MOUVEMENT
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Terre avait perdu un peu d'énergie rotative, il est évident que les circonstances calculées, ne concorderaient pas tout à fait avec celles qui ont été décrites par les historiens. Le résultat des études de ce genre, porte les astronomes à croire qu'il existe une légère diminution dans l'énergie rotative de notre planète \
L'opinion des savants les plus autorisés se résume ainsi : « Il y a, dans un sens strictement mécanique, conservation d'énergie, et, cependant, au point de vue de l'utilité et de l'intérêt des êtres vivants, l'énergie de l'univers est en voie de destruction. La chaleur universellement diffuse, constitue ce que nous pouvons appeler l'amas des matériaux de rebut de l'univers, et cet amas s'augmente d'année en année. A l'époque actuelle, il n'a pas encore une grande importance, mais, qui peut assurer qu'il n'arrivera pas un temps où nous aurons pratiquement conscience de son accroissement
Nous devons dire, cependant, que si notre soleil, notre système planétaire, est en voie de refroidissement, il y a d'autres étoiles, d'autres soleils qui ont une température plus élevée que le nôtre, et même qui ne sont qu'en voie de formation '^K
' Balfour StewaR, la Conservation de Vcnergie, chap. IV. * Ibid., chap. V.
3 Voir notre Histoire des Astres ou Astronomie pour tous illustrée; ouvrage adopté par la commission nommée près le Ministère de l'instruction publique, pour les bibliothèques des écoles normales,; libr. Firmin- Didot et C'°.
Évidemment, il y a, dans ce grand problème, beaucoup de facteurs qui peuvent passer inaperçus aux plus experts, mais ce que nous venons de dire est plus que suffisant pour le sujet que nous traitons.
On n'est d'ailleurs pas parfaitement d'accord sur la question de l'énergie solaire. Une nouvelle hypothèse, due à un savant éminent, M. Siemens, occupe beaucoup, à l'heure qu'il est, le monde savant; elle a été discutée à l'Académie des sciences dans plusieurs séances K
M. Siemens croit que l'espace contiendrait en quantité excessivement faible de la vapeur d'eau et de l'acide carbonique, mêlés à des gaz inertes ; ces matériaux seraient décomposés et transformés en combustible sous l'action de la lumière solaire ; puis le soleil les ramènerait à lui, les brûlerait, les renverrait dans l'espace, et son énergie lumineuse et calorifique s'entretiendrait ainsi par des courants naturels et permanents.
Cette théorie est vivement contestée et vivement appuyée par divers savants, mais quoi qu'il en soit, elle n'est pas opposée au principe de la transformation du mouvement, bien au contraire.
La force unique de laquelle dérive toutes les autres,
' Voir les Comptes rendus de V Académie des sciences du 9 octobre 1882 au 8 janvier 1883.
résiderait dans les mouvements primitivement imprimés à l'éther, et que cette substance conserverait et communiquerait en vertu de l'inertie.
Voici comment s'exprimait sur ce point le célèbre directeur de l'Observatoire romain, le P. Secchi, dans son traité de VUnitédes forces physiques, ouvrage des plus complets et regardé comme classique pour le monde savant : « Il est rationnel d'admettre que le mouvement revêt, dans les parties élémentaires de la matière, la forme la plus générale sous laquelle il se présente dans une masse finie, c'est-à-dire celle d'un double mouvement de rotation et de translation. Par cette double qualité, il devient indestructible dans la masse, car la mécanique enseigne qu'en vertu de l'inertie, il se conserve indépendamment de toute action spéciale qui l'entretienne. L'énergie qui lui a été communiquée à l'origine par le premier moteur, se conserve en vertu du même principe qui assure la conservation de la matière * .
Dans un remarquable travail communiqué à l'Académie des sciences, M. Ledieu, correspondant de l'Institut, fait observer que non seulement la supposition de l'état vibratoire de la matière est rationnelle, mais encore qu'elle est la conséquence forcée de tout ce qui constitue la science moderne dans ses principales branches : mécanique, physique, chimie, etc. Cette science admet que tous les phénomènes de
' p. Secchi, Unité des forces physiques, liv, IV.
la nature, en dehors des faits l)iologiques, ne relèvent, en définitive, que de deux éléments : la matière et la force. Ces deux éléments sont soumis à deux grandes lois fondamentales : l'une est Vindestnictibilité de la matière, d'où il résulte que les corps ne sauraient jamais s'anéantir et peuvent seulement se transformer en d'autres corps. La seconde loi copsiste dans le principe des forces vives; elle est en dynamique ce que la première loi est en chimie; elle établit que la force vive et le travail mécanique ne sauraient jamais disparaître et que ces quantités peuvent seulement se transformer. D'une inépuisable fécondité, elles donnent le secret des phénomènes dynamiques les plus complexes, résultant de la transformation mutuelle de forces vives et de travaux de différentes espèces au sein des systèmes matériels vibrants ^
Bien que l'on regarde comme parfaitement démontré que les divers agents de la nature ont une fraternité commune, qu'ils sont naturellement convertibles l'un dans l'autre, nous ne connaissons encore que très peu de chose du mode précis de cette conversion. Nos idées sont très obscures quant à la nature du changement que le mouvement doit subir pour apparaître sous forme ou d'électricité, ou de chaleur, ou de lumière, etc.
