‹ Phénomènes électriques de l'atmosphèreChapitre 21 sur 33 · RELATIONS DE · texte numérisé non relu

RELATIONS DE

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M. C. G. FJnemai trombe qui s'est proi valiée de Sœby, siti koping (Suède).

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Le 21 août 1885, Shanghai'.

Le temps était à l'o Markal,etungrosnu l'ouest. Devant ce nu paraissait comme un

1 Lettre de M. Lafosie, c( Sociél* mitforologique dt I P- n8, 1877).

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3 Compta rendui, octobre

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erva la même trombe t une seconde trombe luages noirs qui pasint compacte comme e et toute formée de :vêtrânt les uns dans Liaient une sorte de mouvement gyratoire inverse des aiguilles ait en même temps, iaiie n'atteignait pas ement, une sorte de , comme de la fumée stement attirée vers iissipa sur place au

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Exemples des manifestations électriques qui précèdent ou accompagnent les cyclones '.

f:. Selon tous les météorologistes^, des cirrus pré-

cèdent généralement les cyclones. Ces nuages prennent bientôt la forme de cumulus et de cumulonimbus, sillonnés de pâles éclairs^.

L'air devient lourd, étouffant. L'impression produite sur les animaux est surtout remarquable. Ils paraissent agités par une vive anxiété ; on voit les oiseaux de mer rallier la côte et y chercher un abri contre la tempête qu'ils pressentent.

Piddington cite de nombreux exemples de cyclones annoncés par des bancs de nuages s'étendant à l'horizon en manifestant des effets électriques d'une grande intensité.

« Des décharges électriques continues, que n'a

i Voir § 78, p. 123.

2 Zurcher et Margelle, Trombes et Cyclones, 1876, p. 192.

3 On retrouve ces effets pour ainsi dire, en miniature, dans les orages à grêle du midi de la France. (Voir notre note de la page 90.)

jamais pu soupçonner un physicien européen^ y ajoute-t-il, ne sont nullement rares dans les climats tropicaux* Dans la mer de Java, au large de la côte sud de Bornéo, on peut dire, sans exagération, que les éclairs s écoulent des nuages en cascades ou en colonnes, et par quatre ou cinq endroits à la fois. Dans la rade de Madras, les décharges de nappes if éclairs sont incessantes quelquefois pendant des heures^. »

i C'est précisément à l'aide de courants électriques continus de haute tension, au lieu de simples décharges des machines électriques ordinaires et des batteries de Leyde, que nous avons cherché à imiter les grands phénomènes électriques de l'atmosphère.

Quand les expériences que nous avons décrites seront plus connues, et répétées plus facilement avec les courants de haute tension, fournis par les puissantes machines dynamo-électriques dont on dispose aujourd'hui, nous avons lieu d'espérer que nos théories, basées sur ces expériences, seront adoptées par la plupart des météorologistes.

Parmi ceux devant qui nous les avons répétées, à l'aide de nos appareils, il y une douzaine d'années, nous citerons le très regretté Charles Sainte-Claire Deville, qui nous a franchement déclaré qu'avant d'avoir vu ces expériences, il ne soupçonnait pas l'importance du rôle que pouvait jouer l'électricité dans les phénomènes météorologiques.

2 L'opinion de Piddington est que les cyclones sont des phénomènes purement électriques. (Guide du marin, p. 27.)

G. Plamté, Phén. électriq. 18

Dampier a écrit au sujet des cycloms ou typhons du Tonkin.

« Avant le commencement du typhon, un nuage épais se forme dans le nord-est; il est très noir auprès de Thorizon, d'une couleur cuivrée vers son bord supérieur, et de plus en plus clair jusqu'à sa limite, où il est d'un blanc très vif. Ce nuage. inquiétant et menaçant se voit quelquefois douze heures avant l'arrivée du tourbillon. Il est accompagné de terribles coups de tonnerre, de larges et fréquents éclairs, et d'une pluie très épaisse. »

Les mouvements tournants, appelés par les Espagnols tomados, sont de véritables cyclones.

