I.C moiivemoiit coor«loiiiié et taon rôle
En quoi se réduit en dernière analyse l'impression d'un sens quelconque; conditions de la perception et de la sensation ; chaque idée a pour expression naturelle un mouvement propre, spécial. — Rôle des nerfs et du cerveau dans la sensation et dans la perception, — La sensation, la perception et les opérations intellectuelles auxquelles elles donnent lieu, se révèlent par des mouvements coordonnés, de même que les j)hénoniènes de l'univers; origine et caractère du langage naturel.
En étudiant le fonctionnement des organes des sens, il est facile de voir que l'impression d'un sens quelconque, se réduit, en dernière analyse, à une communication de mouvement aux nerfs ; mouvement que les nerfs conduisent ensuite au cerveau; c'est par l'influence du mouvement cérébral sur l'ame ou principe de vie que la sensation et la perception ont lieu.
Ainsi, ia vision est produite par suite du mouvement communiqué aux nerfs optiques par les ondes lumineuses ; l'audition par suite du mouvement communiqué aux nerfs acoustiques par les ondes sonores; les nerfs de l'odorat, du gout, du
toucher, du sens interne, sont impressionnés par des mouvements que l'on ne peut pas toujours analyser, mais qui n'en existent pas moins; car ce n'est que par le mouvement qu'une impression peut se manifester de la périphérie au cerveau, et, en général, qu'un agent quelconque peut se manifester d'un point à un autre.
Que l'impression sur les nerfs ait pour cause un phénomène soit mécanique, soit physique, soit chimique, c'est toujours un mouvement qui se produit et qui est conduit au cerveau lorsqu'il y a sensation et perception. Si les nerfs sont paralysés, ou pour une cause quelconque, incapables de conduire ce mouvement au cerveau, il n'y a ni perception ni sensation.
Tout cela a été, croyons-nous, suffisamment démontré par ce qui précède.
Mais une chose à laquelle on n'a pas suffisamment fait attention, que l'on n'a pas étudiée d'une manière particulière et qui est ici de la plus haute importance, c'est que ce mouvement qui produit la sensation et la perception, n'est pas un mouvement quelconque, mais un mouvement coordonné, un mouvement spécial pour chaque perception, pour chaque sensation.
Ainsi, par exemple, je vois un cercle : les ondulations lumineuses sont coordonnées de manière à peindre un cercle sur ma rétine; quand je vois un
carré, elles sont cor données de manière à y peindre un carré.
En un mot, chaque phénomène donne une coordination différente de vibrations ou de mouvements. Chaque phénomène trouve son expression naturelle, propre , spéciale et se distingue de tout autre, dans cette coordination.
Le mouvement est commun à tous les phénomènes, mais la coordination est propre, particulière pour chacun. Gela est important à constater; la perception n'a pas lieu par des mouvements occasionnels proprement dits, mais par des mouvements coordonnés, soumis à des lois, et toujours identiques pour des perceptions identiques.
On ne connaît les choses qu'autant qu'on connaît la coordination des mouvements qui les expriment.
Je veux étudier un arbre, par exemple, je vois d'abord Tarbre tout entier par le mouvement général et coordonné que les ondes lumineuses viennent communiquer à ma rétine.
Je dirige mon regard, mon attention sur chacune de ses parties afin de mieux les saisir : je distingue le tronc, les branches, les feuilles, les fleurs, les fruits, etc. Je distingue dans l'écorce telle et telle disposition, tel et tel rapport dans les fibres, dans le tissu qui la compose, etc.; je passe ainsi en revue tous les détails que peut me présenter cet arbre.
Mais, remarquons-le : chaque phénomène que je
puis ainsi percevoir et déterminer, je le perçois et le détermine par suite de la coordination des ondulations lumineuses qui viennent le peindre sur ma rétine en l'impressionnant.
Plus et mieux je pourrai analyser et classer les mouvements produits par les phénomènes que présente cet arbre, plus et mieux je le connaîtrai. Je ne puis avoir une connaissance complète de cet arbre, parce que je ne puis pas analyser les mouvements infiniments petits qui constituent son expression complète.
Je suis organisé de telle manière que ma rétine reste insensible aux mouvements coordonnés au-dessus ou au-dessous d'une certaine amplitude ; alors ne pouvant ni sentir ni percevoir ces mouvements coordonnés, ils sont pour moi comme s'ils n'étaient pas.
Mais si, par le moyen d'instruments, je parviens à faire que ma rétine en soit convenablement impressionnée, alors je puis de nouveau analyser ces mouvements coordonnés et étendre le champ de mes connaissances.
