‹ PhidiasChapitre 50 sur 56 · Natur. Histor., XXXIV · texte numérisé non relu

Natur. Histor., XXXIV

du cou, fut classée la seconde ; venaient ensuite celle de Grésilas le Cydoniate, et celle de Phradmon. L'œuvre de Phidias ne nous est connue que par des textes peu explicites. L'Amazone s'appuyait sur sa lance, comme si elle était blessée, mais les autres sculpteurs avaient sans doute traité un sujet analogue, en s'inspirant de la tradition éphésienne, d'après laquelle les Amazones vaincues seraient venues chercher un refuge près de l'autel de l'Artémis d'Ephèse1. Plusieurs statues conservées dans les musées d'antiques répondent à ce type, sans qu'on puisse avec certitude reconnaître dans l'une d'elles une copie de l'Amazone de Phidias. L'Amazone blessée du musée de Berlin, qui s'appuie toute défaillante sur une colonne, reproduit peut-être la statue de Polyclète; d'autre part, on a proposé de reconnaître celle de Phidias soit dans l'élégante statue de l'Amazone Mattei du Vatican qui relève le bras droit pour saisir le haut de sa lance qu'elle tenait de la main gauche, soit dans un marbre du musée Capitolin2. Mais toutes ces statues, avec des différences de style évidentes, peuvent être en réalité des variantes d'un même type, et rien ne nous autorise à y reconnaître celui qu'avait traité Phidias.

On ne connaît du maître athénien qu'une seule statue d'athlète. C'est sans doute pendant son séjour à Olympie qu'il avait exécuté la statue de bronze d'un jeune vainqueur nouant une bandelette autour de sa tête. Elle était consacrée dans l'Altis; mais c'est à tort qu'on l'a parfois confondue avec celle de l'Eléen Pantarcès, vainqueur à Olympie en 436. On sait quel genre de liaison Phidias avait, dit-on, contracté avec Pantarcès; on sait aussi qu'il avait reproduit, sur un des bas-reliefs du trône d'Olympie, l'image du jeune Eléen se couronnant d'une bandelette, dans l'attitude du Diadumène de Polyclète.

Nous aurons complété la liste des statues connues par des textes anciens en signalant deux statues de bronze et un colosse nu consacrés par Paul-Emile, à Rome, dans le temple de la Fortune. Ces statues étaient-elles réellement de Phidias, comme Pline l'affirme ? Le doute est permis si l'on songe que l'antiquité n'éprouvait aucun scrupule à augmenter encore son œuvre déjà si riche. Ainsi des témoignages plus que suspects lui attribuent une statue de Zeus, qu'on voyait à Constan-

1. Voir Klùgmann : Die Ama^onen in der attischen Litteratur und Knnst, 1875, et Annali dell' List., 1869, p. 278.

2. De Ronchaud, Phidias, p. 187; Overbeck, Griechische Plastik, t. I, p. 3<j5.

tinople, une Héra et un Héraclès nettoyant les étables d'Augias. On reconnaissait volontiers sa main dans les ouvrages de ses élèves, témoin l'Athéna d'Elis, faite par Colotès ; témoin encore la Déméter du Métrôon d'Athènes, et la Némésis de Rhamnonte, exécutées par un de ses disciples de prédilection, Agoracrite de Paros. Rappelons enfin, parmi les œuvres faussement attribuées à Phidias, une des deux statues colossales, qui, après avoir décoré l'entrée des Thermes de Constantin, se voient aujourd'hui à Rome, sur la place de Monte-Cavallo où elles ont été placées par l'ordre de Sixte V, en 1589. On sait que l'une de ces deux statues, figurant les Dioscures auprès de leurs chevaux, est désignée comme l'œuvre de Phidias par une inscription (opvs phidiae), tandis que l'autre porte le nom de Praxitèle (opvs praxitelts). Les inscriptions primitives, dont celles qu'on lit aujourd'hui sur les piédestaux ne sont que des copies, ne paraissent pas remonter à une date antérieure au ive siècle de notre ère ce qui en diminue singulièrement la valeur. Quant aux statues elles-mêmes, elles ont été exécutées dans l'antiquité d'après des originaux en bronze, dont l'auteur vivait sans doute après Lysippe 2. Les noms de Phidias et de Praxitèle prouvent que ces œuvres étaient fort admirées sous l'Empire ; on n'avait pas hésité à les attribuer à deux des plus grands maîtres de la sculpture grecque. A cette désignation de fantaisie se rattache le souvenir d'une curieuse légende du Moyen-Age, rapportée dans les Mirabilia Urbis Romae 3 et que résume ainsi la traduction française faite au temps de Charles VIII : « Les chevaulx et hommes nuz dénotent que, au temps de l'empereur Tyberii, furent deux jeunes philosophes, c'est assavoir Praxiteles et Phitias... Et qu'ils sont nuz auprès des chevaulx dénote que les bras haulx et estendus et les doys reployez racontoient les choses advenir, et ainsi, comme ils sont nuz, ainsi la science de ce monde en leurs entendements estoit nue et ouverte. » Phidias philosophe et thaumaturge : tel était le souvenir du grand artiste qui avait survécu dans l'esprit des Romains du Moyen-Age.

Nous avons mentionné au commencement de ce chapitre les diverses traditions conservées par les auteurs anciens au sujet de la mort de

1. Sur l'histoire des inscriptions voir E. Lœwy, Inschriften griech. Bildhauer, n° 494.

2. Voir Friederichs-Wolters, Gipsabgûsse antiker Bildwerke, nos 1 270-1 271.

Page 1