De Laborde, Athènes aux XV0 XVIe et X VIP siècles
3. Cette relation a été publiée récemment par M. von Duhn : Arch. Zeitung, 1878; Re\a\ione d'alcune principali Antichità d'Atene, ciel sigr Rinaldo de la Rue.
Après l'entrée des Vénitiens dans l'Acropole, Morosini continua, par son zèle maladroit, l'œuvre de destruction, en essayant d'enlever, pour les rapporter à Venise, quelques morceaux du fronton ouest. L'opération, mal conduite, fut désastreuse; presque toutes les statues du fronton tombèrent sur le sol, et, dit un témoin oculaire, « non seulement elles se brisèrent, mais elles s'émiettèrent en poussière » (e si ruppero non solo, ma si disfecero in polvere) 4. Personne, enfin, n'ignore quelle part revient à lord Elgin dans la dévastation du Parthénon. Il est à peine besoin de rappeler comment lord Elgin, muni d'un flrman du sultan, dépouilla méthodiquement le Parthénon de ses sculptures, pendant les années 1801 et 1802, et à la suite de quelles péripéties les marbres, transportés en Angleterre et exposés à Londres, furent, en 18 16, acquis par le Musée Britannique.
Il serait presque impossible de reconstituer, avec tous ces fragments épars et trop souvent mutilés, la décoration sculpturale du Parthénon, si l'on n'était guidé par les dessins du peintre français, Jacques Carrey, qui, en 1674, accompagnait, dans sa visite à Athènes, le marquis de Nointel, ambassadeur de Louis XIV à Constantinople. Les dessins de Carrey donnent l'état des sculptures avant l'explosion de 1687. Bien qu'exécutées rapidement en quelques jours et dans les conditions les plus défavorables, ces esquisses, où se retrouve la main d'un élève de Le Brun, sont encore les documents les plus précieux que nous possédions pour l'étude des marbres du Parthénon2.
Le fronton oriental, qui doit nous occuper tout d'abord, était déjà très mutilé à l'époque du voyage de Nointel. Les dessins de Carrey montrent que les huit ou neuf statues de la partie centrale avaient disparu. Elles ont sans doute été enlevées lorsque le temple fut converti en église, et que, pour éclairer la voûte de l'abside, les architectes byzantins pratiquèrent une fenêtre dans le tympan du fronton. Cette
1. Lettre d'un officier vénitien, du 8 juin 1G88, dans Antonio Bulifone, Lettere memorabili,ctc. Cf. de Laborde, Athènes, t. II, p. 187. Voir aussi la dépêche de Morosini au doge de Venise, datée du Porto Lion, le 19 mars 1688. De Laborde, t. II, p. 225. Ct. Fanelli : Atene Attica, p. 317 (1707).
2. Les dessins de Carrey sont conservés à la Bibliothèque nationale. La meilleure reproduction en a été donnée par M. de Laborde, dans le recueil de planches malheureusement incomplet, intitulé : Le Parthénon, documents pour servir à une restauration ; Paris, 1848.
PHIDIAS 3 g
lacune porte malheureusement sur les figures les plus importantes. On ignorerait jusqu'au sujet du fronton oriental si quelques mots de Pausanias ne nous l'indiquaient : « Quand on entre dans le temple appelé Parthénon, tout ce qui se trouve dans ce qu'on nomme les frontons a trait à la naissance d'Athéna 4. »
Phidias s'était donc inspiré du mythe suivant lequel la tête de Zeus, entr'ouverte par le coup de hache d'Héphaistos, aurait donné naissance à la jeune déesse. C'est l'épisode que retrace, en vers magnifiques, l'auteur de l'hymne homérique à Athéna : « Je chante Pallas Athéné..., vierge pudique, destructrice des villes, irrésistible, que le prudent Zeus enfanta seul, de sa tête auguste, revêtue d'armes de guerre étincelantes d'or. A sa vue, tous les immortels furent saisis d'admiration. Elle, cependant, devant Zeus qui tient l'égide, s'élançant de son crâne, bondit impétueusement; le vaste Olympe frémit de terreur sous le regard de la déesse; la terre retentit d'un fracas terrible; la mer s'agita, et les flots sombres se troublèrent, et l'eau salée déborda soudain, et le fils brillant d'Hypérion arrêta quelque temps ses chevaux rapides, jusqu'à ce que la vierge Pallas Athéné eût dépouillé ses épaules immortelles de ses armes divines; et le prudent Zeus se réjouit 2. » L'hymne homérique dépeint une série de scènes successives ; mais les conditions de la plastique sont différentes, et l'on peut se demander quel moment précis de l'action avait représenté Phidias. C'est là une question fertile en hypothèses, et qui attend encore une solution indiscutable. Parmi les nombreux systèmes proposés, il en est qu'on peut rejeter tout d'abord. Nous ne saurions admettre que Phidias ait représenté l'acte même de la naissance d'Athéna, comme on le voit sur les vases grecs d'ancien style, où le peintre a montré Athéna, sous la forme d'une petite figure armée, jaillissant du crâne entr'ouvert de Zeus 3. Cette conception, au point de vue de la plastique, présente des difficultés insurmontables, et, d'ailleurs, l'art archaïque, avec son audace naïve et ses scrupules d'exactitude mythologique, pouvait seul s'en accommoder. L'attitude d'Héphaistos, dont le torse est conservé à Athènes, a suggéré à plusieurs savants une autre hypothèse. Comme le fait observer M. O. Rayet '', le mouvement