D'après les notes recueillies par le médecin anglais Boyle, pendant une station à Sierra-Leone, « l'approche des iornados est annoncée par l'apparition d'une petite tache claire de couleur argentée, (œil de bœuf) qui, se montrant d'abord à une grande hauteur dans le ciel, s'accroît bientôt et descend vers rhorizon avec un mouvement graduel, lent mais visible. En approchant, elle s'entoure d'un

anneau noir, qui s étend dans toutes les directions et finit par lenvelopper dans une impénétrable obscurité. La vie semble alors suspendue sur la terre et dans l'atmosphère ; une inquiète attente oppresse tous les êtres. L'esprit resterait abattu sous le coup d'une terreur anticipée, s'il n'était relevé par l'éclair d'une large flamme électrique, par les grondements de la foudre qui se rapproche rapidement et dont les éclats deviennent formidables. A ce moment, un tourbillon se précipite avec une incroyable violence de la partie la plus sombre de Thorizon,

enlevant les toits, brisant les arbres et désemparant les navires qu'il surprend*. »

Reid a décrit ainsi les phénomènes qui accompagnèrent le cyclone des Barbades, le lo août 183 1 ^.

A 7 heures du soir, le ciel était clair et le temps calme ; ce calme dura jusqu'après 9 heures, moment où le vent souffla du nord; vers 10M/2, on aper-

* Marié-Davy, Les Mouvements de l'atmosphère et des mers, p. 392. Paris, Maslon, 1S66.

« Zurcher et MargoUé, Trombes et Cyclones, 1876, p. 206.

cevait de temps en temps des éclairs dans le nordnord-est et dans le nord-ouest... Après minuit, les éclairs et les coups de tonnerre se succédaient avec une rapidité effrayante. Vers i heure du matin, la foudre éclatait dans toutes les directions. Vers 3 heures, les éclairs ayant cessé pendant quelques instants et en même temps que le vent, l'obscurité devint eflFrayante. On vit quelques météores tomber du ciel ; un surtout d'une forme sphérique et d'un rouge foncé, sembla descendre verticalement d'une grande hauteur; en approchant de terre, il se divisa en mille morceaux comme du métal en fusion et s'éteignit immédiatement.

Quelques minutes après l'apparition de ce phénomène, le bruit assourdissant du vent se changea en un rugissement lointain, et les éclairs prenant un effrayant développement, une vivacité et un éckt extraordinaires, couvrirent tout t espace entre les nuages et la terre pendant près d'une demi-minute.

Immédiatement après cette prodigieuse succession d'éclairs, Touragan éclata de nouveau de l'ouest avec une violence terrible et indescriptible, chas-

sant devant lui des milliers de débris de toute nature. Les maisons les plus solides furent ébranlées dans leurs fondements, et toute la surface de la terre trembla sous la force de cet effrayant fléau destructeur.

Dans les forts orages aux États-Unis, pendant les mois de juillet et d'août, l'atmosphère est tellement électrique que le fer exposé à l'air dans les grandes fabriques et dépôts s'aimante fortement.

M. Mériam a fait mention d'un fait digne d'être connu. 11 dit que pendant un grand orage qui eut lieu le 19 juin 1848 àTrenton (New-Jersey), et qui embrassa 1 100 kilomètres, tout le fer contenu dans une manufacture appartenant à M. Peter Cooper se chargea d'électricité. Un ouvrier voulut relever une chaîne et il fut lancé par terre ; un second ouvrier essaya d'en faire autant et il eut le même sort, enfin un troisième reçut un rude choc. Le fourgonnier reçut un autre choc quand il toucha le fer liquéfié. M. Mériam dit avoir été informé par un manufacturier qui a travaillé le fer pendant plus

de quarante ans, que chaque fois qu'une forte tempête électrique a lieu, on entend un bruit sourd et métallique parmi les masses de fer placées sur le sol*.