Si je poiivais ainsi arriver à analyser les mouvements coordonnés produits par les infiniments petits, je pourrais percevoir l'essence des [corps, la composition des molécules, la disposition des atomes.
Je ne perçois donc clairement les phénomènes de la nature, que par les mouvements coordonnés qu'elle communique à mon cerveau, et qui, par cet organe influent sur moi.
On doit également remarquer que les instruments grossissants ne nous sont utiles qu'autant qu'ils ne dénaturent pas le mouvement coordonné, expression naturelle des phénomènes ; c'est-à-dire qu'ils laissent la môme disposition, le même ordre, les mômes rapports dans toutes les parties.
De même pour l'ouie : j'entends un cri de détresse ! les ondes sonores qui viennent impressionner l'épanouissement du nerf acoustique , sont autrement coordonnées que celles que produirait un cri de joie. Tous les bruits de la nature, toutes les expressions sonores ont pour cause une coordination de vibrations telle, que cette coordination ne peut être modifiée sans exprimer d'autres phénomènes que ceux qui lui ont d'abord donné naissance .
Ce n'est donc pas ce qu'il y a de purement mécanique dans les vibrations, qui exprime tel phénomène, telle idée, etc., mais c'est le nombre, la mesure, le mode, en un mot la coordination des vibrations; c'est cette coordination qui fait qu'elles expriment telle chose plutôt que telle autre.
Cela est facile à démontrer, même physiquement, maintenant que l'on peut prendre, à des distances déterminées , par divers moyens, l'empreinte de la coordination des vibrations sonores, comme par la photographie on prend celle des vibrations lumineuses.
Pour les sens de l'odorat, du goût, du toucher et
pour le sens interne, il serait plus difficile de déterminer directement la forme , la coordination des mouvements qui produisent les impressions; et, par suite, la sensation et la perception ; car quelquefois ces mouvements résultent d'opérations chimiques, ils sont produits par des compositions ou des décompositions moléculaires qui ne peuvent toujours tomber sous notre observation ou notre analyse.
Mais on sait très bien, et il est évident que le mouvement nerveux qui produit ou révèle telle odeur, telle saveur, tel contact, doit être différent de celui qui produit telle autre odeur, telle autre saveur, ou tel autre contact. Car si cela n'était pas, il n'y aurait plus de rapport entre les causes et les effets ou les effets et les causes, et nulle étude, nulle science ne serait possible.
A chaque idée correspond un mouvement expressif propre, spécial, incommunicable, si je puis m'exprimer ainsi, c'est-à-dire qui est l'expression de cette idée à l'exclusion de toute autre. De même pour chaque sensation de joie ou de douleur.
Cependant, il peut se produire des anomalies dans les sensations et dans les perceptions qu'il est facile d'expliquer par l'état du système nerveux.
Ainsi, il est bien clair, il est bien établi, croyonsnous, que toute impression qui donne lieu à une sensation ou à une perception, se traduit, en dernière analyse, par un mouvement; non pas un mou-
vement parement occasionnel, comme l'ont professé nombre de savants et de philosophes, mais par un mouvement coordonné, spécial et caractéristique pour chaque phénomène.
On peut, jusqu'à un certain point, expliquer le fait général de la perception extérieure, sans faire la distinction du mouvement coordonné et du- mouvement purement mécanique.
Mais, dans ce cas, on n'aura qu'une idée bien vague et bien incomplète de ce fait; on ne pourra arriver à sa cause intime^ ni expliquer la compréhension spontanée du langage naturel et des beaux-arts, ni leur influence sur le physique et sur le moral, ni la contagion nerveuse et morale , etc., etc., parce qu'alors il sera impossible d'établir la loi de transmission et de transformation du mouvement expressif, loi qui domine toutes ces questions. Voir le chapitre II dans lequel nous avons également insisté sur ce point.
L'état des nerfs destinés à conduire les impressions au cerveau joue un grand rôle dans la sensation et dans la perception. Les nerfs paralysés ne peuvent pas servir de conducteur à ces mouvements, alors il n'y a ni sensation ni perception. Ainsi, il n'y a pas
IGG
(le vision pour ceux qui ont les nerfs optiques paralysés, pas d'audition pour ceux qui ont les nerfs acoustiques paralysés; il n'y aurait pas d'odeur, pas de saveur, pas de contact perceptibles, pour ceux qui auraient les nerfs conducteurs de ces diverses impressions paralysés.
Mais depuis la paralysie la plus complète d'un nerf, jusqu'à l'état le plus normal, le plus parfait, il y a une infinité de degrés qui peuvent nous expliquer bien des anomalies dans les sensations et les perceptions.
Il y a des vues pour lesquelles les plus riants panoramas ne sont que des horizons vagues et grisâtres, sans nuances, sans couleurs.
