennemis de Sa Majesté, seraient, à compter dudit jour, et autant qu'il concerne le commerce et la navigation , soumis aux mêmes restrictions qui auraient lien dans le cas ou les mêmes ports et places se trouveraient dans l'état du plus rigoureux blocus, avec défense en même temps de faire le commerce avec des marchandises provenant du cru et des manufactures desdits pays et des susdites colonies.
«Et Sa Majesté ayant néanmoins désiré de ne pas soumettre les pays en alliance ou en amitié avec elle, à des Inconvénients plus graves que ceux qui sont absolument indispensables pour donner effet à la
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première détermination de Sa Majesté , de contrecarrer les desseins de ses ennemis, et ayant, par conséquent, fait quelques exceptions et modifications expressément détaillées dans le susdit ordre du 4 4 novembre, et dans certains ordres postérieurs du 25 novembre et du 4 8 décembre 4 807, ainsi que du 30 mars 4808, tous servant à expliquer Tordre susdit du 4 4 novembre.
«Et comme, en conséquence de différents événements qui ont eu lieu depuis la date du premier des ordres susdits , concernant les rapports entre la Grande-Bretagne et les territoires d'autres Puissances, il est devenu utile que différentes parties ou dispositions des susdits ordres fussent changées ou rapportées ;
a Sa Majesté, ayant entendu Tavis de son conseil privé, a trouvé bon de rapporter et d'anuuUer les différents ordres susdits, en exceptant ce qui sera dit ci-après ; et les susdits ordres, avec Texception susdite, sont ainsi rapportés et annullés par ces présentes.
«Et Sa Majesté, ayant entendu Tavis de son conseil privé, a trouvé . bon d'ordonner et il est ordonné par ces présentes, que tous les ports et places vers le nord jusqu'à la rivière d'Ems inclusivement, soumis au gouvernement qui s'appelle royaume de Hollande, et tous les ports et places de la France, ensemble avec les colonies, plantations et établissements possédés par ces deux gouvernements et par chacun d'eux, ainsi que les ports et places de la partie septentrionale de Tltalie, à partir des ports d'Orbitelio et Pesaro inclusivement, seront et continueront d'être soumis , pour ce qui concerne le commerce et la navigation , aux mêmes restrictions, sans aucune exception, qui ont lieu dans le cas du blocus le plus rigoureux par les forces maritimes de Sa Majesté , et que tout bâtiment faisant commerce avec les susdits pays, colonies, plantations ou établissements, soit y allant, soit en revenant, sera condamné comme bonne prise en faveur des capteurs, ensemble avec tous les biens et toutes les marchandises à son bord.
a Et Sa Majesté a trouve bon d'ordonner encore, et il est ordonné par ces présentes , que le présent ordre sera en vigueur à compter du jour de sa date, autant qu'il concerne un bâtiment quelconque, avec son chargement, qui pourrait être capturé postérieurement au susdit jour, pendant le cours d'un voyage qui est et sera rendu légitime en vertu de cet ordre, quoiqu'à l'époque du commencement de ce voyage, il ait été illégitime et défendu en vertu des susdits ordres antérieurs, et qu'un tel bâtiment ayant été capturé , sera par conséquent restitué ; et pour autant qu'il concerne tous les bâtiments avec leurs chargements qui seraient capturés pendant le cours d'un voyage permis par les exceptions contenues dans les ordres ci-dessus nommés, mais qui ne sera plus permis en vertu des dispositions du présent ordr.e, Sa Majesté a trouvé bon d'ordonner et il est ordonné par ces présentes que de tels bâtiments, avec leurs chargements, ne seront point sujets à la condamnation , à moins qu'en effet ils n'aient eu connaissance de l'ordre présent avant la capture, ou, à défaut de cette connaissance, jusqu'à l'expiration des mêmes délais, à compter du jour de la date du susdit ordre, qui ont été accordés pour la connaissance supposée, par les ordres du
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S5 novembre fS07 et du 48 mai 4808, aux différentes places et latitudes y spécifiées.