Le commandant Macé s'exprime ainsi dans la relation d'un cyclone rencontré par son navire, le Salarie, à 500 milles de Tîle Maurice, du 9 au 10 février 1884 •

« Le Salarie partit de Port-Louis (île Maurice) le 8 février 1884. Le 9, à 4 heures du soir, une tempête s'approche. A 8 heures du soir,' coup de vent. Le vent cyclonique tourne dans le sens des aiguilles d'une montre; pluie torrentielle. Le 10 février, à 3 heures du matin, l'ouragan devint d'une grande violence : nombreux éclairs^ tonnerre fréquent; la foudre tombe a plusieurs reprises auprès du navire; de superbes arcs voltaîques sufgissent entre la surface de la mer et le poids qui termine le paratonnerre de misaine *. »

i A. Poey, Sur les tempêtes électriques^ etc. (Annuaire de la Société météorologique de France^ t. III, p. 50).

2 Annuaire delà Société météorologique^ 3 2« année, p. 253. Août 1884.

r DE CYCLONES 279

'a Nature la reintion nne de 35 kilomètres lata sur le Havre, le irnait en sens inverse e soir il se manifesta s la terre; elle laissa nt une masse de grêle j kilomètres de parrge, causa 200 000 fr.

intense se détachait nifeîiatwns électriques ilusieurs éclairs ont n de ces globes s'est iter qui ont foudroyé lôpital.

nmuniqué à la Société la relation suivante, 'ssenger, d'un cyclone itre la violence que

i\' laaie, juin tSSj.p.aiM-

aSo RELATIONS DE TROMBES ET DE CYCLONES

peuvent acquérir ces redoutables météores dans certaines régions :

« Le nombre et la violence des cyclones qui, partis du Missouri, ont traversé les Etats d*lllinois et de Wisconsin le 1 8 et le 19 mai 1883, sont au delà de ce qu'on avait observé jusqu'alors dans le pays. On porte le nombre des morts à cinquantequatre et celui des blessés à deux cents*

« Vers 4 heures de l'après-midi, un violent otage électrique passa dans le voinage de la .ville de Racine, dans le Wisconsin, et les observateurs remarquèrent deux énormes nuages d'un noir d'encre qui traversaient le ciel dans des directions opposées : Tun venant du nord-est, l'autre du sud-ouest. Les deux nuages se rencontrèrent avec un bruit qui a été comparé à celui de plusieurs trains de chemin de fer passant à la fois sur un pont. Ce bruit terrible, qui porta la terreur au loin, se prolongea pendant deux minutes environ, et se ter-

mina par un coup de tonnerre semblable à la décharge d'un coup de canon de gros calibre. Les nuages restèrent un moment stationnaires, puis

i ET DE CYCLONES 381

se mirent à tourner, en se dirigeant vers le nord, formant un tourbillon d'un quart de mille de diamètre. Ils touchaient de temps en temps la terre, pendant qu'ils poursuivaient leur course folle. La vitesse du cyclone augmentait à mesure qu'il approchait de la ville de Racine ; il ressemblait alors à iin énorme tuyau de ^oo pieds de haut, au sommet duquel les éclairs jaillissaient , de telle sorte que l'idée d'une cheminée gigantesque de hauts fourneaux surgissait à l'esprit. L'orage enlevait tout ce qui se trouvait sur son passage dans la ville; la cheminée de brique d'une usine fut transportée à une distance de trois quarts de mille ; un chêne de 2 pieds de diamètre projeté à travers une maison ; plusieurs bâtiments furent mis sens dessus dessous, tandis que d'autres tournèrent sur euxmêmes. Une maison, probablement prise dans le centre du tourbillon, fut enlevée i 20 pieds audessus et flotta ainsi jusqu'au moment où la pression écrasa le bâtiment. Les cinq habitants de cette maison ont disparu sans laisser aucune trace ; on croit qu'ils ont été emportés dans le lac Michi-

gan. Une maison perdit son toit ; ses charpentes et pans de bois sont restés; mais toute la maçonnerie de brique a été arrachée comme la peau d'une orange. Vingt-huit personnes ont piri à Racine et trente ont été blessées. La nature des blessures était très curieuse : quelques-uns des blessés avait les yeux crevés, d'autres' avaient simplement les doigts brisés. »