Des oreilles pour lesquelles les plus ravissantes mélodies ne sont que des bruits agaçants, etc.
Nous l'avons déjà indiqué en parlant des organes des sens, et de tout temps, des anomalies propres à chaque sens et plus ou moins faciles à expliquer, ont été observées. On pourrait même citer des faits curieux sous ce rapport.
L'état du cerveau joue un rôle non moins important que celui des nerfs, puisqu'il domine toute l'organisation et qu'il est le siège de la sensation et de la perception.
Nous avons vu que ces mouvements doivent parcourir diverses régions avant d'arriver au sensorium commune, et l'état plus ou moins normal de ces régions influe sur la conductibilité plus ou moins
complète de ces mouvements, et par conséquent sur la sensation et sur la perception.
Cependant, cela ne veut pas dire que les sens, ou les agents de la nature, ou les objets avec lesquels ils nous mettent en relation nous trompent, puisqu'ils sont soumis à des lois, et que ces lois sont toujours les mêmes, quoique produisant des phénomènes divers dans des circonstances ou des milieux divers. L'erreur se trouve dans l'interprétation que nous faisons de ces phénomènes ; si nos sens sont malades, les perceptions que nous aurons par leur entremise ne seront plus les mêmes que lorsqu'ils étaient sains, mais encore ils ne nous trompent pas, ils sont toujours soumis aux mêmes lois; les lois qui les régissent produisent en agissant sur eux des phénomènes autres que ceux auxquels nous étions habitués dans leur état normal, c'est à nous à apprendre à les interpréter de nouveau.
Car même pour l'interprétation des perceptions les plus ordinaires dans l'état normal des organes, une certaine éducation, une certaine habitude sont nécessaires ; il est vrai que pour la pratique ordinaire de la vie, cette éducation se fait naturellement, sans peine, sans même que l'on s'en aperçoive; mais il en est autrement si Ton veut pénétrer les secrets et les lois de la nature : les lois de la réfraction de la lumière, par exemple; les lois de la réflexion du son , produisant la résonance et les échos , les
lois et les phénomènes des interférences, etc., etc.
Il est facile de voir que dans tous les cas ce ne sont pas les sens qui nous trompent, même lorsqu'ils ne sont pas dans leur état normal ; l'erreur n'est que dans l'interprétation que l'on donne aux phénomènes, et lorsque Ton dit que les sens nous trompent, ce ne peut être que par métaphore ; car pour nous tromper réellement, il faudrait qu'ils cessassent d'être soumis à des lois agissant régulièrement, à des lois uniformément constantes.
La perception extérieure s'opère donc par une suite de transmission et de transformation de mouvements coordonnés, qui en dernier lieu aboutissent au cerveau, où ils se trouvent transformés en un mouvement cérébral qui agit sur le moij et fait ainsi naître la perception.
Mais pourquoi l'influence de ce mouvement coordonné sur l'âme, sur le principe de vie, donne-t-il lieu à la perception ?
Évidemment, parce que l'ame, le principe dévie, a la faculté de percevoir. On ne peut aller plus loin, puisque l'essence de l'àme ne peut tomber sous notre observation, et que les liens qui la rattachent à l'organisation ne peuvent être perçus par nous ; bien
cependant que Ton puisse constater, par suite de son union avec l'organisation, les phénomènes qu'elle manifeste lorsqu'elle est affectée ou lorsqu'elle agit et réagit.
La perception est naturellement, spontanément fécondée par les lois de l'intelligence ; à son occasion naissent les idées que l'on nomme nécessaires, générales : les sentiments, les volitions, etc.
Nous ne pouvons entrer ici dans le détail des phénomènes psychiques qui accompagnent la sensation et la perception; cela demanderait un travail à part qui nous éloignerait de la question principale qui fait l'objet de ce livre. Il nous suffit de les signaler ^
Et, une chose que l'on doit bien remarquer, c'est que la perception et les phénomènes intellectuels auxquels elle donne lieu, se manifestent à l'extérieur par des mouvements expressifs comme les objets de la nature et par des lois analogues.
Cela est facile à démontrer : la perception a lieu par suite de l'influence sur le moi du mouvement coordonné produit par les divers objets de la perception, et communiqué au système nerveux, soit directement, soit par l'intermédiaire des agents de la nature.
' Voir sur ce sujet un Mémoire que nous avons lu à l'Académie des sciences morales et politiques (Institut de France), et inséré dans le recueil des travaux de cette Académie, n° de février-mars 1883 : La faculté iV aimer et la loi du bien ; partie.