« Et les très-honorables lords commissaires du trésor de Sa Majesté, les principaux secrétaires d'État de Sa Majesté , les lords commissaires de Tamirauté, les juges de la baute-eour de Tamiranté, et les juges des cours de vice-amirauté, seront tenus, chacun en ce qui le concerne, de donner à cet égard les instructions nécessaires.»
Un arrangement provisoire était, à cette époque, sur le point d'être conclu entre les États-Unis et la Grande-Bretagne ; c'était rengagement pris d'accorder une réparation pour Paffaire du Chesapeake {voir chap. XXVII), ainsi que le rétablissement des relations commerciales entre les deux pays ; le roi de la Grande- Bretagne signa, en conséquence, le 29 mai 1809, un ordre qui apportait, en ce qui concernait le commerce maritime de l'Union américaine, quelques modifications à Tordre du 26 avril précédent :
«Palais de la reine, le 29 mai 4809.
a Sa Majesté présente au conseil ;
a Considérant que par son ordre en conseil, du 26 avril dernier, Sa Majesté a trouvé bon de déclarer certains ports et certaines places dans les pays qui ont été dernièrement appelés royaume de Hollande, soumis aux restrictions attachées à un blocus rigoureux, et cela en continuation de Tordre précédent de Sa Majesté du 4 4 novembre 4 807 ; et considérant qu*on a reçu la nouvelle d'un certain arrangement provisoire fait par l'envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de Sa Majesté en Amérique avec le Gouvernement des États-Unis, par lequel il est entendu que les ordres en conseil de Sa Majesté, du 7 janvier et du 4 4 novembre 4 807, seront, pour ce qui concerne les États- Unis, révoqués le 4 0 juin prochain ;
« Et considérant qu*il peut être arrivé ou qu*il peut arriver, quoique le susdit arrangement provisoire ne soit pas tel qu'il avait été autorisé par les instructions de Sa Majesté , ou tel que Sa Majesté puisse Tapprouver , que des personnes étant citoyens des susdits États-Unis , se confiant au susdit arrangement provisoire, puissent être induites à commercer avec les susdits ports et places de Hollande, en contravention et en violation des restrictions apportées aux susdits ordres du 7 janvier et du 4 4 novembre 4 807, par Tordrt du Î6 avril dernier; or, pour prévenir tout inconvénient qui pourrait résulter des circonstances cidessus mentionnées , Sa Majesté ayant entendu Tavis de son conseil intime , a trouvé bon d'ordonner, et il est ordonné par ces présentes, que les susdits différents ordres seront suspendus , autant qu'il est nécessaire pour la protection des bâtiments des susdits États-Unis qui navigueraient en se confiant au susdit arrangement provisoire ; qu*à partir du 9 juin prochain, aucun bâtiment des États-Unis qui aurait reçu ses expéditions, entre le 4 9 avril dernier et le 20 juillet suivant, avec destination de quelqu'un des ports des États-Unis pour quelqu'un des ports
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de la Hollande susdite, ne sera molesté ni son voyage interrompu par les commandants des vaisseaux de Sa Majesté ou des corsaires.
<in est encore ordonné qu*aucun des bâtiments des États-Unis, qui aurait pris, avant le 20 juillet prochain, ses expéditions d*un port d'Amérique pour un autre port permis, et qui, pendant son voyage, et ayant eu connaissance du susdit arrangement provisoire , aurait changé sa destination pour se rendre dans quelqu'un des ports de Hollande , ne pourra être molesté ni son voyage interrompu par les commandants de quelqu'un des vaisseaux de Sa Majesté ou par des corsaires, à moins qu*un tel bâtiment n*eût été, pendant le cours de son voyage, informé de cet ordre, et qu'il n'eût été averti de ne point se rendre dans quelqu'un des ports de Hollande, et que, malgré cet avertissement , il n'eût fait une tentative pour se rendre dans un tel port.
