PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IV
d'œuvre qui éclipsait leur Minerve. Dans son opinion, Phidias alla en Élide avant toute accusation, appelé par les Éléens pour élever la statue qui devait illustrer h jamais leur temple. La preuve que son départ d'Athènes ne fut ni un exil ni une fuite , et qu'aucune accusation dégradante ne pesait alors sur lui, se tire, suivant Mûller, du nombre des élèves qui le suivirent à Olympie et des honneurs dont il y jouit. Ces élèves de Phidias, qui partagèrent ses travaux en Élide, étaient au nombre de quatre, sans compter son frère ou son neveu Panaenus. C'était d'abord Colotès, dont les talents vinrent en aide à Phidias pour l'exécution du Jupiter d'Olympie comme il avait fait pour la Minerve d'Athènes, dont il avait sculpté l'égide; c'était, en second lieu, Alcamène qui sculpta les statues du fronton postérieur du temple d'Olympie; en troisième lieu, c'était PaBonius de Mende, qui fit les figures du fronton antérieur. Le quatrième élève de Phidias , qui suivit son maître en Élide , fut Gleœtas, fils tfAristoclès, athénien, statuaire et architecte , à qui les Éléens durent la construction des barrières du stade d'Olympie (pour ce dernier, je dois avertir qu'il n'est là que par une conjecture de MuUer). Or comment Phidias eut-il pu être suivi en Élide par toute son école, s'il fût parti d'Athènes en exilé ou en fugitif? Ensuite la condition dans laquelle il vécut parmi les Éléens ne fut pas seulement honorable , mais brillante , entourée de considération et d'honneurs , ce qui n'aurait pas été s'il y fût venu en banni par l'effet ou seulement par la crainte d'un jugement. Phidias avait à Olympie un atelier dans le voisinage du temple et au
sein même du bois sacré de Jupiter^. Mûl 1er compte an nombre des honneurs rendus à Phidias par les Éléens la permission qu'il obtint d'eux de graver sur la base de la statue la célèbre inscription : Phidias m'a fait 2. D'un autre côté, il voit une preuve que Phidias, au temps où il travaillait à son Jupiter, n'était animé envers les Athéniens d'aucune disposition hostile , dans ce fait que Thésée, le héros d'Athènes, se trouve représenté deux fois dans le monument, une fois par Phidias lui-même, parmi les sculptures du trône , une autre fois par Panaenus dans les peintures des barrières. Le même argument joint à cette autre particularité que la Grèce était figurée, dans les peintures de Panaenus, couronnant Salamine, sert à 0- Mûller pour établir que le travail de Phidias avait lieu à une époque où la guerre n'avait pas encore éclaté entre le Péloponèse et l'Attique, et où les Éléens, ces assidus alliés de Sparte, gardaient encore avec les Athéniens des relations amicales.
J'ai exposé les trois systèmes et les arguments à l'aide desquels ils ont été soutenus. L'accusation portée contre Phidias ayant été , suivant Plutarque et Diodore , au nombre des causes qui décidèrent Périclès à la guerre
1. Il y avait dans cet atelier, bâti pour Phidias par les Éléens, un autel consacré à tous les dieicXj ce qui sans doute voulait dire que toutes les divinités présidaient aux travaux de l'artiste, et non quMl les avait toutes représentées, comme le veut Émeric David {Vie de Phidias),
2. Cet honneur n'avait rien que d'assez ordinaire, s'il est vrai que l'interdiction dont ont parlé quelques archéologues n'ait jamais existé réellement (V. Rossignol, sur la signature des œuvres d'art chez les anciens). Du reste, il est constant que Phidias fut honoré par les Éléens.