‹ PhidiasChapitre 5 sur 56 · Quintilien, Inst. Orat., XII · texte numérisé non relu

Quintilien, Inst. Orat., XII

qu'une de ses œuvres, un groupe de Castor et Pollux, fut transportée à Rome et placée devant le temple de Jupiter Tonnant. Une statue d'Athéna, une autre représentant le fils d'Achille, Pyrrhos, et enfin des enfants montés sur des chevaux de course, telles sont les autres œuvres d'Hégias connues par les textes.

La tradition attique dut paraître bientôt trop étroite à un esprit impatient d'apprendre; aussi Phidias quitte-t-il Athènes pour venir demander des leçons au maître le plus illustre d'une école voisine, à l'Argien Agéladas. On a vu que l'école d'Argos était alors, avec celle de Sicyone, la plus florissante du Péloponnèse. Elle comptait déjà plusieurs générations d'artistes, tels qu'Eutélidas et Chrysothémis, Aristomédon, Glaucos et Dionysios. Vers 470, Agéladas était à l'apogée de son talent, et sa réputation justifie la bonne fortune qui lui est échue, d'avoir eu pour élèves les trois plus grands sculpteurs du ve siècle, Myron, Polyclète et Phidias. La liste de ses œuvres montre que sa renommée s'était étendue dans tout le Péloponnèse et jusque dans la Grande - Grèce. C'est à lui que s'adressent les Messéniens chassés d'Ithôme pour l'exécution de la statue de Zeus qu'ils emportent avec eux. Outre des statues d'athlètes vainqueurs, on voyait de lui, à Olympie, un groupe dédié par Cléosthènes d'Epidamne, et composé de quatre chevaux et de deux personnages. Mais son œuvre capitale était le groupe de bronze consacré à Delphes par les Tarentins, comme un monument de leur victoire sur les Messapiens, et représentant des cavaliers et des femmes captives. Bien qu'aucun écrivain ancien ne porte un jugement positif sur le vieux sculpteur argien, on peut se l'imaginer comme un maître plus audacieux que la plupart de ses contemporains, et essayant déjà de réaliser, dans des groupes compliqués, quelquesunes des conceptions dont s'inspirera la grande sculpture décorative :

11 est permis de croire que l'auteur du fronton est du temple d'Olympie, en exécutant les groupes des chevaux d'Œnomaos et de Pélops, s'était souvenu de l'ex-voto de Cléosthènes. L'enseignement d1 Agéladas était donc bien fait pour élargir l'horizon de Phidias, et lui révéler un style plus énergique et plus robuste que celui des sculpteurs athéniens. Ajoutez qu'au point de vue de la science professionnelle et de la connaissance des procédés techniques, le séjour d'Argos ne lui était pas moins profitable. Tandis qu'à Athènes les artistes travaillaient surtout le marbre, Tart du métal était en honneur dans les ateliers d'Argos. Nul doute que

PHIDIAS ii

Phidias y ait puisé cette habileté consommée de fondeur en bronze et de toreuticien que les textes anciens lui attribuent 4, et dont témoigne la perfection si vantée de ses statues chryséléphantines.

La première œuvre connue de Phidias est une statue d'Athéna en or et en ivoire, exécutée pour la ville de Pellène, en Achaïe, et consacrée dans un temple d'Athéna. On racontait que sous la base s'ouvrait un trou profond d'où se dégageait une fraîcheur humide destinée à assurer la conservation de l'ivoire. Le jeune sculpteur se trouvait-il encore à Argos lorsque les Pelléniens s'adressèrent à lui, et fut-il désigné à leur choix par Agéladas ? Nous n'avons aucune raison de l'affirmer, bien que cette hypothèse, émise par Beulé, n'ait rien d'invraisemblable 2. Mais, à supposer que Phidias ait saisi cette première occasion de se faire connaître avant de quitter l'Argolide , le mouvement artistique qui se produisait à Athènes, sous le gouvernement de Gimon, ne devait pas tarder à l'y rappeler.

La puissance d'Athènes s'accroissait rapidement. Elle avait à la tête de la ligue maritime de Délos une situation prépondérante, et les fructueuses campagnes de ses flottesdans l'Archipel, dans les mers de Thrace et sur les côtes d'Asie, lui avaient assuré des ressources considérables. A partir de l'année 465, la victoire de l'Eurymédon, qui écartait tout danger du côté de la Perse, allait permettre à Gimon de consacrer des sommes importantes à des travaux d'utilité publique, et de commencer à faire disparaître les traces de l'invasion persique. Jusque-là, on s'était borné à reconstruire les murs de défense et les habitations privées; on avait couru au plus pressé. Cimon embellit la ville relevée de ses ruines; il construit le Théséion, l'Anakéion, élargit l'Agora du Céramique, où Pisianax, un de ses parents, bâtit le portique du Pcecile ; c'est aussi de ce temps que date le temple longtemps désigné sous le nom de temple de Thésée, et où il faut sans doute reconnaître l'Héracléion de Mélité. Pour décorer ces édifices, il fait appel à deux grands peintres, Polygnote de Thasos et Micon. Sur les murs du Pcecile, Polygnote retrace le jugement d'Ajax, et sur ceux de l'Anakéion, l'enlèvement des Leukippides, vastes compositions où l'artiste, rompant avec les habitudes timides et routinières de l'ancienne peinture, donnait aux personnages

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