Puis, la perception et les phénomènes intellectuels auxquels elle donne lieu produisent à leur tour un mouvement cérébral coordonné qui, par Tintermédiaire des nerfs et des muscles, se manifeste à l'extérieur dans l'air, l'attitude, les gestes, le regard, les sons de voix, etc.
Ces phénomènes physiologiques tout aussi bien expressifs que les phénomènes de la nature, objet de la perception, s'accomplissent naturellement, spontanément et plus ou moins parfaitement suivant l'état des organes.
Ainsi on peut dire que l'âme perçoit fatalement et qu'elle s'exprime fatalement; bien que la volonté puisse intervenir, elle ne change pas les conditions essentielles de la perception et de l'expression naturelle; l'âme perçoit spontanément et comprend de même, sans instruction préalable, l'expression de ces milliers de fibres nerveuses que les agents de la nature mettent en action ; de même, elle s'exprime spontanément, sans instruction préalable, en mettant en action des milliers d'autres fibres qu'elle ne connaît pas davantage, et qui viennent manifester à l'extérieur, par des mouvements expressifs, les phénomènes qui se passent en elle. Ces mouvements expressifs, c'est-à-dire fattitude, les gestes, le regard, la physionomie tout entière, les sons de voix, etc., se communiquent aux agents de la nature, et vont par suite impressionner les sens des personnes qu'ils atteignent, et auxquelles ils révèlent ainsi les phé-
nomènes intellectuels qui leur ont donné naissance, par les mêmes lois que les phénomènes de la nature nous ont été révélés.
C'est vraiment l'esprit qui agite la matière et lui donne sa forme et son expression :
Mens agitât molem... K
Ainsi, la perception et les phénomènes intellectuels auxquels elle donne lieu, bien que se manifestant dans un sanctuaire invisible pour nous, deviennent perceptibles, tombent à leur tour dans le domaine de la perception extérieure, par les mouvements coordonnés centrifuges auxquels ils donnent lieu, de même que la nature est perceptible par les mouvements coordonnés centripètes qu'elle nous envoie.
Ces deux genres de mouvements coordonnés sont donc des langages naturels que l'esprit humain a la faculté de comprendre spontanément.
De même que le moi perçoit, comprend spontanément, par une faculté naturelle, les mouvements coordonnés si variés que lui envoient les objets qui composent Tunivers, il a également la faculté de produire naturellement, spontanément, sans même s'en rendre compte, des mouvements coordonnés non moins variés, formant également un langage naturel, et qui
' Virgile, l'Énélde, liv. VI.
vont révéler à l'extérieur ce qui se passe en lui. On ne peut pas plus se rendre compte de cette dernière faculté que de la première, ne pouvant pénétrer l'essence de l'âme.
Mais nous pouvons nous rendre compte des procédés qui donnent lieu à la compréhension spontanée de ces mouvements naturels si variés, par ceux qu'ils atteignent à distance.
Nous allons essayer de le faire, et ainsi, nous établirons la loi de la transmission et de la transformation du mouvement expressif dans toute son étendue, loi qui nous montrera comment un mouvement cérébral se transmet à distance sans se dénaturer, avec la propriété de reproduire tous les phénomènes qui sont sous sa dépendance.
liOl (le la transmission et de la transformation du mouvement expressif.
Mouvement nerveux ; mouvement cérébral ; le mouvement cérébral est tantôt cause des opérations intellectuelles, tantôt effet ; action , impulsion, influence psychique; mouvement psychique. — Un mouvement cérébral peut aller d'un cerveau à un autre sans se dénaturer; transmission et transformation que peut subir un mouvement psychique. — Réjionses à quelques objections.
Ainsi, nous venons de voir que ce n'est que par un mouvement communiqué au cerveau que les objets extérieurs se révèlent à l'âme, principe de vie.
Pendant que le mouvement n'est que dans les nerfs, l'àme n'en est pas avertie. Ce n'est que lorsque le mouvement a franchi les nerfs pour devenir cérébral que TAme sent et perçoit. Cela est démontré expérimentalement par la physiologie et par l'anatomie, et môme la simple observation philosophique peut en rendre compte.
Le mouvement cérébral est donc ici une cause immédiate des opérations de l'âme.
D'un autre côté, ce n'est qu'en agissant sur le cerveau que l'âme se manifeste à l'extérieur.
Veut-elle que le bras se lève : elle agit sur le cerveau, et par le cerveau sur les nerfs, et par les nerfs sur les muscles, et le bras se lève. Veut-elle produire la marche, elle agit de même sur le cerveau, et par le cerveau sur les nerfs, et par les nerfs sur les muscles et la marche se produit,
Pense-t-elle, airae-t-elle, veut-elle ; en un mot, met-elle en jeu ses facultés intellectuelles d'une manière quelconque? Un mouvement cérébral se produit, se communique aux nerfs, aux muscles, et vient, quand il est assez accentué, se manifester sur la physionomie, dans le regard, dans Pair, l'attitude, le geste, et même par des actes.