« Rien n'est à négliger de ce qui peut entraîner une complète conviction dans la théorie des forces de la nature, et faire passer de l'inquiétude de la recherche à la sécurité de la vérité connue. Seraiton bien sûr, par exemple, de la théorie de larc-enciel, si, au moyen des gouttes d'eau que l'on fait jaillir soi-même en plein soleil, on n'avait pas reproduit dans toutes ses particularités ce brillant météore? Les expériences de cabinet sont modestes, mais utiles, donc estimables*. »

i Babinet, Études et lectures sur les sciences d' observation , t. I, p. 15; 1855.

284 RELATIONS d'aURORES POLAIRES

Ces lignes de Babinet nous ont encouragé à poursuivre, en 1876, les analogies que nous avions observées entre les effets des courants électriques de haute tension et les grandes manifestations électriques naturelles. Nous avons été conduit ainsi à la théorie exposée précédemment sur les aurores polaires. (§ 87 à § 110, p. 136 a 161.)

L'expérience bien connue de de la Rive sur la rotation des lueurs électriques, produites dans le vide, autour d'un aimant, avait déjà fait ressortir Torigine électrique des aurores polaires et leur liaison avec le magnétisme du globe ^

Mais il restait à expliquer encore un certain nombre de circonstances qui accompagnent leur apparition.

Dans les expériences que nous avons décrites, l'écoulement du flux électrique se produit au sein de masses humides, comme dans l'atmosphère, et les observations mentionnées plus haut (voir

1 Voir Traité d'électricité, par A, de Rive, t. II, p. 248, et t. III. p. 289. Paris, J.-B. Baillière et Fils, 1858.

ÏRBS POLAIRES 285

t 1^8) ainsi que les diallons citer montrent, nuageuses jouent un

iroduction des aurores

a décrit, comme il suit, :s boréales':

léridien magnétique du ommence à se rembru- '. de voile nébuleux qui ir atteindre unehauteur ■e segment obscur, dont au violet, les étoiles un épais brouillard. Un lumière éclatante, d'a-

ic et Galuski, 1856-1867, t. '.

bord blanc, puis jaune, borde le segment obscur. Quelquefois Tare lumineux paraît agité, pendant des heures entières, par une sorte à! effervescence et par un continuel changement de forme avant de lancer des rayons et des colonnes de lumière qui montent jusqu'au zénith. Plus l'émission de la lumière polaire est intense, et plus vives en sont les couleurs ; elles passent du violet et du blanc bleuâtre au vert et au rouge purpurin. Tantôt les colonnes de lumière paraissent sortir de l'arc brillant, mélangées de rayons noirâtres semblables à une fumée épaisse ; tantôt elles s'élèvent simultanément en différents points de l'horizon, et se réunissent en une mer de flammes dont aucune peinture ne saurait rendre la magnificence ; car, à chaque instant, de rapides ondulations en font varier là forme et l'éclat. Autour du point qui répond, dans le ciel, à la direction prolongée de l'aiguille d'inclinaison, les rayons paraissent se rassembler et former la couronne de V aurore boréale; c'est une espèce de dais céleste formé d'une lumière douce et paisible. Il est rare que l'apparition soit aussi complète et se

prolonge jusqu'à la formation de la couronne ; mais quand celle-ci paraît, elle annonce toujours la fin du phénomène.

« Les rayons deviennent alors plus rares, plus courts et moins vivement colorés. La couronne et les arcs lumineux se dissolvent, et bientôt on ne voit plus sur la voûte céleste que de larges taches nébuleuses immobiles, pâles ou d'une couleur cendrée; elles ont déjà disparu que les traces du segment obscur, par où l'apparition débuta, persistent encore à Thorizon. Enfin, il ne reste souvent, de ce beau spectacle, qu un faible nuage blanchâtre, à bords déchiquetés, ou divisés en petits amas, comme les cirro-cumuli,

