‹ PhidiasChapitre 42 sur 56 · Pausanias, Y · texte numérisé non relu

Pausanias, Y

PHIDIAS io5

à toutes les difficultés du travail de l'or et de l'ivoire et pénétrés de son influence. Il retrouvait surtout au pied du mont Kronios, dans le calme de la cité sacerdotale, la sécurité et la paix qu'Athènes, en proie aux luttes politiques, commençait à ne plus connaître. Phidias pouvait à loisir élaborer l'œuvre qu'attendaient de lui les prêtres éléens, et que le temple était prêt à recevoir.

Gomme celle de l'Athéna Parthénos, la statue du Zeus Olympien était colossale. En lui donnant l'attitude assise, Phidias avait pu en augmenter les proportions ; suivant le mot de Strabon i, si la statue s'était développée dans toute sa hauteur elle aurait emporté la toiture, en dépit de la grandeur du temple. Les écrivains anciens ne s'accordent pas sur les dimensions. Pausanias se borne à dire avec dédain qu'il ne louera pas ceux qui en ont écrit les mesures 2. Les uns parlent en effet de 60 pieds, les autres de 100; quelques-uns, renchérissant encore, vont jusqu'à attribuer au Zeus Olympien une hauteur de i5o coudées, soit à peu près 89 mètres 3. La fantaisie se donnait libre carrière à propos de cette statue, que l'antiquité comptait au nombre des sept merveilles du monde, et les compilateurs n'étaient pas gens à s'étonner des chiffres les plus exagérés. Des calculs plus modérés 4 prêtent à la statue, avec sa base, une hauteur de 42 pieds, à savoir environ 14 mètres, ce qui justifie amplement le caractère colossal de l'œuvre de Phidias.

La statue était placée dans la partie la plus reculée de la cella, et des précautions extraordinaires avaient été prises pour en assurer la conservation. En avant de la base, le sol était pavé de marbre noir; on y répandait constamment de l'huile, pour empêcher les émanations marécageuses de l'Alphée d'altérer et de noircir les parties exécutées en ivoire. Un voile, strictement baissé, séparait la statue du reste du temple. Au 11e siècle avant notre ère, le roi de Syrie Antiochus IV fit présent au sanctuaire d'un tapis de laine très riche destiné à cet usage. On a quelque raison de croire que c'était le voile du Saint des Saints du temple de Jérusalem ; Antiochus put en effet s'en emparer après la prise de la ville en 168, et faire hommage au Zeus d'Olympie, dont il était un fervent dévot, de ce qu'il avait enlevé à Jéhovah :i.

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