On constate donc, avec évidence, que le cerveau est, par rapport aux opérations de l'âme, tantôt cause, tantôt effet.
Il est came, quand il est produit par un mouvement extérieur. Alors, en influant sur l'âme, il fait naître la sensation et la perception.
// est effet, lorsque l'âme agit ou réagit, lorsqu'elle pense, qu'elle aime, qu'elle veut, en un mot qu'elle agit d'une manière quelconque; alors, elle produit un mouvement cérébral qui rayonne à l'extérieur, et qui révèle ce qui se passe en elle.
Le mouvement cérébral a donc lieu simultanément avec les opérations de Tâme. Et bien que les opérations de l'ame et le mouvement cérébral aient lieu simultanément, la priorité logique appartient, comme nous venons de le voir^ tantôt à l'ame, tantôt au mouvement cérébral. Dans le premier cas , lorsque le mouvement cérébral est cause, il a la priorité logique; dans le second cas il est effet, la priorité logique appartient à l'action de l'àme.
Le mouvement purement nerveux doit donc être distingué du mouvement cérébral, puisqu'il n'agit pas directement sur les facultés intellectuelles, sur le moi; et que le moi, les opérations intellectuelles le produisent non pas directement, mais seulement par l'intermédiaire du cerveau.
Évidemment, le mouvement nerveux et le mouvement cérébral sont des mouvements physiologiques^ mais comme le mouvement cérébral a lieu simultanément avec les opérations de l'àme, tantôt comme cause, tantôt comme effet, nous croyons qu'il est utile, et même nécessaire, pour la clarté des explications et pour éviter la confusion , de distinguer nettement ces mouvements physiologiques l'un de l'autre, et pour cela de donner un nom particulier à ce mouvement cérébral qui a lieu simultanément avec les opérations des facultés intellectuelles ; nous l'avons nommé mouvement psychique.
Nous ne voulons pas dire que l'âme produit le mouvement cérébral par un mouvement. Comment produit-elle ce mouvement et ses actes en général? Nous n'en savons rien, nous constatons le fait, voilà tout; mais pour ne pas laisser subsister de confusion, nous appellerons action psychique, iinpulsion psychique, influence psychique, l'acte par lequel elle produit le mouvement.
Par un acte de mon âme, de ma volonté, je lève le bras. Comment cela se fait-il? Comment cette impulsion est-elle donnée au cerveau et se faitelle obéir? Je n'en sais rien, mais je constate le fait.
De même, je pense, j'aime, je veux, etc., et simultanément un mouvement cérébral qui se manifeste à l'extérieur en se communiquant aux nerfs, aux muscles se produit : comment cela se fait-il? Je ne le sais pas davantage; je constate le fait et ne puis aller au delà.
La sensation n'est pas un mouvement, mais elle est produite par certains mouvements impressionnels atteignant le sensorium, et influant ainsi sur l'âme ou principe de vie. Les opérations de l'âme ne sont pas des mouvements, mais en agissant sur le sensorium^ elles produisent un mouvement cérébral qui rayonne à l'extérieur. La plus simple observation permet de constater que la volonté peut, par son initiative, agir sur ces mouvements, et, en général, sur tous les mouvements réflexes
qui ont leur point de départ dans le cerveau, soit pour les neutraliser plus ou moins, soit pour les développer ; la liberté morale apparaît ici en pleine évidence.
Ces notions, qui sont en parfaite harmonie avec ce que nous avons dit, et avec les investigations les plus récentes de nos grands maîtres en physiologie, suffiront, croyons-nous, pour éviter tout malentendu.
Ainsi les phénomènes extérieurs, les phénomènes de Tunivers, nous sont révélés par des mouvements coo) donnés, transmis au principe de vie, à l'âme, par le cerveau ; au cerveau par le système nerveux, et au système nerveux par l'intermédiaire des ondes lumineuses et des ondes sonores ; en un mot du milieu ambiant.
De même, mais inversement, les phénomènes intellectuels, les opérations de l'Ame se révèlent à l'extérieur également en produisant des mouvements coordonnés dans le cerveau, le cerveau les transmet au système nerveux, et le système nerveux aux ondes sonores et aux ondes lumineuses, en un mot au milieu ambiant, qui les transmet à son tour aux sens des spectateurs.