« Cette liaison qui paraît exister entre la lumière polaire et t apparition d'une certaine espèce de nuages est confirmée par tous les observateurs; tous ont affirmé que la lumière polaire émettait ses plus vifs rayons, lorsque les hautes régions de l'air contenaient des amas légers de cirro-strati,

« Quelquefois les nuages se groupent et s'arrangent en plein jour comme les rayons d'une aurore

boréale; alors ils , paraissent troubler V aiguille aimantée, »

Arago a montré, dans sa Notice sur les aurores boréales, « que toutes les aurores, voire celles qui ne s'élèvent pas au-dessus de notre horizon et dont nous ne connaissons l'existence que par les relations des observateurs placés dans les régions polaires, altèrent fortehieni la déclinaison de V aiguille aimantée, V inclinaison et V intensité^ ».

Pendant deux cent six jours (de septembre 1828 à avril 1839) passés à Bossekop, sur la côte de West-Finmark, par 70° de latitude boréale, Lottin, Bravais, Lilliehook et Siljestrôm ont observé cent quarante-trois aurores boréales parmi lesquelles il s'en est trouvé soixante-quatre pendant la nuit de soixante-dix journées qui règne dans ces régions.

Le soir, entre 4 et 8 heures, d'après les descriptions faites par M. Lottin^ la brume légère qui

1 Notices scientifiques, t. I, p. 599.

2 Voyages en Scandinavie, en Laponie, etc.

RELATIONS d'AURORES POLAIRES 289

règne presque habituellement au nord, à la hauteur de 4 à 6**, se colore à sa partie supérieure, ou plutôt se frange des lueurs de laurore qui existe derrière. Cette bordure devient plus régulière et forme un arc vague à!unt couleur jaune pâle, dont les bords sont diffus et dont les extrémités s'appuient sur les terres.

II se forme des rayon'i qui s'allongent, se raccourcissent lentement ou instantanément; ils dardent^ augmentant ou diminuant subitement d'éclat. Tous ils semblent converger vers un même point du ciel, indiqué par la direction de Taiguille d'inclinaison; quelquefois ils atteignent ce point de réunion en formant ainsi le fragment d'une immense coupole lumineuse.

L'arc continue de monter vers le zénith ; il éprouve un mouvement ondulatoire dans sa lueur ^ l'éclat de chaque rayon augmentant successivement d'intensité.

Souvent l'arc n'est qu'une longue bande de rayons qui se contourne, se sépare en plusieurs parties, formant des courbes gracieuses qui se

G. Planté, Phén. électriq. 19

-tp»™

290 RELATIONS d'AURORES POLAIRES

reterment presque sur elles-mêmes, et offrent, n'importe dans quelle partie de la voûte céleste, ce que Ton a nommé des couronnes boréales.

Les courbes se forment et se déroulent comme les plis et les replis d\un serpent^ les rayons se colorent de diverses nuances.

De nouveaux arcs se succèdent à Thorizon ; on en a compté jusqu'il neuf; ils se serrent les uns contre les autres, ils pâlissent avant d'avoir atteint l'horizon du sud, deviennent vagues et finissent par se confondre avec les nuages.

Après avoir décrit le mouvement ondulatoire des rayons auroraux, Bravais ajoute que les rayons ont aussi un mouvement longitudinal ou vibratile qu'il est bonde noter. « Lorsque le rayon, restant à peu près à la même place, s'allonge rapidement vers le haut ou vers le bas, nous disons qu'il darde, , . Lorsque le rayon s'abaisse et remonte alternativement sans que sa longueur change d'une manière notable, nous disons qu*il joue ou danse. Cest un accident des plus fréquents, et l'un de ceux

qui caractérisent le mieux les aurores boréales. Ces rayons jouant et dansant sont les caprœ saltantes des anciens auteurs, les marionnettes des habitants de Terre-Neuve et du Canada, les merry dancers des Anglais.

