PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE III. U
de la nature a détruit le monument élevé par Tart à la nationalité et à la religion helléniques. L'opinion qui le fait transporter à Constantinople, où il aurait péri à la prise de cette ville au commencement du xiir siècle , est inadmissible ^. Il sufTira de faire remarquer que la seule réparation du colosse, quelques années après son achèvement, avait exigé les talents d'un artiste tel que Damophon de Messène, à une époque où l'art était en pleine prospérité ^. Après cela il devient absurde de penser que, dans un temps de décadence où les procédés de la statuaire chryséléphantine étaient certainement perdus, on a pu démonter, transporter pièce à pièce, et reconstruire ailleurs la statue d'Olympie. S'il existait, ce qu'on ne saurait admettre comme établi sur l'autorité suffisante d'un chroniqueur byzantin, s'il existait à Constantinople , au xiir siècle , un Jupiter de Phidias , c'était quelque statue de bronze ou de marbre *, mais non la statue d'ivoire et d'or détruite certainement sur place et peut-être avec le temple lui-même, par un événement qui n'a pas laissé de trace dans l'histoire. Le Jupiter de Phidias a disparu sans témoins , comme un voyageur frappé dans le désert, dont on ne retrouve même plus le cadavre devenu la proie d'une avidité sauvage ou de la violence des éléments, ou comme ce héros fondateur de Rome, assassiné pendant une tempête.
1. V. les réflexions de Quatremère de Quincy, Jup. Ol.^i^, 387.
2. Pausan., IV, 31. — Quatremère place l'époque florissante de Damophon entre la 110" et la 120® olympiades. V. sur cet artiste Sillig qui le nomme Démophon {Catal., p. 182).
3. Peut-être le Jupiter du fronton oriental du Parthénon. Cette conjecture est de M. Beulé. (Cours d'archéologie.)