BOUCLIER ST RANG FORD
(Musée Britannique.)
supportée par une colonnette sur laquelle pose la main de la déesse : un support analogue, en forme de colonne, existait-il dans l'original, et Phidias avait-il jugé nécessaire ce disgracieux appendice ? Si la statue d'Athènes était seule à le reproduire, on pourrait mettre cette invention au compte du copiste. Mais la colonnette figure également sur un basrelief attique, formant l'en-tête d'un décret officiel, et sur un jeton de plomb d'Athènes1 ; or ces deux monuments offrent des imitations certaines de l'Athéna Parthénos. Bien plus, une monnaie de Cilicie, frappée au ive siècle, nous fournit un curieux exemple d'une méprise occasionnée par la présence insolite de cette colonne : le graveur ne l'a pas comprise, et l'a remplacée par un tronc d'arbre2. Voilà des arguments très décisifs : on peut affirmer qu'au Parthénon la statue de la Victoire reposait sur une colonne, et que l'armature intérieure du bras droit d'Athéna avait été jugée insuffisante pour supporter un tel poids.
Toutefois, nous croyons que ce support n'existait pas à l'origine, et qu'il n'avait pas été prévu par Phidias ; il a sans doute été ajouté après coup. Si parfaite que fût l'exécution de la statue du Parthénon, l'emploi de matériaux si divers était loin de présenter des garanties de soliditécomparables à celles du bronze ou du marbre. Nous savons, par des fragments d'inventaires officiels gravés sur marbre 3, que de très bonne heure on dut faire des réparations à la statue de Phidias. Dix ans après la consécration de la statue, dès l'année 428/7, certains morceaux de la Victoire sont détachés et inventoriés à part. En 400/399, nouvelle réparation. Quelques années plus tard, des parties du casque et du bouclier figurent dans les inventaires comme des pièces isolées, et en 334/3 une restauration de la base est devenue indispensable. Ajoutez que les magistrats chargés de la gestion du trésor conservé au Parthénon, les Trésoriers de la Déesse, devaient quelquefois, comme ils le firent en 385/4, procéder à un contrôle rigoureux de l'or formant le vêtement delà statue. Il fallait détacher les différentes pièces, les peser, et comparer le résultat aux chiffres officiels inscrits sur une plaque de bronze : ces opérations étaient bien faites pour compromettre la solidité de la statue. C'est, croyons-nous, au cours d'une de ces restaurations partielles, qu'on