« n est encore ordonné qu'à compter du susdit 9 juin prochain, aucun bâtiment des susdits États-Unis qui aurait pris ses expéditions, ou qui serait destiné pour quelqu'un des ports ou places de Hollande, provenant d'une autre place ou d'un autre port non soumis aux restrictions du susdit ordre du 26 avril dernier, après avoir eu connaissance du susdit arrangement provisoire, ne pourra être molesté ni son voyage interrompu par les commandants des vaisseaux de Sa Majesté ou par des corsaires, pourvu qu'un tel bâtiment ait pris ses expéditions à l'endroit de son départ avant d'avoir eu connaissance de cet ordre, ou, à défaut de preuves qu'il en ait eu connaissance avant les époques postérieures à cet ordre , qui ont été fixées pour la connaissance présumée de l'ordre de Sa Majesté du H novembre 4 807, par les ordres du 25 novembre 4S07 et du 4 8 mai 1808, pour de certaines places et latitudes y mentionnées, à moins qu'un tel bâtiment n'ait été, pendant son voyage, informé de cet ordre ou averti de quelqu'un des bâtiments de Sa Majesté, ou par des corsaires, de ne point se rendre à un port de Hollande , et que , malgré cet avertissement , il ne fît des tantatives pour se rendre à un tel port
a Et, en outre. Sa Majesté à trouvé bon d'ordonner, et il est ordonné par ces présentes , que les différents susdits ordres du 7 janvier et du Il novembre 1807, ainsi qu'ils ont été changés par le susdit ordre du 26 avril dernier, seront également suspendus, autant qu'il est nécessaire pour la protection des bâtiments des susdits États-Unis qui auraient pris, entre le 9 juin et le I®' juillet prochain, leurs expéditions de quelqu'un des ports de Hollande pour quelque port non compris sons les restrictions du blocus ; bien entendu cependant que rien du contenu du présent ordre ne sera étendu ni supposé pouvoir s'étendre à la protection des bâtiments ou de leurs chargements qui pourraient être sujets à la condamnation, ou à être détenus pour toute autre raison que pour la violation des susdits ordres du 7 janvier et du H novembre 1 807, ainsi qu'ils ont été changés par le susdit ordre du 26 avril dernier.
«Bien entendu aussi que rien du contenu de cet ordre ne sera étendu ni interprété s'étendre à la protection d'un bâtiment qui pourrait tenter d'entrer dans un port effectivement bloqué par quelqu'un des bâtiments de guerre de Sa Majesté.
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268 LIVRE n. CHAPITRE XXVL
« Et les très-honorables lords commissaires da trésor de Sa Majesté, les principaux secrétaires d'État de Sa Majesté , les lords commissaires de Tamirauté, le juge de la haute-cour d*amirauté et les juges des cours de vice-amirauté, sont chargés de donner, chacun en ce qui le concerne, les instructions nécessaires relativement à cet ordre.
Signé : Etienne Gottrell. »
Quoiqu'il en soit, le traité ne fut pas ratifié, et M. Canning déclara que M. Erskine, ministre britannique aux ÉtatSrUnis, avait outrepassé ses pouvoirs.
M. Jackson y envoyé pour remplacer M. Erskine, ayant pris, dans sa correspondance avec M. Smith, secrétaire d'État des États- Unis, un ton de nature à provoquer le mécontement le plus vif de la part du gouvernement de TUnion, fut renvoyé par le président.
Les négociations ultérieures, qui se prolongèrent fort longtemps, n'amenèrent aucun résultat satisfaisant ; le commerce maritime des États-Unis continua de souffrir, de plus en plus, des procédés de la Grande-Bretagne ; il fallait un terme à cette situation. Le gouvernement de l'Union pensa que des hostilités réelles valaient mieux que des tiraillements continuels ; il déclara, le 48 juin 4842, la guerre à l'Angleterre.
