PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IV
qu'il suscita pour relever son autorité en se rendant nécessaire , Mûller en conclut que cette accusation ne dut pas précéder de beaucoup le voyage en Élide , mais qu'on en doit rapprocher l'époque de celle où la guerre éclata en effet. On sait que ce fut la deuxième année de la 87* olympiade (431 ans avant J.-G). 11 est certain que ce furent les ennemis de Périclès qui attaquèrent Phidias, et même, si l'on s'en rapportait à Diodore, l'homme d'État aurait été impliqué dans la double accusation de vol et de sacrilège portée contre l'artiste ; mais il est problable que, si les ennemis de Périclès s'étaient sentis assez forts pour l'attaquer directement, ils ne se seraient pas adressés à Phidias. Ce fut par Phidias que la cabale ennemie de Périclès commença contre ce grand homme cette série d'attaques indirectes qui avaient pour but de le frapper dans ses affections et de miner peu à peu sa puissance, avant de conspirer ouvertement sa ruine.
Après Phidias le statuaire, ce fut le tour d'Anaxagore le philosophe, ce précepteur de Périclès , accusé, comme plus tard Socrate, de ne pas reconnaître l'existence des dieux. Puis, les coups se rapprochant du cœur, un poëte comique, du nom d'Hermippus, accusa Aspasie d'impiété et d'un autre crime , également attribué à Phidias, celui d'avoir reçu dans sa maison des femmes de libre condition pour les prostituer à Périclès. Anaxagore fut forcé de quitter Athènes pour échapper à une condamnation dont Périclès 'craignit de ne pouvoir le sauver. Pour Aspasie , elle ne dut son salut qu'aux prières de son amant et aux larmes qu'il répan-
dit, dit-on, devant les juges. Suivant Plutarque *, ces accusations portées contre les amis et la maîtresse chérie de Périclès ayant trouvé crédit auprès du peuple, ce fut alors que Dracontide fit passer le décret qui portait que Périclès aurait à rendre ses comptes. Ce fut alors aussi que Périclès, qui, dit le même Plutarque, avait déplu au peuple dans V affaire de Phidias ^ et qui redoutait d'ailleurs Tissue du jugement provoqué contre lui, souffla le feu de la guerre, afin d^ enflammer ce qui ne faisait encore que fumer , et de détourner l'attention du peuple. Au moment où Périclès prit cette résolution, Phidias venait de mourir en prison , et l'opinion accusait les ennemis de Périclès d'avoir mis fin aux jours d'un artiste divin , afin de pouvoir rejeter les soupçons du crime sur cet homme d'État en insinuant dans le peuple qu'il avait voulu se débarrasser, par cette fin secrète, d'un complice dont il craignait les révélations. ^ Tel est le récit de Plutarque, confirmé dans ce qui est essentiel par celui de Diodore. Ce récit trouve encore une autre confirmation dans des vers célèbres d'Aristophane. Suivant ce poëte comique, la première cause de la guerre fut l'infortune éprouvée par Phidias *, laquelle, par les craintes qu'elle inspira à Périclès, amena le décret contre Mégare et le commencement des hostilités.