‹ Phidias: sa vie et ses ouvragesChapitre 123 sur 289 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE IV

La question de Tinnocence ou de la culpabilité de Phidias a été aussi agitée entre les érudits. Pendant longtemps l'opinion que Phidias était coupable, partagée par des hommes tels que Meursius, Heyne, Moreri, et par plusieurs autres historiens ou critiquas, régna généralement ; mais elle fut combattue enfiapar Quatremère de Quincy * et par Émeric David, par ce dernier surtout qui a écrit un véritable plaidoyer en faveur de Phidias dans ses mémoires sur les progrès de la sculpture grecque 2, Mûller ne traite pas cette question, soit qu'il la regarde comme indifférente, soit plutôt qu'il estime la cause de Phidias gagnée. Il est possible que le caractère de Phidias ne soit pas resté entièrement pur,

tîle, aurait fui en Élide où, après l'achèvement de son Jupiter, une accusation de sacrilège aurait amené son emprisonnement et sa mort. La raison de cette seconde accusation serait ce nom de Pantarcès gravé sur le doigt de Jupiter, motif de condamnation bien plus grave que celui qui avait pour origine Tanecdote des portraits sur le bouclier de Minerve, et qu'une analogie assez patente a pu faire confondre avec ce dernier. Il y aurait eu embrouillement de deux traditions :Plutarque aurait attribué à l'histoire des portraits des conséquences qui regardent celle du nom de Pantarcès, et le récit de Philochore demeurerait le seul vrai, comme il est le plus ancien. Il est bon de remarquer que l'expression de Philochore : Phidias mourut PAR les Éléens, n'implique pas qu'il ait été mis k mort par eux ; cela peut signifier seulement qu'il est mort dans la prison où les Éléens l'avaient jeté, ce qui, à la différence près du lieu et des auteurs de l'événement, concorde avec le récit de Plutarque. Le récit de Plutarque se trouve ainsi ressembler à celui de Philochore par tous les faits essentiels et n'en diffère que par quelques circonstances dont la principale est le changement du lieu de la scène.

i.Jupit. Olymp.j p. 225. Déjà Bbttiger { Andeutunyen, etc., XIX' leçon) avait émis une opinion favorable à Phidias.

2. Voy. riHst. de la sculpt. antiqu€j déjà citée, p. 143 et suiv.

et ses mœurs n'étaient sans doute pas irréprochables. Il a partagé avec Aspasie'la réputation d'avoir donné asile dans sa maison aux rencontres galantes de Périclès avec des femmes des plus nobles maisons d'Athènes, et sa passion pour Pantarcès n'est pas de nature à le recommander auprès des hommes de notre temps. Toutefois, pour ce qui touche ce dernier point, il n'y a aucune raison d'être plus sévère pour lui que pour tant d'autres hommes illustres qui ont eu en Grèce le même vice, et qui ne nous en paraissent pas moins grands. Quant aux femmes d'Athènes , j'aime à croire que, si elles se rendirent en effet dans l'atelier de Phidias, elles y allaient pour lui et non pour un autre; peut-être étaient-elles seulement curieuses de dépouiller leurs voiles et de poser en modèles devant les yeux d'un juge aussi éminent de leurs charmes. Mais quand Phidias aurait eu les mœurs de son siècle et de son pays, et quand son caractère n'aurait pas répondu par son élévation à l'élévation de son génie, ee génie est trop beau, trop pur, trop divin, pour qu'on se résigne jamais à voir accolée au nom d'un tel artiste cette ignoble épithète de voleur dont un historien allemand n'a pas craint de le flétrir, en ajoutant, j'ignore sur quelle donnée, qu'il fut pendu pour ses vols.

Quant à l'accusation d'impiété, elle fut commune à Phidias avec plusieurs personnages illustres de l'ancienne Athènes, dont le plus célèbre n'en a pas moins, et pour cela même, obtenu le respect de la postérité. Cette accusation serait au besoin une preuve de l'élévation philosophique des idées de l'artiste sur le chapitre

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