. Le 22 du même mois , Napoléon déclara la guerre à la Russie !
Au moment même oti un allié lui venait en aide sur mer. Napoléon se trouvait, sur le continent et par sa volonté, en face d'un ennemi puissant!
Afin de compléter le tablean d'une époque qui vit se développer autant d'événements de la plus haute importance, il convient de rétrograder un instant, jusqu'à l'année 1807, au moment où les traités de Tilsit qui donnèrent la paix au continent reconnurent l'existence des rois dont Napoléon avait signé le diplôme, en traçant avec sa vaillante épée la limite de leurs États ; et eurent, pour conséquence immédiate, l'adoption, par toutes les Puissances maritimes , moins la Suède , du système continental, c'est-à-dire la fermeture des ports de VEurope au commuée maritime de V Angleterre,
L'année 1808 fut signalée par les hostilités qui éclatèrent entre la Suède et la Russie ; la réunion de nombreux territoires au territoire de l'empire français ; l'aSdication de Charles IV d'Espagne et celle de son fils, le roi Ferdinand VU : Napoléon leur donna pour successeur son propre frère, Joseph, roi de Naples. Ce prince vint placer, à Madrid, sur sa tète déjà couronnée le diadème qu'avait dignement porté Philippe V de Bourbon, et remit
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RUPTURE DE LA PAIX D'AMIENS. 3flg
aux mains d'un héros, Joachim Murai, grand-duc de Berg, le sceptre qu'avait tenu d'une main faible Ferdinand IV de Bourbon, roi des Deux-Siciles, lequel avait abandonné sa capitale italienne, pour aller se mettre, à Palerme, sous la protection oppressive d'un gouverneur anglais ; enfin , le congrès de rois qui fut tenu à Ërfurt, appartient encore aux fastes de l'année 4808.
En 4 809 , il faut enregistrer la victoire de Wagram qui donne UDe archiduchesse d'Autriche pour compagne à l'homme le plus éminent de l'histoire, depuis Gharlemagne ; la captivité en France du pape Pie VU, dont les États furent réunis à l'empire français; l'abdication du roi Gustave IV, le 29 mars, à Gripsholra; la paix conclue, le 47 septembre, à Friedrichsham , entre la Suède et la Russie, qui acquit la Finlande et l'a conservée ; la paix conclue à Vienne , le 1 4 octobre , entre TAutriche et la France ; la paix signé, le 40 décembre, à Jœnkiœping, entre le Danemarck et la Suède, qui, moins d'un mois plus tard, le 6 janvier 4840, signa également la paix avec la France, et rentra en possesmon de la Poméranie et de Tile de Rugen, que le congrès de Vienne, en 4845, a fait passer sous le sceptre du roi de Prusse.^)
La guerre continuait d'ailleurs sur mer avec l'Angleterre, et sur le territoire du royaume d'Espagne ; l'Europe toutefois semblait devoir respirer plus librement pendant quelques années : ce ne fut qu'un armistice de deux ans et demi 1
Les années 1840 et 484 4 sont remarquables par le mariage de Napoléon, célébré le 2 avril 4840, et par la naissance, le 20 mars 4844 , du prince impérial, qui reçut au berceau le titre de Roi de Rome, prince infortuné dont le beau visage porta jusqu'au tombeau l'empreinte de la douleur ; qui connut à peine les caresses de sa mère dont il fut séparé fort jeune , et la tendre et vive affection du père illustre qui, après avoir rempli l'Univers de sa renommée et l'avoir éclairé de sa gloire, s'est vu enchaîner vivant, en quelque sorte, sur un rocher battu, de tous iBs côtés, par les vagues de l'Océan , sous la surveillance d'un geôlier mé^ chaDt et tf^acassier, jusqu'au moment où il rendit^ le 5 mai 4824, sa grande âme à Dieu I
C'est encore à cette époque qu'appiartiennent le cbangetnent de dynastie royale en Suède , au profit d'un grand homme de guerre, le maréchal Bernadette , prince de Ponte-Gorvo , élu , le 24 août
M Voir dans la première partie , titre III , § 34 , Tattaque que fit l'amiral Gambi'er, sur la rade des Basques, de la flotte française, au moyen de brûlots incendiaires, «expédition atroce», dit M. Thiers, «qui a coûté à r Angleterre beaucoup plus qu'a « la France. »
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4810, prince royal de Suède, et qui a régné depuis sous le nom de Charles XIY Jean ; la réunion, le 9 juillet 4840, du royaume de Hollande à l'empire frança/s, par suite de l'abdication du roi Louis Napoléon, signée le premier jour de ce même mois ; enfin, le soulèvement des immenses colonies espagnoles de rAmérique du Sud , séparées à jamais de la mère-patrie , et dont l'indépendance politique a été reconnue, depuis cette époque, par toutes les Puissances du Globe, et par l'Espagne elle-même.
