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plus spécialement ioniennes, les autres plus spécialement doriennes ; et Phidias a été celui par qui l'école attique s'éleva au suprême de sa gloire. Ainsi se précisent les conditions du miracle d'art qu'il a réalisé. Tout le passé semble aboutir à lui, n'avoir cherché et peiné que pour lui apprêter la matière de ses chefs d'œuvre ; si l'Attique fut sa mère, l'école d'Argos avait été, disait-on, sa nourrice ; les peintures de Polygnote avaient contribué à son éducation de sculpteur ; le souvenir d'un monument ionien de Delphes a pu le visiter lorsqu'il composait la frise du Parthénon, et des souvenirs d'Olympie quand il dessinait les métopes ; peut-être doit-il à ceux mêmes de ses contemporains dont le génie était le plus éloigné du sien : le groupe Athéna-Poseidon au fronton Ouest n'a-t-il pas quelque chose de YAthéna et Marsyas de Myron ? Réminiscences ou emprunts, qui ne signifient certes pas indigence d'imagination ; il ne faut donc pas craindre de les citer, et l'on voudrait en découvrir davantage, afin de mieux pénétrer comment Phidias faisait son miel et de mieux discerner en quelle mesure à la puissance personnelle de créer il associa cette double faculté «élargissante», aptitude à comprendre et à assimiler, dont il paraît avoir été le premier grand exemple, le second étant Raphaël. Et tous les éléments qui entrèrent dans son œuvre, avec quelle souveraine aisance ils y ont été unis et conciliés ! Les traces des origines diverses sont effacées, et il n'y a
PHIDIAS m
non plus trace du labeur qui les effaça. On a l'impression de l'achevé, de l'accompli ; et, tandis que l'inachevé qui précéda sentait le travail, ici l'esprit jouit d'une surprenante limpidité de naturel sans effort ; on serait près de croire que l'effort fut le lot seulement des prédécesseurs, mais que celui qui vint finir leur œuvre n'eut qu'à lever la main pour cueillir la fleur de certitude, le fruit de perfection.
Cette perfection, quoique très éloignée en son principe des voies de l'art moderne, nous demeure pourtant accessible dès l'abord ; la brève formule antique, simul adspectum et probatum, lui est toujours applicable. Phidias, au Parthénon, nous présente des créatures humaines qui ne laissent voir sur les traits de leur visage nulle expression particulière, nul reflet d'une pensée déterminée, d'une âme définie, et de qui cependant la beauté nous apparaît divine, à nous modernes, et nous inspire une admiration religieuse. Aussi bien, ces créatures ne sont-elles pas, quoi qu'il semble, dénuées d'âme ; mais leur âme non troublée n'impose pas au visage de n'être plus rien que l'interprète des sentiments ; le moral chez elles n'a point mis le physique en servage ; et, si l'on peut dire, l'âme respecte les droits du corps et le lui prouve en ne dérangeant pas l'équilibre de ses parties, et en l'imprégnant tout entier également, du front au talon, de sorte que le souffle intérieur de l'une et la respiration extérieure de l'autre se confondent en un seul et même rythme. D'une si exacte corres-
LES MAITRES DE L'ART
pondance entre des corps, modèles de simplicité, d'harmonie, de naturelle justesse, et des âmes momentanément unies comme un lac sans émoi et sans ride, naît cette lumière calme, ce pur éther où vivent les figures de marbre du Parthénon... Et je pense que la magie de cette évocation d'une atmosphère de sérénité, d'une enveloppe de lumière calme, nous découvre peut-être la plus éminente qualité du génie de Phidias ; à moins qu'on ne doive mettre encore au dessus la puissance merveilleusement aisée avec laquelle ce génie déroula les plus vastes tâches et, si haut que son sujet pût l'emporter, le domina toujours. — La « Promachos » sur l'Acropole fut le bronze le plus colossal et le plus imposant qu'Athènes ait jamais possédé. Les deux masses prodigieuses du Zeus et de la Parihénos marquèrent à la fois l'apogée de la statuaire chryséléphantine et celui de l'idéalisme païen : chefs d'œuvre incomparables, selon l'unanime témoignage de l'antiquité. Et la décoration du Parthénon demeura aussi inégalée, surtout sa noble frise et ses deux frontons rayonnants, que les auteurs anciens ont à peine mentionnés, parce que de telles sculptures n'avaient en quelque sorte pas d'existence individuelle, étant seulement des parties d'un édifice, mais en qui l'humanité sait bien aujourd'hui qu'elle possède un des plus beaux et plus précieux de ses titres d'honneur.