Ainsi, d'après la science actuelle, une seule force qui pénètre, sature l'éther, produirait tous les phé-
Comptes rendus de V Académie des sciences, t. LXXXI, 2" semestre.
nomènes qui frappent nos sens; les divers phénomènes n'étant que des mouvements se transformant les uns dans les autres, produits par cette force soumise à des lois rigoureuses et mathématiques.
Ce magniflque problème de la transformation du mouvement, n'est considéré dans ce qui précède qu'au point de vue purement mécanique. Si nous considérons la transformation du mouvement au point de vue de sa coordination, il donnera des résultats au moins aussi féconds, et nous conduira à des solutions tout à fait inespérées.
Une remarque des plus importantes dans le sujet qui nous occupe, c'est que les phénomènes de la nature ne se présentent pas à nous par des mouvements purement mécaniques, mais par des mouvements coordonnés, c'est-à-dire, par des mouvements où il y a des proportions, de l'arrangement, de l'ordonnance, en un mot de la coordination.
C'est cette coordination qui les différencie les uns des autres; chaque phénomène a son mouvement coordonné propre; deux phénomènes différents ne peuvent se manifester par des mouvements coordonnés identiques.
Par exemple, les ondulations lumineuses viennent dessiner un cercle sur ma rétine et je vois un cercle;
si elles viennent y dessiner un carré, je vois un carré. Évidemment, la coordination de mouvement qui dessine un cercle sur ma rétine n'est pas la même que celle qui y dessine un carré.
De même pour le son : j'entends un cri de douleur et un cri de joie, la coordination des mouvements sonores qui exprime ces phénomènes varie pour chacun, autrement il n'y aurait qu'un même cri.
Tous les phénomènes de l'instinct chez l'animal, tous les phénomènes de l'instinct, de l'intelligence, du sentiment, de la volonté chez l'homme, se manifestent également par des mouvements coordonnés. Nous le verrons plus loin en détail.
Et bien, ces mouvements coordonnés qui expriment les divers phénomènes de la nature, les mouvements nerveux automatiques qui ont le cerveau pour siège, les mouvements qui manifestent les instincts, les pensées, les sentiments, etc., et qui sont par conséquent leur expression, peuvent se transmettre à divers milieux, se propager à distance sans se dénaturer, sans perdre leur coordination, et par conséquent, en repassant dans un même milieu, reproduire les mêmes phénomènes.
Il y a donc dans le mouvement expressif, quelque chose d'essentiel, qui ne se trouve pas dans le mouvement considéré au point de vue purement mécanique.
Ce quelque chose c'est la coordination, c'est-à-
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dire le nombre, la mesure, le mode, l'ordre dans le mouvement.
On ne doit donc pas confondre la transformation du mouvement expressif avec la transformation du mouvement au point de vue purement mécanique.
Bien que la transformation du mouvement proprement dit soit loin d'être la transformation du mouvement expressif, il y a entre ces deux questions une relation que Ton ne saurait méconnaître. Car sans mouvement proprement dit, sans mouvement purement mécanique, il ne saurait y avoir de mouvement expressif; de même que, sans les matériaux qui entrent dans un édifice, l'édifice ne pourrait exister, bien que l'édifice soit autre chose que les matériaux. Ce qui constitue l'édifice, ce sont les matériaux coordonnés; de même, ce qui constitue le mouvement expressif, ce sont les mouvements coordonnés.
Chaque phénomène produit un mouvement coordonné propre, qui ne convient qu'à lui seul. C'est ce mouvement qui est son expression naturelle; c'est par ce mouvement qui se transmet et se transforme sans se dénaturer, qu'il est naturellement compréhensible à tous, sans étude, sans convention préalable, et qu'il devient contagieux pour tous
quand il est susceptible de produire la contagion. Nous le verrons plus loin.
Dès que Ton dénature ce mouvement, ou qu'on lui en substitue un autre, la révélation du phénomène auquel il se rapporte ne se fait plus naturellement, sans étude, sans convention préalable.
De naturelle, l'expression devient conventionnelle, et il n'y a que les personnes au courant de la convention qui la comprennent, et qui soient susceptibles de subir son influence contagieuse, soit en bien, soit en mal; elle exige alors une étude préalable pour être comprise.