Le roi Louis Napoléon n'avait accepté la couronne de Hollande qu'avec la résolution de défendre l'indépendance, la nationalité et les intérêts de ce pays ; il régna en prenant ces principes pour guide. Après quatre ans d'exerdce de la souveraine Puissance, reconnaissant que le resserrement, de plus en plus rigoureux, du blocus continental devait être, pour la nation bollandaise (dont l'existence était toute maritime et dont le négoce était le premier besoin), une cause de ruine qu'il ne pouvait conjurer, le roi Louis Napoléon descendit du trône le 9 juillet 4840.
Dans plusieurs autres pays, en Russie particulièrement, on souffrait vivement du blocus et des restrictions commerciales décrétées par l'Angleterre et par la France, bien que l'industrie intérieure eût fait, partout à peu près, des progrès réels, depuis que les échanges ^vec la Grande-Bretagne étaient interrompus et que cette nation manufacturière n'inondait plus de ses produits le continent européen.
Le gouvernement britannique sût profiter et tirer parti de la lassitude qui se manifestait parmi les diverses populations, courbées sous le joug de la France. Habile dans tous les temps à susciter des ennemis à la France qu'il regarde, au point de vue surtout de l'industrie et du commerce maritime , comme la rivale la plus redoutable de l'Angleterre, il recberidia secrètement des alliances sur le continent.
Napoléon pour prévenir et contrebalancer les menées politiques de son ennemi, s'était lié, par des traités, le 34 février 4842, avec la Prusse, et, le 42 mars suivant, avec l'Autriche.
U reconnaissait depuis quelque temps que son alliance avec la Russie devenait chancelante de plus en plus; il lui déclara la guerre le 22 juin.
Dès le 24 mars, la Russie avait attiré la Suède dans son alliance; le 28 mai, elle signa la paix, à Bucharest, avec la Porte- Ottomane.
De son côté, la cour de Suède se hâta de signer un traité de paix, à Oërebro, le 4 8 juillet, avec la Grande-Bretagne.
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Enfin, la Russie qui oégociait avec les Cortès d'Espagne, assemblées à Cadix, signa, le 20 juillet, avec leur envoyé et plénipotentiaire, à Welliki-Louki, un traité d'alliance et d'amitié.
Les hostilités commencèrent
Chacun connaît les brillants événements de guerre, pour Tarmée française, au début de la campagne ouverte contre la Russie, et les catastrophes dont ils furent suivis.
Napoléon arriva vainqueur, le 44 septembre 4812, à Moscou, où il eut le tort incroyable de rester jusqu'au 48 octobre ; son armée , étreinte par le climat glacé , tiraillée par les corps de Cosaques qui inquiétèrent sa retraite^ arriva engourdie et mutilée en quelque sorte, mais cependant sans avoir perdu toute énergie, devant la Bérésina qu'elle passa le 26 et le 27 novembre.
