‹ Phidias: sa vie et ses ouvragesChapitre 135 sur 289 · PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE V · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE V

l'on en croit le récit de Pline, chacun d'eux s'adjugea le prix et donna la seconde place à Polyclète, d'où il apparut que Polyclète avait en effet mérité la première : jugement renouvelé de celui des généraux de Salamine, par lequel Thémistocle emporta le prix de la valeur *. Les éléments nous manquent pour reviser le jugement d'Éphèse. On a cru, il est vrai, retrouver dans l'Amazone blessée du musée Capitolin et des galeries du Louvre la statue de Crésilas , reproduite par des artistes d'un temps postérieur ^ ; et divers indices tendent à faire reconnaître avec assez de certitude, dans une Amazone

1. Le texte de Plîhe offre ici une contradiction assez singulière. Ainsi, à l'en croire, les artistes qui prirent part au concours d'Éphèse n'auraient pas été contemporains, mais ils auraient concouru quamquam diversis œtatibm geniti , quoniam fecerant Amazonas (V. Nal. Hist., XXXIV, 19), ce qui ne s'accorde pas avec ce qui est dit plus loin sur la façon dont le jugement fut rendu. Ceci est trop fort pour une simple inadvertance. Aussi, dans son travail sur FAmazone de Phidias, Otf. MûUer a-t-il proposé de substituer le mot civitatihus au mot œtatibus , correction d'autant mieux admissible que, sur les cinq concurrents, quatre au moins, c'est-à-dire tous ceux dont l'époque est connue d'ailleurs, étaient réellement contemporains. Émeric David ( Mém. sur les progr. de la sculpl, grecque) conserve, au contraire, le texte de Pline et place le concours en question après la construction du temple d'Éphèse, incendié pendant la première année de la 106* olympiade ( 356 av. J.-C. ). Il pense que le. jugement fut prononcé par des artistes célèbres de cette époque , sur des œuvres d'artistes morts et sur leurs propres ouvrages.

2. Cette statue se voit au Louvre dans la salle dite du Gladior leur et porte le n'* 281. La partie supérieure seule est antique; la partie inférieure est l'ouvrage d'un sculpteur du xvi* siècle, qui a trouvé bon de substituer une robe longue à la tunique relevée des Amazones. On trouve dans l'ouvrage de M. de Clarac {Musée de sculpture antique et moderne, pi. cclxv) la représentation de la partie antique, dégagée des additions modernes.

du Vatican, estimée depuis longtemps l'un des chefsd'œuvre de la sculpture antique , une copie de la guerrière de Phidias. . Quant à la statue de Polyclète, il n en reste que le souvenir, ainsi que des Amazones de Cydon et de Phradmon. Il faut donc bien admettre que le jury ne s'est pas trompé , et qu'il a , en effet , donné le prix à la plus belle des cinq statues. Mais il faut avouer aussi que, de tous les sujets propres à faire triompher le talent de Polyclète, il n'y en avait point qui lui convînt mieux que celui-ci : le caractère équivoque du type de l'Amazone devait plaire à son génie doux et tempéré , tandis que Phidias, l'esprit plein de la majesté des dieux, à laquelle s'adaptait si bien son large et puissant style, ne possédait peut-être pas au même degré l'élégance étudiée et la savante perfection qui, dans la représentation d'un type inférieur, faisaient le mérite éminent du maître d'Argos. J'ai dit qu'on avait cru retrouver une copie de la statue de Crésilas dans l'Amazone blessée de notre musée du Louvre. En dépit des imperfections de la copie, en dépit des mutilations et des restaurations pires encore, la beauté de l'original se laisse deviner dans l'attitude et l'expression de cette figure. Crésilas était du petit nombre des sculpteurs grecs qui se sont abandonnés au pathétique avec une sage réserve. Outre l'Amazone blessée, mentionnée par Pline, le même auteur nous apprend qu'il avait fait une statue qui représentait un homme blessé, tombant en défaillance, dans laquelle on pouvait discerner ce qu'il restait de souffle au moribond ^.

1. « laquo possit intelligi quantum restet animae » {Nat. HisL, XXXIV, 19.)

Page 1