Ces notions ont été méconnues dans ce qu'elles ont d'essentiel; on n'en a pas tiré les enseignements qu'elles comportent. Elles sont cependant de la plus haute importance, car sans elles il est impossible d'établir scientifiquement le caractère spécifique du langage naturel, d'expliquer sa compréhension spontanée, ainsi que celle des beaux-arts, et leur influence sur le physique et sur le moral ; la cause de la contagion nerveuse, intellectuelle et morale, etc. Il est même impossible, sans elles, d'établir complètement la théorie de la perception extérieure, et, en un mot, d'arriver à aucune des conséquences si fécondes de la loi de la transmission et de la transformation du mouvement expressif, dont elles sont un des facteurs principaux. C'est là la raison qui nous fait insister sur la nature du mouvement expressif.
La loi de la transmission et de la transformation
du mouvement expressif n'a pas été étudiée jusqu'ici, ni par conséquent ses applications. C'est un chapitre de la science complètement neuf et d'une fécondité imprévue, si l'on en juge par les problèmes si nombreux et si divers qu'il résout.
Notre dessein est d'en faire une étude méthodique, et d'en exposer les principales applications.
Comme cette transformation se fait en partie dans le système nerveux, plusieurs questions préliminaires demandent à être exposées, telles que nos connaissances actuelles sur le système nerveux et les mouvements qui lui sont propres; sur les agents impressionnels et les sens en activité. Nous allons continuer par cette exposition.
liC cerveau el le sy stème nerveux.
Le cerveau comme siège principal de l'âme ou principe de vie-, le cerveau comme centre du système nerveux; le système nerveux en général; localisations cérébrales; moelle épinière; diverses espèces de nerfs; leur classification; le grand sympathique ou système nerveux ganglionnaire ; éléments nerveux * .
La physiologie est parvenue à nous démontrer avec certitude, et en ne laissant plus de place à rhypothèse, que le principe dévie, ou l'âme, cette force qui connaît , qui aime , qui veut et qui a conscience d'elle-même, a son siège principal, son centre d'action dans le cerveau proprement dit.
Les physiologistes et les philosophes ne s'accordent pas tous sur la nature de l'âme, mais tous s'accordent sur ce point, et il est intéressant de voir comment on est parvenu à l'établir, soit scientifiquement, soit philosophiquement.
C'est dans le cerveau que l'âme reçoit les commu-
* En traitant celle partie, nous sommes heureux de saisir l'occasion de témoigner notre vive gratitude à M. BÉClARD, secrétaire perpétuel de l'Académie de médecine, doyen de la faculté, qui a été pour nous un maître éminent et dont les ouvrages classiques nous ont été des plus utiles.
nications des sens, c'est là qu'elle les interprète, qu'elle les juge, qu'elle délibère, qu'elle donne ses réponses , en agissant d'abord sur le cerveau , et par le cerveau sur les nerfs, et par les nerfs sur les muscles et sur toute l'organisation.
D'un autre côté, la physiologie nous démontre également, qu'il suffît d'interrompre la communication d'un sens avec le cerveau, pour que ce sens soit perdu, pour que ses communications ne parviennent plus à râme, et pour que l'âme, à son tour, ne puisse plus communiquer avec lui K
C'est récemment que ces principes ont été mis hors de toute discussion dans la science. Avant Gall et Flourens, les savants étaient loin de s'accorder sur ce point; il n'y a pas un organe essentiel qui n'ait été regardé à son tour comme étant le siège principal de l'âme ; on la logeait tantôt autour du cœur, dans le cœur, dans le sang ; tantôt dans le cerveau , dans l'estomac ou même dans le diaphragme, etc.
Gall est l'auteur d'un système de phrénologie justement délaissé et qui a été conduit jusqu'à l'absurde; cependant, nous lui devons d'autres travaux, travaux d'une haute importance quoique beaucoup moins connus. C'est le premier physiologiste moderne qui ait clairement vu que le cerveau est le siège principal de toutes nos facultés : « Je distingue essentiellement dans Gall, dit Flourens, l'auteur du système
' On peut voir sur ce sujet tous les travaux de nos pliysiologisles modernes qui font autorité.
absurde de la phrénologie, de l'observateur profond qui nous a ouvert, avec génie, l'élude de l'anatomie et de la physiologie du cerveau ^ »
Cependant, si c'est Gall qui a commencé ces belles études, il est juste d'ajouter que c'est Floiirens, principalement, qui les a achevées ; nous lui devons des expériences décisives sur ce sujet. Nous le verrons tout à l'heure.
Cette doctrine, affirmant que le cerveau est le siège des facultés intellectuelles, n'est pourtant pas neuve; elle était dans la science de temps immémorial, mais elle n'était pas professée d'une manière universelle et complète; ce n'est que dans ces derniers temps que la science nous l'a démontrée expérimentalement , rigoureusement.
Cependant, il est de toute justice de rappeler que cette doctrine a été parfaitement établie par nos grands philosophes, avant même qu'elle ait été démontrée par l'expérimentation, et sous ce rapport la question présente un haut intérêt philosophique.
L'observation philosophique avait suffi pour révéler à Bossuet le résultat général des principes établis
' FlodrenS, De la Plirénologie et des éludes vraies sur le cerveau, p. 144.