« Ces mouvements sont souvent accompagnés de changements correspondants dans Téclat des rayons; en général, plus les mouvements sont rapides et plus les rayons deviennent brillants. D'autres fois enfin, les rayons paraissent et disparaissent alternativement à la même place sans changer sensiblement de forme ou de grandeur ^ »

M. Siljestrôm a fait l'observation suivante au sujet des aurores boréales de Bossékop :

« Une circonstance me paraît très digne d'attention... Si les lueurs restaient quelque temps au-dessus de l'horizon, il y avait toujours au-dessous d'elles un espace noir sur lequel elles reposaient ou duquel elles paraissaient provenir..

* Voyages tn Scandinavie et Lapotiie, etc., p. 501.

<ji I

292 RELATIONS d'aURORES POLAIRES

« Les lueurs détachées semblaient aussi émaner de semblables espaces noirs, et souvent je voyais des colonnes de lumière entre deux espaces noirs superposés Vun à Vautre. . .

« J'observai très souvent que, laurore ayant émané, quelque temps auparavant, d'une semblable tache noire, celle-ci diminua peu à peu, ou même disparut tout à fiiit, et que l'aurore déclina dans la même proportion.

« D'après l'apparence de ces taches noires, il me paraît évident qu'elles étaient réellement formées de vapeurs fort éloignées, mais très fines, puisque j'observai quelquefois des étoiles au travers d'elles*.»

Dans une importante étude sur les aurores polaires*, M. Angot a fait ressortir l'importance que jouent les nuages dans la production des aurores boréales :

1 Voyages en Scandinavie, etc., p. 558.

* Alfred Angot, Les aurores polaires, (Voir la Lumière électrique, dix articles du 21 octobre au 23 décembre, 1882.)

RELATIONS D'aURORES POLAIRE^ 293

« Non seulement les bandes nuageuses ont une grande analogie de forme et de position avec certaines aurores polaires, mais il semble y avoir dans certains cas la plus étroite connexion entre les deux phénomènes. Tantôt, quand l'aurore polaire disparait le matin devant la clarté du jour, on la trouve remplacée dans le ciel par des bandes de cirro-stratus ; plus souvent encore ce sont ces nuages qui se montrent d'abord dans la journée, et la nuit suivante, on aperçoit les rayons de Taurore. Weber et M. H. Fritz *■ ont constaté ainsi que toutes les fois qu'ils observaient les bandes nuageuses pendant le jour, il y avait, la nuit suivante, quelque manifestation aurorale.

« Depuis Frobesius, qui indiquait déjà certaines de ces relations en 1739, "" grand nombre d'observateurs, Richardson, sir John Franklin, Wrangel, Winnecke, Hildebrandsson, etc., ont cité de nombreux et curieux exemples de cette analogie des deux phénomènes, analogie si complète que

4 Hermann Fritz, de Zurich, Das PolarUcht^ i88r.

294 RELATIONS d'AURORES POLAIRES

Winnecke n'hésitait pas à considérer les cirro-stratus comme les véhicules mêmes des lueurs aurorales. « Dans ses observations prolongées sur les aurores boréales, Weyprecht est arrivé à des conclusions identiques. D après lui les phénomènes lumineux deTaurore sont tels que la lumière semble liée intimement à des particules matérielles. En effet, partout où plusieurs rayons se croisent,

rintensité de la lumière augmente ; il en est de même là où une bande aurorale semble faire un pli; de plus, on dirait que le vent agit sur l'aurore qui paraît comme déchirée après les tempêtes. Enfin la présence des nuages semble favoriser le développement des aurores boréales, »

Dans son ouvrage sur Taurore boréale *, M. S. Lemstrôm a donné les belles descriptions suivantes des aurores qu'il a observées lui-même pendant ses voyages dans les réglons septentrionales :

4 S. Lemstrôm, L'Aurore boréale, p. 8 et suiv. Paris, Gauthier- Villars, i886. Voir aussi Science et Nature^ t. IV, n» 103, p. 376. Paris, 1885.

<c Le 15 octobre 1868, le bateau à vapeur suédois Sopbia,. revenant du Spitzberg, se trouvait devant Tîle déserte Beeren Eiland. Un vent d'est terrible, une vraie tempête, soulevait la mer dont les vagues immenses, se brisant contre un banc sous-marin, venaient par intervalles inonder le pont du navire, en y laissant des couches d'eau immédiatement glacées.