Le mouvement cérébral ne reste donc pas en-
fermé dans le cerveau : il se communique aux nerfs, aux muscles et à toute l'organisation; il vient s'épanouir à l'extérieur et se révéler par le jeu de la physionomie, par Tair, Tattitude, la voix, etc.
Mais là ne se termine pas sa course : il se communique au milieu ambiant, habituellement les ondes lumineuses et les ondes sonores , et par ce moyen se transmet aux organes des sens des personnes qu'il atteint, et par ces organes à leur cerveau , où il reproduit ou tend à reproduire les mêmes phénomènes que dans le cerveau où il a {)ris naissance.
Ainsi, un mouvement cérébral par une suite de transmissions et de transformations, va d'un cerveau à un autre sans se dénaturer.
Et comme le cerveau est le siège des opérations instinctives et intellectuelles, des passions et des volitions, et d'un grand nombre d'affections et de phénomènes purement nerveux , il s'ensuit que toutes ces manifestations peuvent, en atteignant d'autres cerveaux par les mouvements qui les expriment, se révéler et devenir contagieuses.
La plus simple attention , permet en suivant ces mouvements, de mettre cette loi dans la plus grande évidence.
Nous allons d'abord vérifier d'une manière générale comment cette loi s'exécute; nous en ferons ensuite l'application à chaque catégorie de phénomènes.
Les mouvements physiologiques qui ont leur point de départ dans le cerveau , et qui se manifestent à l'extérieur, soit sur la physionomie, soit dans l'air, l'attitude, le geste, etc., sont coordonnés d'une manière spéciale : c'est-à-dire qu'à un même mouvement cérébral correspond toujours un même mouvement extérieur.
Par exemple, le mouvement cérébral qui produit le rire, n'est pas le même que celui qui produit le bâillement; le mouvement cérébral qui épanouit la physionomie sous l'influence du plaisir, n'est pas le même que celui qui la contracte sous l'influence de la douleur.
A un même mouvement cérébral correspond un même mouvement de la physionomie; cela est bien évident, carie mouvement de la physionomie n'est que le mouvement cérébral qui se communique aux nerfs et aux muscles, et qui se manifeste à l'extérieur; en un mot, il n'est que le mouvement cérébral continué.
Mais le mouvement cérébral continué ne s'arrête pas sur la physionomie.
Le mouvement de la physionomie se communique aux ondes lumineuses et se propage dans l'espace sans se dénaturer.
Cela devient parfaitement clair, si l'on fait attention qu'à une distance quelconque, la physionomie qui rit présente toujours le même aspect ; il en est de
môme de la pliysionomie qui baille. Si les ondes lumineuses se dénaturaient en se propageant dans l'espace, il est bien évident que l'aspect des physionomies changerait avec les distances.
Bien plus, je puis prendre la photographie de ces physionomies à différentes distances, la figure des physionomies dessinées par les ondes lumineuses elles-mêmes ne changera pas avec la distance; par conséquent , le mouvement coordonné des ondes lumineuses se propage sans se dénaturer.
Les ondes lumineuses suivent tous les changements , toutes les modifications de la physionomie ; comme la physionomie suit tous les changements , toutes les modifications du mouvement cérébral.
Que le mouvement cérébral change, le mouvement de la physionomie change, et le mouvement coordonné des ondes lumineuses change également; il n'y a donc là qu'un seul mouvement qui part du cerveau , qui se poursuit à travers les organes et à travers les ondes lumineuses sans se dénaturer, mais en produisant des phénomènes divers suivant les milieux dans lesquels il passe.
Ces ondes lumineuses qui atteignent les spectateurs, viennent donc dessiner sur leur rétine l'image de la physionomie qui rit ou l'image de la physionomie qui baille.
Jusque-là , nous avons parfaitement pu suivre le mouvement cérébral d'étape en étape, et nous avons
VU qu'il ne s'est pas dénaturé ; il s'est manifesté sur la physionomie, de la physionomie il s'est communiqué aux ondes lumineuses, et les ondes lumineuses le communiquent à l'épanouissement du nerf optique sans qu'il se soit dénaturé.
Mais, en allant de l'épanouissement du nerf optique des spectateurs jusqu'à leur cerveau, va-t-il se dénaturer ?
Non certainement; nous en avons une preuve évidente : c'est que non seulement il nous donne la perception de la physionomie qui baille ou de la physionomie qui rit, mais il reproduit ou tend à reproduire sur notre physionomie le bâillement ou le rire. Nombre de faits rendent ce principe parfaitement évident.
S'il s'était dénaturé, il ne tenderait pas à reproduire ces mêmes phénomènes, puisque à chaque mouvement cérébral correspond un même mouvement physiologique; le mouvement cérébral qui produit le bâillement n'est pas le même que celui qui produit le rire, et celui qui produit le rire n'est pas le même que celui qui produit un autre mouvement nerveux.
