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Longpérier, Œuvres complètes, t. II, p

vers la peinture que Phidias se sent attiré tout d'abord; le grand sculpteur commence par étudier dans l'atelier d'un peintre. Pline parle même de peintures exécutées par lui sur un bouclier qu'on voyait à Athènes 1 : peut-être faut-il entendre par ces mots que Phidias se serait souvenu plus tard de ses premières études pour décorer l'intérieur du bouclier de la Parthénos. Si sommaire qu'elle soit, cette indication à son prix. Alors que la critique moderne recherche avec tant de soin ce qui peut nous éclairer sur les premières aptitudes manifestées par les artistes, est-il indifférent de savoir que Phidias a commencé par manier le pinceau? On peut admettre, sans témérité, que cette éducation de peintre a laissé sa trace dans son œuvre de sculpteur. Le maître qui, dans ses grandes statues chryséléphantines , combinera si heureusement les tons de l'ivoire et de l'or, qui dessinera avec une telle aisance les cartons de la frise du Parthénon, devra sans doute en partie à la pratique de cet art un sentiment plus délicat des couleurs, et surtout une conception plus libre et plus large des ressources que peut offrir la sculpture.

En dépit de ces premières études, la véritable vocation de Phidias ne tarde pas à se révéler : c'est vers la sculpture qu'elle l'entraîne. Avant de le suivre dans cette nouvelle voie, il importe d'indiquer, au moins sommairement, quel était, vers 470, l'état de la sculpture dans les pays grecs et surtout en Attique. On appréciera mieux ainsi quel enseignement Phidias pouvait recevoir de ses maîtres ; on verra, en outre, que le brillant épanouissement de Part, au ve siècle, avait été préparé de longue date par le patient travail de plusieurs générations d'artistes.

Au moment où Phidias commence à faire son apprentissage de sculpteur, vers 4/5, l'art hellénique a déjà un passé qui n'est pas sans gloire. Pendant tout le vie siècle, l'activité artistique, d'abord limitée aux villes grecques d'Asie Mineure et aux îles voisines, s'est propagée dans la Grèce propre. Des écoles se sont constituées, avec leurs tendances et leurs aptitudes particulières, mais aussi avec des qualités communes qui n'appartiennent qu'à l'esprit grec. L'école ionienne, dont l'influence se fait sentir jusque dans la Grèce du Nord, a tous les caractères qu'on peut attendre d'une race bien douée, vive et spirituelle; les bas-reliefs trouvés à Ephèse, la Héra de Samos, les sculptures du tombeau de Xanthos, montrent le goût prononcé des artistes ioniens pour les proportions élégantes, pour la richesse des draperies, et trahissent aussi l'exécution

t. Natur. Hist., XXXV, 54.

un peu molle qui leur donne plus de grâce que de force. Toute différente est la tradition qui prévaut dans les écoles péloponnésiennes, dont le centre, au milieu du vie siècle, est à Sparte. Les vieilles sculptures laconiennes, d'un aspect dur et sévère, font prévoir que les qualités dominantes des artistes du Péloponnèse, au début du ve siècle, seront la fermeté et l'énergie. Pythagoras à Rhégion *, Agéladas à Argos, sont les représentants les plus célèbres de l'art dorien, dans la génération qui précède immédiatement celle de Phidias.

Dans les îles, à Paros, à Délos et à Naxos, et sur les côtes occidentales de la mer Egée, les influences de l'art péloponnésien et de l'art ionien se sont heureusement combinées pour donner à la sculpture une élégance et une précision remarquables. De 5oo à 480, trois écoles, relevant de cette tradition, sont en pleine prospérité : ce sont les écoles de Sicyone, d'Egine et d'Athènes. Kanakhos et Aristoclès à Sicyone, Onatas à Egine, produisent des œuvres que les écrivains de l'antiquité mentionnent avec honneur. Les frontons du temple d'Athéna à Egine, exécutés du vivant d'Onatas, sinon sous sa direction, montrent assez à quel degré de science sont arrivés les artistes éginètes.