« La mer agitée présentait un spectacle admirable pendant le court crépuscule qui, dans l'automne de ces contrées, remplace le jour. Mais la scène prit un caractère encore plus imposant pendant la nuit éclairée par les lueurs vacillantes et mystérieuses de Taurore boréale.

« Un peu avant minuit, un nuage noir * se leva à rhorizon, en s'étendant sur un ciel bleu foncé où brillaient les étoiles couvertes çà et là d'un léger voile.

« Le nuage étant environ à 60° au-dessus de

1 Nous indiquons en Haliques les passages de ces descriptions qu nous paraissent mériter une attention particulière au point de vue du mode de production des aurores.

296 RELATIONS D'aURORES POLAIRES

rhorizon, ses bords commencèrent à s'éclairer d'une lueur jaunâtre, et bientôt // en jaillit des jets lumineux d'un violet rougeâtre irisés de nuances jaunes. et vertes. Près du zénith, les rayons formèrent une admirable corona borealis qui malheureusement disparut presque aussitôt.

« Durant le phénomène, une lueur magique éclaira tout à coup la mer et nous pûmes un instant apercevoir les vagues mugissantes dont les sommets argentés d'écume se heurtaient contre le navire avec un bruit étourdissant, accompagné d'un chant formidable produit par la tempête dans les cordages du navire. Aussitôt après, la lumière disparut, et l'obscurité nous enveloppa plus profonde et plus sinistre qu'auparavant. »

« Le 18 octobre 1868, le même navire s'approchait des côtes de la Norvège par un vent qui devint contraire au dernier moment.

« A l'ouest de l'horizon, nous remarquâmes alors deux couches de nuages, que séparait nettement une bande bleue du ciel, croisée par une

RELATIONS d'auRORES POLAIRES 297

bande striée d'un jaune pâle. C'était le faible commencement d'une aurore boréale dont la splendeur devait bientôt surpasser tous les phénomènes du même genre que nous avions observés jusqu'alors pendant le voyage.

<( Les bords de la couche supérieure des nuages s' éclairèrent peu à peu, et bientôt nous en vîmes sortir des flammes isolées qui parfois montaient jusqu'au zénith. Subitement le phénomène embrassa tout l'horizon. Partout des flammes y partout des jets d' étincelante lumière, jaunes dans le bas, verts au milieu et rouge violet à l'extrémité supérieure. En un instant, tous les rayons se réunirent en une couronne régulière et éblouissante qui se dessina sur le ciel au sud du zénith.

« Quand le phénomène fut arrivé à son maximum d'intensité, il nous fit l'effet de la voûte immense d'un temple au milieu de laquelle brillait un lustre splendide.

« L'apparition ne dura que quelques minutes, mais en s'effaçant^ elle laissa encore après elle une ^one lumineuse entre les couches de nuages. De la cou-

298 RELATIONS d'aURORES POLAIRES

che supérieure continuèrent à s'élancer, à de courts intervalles, des rayons isolés qui montaient jusqu'au zénith et y formaient les fragments d'une couronne. Les bords des couches des nuages restèrent lumineux alors même que les rayons eurent disparu. »

La description qui précède est accompagnée, dans l'ouvrage de M. Lemstrom, d'une planche chromolithographique représentant cette magnifique aurore boréale. La figure 46 en donne une faible idée*.

Une telle apparence serait absolument inexplicable, si nous n'en trouvions l'analogue parmi les phénomènes que nous avons observés, en 1877 ^ lors de l'écoulement d'un flux électrique de haute tension à la surface d'une masse liquide.

1 M. Lemstrôm fait observer que la planche ne reproduit que la demi-partie de Phorizon, et que lecteur devra se représenter, par la pensée, l'autre partie qui manque.