Nous avons donc pu suivre d'étape en étape , sans le perdre un instant de vue, un mouvement cérébral qui va d'un cerveau à un autre , sans se dénaturer,
et qui conserve ainsi la propriété de reproduire des phénomènes qui sont sous sa dépendance.
Ce n'est pas seulement par l'intermédiaire des ondes lumineuses, qu'un mouvement cérébral peut se transmettre d'un cerveau à un autre sans se dénaturer, mais aussi par l'intermédiaire des ondes sonores. Il est facile de s'en assurer.
Un rire bruyant, ou un bâillement bruyant se fait entendre.
Le mouvement de l'organe vocal en vibration dépend évidemment du cerveau ; il est la continuation du mouvement cérébral à travers les organes.
Ces vibrations de l'organe vocal se communiquent à l'air et produisent les ondes sonores qui le propagent sans le dénaturer; l'acoustique permet maintenant de s'en assurer en prenant le dessin des vibrations sonores à une distance quelconque de leur point de départ, comme par la photographie on obtient le dessin des ondes lumineuses.
Ces vibrations sonores , qui expriment le bâillement ou le rire, ou tout autre phénomène nerveux, viennent donc, sans se dénaturer, se communiquer à l'épanouissement des nerfs acoustiques des auditeurs.
Mais, en allant de l'épanouissement de ces nerfs jusqu'au cerveau , ce mouvement coordonné se dénature-t-il.^
Non évidemment, nous en avons une preuve incontestable comme pour le mouvement coordonné conduit par les ondes lumineuses, c'est que, arrivé au cerveau, non seulement il nous donne la perception du rire ou du bâillement, mais il tend à le reproduire.
Un mouvement cérébral peut donc se communiquer à distance sans se dénaturer, c'est-à-dire en reproduisant ou tendant à reproduire les phénomènes qui sont sous sa dépendance, aussi bien par l'intermédiaire des ondes sonores que par celui des ondes lumineuses. Dans le chapitre suivant, nous rapportons des faits qui viennent parfaitement à l'appui de ce principe.
Une douleur profonde atteint une personne, un cri déchirant s'échappe de sa poitrine. Ce cri révèle spontanément cette douleur à tous ceux qui l'entendent, de quelque pays, de quelque nation qu'ils soient.
Gomment cela se fait-il?
Le mouvement cérébral qui est la première expression de cette douleur, se communique aux nerfs, aux muscles, au système vocal qu'il met en vibration ; ces vibrations se communiquent aux ondes sonores, ces ondes sonores les transmettent aux nerfs acoustiques qui le conduisent au cerveau; delà compréhension et sentiment de la douleur.
Une seule impulsion se manifeste également dans
toute cette série, l'impulsion produite par l'âme ou le principe de vie dans le cerveau de la personne qui souffre, et qui va, sans se dénaturer, en traversant des milieux divers, se communiquer au cerveau des personnes dont elle peut atteindre le nerf acoustique.
En effet, les vibrations du système vocal ne sont que la suite du mouvement cérébral qui s'est communiqué aux nerfs et aux muscles. Ces vibrations du système vocal ne s'éteignent pas et ne se dénaturent pas dans les organes, mais elles se transmettent à l'air et se transforment en ondes sonores ; ces ondes sonores qui sont par conséquent la suite du mouvement cérébral ne se dénaturent pas dans leur parcours, l'acoustique permet de s'en assurer par divers procédés. Le mouvement cérébral se continue donc sans se dénaturer, jusqu'à l'épanouissement du nerf acoustique des personnes qu'il atteint. Se dénature-t-il , en allant de l'épanouissement de ce nerf jusqu'au cerveau ? Pas davantage , puisque le mouvement cérébral qu'il produit révèle et fait sentir ce qui se passe chez la personne où il a pris naissance. S'il s'était dénaturé, il produirait un autre effet, chaque opération psychique ayant un mouvement propre, un mouvement spécial.
Si au lieu d'entendre ce cri, envoyait la physionomie douloureuse de la personne, on éprouverait le même effet ou un effet analogue, par suite de la transformation du mouvement en ondes lumineuses; nous l'avons constaté précédemment. Ainsi, les ondes
sonores et les ondes lumineuses , dans ce cas , peuvent se remplacer et deviennent synonymes.
Un cri de joie ou la vue d'une physionomie heureuse peuvent de même, et pour la même raison, produire un effet analogue.
