PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IV. U
sur l'art. On doit croire que les traités dont il s'agit se composaient principalement d'observations techniques et de ce que l'expérience avait appris à l'artiste, mis par écrit pour l'instruction et l'usage de ceux qui voudraient se livrer au même genre de travaux *• On sait également qu'il a existé des biographies des artistes les plus célèbres de l'antiquité. Il y avait des recueils de vies de sculpteurs, d'autres de vies de peintres ^. Le roi de Mauritanie, Juba, fut un des Vasari de l'antiquité. Je m'imagine que ces recueils ne devaient pas différer beaucoup de la compilation sur les vies des philosophes qui nous est parvenue sous le nom de Diogène de Laërte. Quelques faits recueillis à distance de la bouche de la tradition, après avoir été défigurés par elle, des anecdotes du genre de celles qui couraient les ateliers de la Grèce, voilà sans doute les révélations qui nous auraient été faites par ces livres dont le temps nous a ravi la possession. Quant à un ensemble de faits avérés, propres à jeter du jour sur la manière dont les maîtres de la sculpture et de la peinture grecques comprenaient leur art, sur le caractère et l'éducation de leur génie , il est k croire qu'on l'aurait en vain cherché dans ces biographies. Elles n^en seraient pas moins aujourd'hui des secours précieux qui nous serviraient à recomposer dans notre imagination ces grandes figures d'artistes, dispa-
1. On peut se faire une idée de ce qu'étaient ces ouvrages par celui de Léonard de Vinci {Trattato délia pitiura, Parigî, 1651), écrit de même par un grand artiste dans des circonstances analogues.
2. Hipl flt-jaXfxoLTOTToiwv ; irepi Çw-ypâ^fwv. Les titres seuls de ces ouvrages nous sont connus.
rues avec leur œuvre, dont il ne reste souvent que la trace lumineuse de leur nom et de leur gloire pour éclairer nos conjectures.
Quelques brèves indications glanées çà et là, quelques histoires d'ateliers d'une authenticité douteuse, sont à peu près tout ce que nous savons sur des artistes tels que Praxitèle, Lysippe, Zeuxis, Apelle, Proiogène. Il faut se contenter d'entrevoir à l'horizon lointain les figures de Polygnote, de Myron, de Polyclète. Des dates incertaines, des noms d'ouvrages, de vagues éloges, des comparaisons des œuvres de l'art avec les œuvres de la littérature dans quelques déclamations de rhéteurs, voilà sans doute de bien insuffisants éléments pour la connaissance et l'appréciation des maîtres de l'art grec! C'est cependant à quoi nous sommes réduits. La grande célébrité du nom de Phidias ne l'a pas mieux favorisé; la gloire de l'artiste n'a pas éclairé pour nous la vie de l'homme, à moins qu'on ne veuille attribuer à l'envie qu'excita chez ses contemporains la renommée de Phidias la rumeur d'immoralité qui a couru sur lui. Comme parmi les poètes Archiloque, Phidias parmi les artistes a été réputé à la fois divin et infâme, et le plus beau génie de la Grèce a été, d'après une opinion accréditée, traité par quelques-uns comme le rebut de l'humanité!
On aurait tort de croire cependant que cette réserve des écrivains grecs, de ceux du moins dont nous possédons les ouvrages, sur ce qui regarde la vie et le caractère privé des artistes, puisse êlre imputée à rindifférence ou au mépris qu'on aurait fait en Grèce de leurs per-