2 Comptes rendus, i" octobre 1877, et Recherches sur Vèkctricité, 1879, § »38.

RELATIONS o'AURORES POLAIRES 299

Feuillet écrivait, en 1856, dans son Traité de physique et de mététfrologie : « Le phénomène des aurores boréales paraît être le plus magnifique, le plus imposant, le plus resplendissant de ceux qui puissent s'offrir à nos regards et, en même temps, le plus compliqué, le plus inextricable, le plus insaisissable de ceux qui s'oflFrent à nos recherches... Ce serait le désespoir de la science, si la science pouvait se désespérer, mais, tous les jours, elle apprend qu'il y a entre les phénomènes naturels des liens de subordination nécessaires... Peut-être un simple fait, jusqu'à ce jour inaperçu, sufFira-t-il pour lever le voile qui nous cache depuis si longtemps tous les mystères de l'aurore boréale. »

Nous croyons donc pouvoir rapprocher du beau phénomène naturel représenté figure 46 les effets lumineux produits au point de rencontre d'un puissant flux électrique et d'une couche d'eau distillée (fig. 47 et fig. 48).

La différence d'échelle entre ces phénomènes est

^oo

ATIONS D AURORES POLAIRES

telle qu'il semble téméraire d'oser les comparer '. Mais si on agrandit, à l'aide d'une lunette ou même d'une simple loupe, le phénomène produit dans

l'expérience de cabinet, on est également témoin

[| est toujours difficile pour l'esprit d'admettre une analogie entre des effets de grandeurs très différentes. Qjiand on a comparé, pour b première fois, la lumière et le bruit de la faible étincelle électrique, provenant d'un bâton de verre Trotte, i l'éclair et au tonnerre, ce rapprochement a paru inadmissible.

Il est regrettable, a dit Peltier, qu'on ait méconnu si longtempi

d'un beau spectacle, et les effets qu'on observe sont tout à fait analogues à ceux de l'aurore polaire appartenant au type remarquable décrit par M. Lemstrôm '.

urée, p>r l'ccoulcmenl d'un flun tleclilquc I. (Cm figur« .ont rtayinéa, ttlkt <iu-.

On y retrouve, en effet, les rais, formant une

■cette inilogic; il en est résulté un grand retard dans l'application des lais de l'électricité statique aux cfTets connus de certains mé-

' Nous n'avons pas agrandi dans les figures 47 et ^8 lei phénomènes obierrés dans nos cipériences. Ils sont rcpréientés de grandeur na-

nomique, et la couche d'eau distillée paraît occuper ainîi la partie supérieure.

Dans rassimilation de ces figures à celles des aurores, nous n'en-

302 KCLATIOKS D AURORES POLAIRES

sorte de rouet et illuminés d'une lumière douce et paisible de couleur tleu cendré, comme celle qui est signalée dans les descriptions d*aurores boréales, et qu'on remarque également dans la figure chromolithographiée de M. Lemstrom.

Ces rais et les points lumineux qui les forment par leur mouvement de va-et-vient, changent continuellement de place et de courbure, et semblent fouer comme des feux follets; les images qu'ils offrent se succèdent à Tinstar de celles d'un kaléidoscope. Finalement, ils donnent naissance à des

tendons pas que la terre corresponde à l'électrode métallique d'où émane le flux d'électricité. Ainsi que nous l'avons exposé, § loo, p. 149, nous considérons les aurores comme résultant de Técoulement de Télectricité accumulée dans les régions élevées de Tatmosphère vers des régions plus élevées encore, et produites à la rencontre des nuages glacés qui s'y trouvent. Nous ne pouvons imiter cet écoulement d'électricité qu'à l'aide d'un conducteur métallique qui représente les masses électrisées de l'atmosphère, mais non la terre elle-même. Faute de pouvoir disposer de vastes couches d*air électrisées comme celles de la nature, on est obligé de se contenter de cette approximation, de même que dans l'imitation des phénomènes ordinaires de la foudre, à l'aide des machines à électricité statique, on n'obtient des étincelles semblables aux éclairs, qu'en les faisant artir de conducteurs métalliques. L'analogie des effets lumineux oduits n'en est pas moins complète.

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