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O. Mùller, De Phidiœ vita et operibus, p

PHIDIAS i3

persique plus de vingt ans après Marathon. Cimon, devenu tout-puissant vers 466, avait un double intérêt à exalter les glorieux souvenirs de Marathon : il honorait la mémoire de son père Miltiade et augmentait d'autant le prestige de son nom. C'est donc dans les années qui suivent la victoire d'Eurymédon, et qui précèdent son bannissement, qu'on peut placer l'exécution du groupe de Phidias.

L'ex-voto de Delphes comprenait une série de figures dont Pausanias nous a conservé les noms1 : Athéna, la^déesse protectrice de l'Attique; Apollon, Miltiade, le héros de Marathon; puis des héros légendaires, Thésée et Philéas, l'ancêtre mythique de la famille de Cimon ; Codros, un des rois de l'Attique, et enfin les héros éponymes des tribus attiques, Erechthée, Cécrops, Pandion, Léos, Antiochos, Egée et Akamas. Plus tard, les Athéniens avaient joint à l'ex-voto primitif les statues d'Antigone, de Démétrius et de Ptolémée, qui avaient donné leur nom à autant de tribus attiques. Ce renseignement nous fait connaître comment le groupe était conçu : il se composait de figures simplement juxtaposées, sans être rattachées les unes aux autres par les liens d'une composition rigoureuse. Les frontons d'Egine, avec leurs figures détachées dont l'agencement est encore à l'étude, peuvent nous donner une idée assez juste d'une pareille conception, et c'est bien ainsi qu'on s'imagine le groupe exécuté pour les Tarentins par Agéladas. Que Phidias, à ce moment, ait eu encore présent à l'esprit l'enseignement de son maître, qu'il ne se soit pas du premier coup dégagé des influences qu'il avait subies, rien n'est plus naturel. Raphaël ne reste-t-il pas, dans ses premières œuvres, l'élève docile du Pérugin ? Le temps n'est pas venu où Phidias saura rompre avec la tradition, ne relever que de lui-même, et créer ces vastes ensembles auxquels on ne saurait rien ajouter ni rien enlever sans en détruire la savante harmonie.

C'est dans la même période, vers 459, que nous placerions volontiers la statue d' Athéna Aréia, faite par Phidias pour un temple de Platées. L'édifice avait été commencé quelque temps après la bataille de Platées, et les 80 talents attribués aux Platéens comme « prix de la vaillance » (àptcTsïov) , sur la proposition du Corinthien Cléocritos, devaient y être consacrés. Il est probable que la construction traîna en longueur, car Polygnote, chargé avec Onasias de la décoration peinte,

1. Voir E. Curtius, Ueber die Weihgeschenke der Griechcn nach den Pcrserkriegen. (Nachrichten der Gœtting. Gesellsch. der Wissenschaften, 1 8(5 1 .)

i4 LES ARTISTES CÉLÈBRES

ne put y travailler que vers 460, après avoir terminé ses travaux à Athènes. L'argent commençait-il à manquer quand Phidias entreprit la statue de la déesse? Il est permis de le croire, en raison des matériaux économiques employés par le sculpteur. La statue, haute d'environ six mètres, était simplement en bois doré, et pour le visage, les mains et les pieds, les Platéens s'étaient contentés de marbre pentélique au lieu d'ivoire *.

Dans les dernières années du gouvernement de Cimon, Phidias était déjà célèbre. Il recevait la mission d'exécuter, pour Athènes, une statue qui devait être consacrée sur l'Acropole, aux frais du trésor public, et rappeler la part prise par les Athéniens à la défense de la Grèce contre les Perses 2. C'était la statue colossale que Démosthènes appelle « la grande Athéna de bronze », et qui çeçut plus tard le surnom de Promachos. Il faut sans doute reconnaître la même statue dans celle que Pline appelle Clidiichus (celle qui tient les clefs) 3. Placée en arrière des Propylées, la déesse apparaissait en effet comme la gardienne et la protectrice de l'enceinte sacrée de l'Acropole.

On a souvent proposé d'identifier le piédestal de la Promachos avec une base en tuf qu'on voit encore en place sur l'Acropole d'Athènes La statue se serait dès lors trouvée placée à mi-chemin entre les Prolypées et l'Erechthéion, et dans le prolongement de l'entrée de l'Acropole construite par Mnésiclès. Ainsi, bien qu'élevée au temps de Cimon, et avant les travaux qui devaient, sous Périclès, modifier l'aspect de cette partie de l'Acropole, la Promachos occupait un emplacement correspondant déjà à ces plans nouveaux 5. Les dimensions de la statue étaient plus considérables que celles de l' Athéna de Platées. Suivant Pausanias, on apercevait de la pleine mer, après avoir doublé le cap Sunium, l'aigrette du casque et la pointe de la lance de la déesse. Mais le voyageur grec se trompe sans aucun doute. Il fallait tout au moins

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