A Athènes, les progrès de la richesse publique, dans la seconde moitié du vie siècle, provoquent un mouvement artistique très considérable. L'Athènes de Pisistrate, embellie par des constructions nouvelles, devient le centre d'une école de sculpture qui compte des maîtres indigènes, comme Endoios, Gorgias, Callonidès, Epistémon, ou des sculpteurs venus des îles, tels qu'Aristion de Paros. Nous commençons à mieux connaître, grâce aux marbres que nous livrent les découvertes faites à Athènes, les caractères de cette ancienne école attique, qui partage, avec celles de l'Ionie et des îles, un goût déterminé pour la finesse et l'élégance; mais elle a en propre une exécution plus nette et plus incisive et ne recule pas devant la sécheresse et la maigreur. Au moment de la première jeunesse de Phidias, la sculpture attique était représentée par des maîtres dont il serait injuste d'oublier les mérites. C'est en 477 que Critios et Nésiotès exécutaient le groupe d'Harmodios et d'Aristogiton, qui devait remplacer, sur l'Agora d'Athènes, l'œuvre d'Anténor, enlevée par les Perses après Salamine ; le groupe des Tyrannicides, du

1. M. Waldstein a consacré une intéressante étude à Pythagoras de Rhégion Pythagoras of Rhégion and the early athlète statues : Journal of Hellenic Studies, t. I (1880), p. 168-201.

musée de Naples, copie fidèle des deux statues de bronze des sculpteurs athéniens, prouve que, pour l'habileté de l'exécution, elles ne le cédaient pas aux marbres d'Egine. Un peu plus tard, vers 472, Galamis commençait à produire ces œuvres d'une grâce sévère, fort goûtées des fins connaisseurs, tels que Lucien, et que n'auraient pas désavouées les maîtres florentins du xve siècle.

Il serait injuste d'oublier ce que la sculpture avait dû aux efforts des maîtres archaïques, et de ceux qui précèdent immédiatement Phidias. Leur zèle à copier la nature, à s'en rapprocher de plus en plus, avait progressivement affranchi l'art grec des conventions naïves à l'aide desquelles les sculpteurs primitifs suppléaient à leur inexpérience; l'imitation consciencieuse du modèle vivant leur avait donné cette science du corps humain qui éclate avec tant de force dans les marbres d'Egine. Mais la souplesse et l'aisance font encore défaut à cet art si sincère, et l'on y surprend des traces de ces formules conventionnelles familières à l'archaïsme. La manière de traiter les cheveux est la barbe est toujours celle que pratiquaient les sculpteurs du vie siècle; ces boucles frisées, ces barbes soigneusement peignées, rappellent les procédés et la routine qu'on observe sur les plus anciens marbres grecs. Les draperies n'offrent pas encore ce jeu libre et facile que saura leur donner la main de Phidias; elles tombent en plis rigides et réguliers. Enfin, dans les gestes et dans les attitudes, il y a plus de mouvement que de vie; on sent que les sculpteurs ne sauraient réaliser qu'un petit nombre d'attitudes, et qu'ils échoueraient en s'attaquant à des poses plus compliquées. Les règles transmises par la tradition et apprises dans l'atelier entravent encore en partie leur liberté. Ainsi, l'art n'est pas complètement émancipé ; il est seulement mûr pour le progrès décisif qui va s'accomplir avec une étonnante rapidité, grâce aux grands maîtres du ve siècle.

C'est à un sculpteur d'Athènes que revient l'honneur d'avoir été le premier maître de Phidias. Hégias, ou Hégésias, est un contemporain de Critios et de Nésiotès; il appartient à la génération des derniers artistes archaïques 4. Quelques mots de Quintilien nous apprennent que son style était dur et rappelait celui des Etrusques [duriora et Tuscanicis proxima) 3. On lui reconnaissait cependant quelque mérite, puis-

1. La date que donne Pline, en le plaçant vers l'olympiade 83 (448), est manifestement inexacte. (Natur. Hist., XXXIV, 49.)

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