Xe BO décembre, le général d'Yorck qui commandait les forces prussiennes, agissant, dit-on, à l'insu de son souverain dcmt tout ce qui ressemblait à la trahison eut révolté la loyauté, conclut une convention militaire secrète avec le général russe qui commandait les troupes auxquelles celles du général d'Yord: étaient opposées; un c^ficier prussien, M. de Clausewitz, que sa haine contre Napoléon avait conduit spus le drapeau russe, servit d'intamédiaire en cette occasion.
Une fois ce fait immense accompli , et bien que le roi Frédéric-Guillaume m n'y eût point donné son assentiment préalable, une alliance fut conclue à Kalisch, le 23 février 4843, entre la Russie et la Prusse ; cette dernière Puissance signa également le 44 juin, à Reichenbach, une convention en vertu de laquelle la Grande-Bretagne lui assura, pour Faimée 4843, un subside de près de 70,000 livres sterling (4,750,000 francs).
L'Angleterre avait bâte de renverser la colossale puissance d'un ennemi qui avait entrepris de saper sa prospérité commerciale; elle fut, une seconde fois, depuis la révolution française, prodigue de ses trésors ; elle distribua des subsides aux États du continent et les détacha tous successivement de l'alliance française, à V exception du Danemarck qui, fidèle à sa politique loyale et à ses engagements, avait reserré son alliance avec la France, le 40 juillet 4812, et du roi de Saxe (dont une partie des régiments tournèrent leurs armes contre l'armée française, à la bataille de Leipzig, au mois d'octobre 4843). C'est ainsi que la Grandê-Bretagne assura, pour l'année 48*43, à la Suède un subside d'un million de livres sterling (25 millions de francs) ; à la Russie, d'un million 433,000 livres sterling (28,325,000 francs) ; et des subsides de moindre valeur à la Prusse, à la Bavière, au Wur^
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373 LIVRE n. CHAPITRE XXVI.
temberg, aa grand-duché de Bade, à Télectorat de Hesse-Gassel, h la principauté et au duché de Nassau, etc. etc.
L'Autriche, en présence des revers de Napoléon, qu'elle n'avait secondé que de la manière la plus molle pendant la campagne de Russie, s'allia à la Russie, à la Prusse et à la Grande-Bretagne, par les traités de Teplitz des 9 septembre et 3 octobre
L'année française avait été réorganisée: elle était encore imposante; malgré ses succès àLutzen, à Bautzen et àDresde, elle ne put toutefois se maintenir en Allemagne ; battue par les forces réunies de la coalition, et par suite de la défection d'une partie de l'armée saxonne, à Leipzig, dans les journées des 47, 48 et 49 octobre, elle se dirigea vers le Rhiu, culbutant à Hanau un corps bavarois, et elle se retrouva bientôt sur le territoire de l'ancienne France, où les armées coalisées ne tardèrent pas à la suivre.
Pendant ce temps-là, les armes de la France avaient également éprouvé des revers en Espagne ; les Anglais passèrent la Bidassoa, le 7 octobre. Napoléon, cédant à la nécessité, approuva le traité signé à Valencay, le 8 décembre 4843 ; il prit sur le front de son frère, le roi Joseph, la couronne des Espagnes pour la placer, de nouveau, sur la tète du roi Ferdinand VU ; le règne éphémère de Joseph s'évanouit devant le principe de la légitimité dynastique.
Il ne restait plus que deux alliés à Napoléon : le traité signé à Riel, le 4 4 janvier 4844, entre le Danemarck, la Suède et la Grande-Bretagne, lui enleva l'un; l'autre, Joachim Murât, dans l'espérance de sauver ses Étals , laissa ébranler ses sentiments de fidélité et de reconnaissance ; par ses traités des 6 et 4 4 janvier, il se joignit à l'Angleterre et à l'Autriche.