Un grand désespoir agite un homme , le mouvement cérébral, expression immédiate de ce désespoir, se communique à sa physionomie qui manifeste à l'extérieur cette expression vivante, et qui, par suite de la transmission que nous venons d'indiquer, vient se communiquer à mon cerveau et me révéler ainsi plus ou moins ce qui se passe dans le cerveau où le mouvement a pris naissance; non seulement il me révèle ce désespoir, mais il peut, suivant mes dispositions, tendre à m'y faire participer.
Par la même loi, un geste, un cri, suffiront pour me révéler tout le drame qui se passe dans une âme : le geste et le cri naturel sont synonymes : un bonheur inespéré, une douleur poignante, une fureur extrême se révéleront ainsi à moi et m.e feront subir phis ou moins leur influence. L'un et l'autre sont l'expression, d'un même mouvement cérébral et tendent à reproduire ce même mouvement.
Cette loi se révèle à nous d'une manière bien frappante dans les effets de la musique.
Qu'un artiste veuille exprimer telle pensée, tel sentiment dans la mélodie, que fait-il.^
Son àme, pour s'exprimer, imprime nécessairement à son cerveau un mouvement qui est leur expression ; ce mouvement se communique au système vocal, et par lui au milieu ambiant où il se transforme en ondes sonores sans se dénaturer, et les ondes sonores aux nerfs acoustiques des auditeurs qui, à leur tour, le conduisent fidèlement au cerveau. Et ainsi le cerveau de milliers d'auditeurs peut instantanément éprouver le même mouvement que celui de l'artiste, et par suite, saisir, comprendre les pensées, les sentiments dont l'artiste a donné la première expression, et participer à son émotion.
Que les vibrations physiologiques se communiquent immédiatement à l'air ou à des instruments, ou même à d'autres milieux qui ne les dénaturent pas dans leur coordination, cela suffit; il en est de même pour les ondes lumineuses soumises aux instruments de l'optique
Nous le verrons, l'étude des beaux-arts met la loi qui nous occupe dans une complète évidence.
Avant d'avoir saisi cette grande loi de la transmission et de la transformation du mouvement expressif, qui nous fait voir comment un mouvement cérébral peut se transmettre à distance sans se dénaturer, nous avions étudié avec beaucoup de soin l'influence de la musique sur le système nerveux ; son influence sur le physique et sur le moral, et en ob-
■^Voir chapitre VII.
servant les faits, nous étions arrivé à formuler les lois de cette influence *.
Nous avons éprouvé une bien vive émotion, lorsqu'arrivant à cette loi de transmission et de transformation du mouvement expressif, nous avons vu qu'elle nous donnait comme conséquence les lois secondaires que nous avions déjà formulées, en ne nous appuyant que sur l'analyse minutieuse des faits.
Et ainsi nous sommes arrivés par divers chemins aux mêmes résultats qui se sont tous confirmés les uns les autres.
Il est facile de voir, par ce qui précède, que l'on peut exprimer cette suite de transmissions et de transformations du mouvement par la formule suivante :
Un mouvement cérébral ou psychique peut ^ en traversant divers milieux, devenir purement physiologique, puis physique, puis de nouveau physiologique, et enfin cérébral ou psychique, sans se dénaturer, c'est-àdire en conservant le pouvoir de reproduire tous les phénomènes qui sont sous sa dépendance.
En effet, le mouvement cérébral ou psychique
' Nous les avons exposées dans un Mémoire que nous avons lu à l'Académie nationale de médecine, séance du 31 octobre 1876
devient purement physiologique en se transmettant aux nerfs et aux muscles; puis physique lorsque ces organes le transmettent aux ondes lumineuses ou aux ondes sonores; puis physiologique lorsque, par ces ondes, il se transmet aux nerfs des spectateurs, et enfin cérébral ou psychique lorsque par ces nerfs il se transmet au cerveau.
Ainsi, par une suite de transmissions et de transformations, un mouvement cérébral peut se communiquer à distance sans se dénaturer.
Un mouvement expressif peut, en traversant des milieux: divers, produire des phénomènes divers sans se dénaturer, et, en repassant dans des milieux identiques, reproduire des phénomènes identiques.
Plusieurs lois physiques ont de l'analogie avec cette grande loi de la transmission et de la transformation du mouvement expressif, mais elles sont loin, croyons-nous, de permettre une constatation aussi précise des faits.
Il y a, dans cette suite de mouvements physiologiques et physiques, et réciproquement, physiques et physiologiques, une série évidente de cause à effet, qu'il n'est pas possible de méconnaître; beaucoup plus évidente que dans un grand nombre de phénomènes purement physiques, constatés et reçus parla science. Par exemple, dans Pélectrophone, on constate la transmission des ondes sonores au transmetteur; mais comment l'électricité in(lue-t-elle sur