‹ Phidias: sa vie et ses ouvragesChapitre 115 sur 289 · PREMIÈRE PARTIE. -^ CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. -^ CHAPITRE IV

la décrire, de cette nature qui souriait autour d'eux, de l'aspect du ciel, de la mer et des harmonieux horizons de leur pays, pour accroître par les impressions qu'ils en recevaient la poésie et la dignité de leur vie. Ce n'est pas d'ailleurs aux époques fécondes de l'çtrt qu'on disserte le mieux sur l'art; au contraire. Ce n'est pas quand le génie créateur coule à pleins bords, c'ept quand il est faible et rare qu'il se laisse arrêter et décomposer par la critique : le peu qui en reste s'évapore alors dans cette subtile analyse.

On ne pense pas sans doute que les Grecs aient jamais n;iéprisé les œuvres de l'art. Ils ne méprisèrent pas non plus les artistes, du moins au temps de Phidias et de Polyclète. Ce qui est vrai peut-être, relativement à cette époque, c'est qu'un reste de préjugé religieux imposait encore aux artistes cette modestie dont il se départirent plus tard et dont Socrate leur faisait un mérite. Il paraissait peut-être contraire au respect des dieux qu'une trop grande partie de la gloire qui était due à leurs simulacres rejaillît sur les mains qui avaient créé ces statues. La religion voulait-elle que l'artiste demeurât caché derrière le dieu comme le prêtre à l'ombre de l'autel? C'est peut-être une cause d^ restrictions apportées à l'usage de la signature, si ces restrictions ont existé. L'ancienne sculpture fut indubitablement anonyme jusqu'à la décadence des corporations.

Parmi les faits biographiques qui nous ont été transmis sur Phidias par les écrivains de l'antiquité, les plus importants ont rapport à son voyage en Élide. Ce voyage fut-il le résultat d'un bannissement volontaire, d'une fuite

causée par les accusations dont Phidias était Tobjel et qui l'avaient contraint de se réfugier à Olympie? Suivant cette hypothèse, Phidias, s'étant mis à l'abri de la colère des Athéniens, se serait vengé de leur ingratitude en donnant dans le Jupiter d' Olympie un rival à la Minerve duParthénon. D'après le récit de Plutarque dans la vie de Périclès*, Phidias, accusé par un de ses ouvriers nommé Ménon d'avoir détourné à son profit une partie des sommes qui lui avaient été confiées pour rexécution de la Minerve, et de plus atteint de sacrilège pour avoir placé son propre portrait et celui de Périclès sur le bouclier de la déesse, fut jeté en prison où il mourut soit de maladie, soit du poison que ses ennemis lui versèrent. Si l'on admet cette version, il en résulte que le voyage en Élide a du précéder l'accusation portée contre Phidias. De là trois systèmes dont le premier suppose que le Jupiter d'Olympie a été fait avant la Minerve d'Athènes, dont le second réfute le premier et cherche à prouver, contre le récit de Plutarque, que Phidias mourut en Élide après l'achèvement de son Jupiter, et dont le troisième a pour but de concilier le récit de Plutarque avec la réfutation du premier système. Le premier système est celui de Heyne^, de Dodwell et de plusieurs biographes modernes de Phidias; le second a été soutenu avec beaucoup de talent et de vivacité par Émeric David*;

2. Époques de l*art, dans le Recueil de pièces intéressantes de Jansen, Paris et La Haye, 1788. t. Hî, p. 38 et suiv.

3. Mémoir. sur les progr. de la sculpt. grecq.j dans Vïiist. de la sculpt, antique, p. i^lx et suiv.

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