Le traite de Kiel du il janvier a fait perdre au roi de Danemarck son royaume de Norvège ; le traité de Naples du 44 janvi^ n'a pas conservé sa couronne au roi Joachim ; l'autriche, par l'article X de ce traité avait garanti à ce prince « ainsi qu'à ses «héritiers et successeurs , la jouissance libre et paisible de tous » les États qu'il possédait en Italie ! »
L'histoire dira comment le roi Joachim perdit sa couronne; elle dira, en le flétrissant de stigmates ineffaçables, l'odieux guetapens qui porta ce prince à débarquer sur la plage du Pizzo, où à la suite d'un ordre transmis par le télégraphe de Naples , un héros qui avait porté le diadème, auquel tous les souverains qui siégeaient, en ce moment, au congrès devienne, avaient donné
le titre de frère, reçut la mort, fasillé comme un forban sur la grève où il venait d^aborderl
Malgré les savantes manœuvres militaires de Napoléon et le courage infatigable de son armée, pendant la campagne de 4814, sur le territoire de la France ; malgré les victoires de Brienne, de Rheims, d'Arcy sur Aube, etc., Napoléon, vaincu par le nombre, se résigna. Un instant toutefois on crut que le rétablissement de la paix sortirait du congrès réuni à Chatillon ; mais Napoléon comptait parmi les négociateurs des ennemis personnels ^) ; les négociations furent donc bientôt rompues , et la déclaration des Puissances coalisées, publiée à Yitry, le 25 mars 4814, fit connaitre leur intention de réduire le territoire de la France à ses anciennes limites et de fonder la paix universelle.
Cette déclaration ne s'expliquait pas sur le sort réservé à Na* poléon, si la lutte tournait définitivement contre lui.*
Ce ne fat que le 31 mars 1814, lorsque les armées alliées eurent franchi les portes de Paris, après un combat acharné et une capitulation , que Pempereur Alexandre de Russie annonça à la nation française la résolution des Puissances coalisées, «de ne a plus traiter avec Napoléon Bonaparte , ni avec aucun des membres « de sa famille. »
Napoléon n'hésita plus.
Le 11 avril 1814, dans le palais de Fontainebleau, il traça de la main qui avait si glorieusement tenu le sceptre et Fépée, une abdication en ces termes :
« Les Puissances alliées ayant proclamé que Pempereur «Napoléon était le seul obstacle au rétablissement de la paix « en Europe , Pempereur Napoléon , fidèle à ses serments , dé< « clare qu'il renonce , pour lui et ses héritiers , aux trônes « de France et d'Italie , et qu'il n'est aucun sacrifice personnel, « même celui de la vie , qu'il ne soit prêt à faire à Pintérêt de « la France. »
Le même jour, un traité signé à Paris entre les plénipotentiaires de l'Autriche, de la Russie et de la Prusse, par le prince de Mettemich, le comte de Nesselrode et le baron (depuis prince) de Hardenberg, d'une part, et d'autre part par les plénipotentiaires de l'empereur, les maréchaux de France, Ney, prince de la Moskowa, et Macdonald, duc de Tarente, régularisa la position des
*) Nous savons d'une manière positive que Ton aurait tort de placer M. le prince de Mettemich au nombre des ennemis personnels de l'empereur Napoléon au congrès de Gliatillon.
CussY II. 18
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274 LIVBE n. CHAPITRE XXYI.
