‹ PhidiasChapitre 18 sur 56 · TORSE DES PROPYLÉES · texte numérisé non relu

TORSE DES PROPYLÉES

(Acropole d'Athènes.)

3o LES ARTISTES CÉLÈBRES

décorés de griffons en relief, et au-dessus de la visière on voit une rangée de chevaux lancés au galop, qui se retrouve sur des monnaies athéniennes où est figurée la tête de la Parthénos 4. On a condamné, au nom du bon goût, cette surcharge d'ornements, qui semble incompatible avec la sobriété d'un art aussi parfait que celui de Phidias; mais n'était-elle pas au contraire imposée par les énormes dimensions de la statue, et par la hauteur à laquelle atteignait la tête, de la déesse? Imagine-t-on l'effet maigre et pauvre qu'aurait produit, à plus de 12 mètres au-dessus du sol, une ornementation trop sobre? Il faut faire taire nos préjugés, et reconnaître qu'en multipliant les ornements sur le casque d'Athéna, en accusant énergiquement par la saillie des figures en relief le jeu des ombres et des lumières, Phidias se préoccupait à bon droit de l'effet d'ensemble, auquel il savait subordonner tous les détails. S'il restait quelques doutes, la comparaison de la gemme d'Aspasios avec de curieux médaillons d'or du musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg, suffirait à les dissiper 3. Ces médaillons, qui servaient de pendeloques à un diadème, ont été trouvés dans le tumulus de Koul-Oba, en Grimée, et sont sans aucun doute de fabrication athénienne. On sait en effet quel commerce Athènes entretenait avec les villes grecques du Bosphore Gimmérien au ive siècle. C'est à cette date qu'appartiennent ces bijoux, où l'ouvrier athénien a reproduit avec une fidélité scrupuleuse le type de l'Athéna Parthénos. Nous y retrouvons tous les détails connus par la gemme d'Apasios, le sphinx et les Pégases, les griffons sur les garde-joues, et au-dessus de la visière une rangée de bustes d'animaux, où M. Kieseritzky reconnaît des griffons et des biches. La déesse porte en outre des pendants d'oreilles, et un riche collier autour du cou. Le type du visage n'est pas en désaccord avec celui que nous offre la gemme d'Aspasios ; néanmoins c'est encore la pierre gravée de Vienne qui en donne l'idée la plus exacte. De grands yeux à demi baissés, le nez droit, le menton un peu fort et carré,

1. On peut aussi, à ce point de vue, rapprocher de la gemme d'Aspasios la tèle de la Minerve au collier du Louvre. D'autres monuments reproduisent encore la tête de la Parthénos. Nous citerons les suivants : i° une tête en bronze du British Muséum, encore inédite, signalée par M. O. Rayet {Galette des Beaux-Arts, 1881, t. XXIII, p. 260. Cf. Bulletin des Antiquaires de France, 1881, p. 1 35) ; 20 un camée de l'ancienne collection Woodhouse, au British Muséum, signalé par M. Murray. (History of greek sculpture, t. II, p. 119, note 1.) Le musée de Berlin a aussi acquis en 1882 une cornaline représentant l'Athéna Parthénos.

2. Kieseritzky: Mittheil. des arch. Inst. in Âthen, 1 883, p. 2Kj-3i5, pl. XV.

une grande expression de pudeur et de grâce tranquille : tous ces traits composent un type virginal qui est bien hellénique. La Parthénos de Phidias est l'idéal parfait de la jeune fille grecque.

Par un puissant effet de contraste, au noble visage de la déesse s'opposait la figure grimaçante de Méduse représentée sur le gorgonéion de l'égide. Phidias avait en effet suivi les traditions de l'art sévère du ve siècle, et donné à la Gorgone non pas le type adouci qui prévaudra à l'époque suivante, mais des traits franchement hideux. Cette même figure

INTAILLE d'aSPASIOS.

Cabinet de Vienne. (Dessin agrandi.)

d'épouvante était reproduite au milieu du bouclier et formait le centre de la composition qui montrait le combat des Athéniens et des Amazones. Pour les bas-reliefs du bouclier, nous sommes réduits aux indications sommaires fournies par la statuette de l'Ephorie des Antiquités et par un bouclier de marbre, en partie brisé, qui a passé de la collection Strangford au Musée Britannique Ces documents nous montrent que

i. Sur le bouclier Strangford, voir A. Conze : Die Atlwnasstatuc des Phidias im Parthenon, 1 865. Il faut encore signaler un fragment de bouclier conserve au Vatican (Michaelis, der Parthenon, pl. i5, rig. 35) et le fragment du Capitole public pour la première fois par M. Schreiber. (Athena Parthénos, pl. III, E 3.)

Phidias avait adopté une disposition bien différente de la décoration par zones chère aux anciens toreuticiens grecs, et empruntée à l'Orient ; il arait couvert la surface du bouclier de figures disposées sur plusieurs plans, en appliquant au bas-relief un des procédés de la peinture. Malheureusement des copies très réduites nous renseignent fort mal sur l'ensemble de la composition. Nous voyons seulement que le bouclier Strangford reproduit deux figures qui devaient être fort connues, en raison de la tradition racontée par les exégètes du Parthénon aux visiteurs de l'Acropole, et recueillie par Plutarque. Phidias, dit l'écrivain grec, s'était représenté lui-même parmi les combattants, « sous les traits d'un vieillard chauve qui élève une grosse pierre avec ses deux mains ». Il avait aussi introduit dans la composition le portrait de Périclès. « Dans cette dernière figure, la main lançant un javelot était placée avec tant d'habileté, ^qu'elle cachait une partie du visage, mais on en voyait encore assez des deux côtés pour que la ressemblance fut évidente { ». Cette hardiesse, ajoute Plutarque, aurait donné lieu à une accusation d'impiété portée contre le sculpteur.

Outre le bouclier, la déesse tenait la lance de la main gauche, et les monnaies nous montrent qu'elle la maintenait avec les doigs posés sur le rebord du bouclier; on peut en juger d'après une monnaie d'Athènes 2, et d'après un tétradrachme d'Antiochus Evergète, reproduisant sans doute une copie de la Parthénos faite pour Antioche 3. La main droite, étendue en avant, soutenait une statue de la Victoire haute de quatre coudées, c'est-à-dire de grandeur naturelle ; les monnaies nous apprennent encore que la Victoire était tournée vers Athéna, et non pas posée de trois quarts, comme dans la statue trouvée près du Varvakéion. Mais l'examen de ce dernier monument soulève une question fort délicate. Dans cette copie en marbre la Victoire est

1. Plutarque, Vie de Périclès, 3i. Il est possible que la ligure désignée par Plutarque comme représentant Phidias soit en effet un portrait. M. Conze a remarqué qu'elle a un caractère individuel très marqué. (Arch. Zeitung, 1 865, p. 33.) M. G. Loeschcke fait aussi observer que ce personnage n'est pas armé, mais porte la tunique (exomis) qui est le costume de travail. {Phidias Tod, p. 3i-32.) Nous ne possédons d'ailleurs aucun portrait de Phidias qui soit certain. M. Kroker a essayé récemment de démontrer qu'un buste de personnage chauve, conservé au Vatican, représente Eschyle et non pas Phidias. (Berliner philologische Wochenschrift, nos 29 et 3o ; 1 885.)

2. Percy Gardner, Types of greek coins, pl. XV, lig. 22. Voir la vignette placée à la fin du chapitre premier, p. 17.

Page 1