‹ PhidiasChapitre 51 sur 56 · Mirabilia Urbis Romae; éd. Parthey; 1869, p · texte numérisé non relu

Mirabilia Urbis Romae; éd. Parthey; 1869, p

Phidias ; on sait déjà celle que nous avons préféré suivre. D'après le texte de Philochore, tel que le restitue M. Mtiller-Strûbing, il serait mort en Elide, après l'achèvement du Zeus Olympien. Comme la mention de l'archontat de Pythodoros (43 1), qui suit immédiatement ces mots dans le texte du scholiaste, peut s'appliquer également aux faits qu'il mentionne ensuite, nous n'avons aucune donnée certaine sur la date de cet événement. M. Muller-Strûbing écarte — et avec raison croyons-nous — la légende de la fin tragique de Phidias, mis à mort par les Eléens : le vieux maître, suivant lui, se serait éteint paisiblement dans la retraite qu'il s'était ménagée en Elide. A l'appui de cetteopinion, qui a pour elle la vraisemblance, on peut invoquer un fait très positif. Les descendants de Phidias s'étaient établis à Olympie, où ils occupèrent longtemps une charge héréditaire. En qualité de q>ociSpuvTa(, ils devaient prendre soin de la statue chryséléphantine exécutée par leur ancêtre, la nettoyer, et accomplir certains sacrifices; véritable fonction sacerdotale, dont les Eléens avaient réservé le privilège à la famille du maître athénien. Une inscription de l'époque romaine, trouvée à Olympie, montre que cette charge s'y était perpétuée ; le Sénat olympique et le peuple des Eléens honorent pour sa piété un descendant de Phidias, T. Flavius Héraclitos, qualifié de jphaidrynte de Zeus Olympien1. Il est donc permis de croire que, son chef-d'œuvre terminé, le grand sculpteur ne quitta plus le pays où il avait trouvé, avec un accueil flatteur, la tranquillité chère à la vieillesse. Au reste, les événements qui se succédaient à Athènes, après 43 1 , n'étaient guère faits pour le rappeler dans sa patrie : la guerre du Péloponnèse venait d'éclater ; dans l'été de 430, une peste terrible ravageait PAttique, et Périclès mourait en 429, laissant le champ libre aux luttes des partis. L'incertitude des traditions antiques, au sujet de la mort de Phidias, semble prouver qu'elle coïncida avec cette période de troubles. L'éloignement du maître, les malheurs causés par la guerre, suffiraient à expliquer que ses concitoyens n'y aient prêté qu'une attention distraite. Athènes, en proie aux dissensions politiques, menacée par les troupes péloponnésiennes d'Archidamos et de Cléomènes qui dévastaient l'Attique, put apprendre avec indifférence qu'elle venait de perdre le plus grand et le plus glorieux de ses artistes.

Nous ne saurions, dans les limites restreintes de ce travail, rechercher 1. E. Loewy, Inschriften griech. Bildhauer, n° 536, p. 367.

avec détail tous les caractères de l'art de Phidias, et montrer par l'analyse de son œuvre quelle place revient au maître athénien, dans l'histoire de la sculpture antique. Personne ne doute que cette place soit la première. Il n'a été donné qu'à un seul homme de réaliser avec une telle maîtrise l'expression parfaite de la beauté, à l'un de ces moments, si rares, dans l'histoire de l'humanité, où tout concourt à créer les conditions les plus favorables pour l'activité d'un génie supérieur : la force du sentiment national et de la foi religieuse; de grandes œuvres à accomplir; un art jeune, plein de sève, le plus original du monde, et qui cependant attend encore le maître capable de traduire, sous une forme achevée, ses plus hautes aspirations. C'est le rôle qui est réservé à Phidias; il y est préparé par une universalité de connaissances, qui lui fait atteindre le niveau le plus élevé de la culture de son temps. Il résume en lui tout ce qu'un artiste peut savoir ; aucune forme de l'art ne lui est restée étrangère. Il n'a pas de rival dans la statuaire chryséléphantine 1 , et on lui reconnaît l'honneur d'avoir le premier révélé toutes les ressources de la toreutique et de l'art du bronze 2. Les frontons du Parthénon disent assez quelle vie prend le marbre sous son ciseau de statuaire ; suivant des témoignages formels, il est le premier dans l'art de travailler le marbre3. Quand l'heure est venue de donner, dans un magnifique ensemble, comme le manifeste de l'art nouveau dont il est le représentant, une élite de sculpteurs reconnaît son autorité et accepte sa direction; à son école se forment des disciples dont la docilité et l'ardeur à s'assimiler le style du maître témoignent de la puissance de son action. Avec Myron et Polyclète, il est un des trois maîtres du ve siècle qui personnifient l'art grec au moment où il atteint son plus brillant développement ; mais c'est à lui qu'il faut en demander l'expression la plus haute. Il serait donc puéril de chercher à définir, dans une formule, ce génie aux aspects multiples. La meilleure manière d'apprécier son œuvre, c'est d'essayer de montrer, dans les quelques pages dont nous disposons encore, ce qu'il a ajouté à l'art de son temps, et en quoi il diffère des autres maîtres du ve siècle.

Avant Phidias, vers 480 ou 470, la sculpture grecque présente deux caractères dominants : d'une part, un goût prononcé pour l'imitation de la nature; de l'autre, une sorte d'instinct de l'idéal, qui cherche encore

1. « In ebore longe citra aemulum. » (Quintilien, Instit. Orat., XII, 10, 9.)

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