princes et princesses de la famille Impériale , et créa un royaumenain pour le colosse qui n'avait été abattu que par les forces réunies de toute VEurope : Napoléon dont l'empire embrassait l'Europe occidentale et une partie de l'Europe méridionnale , et s'étendait depuis Hambourg jusqu'à Rome ; Napoléon qui avait fait des rois, enlevé et rendu des couronnes, et dont les frères avaient occupé 4es trônes d'Espagne, de Naples, de Hollande, de Westphalie, partit, sous l'escorte des commissaires, nommés par les Puissances étrangères, pour aller prendre possession de sa souveraineté de File d'Elbe 1 1
La paix générale fut signée, le 23 avril 4844, à Paris, entre les Puissances alliées et la France représentée par Monseigneur le comte d'Artois, frère du roi Louis XVIII qui reprit la couronne de ses ayeux et le sceptre qu'avaient porté Philippe- Auguste, St. -Louis, Louis XII, François 1, Henry IV, Louis XÏV, et l'infortuné Louis XVI , Thomme de bien , prince méconnu parcequ'il n'avait que des vertus, et qui, plus légitimement qu'aucun autre souverain, aurait ménté de recevoir le titre de Père du peuple , s'il eut vécu à une époque moins fiévreuse, et moins agitée par la passion des réformes, par le besoin de l'inconnu, le désir du changement, l'esprit de parti, et par les menées des ambitieux.
La chiite de l'empereur Napoléon et la paix de Paris mirent fin au hlocus ou système continental^ — à cette lutte de procédés iniques de la part des deux gouvernements qui ne reculaient devant l'adoption d'aucun moyen de nuire à son ennemi, sans tenir aucun compte des dommages immenses qui devaient en résulter pour les autres nations. ^
Au reste, il faut le reconnaître, le cabinet britannique fut le premier à adopter ces mesures qui blessaient tous les intérêts des neutres, qui violaient tous les principes du droit maritime des nations ; ce fut uniquement par représailles que la France se vit contrainte de le suivre sur cette voie désastreuse. L'empereur, une fois décidé. à ne pas céder, comprit qu'il pouvait, en ralliant le continent à sa politique, ruinef pour longtemps Yindustrie et le commerce maritime de l'Angleterre ; ce but n*était point encore atteint en 4814 ; mais le système continental, probablement, aurait eu ce résultat, s'il n'avait pas fait peser un joug de fer sur les autres nations, dont l'Angleterre sut, ayec habileté, exploiter Pimpatience.
Voici le jugement qu'un écrivain a porté du système continental :
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(( Le commerce maritime languissait chez toutes les nations ; (( CD était réduit aux ressources intérieures ; il fallait suppléer au (c oianque de denrées coloniales.
«c Le pavillon français ne flottait plus sur les mers.
a La France n'était plus qu'une province intérieure comme le « Wurtemberg ou la Bavière.
« La vaste étendue de ses cotes , les belles embouchures de a ses fleuves ne lui procuraient plus que de stériles avantages.
« Si une telle situation eut duré plus longtemps , si les dé- « crets de Berlin et de Milan eussent été rigoureusement respecte tés, si Ton n'eut pas trafiqué des licences commerciales, c'en était a fait de la puissance maritime, du commerce, de l'industrie et a du génie mercantile de l'Angleterre ; isolée du monde entier et d comme abîmée au milieu de l'Océan , elle eut infailliblement a succombé.
a Le système continental a eu cependant de bons résultats; a l'industrie intérieure, obligée à de grands efforts, s'est élancée a dans une voie inoonuue. Il s'est élevé en France de nombreuses
«manufactures » (On en peut dire autant de l'Allemagne:
les efforts faits par les industriels allemands, à l'époque du système continental, ont, trouvé depuis une protection efficace dans le système du Zolherein.)
a L'essor de l'industrie française date du moment où l'admi- «nistration anglaise dénationalisa tous les pavillons et fit cesser « toutes les communications maritimes. ( Voir plus haut les ordres du conseil du 41 novembre 1807.)
« Il est à espérer que ce grand exemple de rivalités ja-
alouses entre deux grands peuples sera assez profitable pour «qu'on ne voie plus le retour d'aussi déplorables excès, et que «deux grandes nations si bien faites pour s'aimer et s'estimer,
a qu'une égale supériorité d'intelligence doit naturellement
« rapprocher l'une de l'autre , comprendront qu'il doit y avoir un «terme pour de vieilles et injustes préventions r>
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276 l'IVRE IL CHAPmiE IXYII.