‹ Phidias: sa vie et ses ouvragesChapitre 122 sur 289 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IV

sation d'infamie au moment même où le sublime artiste venait de'terminer l'image vraie de leur divinité patronale; mais en fait d'injustice et d'ingratitude de la part des peuples, comme de I9, part des individus, il n'y a malheureusement rien d'incroyable; et les Athéniens, malgré la longue liste qu'un autre Millier, l'auteur de V Histoire universelle^^ a dressée de leur méfaits en ce genre, ne sont guère plus à reprendre sur ce point que les autres peuples, Otfried Muller veut que, pendant l'absence d'Athènes de Phidias et son séjour à Olympie, l'admiration pour le chef-d'œuvre diminuant, l'envie contre l'artiste croissant au contraire et de mauvais bruits qui avaient été semés contre lui prenant de la consistance, la légèreté et l'inconstance naturelle au peuple athénien aient changé peu à peu en haine son ancienne bienveillance pour le grand artiste. Mais l'éloignement de Phidias était plus propre à calmer qu'à irriter cette envie dont il était l'objet et devait plutôt faire tomber que propager les bruits fâcheux répandus contre lui par une cabale hostile. 11 est probable qu'il en fut ainsi; mais le retour de Phidias, regardé peutêtre par le peuple comme une bravade après l'accusation dont il avait été l'objet et dont le ressentiment avait déterminé sa retraite, a pu ranimer la haine de ses ennemis et leur rendre l'espoir avec l'occasion de lui nuire. Peut-être aussi l'orgueil de l'artiste, exalté par la gloire nouvelle qu'il venait d'acquérir et par les honneurs qu'on lui avait rendus en Élide, indisposa les Athéniens

i. V. cette Histoire universelle, livre IV.

et fournit des armes contre lui aux ennemis de Périclèsqui étaient aussi les siens. C'est alors qu'on aurait élevé cette accusation de sacrilège, accusation terrible comme toutes celles où les passions humaines se dérobent sous le voile de la religion, et qui manquait rarement son effet sur un peuple religieux, ardent et irascible. Le fait cité par Plutarque immédiatement après le récit de cette seconde accusation et de son issue, savoir que, sur un décret de Glycon, Ménon obtint du peuple une exemption d'impôts et que les stratèges eurent l'ordre de veiller à sa sûreté, n'est pas, comme on pourrait le croire, en contradiction avec la supposition que je viens d'émettre ; car d'un côté, il eût été difficile de récompenser Ménon après l'échec éprouvé par lui lors de la première accusation si bien réfutée par Phidias et par Périclès, et de l'autre, le rôle qu'il joua peut-être dans la seconde poursuite, tout au moins la haine des partisans de Phidias, ranimée par l'emprisonnement de l'artiste, contre celui qu'ils devaient regarder comme le premier auteur de son infortune, peut expliquer Tordre donné aux stratèges de veiller à la sûreté de ce dénonciateur de Phidias, plusieurs années même après la dénonciation*.

1. Une autre manière d'expliquer les faits relatifs aux accusa-, tions portées contre Phidias et à son genre de mort, ce serait d'adopter simplement le récit de Philochore comme le plus authentique. Il est question dans les divers récits de deux accusations distinctes, l'une de vol, l'autre de sacrilège, et d'un emprisonnement qui aurait causé la mort de l'artiste. Cette double accusation a pu amener une confusion. Ainsi, il serait possible que la première accusation eût été portée contre Phidias par les Athénieus, la seconde par les Éléens. Phidias, accusé de vol par les ennemis de Périclès, puis acquitté, mais toujours poursuivi par la cabale hos-

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